Coucou les chatons!

A en croire Word, ce chapitre ne fait finalement que 28 pages et pas 30! Il reste tout de même le plus gros chapitre de Reverse (je crois?) donc armez-vous d'une bouteille d'eau, de snacks et de patience! Il promet d'être une montagne russe d'émotions!

Enjoy!

Preview: La dernière semaine de la dernière étape de la Sélection. Livaï doit finalement affronter la vérité en face. Sa relation avec Eren survivra-t-elle à cette révélation?


Cinderella Complex Reverse

Chapitre 9: Last Event

Sweet Agony, sprinkled with Lies

Livaï

Final

Malheureusement, lutter contre l'irrésistible envie de coller un bon coup de poing dans la face suffisante de Farlan était loin d'être aussi simple.

Ils organisèrent leur départ puis se mirent en route sans que les tensions entre Livaï et son meilleur ami ne fussent résolues.

Heureusement, Eren n'était clairement pas du genre à s'attarder sur ce genre de détail : il était évident que l'Oméga était déterminé à profiter du voyage, avec ou sans leur assistance. Entouré de ses Chevaliers et de quelques serviteurs triés sur le volet, Eren avait royalement ignoré leur mauvaise humeur. Il avait fait en sorte de s'amuser à chaque halte. Villages pittoresques, paysages époustouflants, l'Oméga trouvait toujours un moyen de faire fructifier son expérience en faisant admirablement fi de la lourdeur qui plombait l'ambiance entre Livaï et Farlan. L'Alpha, pour sa part, était beaucoup trop irrité de s'être vu ainsi manipulé et mis dos au mur, par son meilleur ami qui plus était, pour sortir de ses idées noires.

Une fois arrivés à Mitras, un étrange nœud noua la gorge de Livaï.

Il n'avait pas remis les pieds dans la ville portuaire depuis qu'il l'avait quitté pour mener une vendetta sanglante contre l'Empire de Mare. Même après avoir passé autant de temps à Sina, Mitras continuait de lui sembler aussi énorme. Située dans une cuvette, elle s'étendait à perte de vue dans les terres. Elle était délimitée par la ligne d'horizon bleutée de l'océan. Livaï admira la splendeur du paysage, un poids sur le cœur. Il trouvait cruel que Mitras soit restée la même. Immuable en dépit du tragique assassinat de Kuchel Ackerman, alors que cet événement avait bouleversé sa vie. La ville était toujours aussi lumineuse, l'alizé toujours aussi rafraîchissant.

L'Alpha inspira l'air maritime et se sentit presque aussitôt nauséeux.

La familiarité de l'endroit et l'amertume douce de la nostalgie lui retournaient l'estomac. Était-il seulement possible d'outrepasser que Mitras était le théâtre du drame qui hantait encore à ce jour ses pires cauchemars ? Le corps froid et sans vie de sa mère, l'abondance de sang sur ses draps blanc immaculé… Livaï était arrivé trop tard. En dépit de son entraînement et de ses capacités hors norme. Il était arrivé trop tard pour lui sauver la vie. Trop tard pour arrêter son assassin. Il était trop naïf à l'époque, trop retiré de la scène politique pour ne serait-ce qu'imaginer les dangers qui menaçaient leur vie. La vie de sa mère, l'Impératrice fantoche. Celle autour de qui son monde avait tourné. Celle qui l'avait toujours protégé et guidé, malgré son apparente fébrilité… Kuchel avait fini sacrifié sur un échiquier dont Livaï ignorait même l'existence avant ce jour, car trop occupé à s'amuser dans les bas-fonds de la cité portuaire pour porter une réelle attention au titre de Prince Couronné. Trop ingénu pour saisir les enjeux que sa survie ravivait à la Cour lointaine du palais d'Utopia…

En dépit de leur différend, Farlan se tenait à ses côtés. Silencieux et appréhensif, son meilleur ami le fixait, à la recherche de la moindre trace d'inconfort. Livaï se pinça les lèvres et se détourna de lui. Que Farlan aille s'étouffer dans sa culpabilité pour ce que l'Alpha en avait à foutre. S'il comptait exercer une pression psychologique sur son (ex) meilleur ami, autant qu'il assume la conséquence de ses actes jusqu'au bout. Livaï n'avait pas besoin de sa pitié.

Une fois arrivés devant le palais de Chika, force était de constater, qu'ici aussi, rien n'avait vraiment changé.

Même après la mort de la maîtresse des lieux.

Le palais était tout toujours aussi majestueux et bien entretenu. Avoir vécu près d'un an à Utopia, Livaï prit prendre conscience que Chika était un palais à la hauteur de l'Impératrice qui y avait été exilée. Son immense jardin était même plus beau que celui du palais impérial de la capitale. Ce qui faisait toute la différence entre les deux résidences ? C'était sans aucun doute le personnel et l'atmosphère qui y régnait. A Mitras, la rotation des serviteurs étaient beaucoup plus stable, plus lente. Des générations de domestiques se relayaient pour s'occuper du domaine. On s'attachait à la demeure et à ses habitants comme un tout.

En dépit de sa tristesse et son malaise, Livaï eut enfin l'impression de 'revenir chez lui'.

Il était sûrement aussi heureux et ému que le personnel lorsqu'ils se retrouvèrent enfin après tant d'années. En plus de s'être montré plus qu'enthousiaste à apprendre tous les détails de sa vie pendant leur séparation, les domestiques leur avaient préparé un véritable festin. La bonne ambiance, chaleureuse et familière, fit fondre la mauvaise humeur de Livaï comme neige au soleil. Même quand Farlan se remit spontanément à le taquiner avec quelques serviteurs, l'Alpha ne parvint pas à retrouver la moindre trace de son irritation passée. L'alcool aidait sûrement, mais Livaï était prêt à admettre que rester en colère contre son meilleur ami aussi longtemps était beaucoup trop épuisant pour en valoir le coup.

A la nuit tombée, après qu'ils furent enfin tous bien installés dans leur chambre respective, Farlan et Livaï se retrouvèrent sur le balcon de la salle de dîner, un verre à la main.

Ils observèrent longuement le paysage nocturne en silence, avant que Farlan ne pousse un soupir à fendre l'âme et ne s'excuse : « Je suis désolé. Je n'aurais jamais dû te forcer à revenir ici…

- Tu as été un véritable trou du cul sur ce coup-là. » Son meilleur grimaça et lui concéda le point, en silence. Farlan savait que Mitras allait troubler Livaï et le rendre vulnérable psychologiquement. De son côté, Livaï savait pourquoi Farlan avait pris cette décision, ce que ses alliés attendaient de lui, et à raison. Mais il n'empêchait que le coup fut difficile à encaisser. Farlan reprit : « Mais tu sais aussi que tu dois lui dire la vérité, Levi. A la fin de cette semaine, la compétition est officiellement terminée. On sait tous vers qui ira ton vote final. Ce serait quand même mieux qu'Eren sache la vérité avant de se retrouver couronner à tes côtés…

- Je le sais ! » Son exclamation les plongea à nouveau dans le silence. Livaï se passa une main nerveuse dans les cheveux. Son regard se perdit dans la pénombre. Farlan prit une grande inspiration et demanda : « De quoi est-ce que tu as peur au juste ? » Encore cette question.

Livaï ignorait comment y répondre.

Pas sans se montrer parfaitement ridicule ou exprimer de ses pires craintes à haute voix.

Il tenta malgré tout de s'expliquer : « Vous ne connaissez pas Eren comme je le connais. Il est…

-… plus que déterminé à haïr la famille impériale jusqu'à son dernier souffle ? Têtu ? Une force de la nature ? » Livaï coupé dans son élan laissa Farlan poursuivre : « On ne le connaît peut-être pas comme toi, mais après l'avoir côtoyé pendant une période prolongée, difficile de ne pas capter l'essentiel. Eren a beau être doué pour garder des secrets, il est plutôt du style à présenter sa personnalité flamboyante comme une armure blindée… » Livaï se retrouva obligé d'acquiescer silencieusement. Farlan continua avec gravité : « Levi, tu prends beaucoup plus de risques s'il apprend la vérité au dernier moment. Il va sûrement réagir négativement à la nouvelle… » Farlan arrêta soudain son plaidoyer. Il étudia plus attentivement le visage de son meilleur ami et finit par reprendre avec gravité : « Levi, parle-moi ! Je vois, non, je sens qu'il y a autre chose… » Livaï glissa les yeux dans sa direction, et quoiqu'il y lise, Farlan, décida de s'interrompre.

Livaï termina le contenu de son verre d'une traite et implora, résigné : « Ne lui dit rien. C'est à moi de tout lui avouer. Même si tu perds patience, laisse-moi être qui lui révélera la vérité. S'il te plait. » Farlan grimaça, embarrassé et irrité : « Pas la peine de me supplier ! Je ne suis pas le grand méchant de l'histoire !

- Laisse-moi au moins jusqu'à la fin de la semaine. Je vais tout lui dire avant notre retour à Sina, c'est promis. J'ai besoin de… » Livaï tenta de trouver les mots adéquats en vain. Il était hors de question qu'il avoue tout à coup à voix haute : ''J'ai besoin de ne pas avoir l'impression qu'il va m'administrer la baffe du siècle avant de tourner les talons et décider qu'il vaut mieux annihiler Paradise que de laisser l'Empire aux mains d'une famille de menteurs et de manipulateurs. Ou pire, qu'il va simplement devenir indifférent et accepter de s'allier à moi par pur intérêt politique, me refusant à jamais son cœur, son affection…'' Il n'arrivait pas à croire qu'il pensait sérieusement que la seconde option était la pire…

Farlan lui posa une main compatissante sur l'épaule et affirma : « D'accord. Je te laisse du temps. Je vais même m'écarter et m'occuper de mes affaires pour vous laisser tout le loisir de vous amuser tous les deux… » Livaï lui servit son regard le plus blasé. Son meilleur ami ricana : « Oh pitié ! Tu es le premier à me traiter de prude ! Tu ne vas pas me faire croire qu'après tout le temps que vous avez passé ensemble, vous n'avez toujours pas fait plus que vous bécot… » Pour la seconde fois de cette journée, Livaï lui asséna un bon coup dans le tibia qui le plia en deux. Farlan jura, mais le message était passé.

Il se retint soigneusement de remettre le sujet stupide sur le tapis.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Dès le lendemain de leur arrivée, Farlan annonça en grandes pompes avoir des affaires urgentes à régler dans la région.

Appuyant même son propos d'un rictus au coin des lèvres suivi d'un clin d'œil parfaitement irritant, il proposa à Livaï de faire visiter Mitras à Eren. Bien qu'il prenne l'apparente faveur que croyait lui faire son meilleur ami avec des pincettes, Livaï joua le jeu et mit en place tout un tas d'activités variées pour divertir l'Oméga. Il profita qu'absolument tous les Chevaliers et le personnel présent sache qu'il était le Prince Héritier pour, sans la moindre honte, tirer parti de son statut et faire en sorte que leurs escapades se déroulent avec un niveau d'intimité satisfaisant.

Le problème ?

C'était que Livaï était bien trop tiraillé par ses démons intérieurs pour véritablement réussir à profiter du moment.

Leur première activité fut d'aller pêcher au bord d'une rivière, non loin des bois délimitant la ville et les terres impériales. Le coin était un lieu apprécié des pêcheurs du dimanche. C'était l'endroit où la rivière s'élargissait avant de se jeter dans le large fleuve qui traversait Mitras et ses environs. On aurait presque dit un lac vu de loin et si on oubliait le fort courant qui l'agitait. Livaï et Eren s'étaient installés sur le large pont de bois qui s'enfonçait légèrement dans les eaux houleuses. Leurs matériels à leurs côtés, ils s'apprêtaient à commencer à pêcher tandis que les quelques Chevaliers assignés à leur protection se dispersaient pour établir un périmètre de sécurité.

L'Alpha avait encore la tête dans les nuages, aux prises avec lui-même alors que son compagnon l'abreuvait de questions plus au moins techniques sur l'art de la pêche. Répondre aux questions d'Eren de manière mécanique l'aidait à peu à peu se détacher de la mélasse de ses pensées. Quand tout à coup, l'Oméga demanda sur un ton curieux : « … et du coup, pourquoi la pêche ? » Livaï sortit brutalement de son état second. Côte à côte, les pieds ballant et les orteils qui effleuraient l'eau fraîche qui s'écoulait sous eux, Livaï prit soudain conscience de leur proximité.

Le parfum d'Eren était toujours aussi sucré et agréable, mais aucune note fleurie ou boisée ne venait le renforcer. A la place, un effluve frais et piquant chatouillait les narines de l'Alpha. Une légère similitude avec un agrume. C'était un peu comme s'il prenait tout à coup vraiment conscience de la présence de l'Oméga à ses côtés. Livaï papillonna puis répondit : « On est dans une ville portuaire. Je me suis dit que la pêche était la meilleure activité locale… » Eren pencha légèrement la tête tout en haussant un sourcil, visiblement insatisfait par sa réponse. Son silence acheva de sortir complètement Livaï de ses pensées.

Il l'observa avec attention.

Eren avait attaché son épaisse chevelure dans une queue de cheval basse et portait un large chapeau de paille sur la tête. Son regard pétillant semblait le détailler avec intérêt et malice. Il n'avait enfilé qu'une tunique sans manches dont le large col laissait tout le loisir de détailler ses clavicules ou d'entrapercevoir, selon sa position, son torse. Un short resserré à la taille et ample au niveau des cuisses complétait sa tenue décontractée. Livaï se retint de justesse de déglutir : à ses yeux, l'Oméga aurait tout aussi bien être nu. Qu'est-ce qu'il fabriquait à ruminer dans son coin avec pareille compagnie ?!

L'Alpha tapota le bord du large chapeau d'Eren et expliqua avec sincérité : « En vérité, j'adorais pêcher dans ce coin quand on était môme. Le domaine impérial n'est pas loin, donc personne ne vient traîner près de cet embranchement de rivière. J'ai appris à nager dans le bassin qui s'est formé un peu plus haut. » Après lui avoir indiqué l'endroit d'un vague geste de la main, le regard de Livaï glissa malgré lui sur le galbe des jambes de l'Oméga. Il y avait tellement de peau offerte à sa vue qu'il ne savait même plus où poser le regard !

Eren croisa les jambes et Livaï se racla la gorge en remontant les yeux vers son visage. Visiblement conscient de son effet, l'Oméga lui sourit et, dans un geste fluide et naturel, lança sa ligne à l'eau. Etonné, Livaï haussa les sourcils et remarqua : « Attends un peu… Avec toutes tes questions sur les techniques de pêche, je pensais que tu étais un total novice ! » Eren sourit de plus bel, lui fit un clin d'œil (''Rien d'irritant ici, Farlan ! Prends donc des leçons avec un expert !'') et admit : « A vrai dire, j'essayais juste de détourner ton attention pour que tu te sortes la tête du cul… » Touché. Ce qui n'empêcha en rien Livaï de légèrement lui frapper le bras en représailles. Il dût se faire violence pour s'empêcher de laisser ses doigts caresser la large surface de peau exhibée sous son regard avide.

Eren haussa les épaules et rit un moment avant de se stopper dans une moue qui se voulait tragique. Il s'écria : « Encore un peu et je me serais posé de sérieuses questions sur ta relation avec le Prince ! Comment as-tu osé penser à lui alors que tu te trouves en ma délicieuse compagnie ?! » Livaï marqua un long silence. Il ne pensait pas réellement à Farlan juste avant qu'Eren ne parvienne à le sortir de ses pensées. Cependant, il était certain qu'avoir réussi à se perdre dans sa tête alors qu'il aurait pu être en train de profiter de l'Oméga ? C'était une énorme erreur qu'il comptait fermement rectifier.

Il laissa ses yeux effleurer la silhouette de son compagnon, sans retenue. Une note fleurie bourgeonna soudain dans l'air. Eren rougit joliment et s'exclama en s'étranglant à demi : « « C'était une blague ! » L'Oméga était toujours en train de se fourrer dans des situations qui finissaient par lui échapper systématiquement. C'était un véritable don… Eren précisa, embarrassé mais sérieux : « D'ailleurs, si tu veux une oreille attentive pour discuter de votre dispute, je suis… » Livaï l'interrompit d'un geste de la main. Il jeta un bref coup d'œil en direction des Chevaliers installés non loin. Ils croisèrent son regard et, presque immédiatement, se détournèrent de leur charge, clairement embarrassés à leur tour d'avoir été surpris à les fixer.

Eren avait suivi son regard et, sourcils froncés, s'apprêtait sans doute à lui poser une question quand Livaï lui agrippa le visage d'une main. La douceur et la chaleur des lèvres d'Eren contre les siennes balayèrent les ruminations de son esprit agité. Juste avant de s'écarter, Livaï caressa du pouce la mâchoire de son partenaire tout en retraçant le contour de ses lèvres du bout de la langue. Leur baiser fut beaucoup plus rapide que ne l'aurait souhaité l'Alpha. Eren en était resté figé. Bouche bée, il le regarda reprendre une position tout à fait naturelle et lancer à son tour sa ligne à l'eau d'un geste expert. Il n'y avait pas de meilleure satisfaction que d'avoir réussi à lui clouer le bec d'un simple baiser. Ou de pouvoir sentir dans l'air les notes boisées qui épiçaient actuellement son parfum d'excitation.

L'instant fut bref, mais l'évidence le soulageait de tous ses doutes : il n'avait qu'à s'assurer que l'Oméga était sien, réellement sien, avant de tout faire pour lui expliquer pourquoi et comment il en était venu à endosser le rôle d'Héritier du Nord durant la Sélection. Leur manque d'intimité avait exponentiellement fait augmenter son manque d'assurance : il était grand temps de pallier cet épineux problème. Eren reprenait à peine ses esprits lorsque Livaï déclara avec nonchalance : « Que le 'Prince' aille se faire foutre. Il a failli gâcher nos vacances avec ses conneries. Tu as bien raison, je ferais mieux de profiter de ta délicieuse compagnie. » Eren lança un regard effaré en direction des Chevaliers.

L'Oméga avait encore le rouge aux joues lorsqu'il reporta son attention sur l'eau qui leur faisait face. Un rictus aux lèvres, Livaï était plus décidé que jamais à tirer parti des circonstances pour arriver à ses fins.

Après leur agréable partie de pêche, Levi avait décidé de visiter le domaine impérial à cheval.

Il avait profité de l'occasion pour tenter de s'ouvrir un peu plus. Raconter des anecdotes sur son enfance à Eren était une expérience étrange. A la fois nouvelle et compliquée, par manque d'habitude. Plus ils discutaient, et plus il devenait évident aux yeux de Livaï que l'Oméga tenait à lui. C'était visible dans la simplicité avec laquelle Eren initiait le contact, comme s'il était lui aussi soulagé de mettre au placard la désagréable tension qui les avait séparés à la suite de leur expérience dans la Forêt des Origines. C'était encore plus flagrant quand, tout à coup, en observant le coucher de soleil dans une clairière sur le retour, Eren s'était exclamé avec tout le naturel du monde : « Tu crois que le Prince accepterait de nous prêter le palais Chika pour organiser notre cérémonie de mariage ? On n'a pas encore tout visité, mais j'adore déjà Mitras ! » Livaï avait failli s'étrangler avec sa salive sous le coup de l'émotion.

Leur laisser du temps à deux était une idée de génie.

Peu à peu, Livaï gagnait le courage qui lui manquait pour enfin révéler la vérité. Chaque nouveau jour le confortait dans son choix. Comme lorsqu'ils s'étaient baladé le long du port, main dans la main, habillés comme des habitants lambdas, et qu' Eren s'était amusé à lui caresser l'avant-bras à intervalles réguliers… Ou encore le jour où ils avaient décidé de partir faire une randonnée sur les terres impériales et que ça avait été au tour de l'Alpha de tenter de rendre dingue son partenaire. Leur niveau d'intimité avait fait un bond. Ils se découvraient avec de moins en moins d'hésitation. Les façons dont ils aimaient être embrassés, les gestes qui étaient à même de déclencher des réactions chez leur compagnon. Un effleurement de la main le long du cou, une caresse des lèvres au niveau des clavicules. Parfois, l'excitation passait par d'autres biais que le toucher, comme lorsque Livaï parvenait à faire frissonner Eren rien qu'en flirtant d'une voix grave ou lorsque l'Oméga lui chuchotait à l'oreille…

Leur rapprochement n'était pas juste physique.

Par exemple, la fois où ils s'étaient retrouvés tous les deux pour prendre le thé dans le kiosque du jardin de Chika, comme Livaï en avait l'habitude autrefois avec Kuchel. Ils avaient discuté, tranquillement et sereinement. Le naturel du moment l'avait encore plus marqué que n'importe quelle caresse. La conversation était fluide, les silences agréables. Livaï avait envie de faire perdurer cet instant pour toujours. Mais pour ça, il lui fallait d'abord remplir sa part du contrat et dire toute la vérité à Eren.

Le séjour arrivait à sa fin lorsque Livaï se sentit enfin prêt.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

L'avant-dernière soirée au palais de Chika s'acheva sur un festival organisé à Mitras, afin de célébrer la haute saison de pêche et souhaiter prospérité aux eaux littorales de l'Empire.

Eren se montra si enthousiaste à l'idée de découvrir la ville pendant cette fête nocturne que personne n'avait émis la moindre opposition à organiser une sortie. Farlan, qui était censé les accompagner durant l'évènement pour 'se faire pardonner' d'avoir accordé si peu de son attention au Candidat, se hâta bien vite de trouver une excuse pour les libérer de sa présence. Livaï avait la ferme intention de mettre un terme au supplice de son meilleur ami à la fin des festivités. Il allait profiter de l'occasion aux bras d'Eren puis, avant qu'ils ne se quittent ce soir, il allait lui avouer toute la vérité.

Lorsqu'ils se retrouvèrent devant la calèche censée les conduire près du centre-ville, ils marquèrent une longue pause.

Eren portait une chemise courte, retenue par un corset. De ses clavicules jusqu'au milieu de son torse, des lacets de cuir resserraient son col en V. Son pantalon noir et ses cuissardes mettaient en valeur ses jambes galbées. Livaï avait opté pour une tenue légèrement similaire. Une chemise noire aux manches courtes, un veston en tissus gris et un pantalon noir ajusté, une ceinture et son porte-épée lui enserraient la taille. Il vérifia nerveusement la fermeture du protège poignet en cuir lacé sur son bras dominant, afin de réussir à détacher son regard de l'Oméga.

Livaï espérait vraiment de tout cœur que sa révélation n'allait pas lui faire perdre Eren.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Mitras s'était parée des couleurs du Festival des Marées.

Une multitude de lanternes rouges et blanches illuminait les rues d'une lueur magique. Chaque habitant qu'ils croisaient en portait une. Les créatures maritimes mythiques dessinées sur le délicat papier qui les composaient étaient accompagnées de leurs vœux de prospérité. La large avenue principale abritait sur ses côtés une infinité de stands divers. Des vendeurs de nourriture à manger sur-le-pouce, des stands de jeux de hasard ou d'adresse, des commerçants de bibelots ou de bijoux… L'affluence était telle qu'on avait l'impression de naviguer dans un véritable flot humain. Livaï se souvenait de toutes les fêtes qu'il avait vécues à Mitras. Le Festival des Marées était sans aucun doute le plus impressionnant et festif de tous.

A part l'unique fois où Kuchel avait accepté de l'y accompagner, l'Alpha avait pour habitude de profiter des festivités d'une façon bien moins conventionnelle. En arpentant les ruelles sombres, il jouait au lancer de dés ou bataillait avec les truands notoires de la cité portuaire. D'ordinaire, Livaï aurait vécu le Festival du côté 'sombre' de la ville. Parmi les rumeurs montantes des nouveaux arrivants à Mitras, il aurait bu jusqu'à plus soif, profitant sans vergogne de la réputation que son alias 'Caporal' s'était créé dans le coin…

Du coup, évoluer parmi la cohue au bras d'Eren alors que celui-ci, surexcité, s'attelait à tirer parti de tout ce que le festival avait à offrir, était une expérience aussi nouvelle qu'intéressante. Sous l'impulsion de l'Oméga, ils dévorèrent des 'corn-dog', des brochettes de viande et de légumes à s'en faire exploser le bide. Une fois rassasiés, Eren entraîna Livaï vers les stands d'activités avec enthousiasme.

L'ambiance au cœur de l'avenue était décidément bien différente.

D'habitude, Livaï aurait sans doute eu beaucoup de mal à supporter d'être entouré. Il n'aurait pas apprécié de devoir jouer du coude dans la cohue ou qu'on puisse si facilement lui respirer par-dessus l'épaule. Mais l'entrain d'Eren était plus que contagieux. Et une fois qu'ils se mirent à parcourir les stands de jeu, les inconvenances du lieu s'étaient complètement effacées pour laisser place à l'amusement. Après avoir plumé l'homme qui leur demandait de deviner l'emplacement d'une pièce sous des gobelets en échange d'argent, Livaï comprit que ce n'était pas que dans les ruelles sombres de Mitras que les charlatans prospéraient : sans ses sens anormalement développés, les pauvres idiots qui risquaient le sort en acceptant le pari absurde de cet homme n'avaient absolument aucune chance de gagner. Ou même de récupérer leur gain.

Ravi par leur victoire, Eren l'avait bien vite entraîné vers un autre stand.

Ils poursuivirent leur route en passant par un stand de lancer d'anneaux, où Livaï fit une démonstration de son adresse habituelle. Il remporta même le grand prix. Ayant été témoin de son exploit, le stand suivant où il fallait tirer à l'arc pensa s'épargner l'humiliation subi par son voisin en imposant à l'Alpha un handicap. Bien que les cibles étaient bien plus éloignées qu'à l'accoutumée, cette ruse s'avéra aussi inefficace que préjudiciable quand Livaï parvint à faire mouche sur sa cible la plus difficile à atteindre. Finalement, les Chevaliers qui les accompagnaient avaient presque tous les bras chargés de prix et d'achats variés avant que l'Alpha et l'Oméga eurent fini de faire le tour des stands.

Au bout d'un certain temps, entre leur apparence (pas tout à fait noble, mais pas non plus aussi banale qu'ils ne l'avaient souhaité) et les exploits de Livaï qui commençaient à faire du bruit, ils passèrent de moins en moins inaperçus. La présence des Chevaliers s'était faite de plus en plus difficile à ignorer à mesure que la foule s'écartait pour les observer de loin avec admiration. Livaï en était soulagé. Plus besoin de faire fi de son agoraphobie si la foule s'écartait d'elle-même pour leur céder le passage. Et puis, dans les faits, même s'ils n'avaient aucune intention de partager leur identité réelle, il n'y avait absolument rien d'incongru ou de répréhensible à la présence de nobles pendant cette fête.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Le Festival battait son plein depuis plusieurs heures lorsqu'ils arrivèrent enfin sur la grande place.

Le centre de la Place était anormalement vide, bien qu'elle fut emplie d'habitants et de touristes qui s'étaient agglutinés sur ses côtés, devant des boutiques huppées qui payaient au prix fort leur emplacement de choix. Livaï essayait encore d'apercevoir ce qui retenait l'attention du public quand les premières percussions de tambours firent écho. Leurs vibrations le firent vibrer de l'intérieur et un silence irréel s'abattit sur l'audience. Surpris, Livaï retint son souffle comme le reste du public. La troupe d'artistes qui s'était installée au centre de la Place portait des tenues qui indiquaient clairement qu'elle venait d'une lointaine contrée. Leur peau hâlée attirait autant l'œil que leurs vêtements colorés et légers. Des drapés de tissus laissaient deviner leur musculature, leurs courbes et laissait très peu de place à l'imagination.

Il y avait des cracheurs de feu, des jongleurs extraordinaires qui s'échangeaient des boules de lumières multicolores et des acrobates qui traversaient la place de long en large en effectuant des figures toujours plus impressionnantes. Où qu'on pose le regard, l'esprit était happé par la magie du spectacle. L'anarchie chaotique de leur représentation semblait obéir à un ordre supérieur. C'était une chorégraphie longtemps étudiée pour ressembler au désordre le plus total sans jamais vraiment y céder. Quand les cracheurs de feu finirent par enflammer les balles des jongleurs, que les acrobates traversèrent des cerceaux enflammés par la rotation des balles dans les airs avec la grâce d'oiseaux libérés du poids de l'attraction terrestre, tout pris sens.

L'ouverture du spectacle se conclut lorsque tous les artistes se retrouvèrent pour saluer, comme attirés par un point précis de la Place. Les cracheurs de feu, éclipsés par la brillance des cercles enflammés et des pirouettes des acrobates, étaient réapparus comme par magie pile à la bonne position pour réceptionner les voltigeurs. Les jongleurs firent exploser leurs projectiles lumineux sur les flammes des cerceaux, révélant qu'ils étaient remplis d'eau. Au moment où les cerceaux s'éteignirent, ils effectuèrent quelques mouvements d'acrobates pour rejoindre leurs collègues vers le centre de leur scène, et tous ensembles, ils saluèrent la foule en liesse.

Le rythme cardiaque de Livaï s'était emballé.

Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il venait de se passer, mais il lui semblait que son esprit avait été tout à coup soufflé par la prestation grandiose à laquelle il venait d'assister. Il n'avait ni eu le temps de reprendre son souffle, ni celui de se poser des questions. Un étrange silence planait, témoignant du fait qu'il n'était sûrement pas le seul à se sentir époustouflé. Alors qu'il reprenait à peine ses esprits, la voix claire et puissante d'un homme s'éleva dans les airs : « Bienvenue à vous, habitants du Paradis, dans la très humble représentation de la troupe Titania ! A l'occasion du Festival des Marées, nous avons décidé de faire une pause dans notre itinéraire afin de présenter nos hommages aux très anciennes créatures des mers ! Nous lions nos voix aux vôtres afin de bénir la nouvelle saison de pêche de nos vieux amis de Mitras ! » Livaï écarquilla les yeux.

La troupe Titania !

Isabelle était leur fan inconditionnel ! Et maintenant qu'il les avait vu à l'œuvre, Livaï comprenait pourquoi. Peut-être qu'il devait prendre au sérieux la supplique de la rouquine lorsqu'elle se lamentait de n'avoir aucun moyen de les inviter pour animer son mariage avec Farlan… Après tout, son meilleur ami en avait tellement bavé pour l'aider à se tirer de cette crise qu'il méritait bien une récompense. Les acclamations de la foule se firent assourdissantes pendant quelques minutes, puis l'homme qui avait pris la parole, continua son annonce avec solennité : « Des membres de la troupe passeront parmi vous pour recueillir l'expression de votre générosité, nous nous en remettons à vous ! Bon spectacle ! » A peine eut-il terminé son discours que des voix éthérées percèrent la nuit.

Livaï sentit un frisson lui courir le long de l'échine.

Sans paroles, le chant était composé de diverses modulations de voix et de multiples phases mélodieuses. L'air s'était immédiatement chargé d'une étrange énergie. Mais avant que Livaï ne puisse l'analyser, la vibration des voix se fit plus profonde. Impressionné par l'incroyable prouesse vocale, l'Alpha se laissa emporter par la majesté de la mélodie qui semblait emplir l'air tout entier et pénétrer dans l'esprit de l'auditoire. Quand le chant s'interrompit brutalement, il se retrouva aussi sonné que le reste de l'audience. Ebahis et incapables de décrire clairement le sentiment étrange qui venait de les abasourdir, tous restaient figés sur place. Avant que quiconque ne se remette du choc, les musiciens prirent le relai. Tambours, flûtes, guitares et d'autres instruments exotiques que le public peinait à identifier, donnèrent naissance à une mélodie dont le rythme percutant heurtait l'assistance de plein fouet.

Invités par les percussions, les danseurs firent leur entrée.

Leurs pas étaient légers, spontanés sans pour autant manquer de technique. C'était envoûtant. Tout participait au spectacle. Les couleurs de leur tenue, rouge, vert, bleu et jaune qui créaient un tableau mouvant lorsqu'ils se déplaçaient. Les pauses, les tours et les croisements de leurs corps. La lascivité de leurs mouvements, obéissant aux modulations de la musique, suffirait à faire rougir le plus abstinent des croyants. Les danseurs semblaient possédés, comme des instruments vivants que les musiciens contrôlaient à distance. Livaï était dans l'incapacité de détacher les yeux du spectacle.

Quand la représentation prit fin, l'annonceur reprit le devant de la scène. Grand et imposant, le crâne entièrement rasé, ses yeux profonds étaient d'un marron si clair qu'il semblait presque doré. Il balaya la foule du regard comme s'il cherchait quelque chose pendant une fraction de seconde. Sa tenue était bien plus digne et clairement de meilleure facture qu'un simple costume. Le port de tête haut, la posture rigide d'un combattant, l'homme avait une courte barbichette qui indiquait qu' il avait dû être brun à une époque. Il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre qu'ils avaient sûrement affaire au chef de la troupe d'artistes.

L'homme prit à nouveau la parole alors qu'un silence irréel planait sur la Place : « Merci pour votre présence et votre générosité ! Je vous invite à présent à faire aux cieux la plus belle offrande qui soit : votre énergie ! Rejoignez-nous sur la piste et amusons-nous jusqu'au petit matin pour honorer la bienveillance des flots ! » Une nouvelle mélodie s'éleva doucement dans l'air au son des flûtes. L'envolée lyrique électrifia la foule. Quand les percussions se joignirent au couplet musical, la cadence les secoua jusqu'aux os. Les danseurs s'avancèrent vers le public et, tout sourire, entraînèrent quelques malheureux vers le centre de la Place.

Comme si elle obéissait à un signal invisible, une grosse partie de l'audience finit par suivre le mouvement. En peu de temps, une multitude de corps se rencontrèrent sur la piste, entraînée dans une danse spontanée et joyeuse. Les éclats de rires se mêlaient aux impulsions marquantes des tambours et les cris de joies donnaient vie au rythme endiablé de la mélodie. Papillonnant, Livaï se remettait à peine de la claque monumentale que venait de lui asséner Titania quand Eren lui saisit les mains et l'entraîna à son tour vers le centre de la Place. En quelques secondes ils furent perdus dans l'attroupement.

Ce ne fut qu'une fois engouffré dans le flot mouvant de danseurs que l'Alpha prit la pleine mesure de la situation dans laquelle il se trouvait. Son cœur battit la chamade. Livaï détestait danser. Et bien que les codes et la retenue des danses classiques l'angoissaient, ils lui permettaient au moins de ne pas totalement se ridiculiser dans ce genre de moment. Fort heureusement, la présence d'Eren l'empêcha de céder totalement à la panique. Bien qu'il se tenait planter là, incapable de saisir comment se mouvoir sans paraître gauche, l'Oméga semblait complètement s'en moquer.

Pour Eren, suivre le rythme changeant des percussions ou les diverses phrases musicales paraissait aussi naturel que de respirer. Livaï n'avait qu'à cesser de réfléchir et se laisser emporter par les gestes gracieux de son partenaire. Il n'allait pas devenir bon danseur par miracle, mais il semblait que tout ce qu'il fallait à Eren c'était un simple accompagnateur. Livaï n'esquissa que quelques pas, aidant l'Oméga à tourner ou à se stabiliser lorsque ses mouvements le demandaient. Le regard braqué sur Eren, Livaï se laissa pleinement fasciner. Jusqu'ici, il avait cru que l'Oméga n'était capable d'appeler la magie à lui qu'à travers le chant.

Mais il devenait de plus en plus évident que la vérité était bien plus complexe que ça.

Comme le soir où il l'avait rencontré dans le jardin impérial, il semblait que les mouvements d'Eren étaient chargés d'une force mystique. Les sens de Livaï ne pouvaient ignorer l'énorme présence magique qui dansait dans l'air, l'alourdissait d'une humidité particulière. Et il ne put s'empêcher de penser à la puissante magie qu'avait invoqué l'Oméga dans la Forêt des Origines. Bien qu'aucune manifestation fantomatique ne soit venue appuyer la réalité de cette énergie cette fois-ci, il ne faisait aucun doute qu'Eren était entouré d'une aura particulière. Contrairement au sortilège pratiqué dans la Forêt, cette présence magique n'était ni belliqueuse, ni même vraiment consciente. On aurait juste dit une manifestation pure d'allégresse.

Livaï se laissa emporter sans méfiance par l'atmosphère joviale.

Quand il reprit tout à fait conscience de lui-même, Eren l'avait entraîné dans une ruelle peu fréquentée, bien loin de la grande Place et son effervescence. Livaï cligna des yeux, perplexe, et opposa une légère résistance contre la main que tenait fermement l'Oméga quand il hasarda : « Eren ? … On a semé les gardes. Et je suis presque sûr qu'on n'est pas dans la bonne direction pour retrouver le carrosse. » Sans lui faire face, Eren ne marqua qu'une légère pause avant de recommencer à l'attirer à sa suite. L'odeur d'Eren contenu dans la légère brise estivale communiqua à Livaï que l'Oméga se sentait embarrassé lorsqu'il répliqua : « Je sais… Fais-moi confiance ! » Alors qu'ils traversaient plusieurs ruelles plus ou moins peuplées, l'Alpha se fit la réflexion qu'il n'y avait absolument aucune raison valable pour que l'attitude de son partenaire lui inspire la moindre once de confiance.

Cependant, en plus de son embarras, le parfum d'Eren comprenait une note certaine d'excitation et de nervosité. Et la curiosité de Livaï l'empêcha de mettre un terme à son petit manège avant d'avoir compris où l'Oméga voulait en venir. Lorsqu'ils arrivèrent enfin à destination, Livaï se figea. Ils se tenaient devant l'une des nombreuses auberges de Mitras qu'ils avaient croisé sur leur route pendant leur visite dans l'après-midi. Ni fréquentable ni malfamée, l'établissement était somme toute assez moyen. La plupart du temps, il passait complètement dans le décor. Il était assez apprécié par les commerçants qui n'avaient pas les moyens de se payer un meilleur service, mais qui refusaient de résider dans un boui-boui.

Livaï avait l'esprit complètement vide quand il s'exclama : « Je me demandais pourquoi tu avais buté sur cette auberge plus tôt… Tu as un sacré sens de l'orientation pour avoir réussi à la retrouver en pleine nuit… » Qu'est-ce qu'ils faisaient là ? Pourquoi l'Oméga avait-il décidé de les traîner ici ?! Livaï refusait catégoriquement de laisser son esprit galoper dans la direction qui semblait la plus à même d'expliquer leur présence devant ce bâtiment…

Eren se pinça les lèvres et détourna les yeux. Il tenait toujours fermement la main de l'Alpha lorsqu'il déclara : « J'ai soudoyé l'un de leurs employés pour qu'il nous y réserve une chambre… » Il n'osait toujours pas regarder Livaï en face lorsqu'il ajouta d'une petite voix : « Est-ce que tu veux y entrer ? » Le cœur de l'Alpha battait frénétiquement dans ses tympans. Est-ce… est-ce qu'il était raisonnable de penser qu'Eren souhaitait qu'ils passent à l'étape supérieure ?

Jusqu'ici, ils s'étaient contentés d'embrassades plus ou moins sensuelles, de caresses et de baisers. Le tout strictement au-dessus des vêtements. Bien que leurs sorties fussent aussi intimistes que possibles, elles ne l'étaient pas au point qu'ils s'explorent plus que ça : Livaï n'allait sûrement pas s'aventurer davantage alors qu'ils se trouvaient en pleine nature ou/et entourés de Chevaliers… Il déglutit difficilement et se contenta de serrer doucement la main de l'Oméga pour marquer son assentiment. Eren poussa un soupir de soulagement et l'attira à nouveau dans ses pas.

Livaï n'avait pas la moindre idée de ce qu'Eren attendait exactement de cette nuit, mais il se savait beaucoup trop faible pour résister à l'occasion d'enfin toucher l'Oméga comme dans ses rêves les plus fous.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Livaï était tellement absorbé par son désir de garder le contrôle de lui-même, qu'il se perdit dans ses pensées jusqu'à ce qu'ils entrent dans leur chambre.

Il était impossible de nier qu'il voulait plus que tout découvrir l'intégralité de l'Oméga sous ses doigts. Qu'il souhaitait pouvoir contempler son corps sans la moindre retenue, retracer ses courbes de sa langue. Mais il restait tout aussi vrai que Livaï savait que la réalité était loin d'être simple : il allait devoir exercer un contrôle encore jamais testé sur ses pulsions. Cette fois-ci, Eren était pleinement conscient de ses actes et aucune phéromone aigre ne viendrait lui exposer de dilemme moral pour l'aider à garder leurs caresses dans un carcan de retenu prédéfini…

Quand Eren prit une bruyante inspiration et s'efforça à lui faire face, Livaï terminait de refermer la porte derrière lui. Ils s'observèrent un moment en silence. Toujours incertain de lui-même et de sa fortitude, l'Alpha s'était planté devant la porte. Posture rigide, il se tenait presque prêt à décamper s'il lui semblait tout à coup impossible de maintenir leur moment intime dans les limites de l'acceptable. ''Il ne sait même pas encore qui je suis réellement ! Et… et la Sélection n'est pas terminée ! Ce n'est pas parce que je considère qu'il est déjà mon fiancé que je peux me permettre de…'' Les pensées de Livaï étaient de plus en plus confuses. ''Du calme Levi. Et si tu te plantais complètement depuis le début ? Eren a beau être réceptif à tes avances… ça ne veut absolument pas dire qu'il pense à ce que tu crois ! Il veut peut-être juste qu'on…'' Il prit soudain conscience du ridicule de la situation. Le regard de l'Oméga était résolument braqué sur lui, à l'observer avec attention, essayant de décrypter ses expressions.

A quoi bon spéculer ? Il lui suffisait de simplement clarifier la situation !

Pourquoi est-ce qu'Eren avait le pouvoir de le transformer en idiot ?

Livaï prit son courage à deux mains et finalement sauta le pas en demandant : « Eren… Qu'est-ce qu'on… » Mais avant qu'il ne termine sa phrase, l'Oméga s'approcha d'une grande enjambée et, sans marquer la moindre pause, lui posa un léger baiser sur les lèvres. Malgré son approche agressive, les lèvres d'Eren étaient légèrement tremblantes. Ce que l'Alpha ne manqua pas de remarquer...Aussi, il modula sa voix pour se montrer rassurant lorsqu'il souffla : « Eren… » L'Oméga prit une grande inspiration, et toujours aussi nerveux, glissa les mains le long des bras de son partenaire dans une caresse frémissante. Eren balbutia : « On… On rentre bientôt à Sina, et… Je… La Sélection va se terminer. Et puis il y aura l'intronisation du Prince et le mariage impérial. Je sais qu'avec ton rôle d'Epée de l'Empire, tu seras tellement occupé qu'on se verra à peine… » Livaï laissa planer un silence. Eren releva les yeux vers lui. Le bleu-vert hypnotisant de son regard le fit frissonner. Sous la flamme de la lampe à l'huile qui illuminait la pièce, sa peau hâlée semblait soyeuse et la lueur incertaine qui brûlait dans ses yeux troubla l'Alpha.

Qu'est-ce qu'insinuait Eren exactement ?

L'Oméga s'avança un peu plus et enlaça pleinement son partenaire. C'était sans doute la première fois qu'il initiait de lui-même un contact aussi direct. Ils avaient eu beau multiplier les occasions de s'embrasser ces derniers jours, Livaï avait évité d'enlacer Eren depuis l'incident avec Sieg. A présent, l'Oméga avait le nez planté à la joncture entre son cou et son épaule, et Livaï peinait à se souvenir des raisons pour lesquelles il avait si désespérément lutté pour maintenir une certaine distance entre eux avant la fin de la compétition. C'était tout ce dont il avait rêvé, après tout. Livaï finit par se détendre. Ses bras enlacèrent à leur tour le corps d'Eren et il fut gratifié par le soudain effluve sucré qui lui envahit les narines.

Profitant du fait qu'il pouvait dissimuler son visage, Eren poursuivit son explication : « Je me suis un peu égoïstement habitué à t'avoir pour moi tout seul ces derniers jours… Alors je me disais qu'on pourrait… 'marquer le coup' avant de quitter Mitras… » Livaï ne put retenir un pouffement de rire incrédule. L'Alpha s'écria : « 'Marquer le cou' ? ... Dans une chambre d'auberge ? Après avoir semé nos gardes ? … » L'acte était si clairement prémédité que ça en devenait risible. Livaï laissa la chaleur de l'excitation lui courir dans les veines et ajouta sur un ton qui se voulait joueur : « Oméga Jaëger, si je ne te connaissais pas aussi bien, je penserais presque qu'il s'agit d'une invitation… » Eren rougit. Une brutale explosion olfactive d'épices boisées et de notes fleuries confirmèrent les suspicions de Livaï.

Tout comme lui, il était évident qu'Eren souhaitait approfondir leur intimité.

L'Oméga s'écarta, la mine boudeuse, et asséna un coup au torse de son partenaire avant de s'exclamer : « Ne te moque pas de moi ! » Livaï esquissa un léger sourire, une pointe de chaleur venait de lui percer le cœur. ''Adorable''. La pensée l'avait pris au dépourvu. Il souffla : « Comment y résister ? » Il leva la main pour caresser l'oreille d'Eren, repoussant la mèche de cheveux qui lui dissimulait une part du visage. Il demanda, incertain : « Est-ce que tu es sûr de toi ? » Eren fronça les sourcils et saisit la main à son contact pour y déposer un rapide baiser. Son regard était empli de détermination lorsqu'il affirma : « Tu penses vraiment que j'aurais été jusque-là si je ne savais vraiment pas ce que je voulais ?! » Livaï se figea.

Il était encore en train de se convaincre qu'il parviendrait à leur assurer une nuit inoubliable sans pour autant passer 'les limites'. Il voulait pouvoir profiter de leur connexion, mais il était hors de question qu'il profite d'Eren de cette façon. Pas alors que l'Oméga ignorait tout de sa réelle identité. ''Quel hypocrite je fais ! C'est d'accord si je le doigtes, mais pas si je couches avec lui ?! En vrai, il croit être sûr de lui parce qu'il ignore la vérité. Est-ce qu'il voudrait vraiment de moi s'il apprenait qui je suis maintenant ?'' Cette question le hantait. Livaï s'écarta d'un pas sur le côté et s'enfonça silencieusement dans la chambre. Que faire ? Que dire ? Était-ce vraiment une bonne idée de tout lui révéler maintenant ?

Livaï avait tout à coup l'impression d'étouffer. Il se départit de son veston et comme pour remettre de l'ordre dans ses pensées, le plia soigneusement avant de le poser sur le bureau qui se trouvait face au grand lit de la chambre. Il resta un moment, présentant résolument son dos à Eren et au reste de la pièce. L'Alpha était encore aux prises avec sa conscience quand la nervosité piquante de son partenaire lui parvint dans une bouffée de phéromones. Son attitude était clairement en train d'angoisser Eren. L'Oméga balbutia soudain d'une voix légèrement tremblante : « Hum… On n'est pas… On n'est pas forcé de… » Livaï fit volteface. Quel crétin ! Le but n'était pas de laisser Eren croire qu'il n'était pas exactement ce que désirait l'Alpha depuis qu'il avait posé les yeux sur lui…

Il semblait qu'Eren tentait de se faire tout petit, les mains triturant la boucle de son laçage alors qu'il évitait soigneusement de croiser son regard. Livaï prit une décision rapide. Sourcils froncés, il s'avança vers l'Oméga. Eren se raidit lorsque les larges mains de l'Alpha lui enserrèrent les poignets. Tout d'abord, Livaï devait mettre un terme certain à ce malentendu. Il attira son partenaire vers le lit et l'y assit avant de s'installer à ses côtés. Pour le rassurer, l'Alpha lui caressa doucement l'intérieur de ses poignets du bout des doigts. Petit à petit, le parfum de l'Oméga perdit les notes acides de la nervosité.

Livaï cherchait encore par où commencer. Quoi dire pour que ce moment ne se transforme pas en pur cauchemar…

Un moment s'écoula sans que rien ne se passe d'autre. A chaque fois que Livaï pensait avoir trouvé comment introduire le sujet, qu'il ouvrait la bouche pour tout avouer, sa gorge se nouait. A court de patience, l'Oméga finit par se dégager doucement, puis lui posa les mains sur les genoux d'un geste qu'il voulait rassurant : « Levi… Je peux comprendre si tu n'as pas envie de… ça, dans l'immédiat. » Livaï fronça à nouveau les sourcils. Eren crut bon d'ajouter : « Si ce qui est arrivé à Hannah et Frank t'inquiète, je… j'ai déjà pris mes précautions… » Le choc de l'annonce lui fit l'effet d'une claque. Livaï s'enquit, ébahi : « Tu as… ? » Eren acquiesça en rougissant. Livaï grogna de frustration. Il se passa une main dans les cheveux et jeta un rapide coup d'œil vers la large fenêtre près du lit.

Dehors, la fête battait toujours son plein.

Une fois n'était pas coutume : cette fois-ci, c'était Livaï qui s'était montré naïf ! Juste se découvrir l'un l'autre ? S'endormir en le serrant dans ses bras ? Eren était loin de vouloir simplement le peloter. C'était plus qu'évident avec cet aveu. L'Alpha avoua : « Plus je vois à quel point tu t'es démené pour en arriver là, et plus c'est dur de prendre la bonne décision… » Livaï avait rêvé de cet instant plus d'un million de fois ! C'était littéralement tout ce à quoi il pouvait penser certains jours… Pourquoi fallait-il que Sina le tente de cette façon ?! Il savait pertinemment ce qu'était 'la bonne décision'. Et c'était de mettre un terme au plan d'Eren, et de tout lui avouer. Quitte à risquer de tout perdre…

Interloqué, l'Oméga pencha légèrement la tête de côté et hasarda : « La bonne décision ?

- Hm… A propos de ma dispute avec le Prince… » Ce fut au tour d'Eren de froncer les sourcils : « J'avais raison ! J'ai un rapport avec votre dispute ! » Livaï grimaça puis acquiesça lentement : « Oui. Mais…

- Est-ce qu'il refuse que tu me courtises ? J'ai conscience de ne pas avoir été très accommodant ces derniers temps en ce qui concerne la famille impériale, mais… » Livaï stoppa sa tirade affolée d'un geste brusque de la tête : « Non, ce n'est pas ça. Pas tout à fait. » Eren poussa un soupir de soulagement, mais ce sentiment ne dura pas longtemps. Une violente note piquante traversa les phéromones de l'Oméga avant qu'il ne s'insurge : « Est-ce que tu comptes rompre notre promesse ?

- Quoi ?!

- Est-ce que tu comptes m'abandonner du jour au lendemain ?

-…Eren…

- Si ce n'est pas le cas, pourquoi ramener ça sur le tapis maintenant ? » L'Oméga saisit fermement les genoux de son partenaire et s'écria, outré : « Je me jette quasiment à tes pieds, et toi, tu préfères parler politique ? Je vais commencer à croire que je ne suis pas… » Comment est-ce que la situation avait pu évoluer dans cette direction ? La panique d'Eren poussa Livaï à l'interrompre d'un rapide baiser sur les lèvres.

Est-ce qu'Eren, celui que les rumeurs décrivaient comme un charmeur maléfique, doutait sincèrement de l'effet qu'il avait sur son partenaire ?!

L'Oméga semblait particulièrement outré de constater que sa tentative de séduction ne puisse suffire à écarter tous les doutes de Livaï. Dans ces circonstances, difficile de ne pas se sentir étrangement flatté. Et amusé. Livaï ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il avait été très bête de douter de l'affection de l'Oméga. La tension était largement retombée lorsque Livaï affirma : « Il n'y a aucun problème avec tes charmes, Oméga Jaëger… » Toujours visiblement agacé, Eren se pencha soudain vers lui. Il lui saisit la lèvre inférieure entre les dents et la mordilla jusqu'au sang. Livaï grogna de douleur. Satisfait, Eren relâcha sa chair meurtrie. Quand il releva les yeux vers l'Alpha, ses pupilles occupaient presque la totalité de ses yeux.

L'atmosphère de la chambre se chargea soudainement.

La situation venait de prendre une direction radicalement différente. Le parfum envoutant de l'Oméga était tout simplement parfait. La réalité du moment, de leur proximité, du désir d'Eren, engloutit Livaï. C'était une invitation certaine. La force des phéromones de l'Oméga ne laissaient aucune place au doute. C'était exactement ce dont avait fantasmé Livaï ! Nom d'un chien ! Et si l'occasion ne se représentait plus jamais ? Et si c'était la seule et unique chance qu'il n'aurait jamais de vraiment posséder l'Oméga ? De le tenir dans ses bras, de…

Le cœur de Livaï effectuait des galipettes dans sa cage thoracique lorsqu'il entreprit de se défaire de ses chaussures sans quitter le regard fiévreux d'Eren des yeux. En silence, visiblement poussé par son évidente excitation à prendre les choses en main, Eren se hâta d'en faire de même, même si son empressement le rendit un peu maladroit sur les bords. Alors que Livaï se débarrassait de son arme et sa ceinture, l'Oméga se retrouva à devoir s'y prendre à trois reprises pour délacer ses cuissardes. Quand il se redressa, Livaï le dévorait littéralement du regard. Eren était légèrement tremblant et l'Alpha, n'y tenant plus, entreprit de lui ôter son corset. Dès que les deux boucles qui enserraient le torse de l'Oméga furent détachées, Livaï tira sur le fin lacet de cuir qui fermait sa chemise et le laissa complètement exposé.

Une expression compliquée apparue sur le visage d'Eren. Ses phéromones semblaient batailler entre exprimer son total embarras et son fébrilité grandissante. Pour sa part, Livaï était absolument fasciné par la peau offerte à son regard. L'Alpha posa la paume contre le torse de son amant et écarta les doigts sur sa peau hâlée. Eren retint son souffle. Leurs regards se croisèrent dans le silence. Le contraste entre l'ivoire de sa main et le caramel chaud de l'épiderme de son partenaire était saisissant. Livaï avait si souvent rêvé de cet instant, cherché à se représenter le plus fidèlement possible la musculature déliée d'Eren, que la réalité le laissait sans voix. La chaleur qui lui réchauffait la paume, les tambourinements effrénés du cœur de l'Oméga sous ses doigts…

Eren se mit soudain à déboutonner la chemise de l'Alpha d'une main légèrement tremblante. Livaï s'approcha un peu plus de son amant. Très vite, une pluie de baisers légers vint s'abattre sur la longueur du cou de l'Oméga. Soustrait à l'intensité du regard de l'Alpha, Eren acheva plus rapidement de le débarrasser de sa chemise. Livaï pressa les lèvres contre le cou de son partenaire et un doux gémissement échappa à l'Oméga. Une nouvelle bouffée de phéromones emplit les poumons de l'Alpha alors que son amant entreprenait enfin de parcourir son torse de caresses exploratrices. Son toucher était presque délicat, ses doigts brûlants retraçaient les cicatrices de Livaï avec tendresse.

L'Alpha étouffa un grognement quand une violente vague de désir lui crispa les reins.

Contrairement à ses fantasmes, l'instant était si intense, si complet, qu'il doutait pouvoir tenir encore longtemps sans s'embarrasser. Il valait mieux presser un peu plus le moment. Livaï entreprit avidement de détacher le pantalon de l'Oméga. Lorsque ses doigts effleurèrent la peau de son aine, Eren s'exclama de surprise, stoppant instantanément l'Alpha. Embarrassé, l'Oméga expliqua d'une petite voix : « Tu… as les mains froides. » Malgré lui, Livaï se surprit à ricaner. La pression qui lui tiraillait les reins s'atténua légèrement. Soulagé de récupérer un peu de son contrôle, l'Alpha embrassa Eren hâtivement avant de répondre : « Hm. C'est plutôt pratique en pleine canicule. J'ai tendance à avoir la peau froide. Ça peut surprendre… » Il étala la main au centre du bassin de l'Oméga dans un geste possessif qui lui arracha un frisson.

Une nouvelle explosion d'effluves frappa Livaï. Avant que l'Alpha ne puisse pleinement profiter du léger tournis que l'assaut olfactif avait provoqué, Eren avança la tête et captura ses lèvres dans un baiser brûlant. Fébrile, l'Oméga approfondit leur échange en agrippant la nuque de son partenaire. Bien vite, leurs langues s'engagèrent dans une danse enfiévrée. Leurs mouvements devinrent brusquement frénétiques. En quelques secondes, ils s'étaient débarrassés des vestiges de leur tenue. Quand Livaï s'écarta pour reprendre son souffle, il remarqua que l'Oméga avait définitivement pris les devants. A califourchon sur lui, Eren était pressé contre la présence brûlante du membre dressé qui frottait contre son abdomen. Les joues en feu, l'Oméga baissa les yeux et déglutit. Eren observait l'entrejambe de son amant avec appréciation, le souffle court…

Livaï poussa un grognement de frustration et l'Oméga lui fit face brusquement, les yeux écarquillés d'avoir été pris sur le fait. L'Alpha le renversa contre le matelas. Sans même y réfléchir, Eren accepta cette prise d'initiative et écarta les jambes pour lui permettre de se loger entre ses cuisses. Son regard passionné détailla la musculature de Livaï. La longue chevelure de l'Oméga était éparpillée contre les draps, son regard magnétique était presque noir de désir. Livaï glissa la main le long de son cou. Comme il en avait rêvé, il retraça ses courbes jusqu'au bas de son bassin du bout des doigts. Eren retint son souffle. Livaï était tout simplement captivé par ce qu'il se passait sous ses yeux. Jamais ses fantasmes ne lui avait permis d'imaginer correctement à quoi pouvait ressembler Eren à cet endroit. Sa verge dressée était plus longue qu'il ne s'y serait attendu de la part d'un Oméga, mais il ne s'était pas non plus attendu à être assailli par un si intense désir de la glisser contre sa langue…

Au comble de l'embarras, Eren grogna : « Levi… » Livaï haussa un sourcil et rétorqua, incrédule : « Quoi ? Tu as le droit de me fixer mais moi, non ? » Eren se couvrit le visage des deux mains, mort de honte. Livaï lui écarta les mains pour l'embrasser. Puis, il concéda : « D'accord, d'accord, j'arrête de te taquiner… » Sans laisser à Eren le temps de se sentir vraiment rassuré, Livaï effleura des doigts son entrejambe gorgé. Sur le coup, le gémissement qui échappa à l'Oméga n'avait plus rien de surpris. Le cœur de Livaï lui battait dans la gorge : ce son était tout simplement sublime. L'Alpha bougea la main avec attention. Tout d'abord trop embarrassé, Eren s'était retenu. Paupières closes, les muscles légèrement crispés, il avait fallu quelques minutes pour que le souffle saccadé de l'Oméga ne se transforme en geignements. Ses mains agrippèrent les épaules de Livaï et rapidement, de légers tremblements commencèrent à le secouer.

Le voir ainsi se laisser aller, succomber au plaisir que lui procurait Livaï, entraîna une nouvelle vague de chaleur au creux des reins de l'Alpha. Enchanté, Livaï posa des baisers brûlants sur ses clavicules et inspira pleinement son parfum. Tout à coup, la pression des doigts d'Eren sur ses épaules se fit presque douloureuse et un gémissement de frustration s'échappa des lèvres de l'Oméga. Livaï comprit que son partenaire était à deux doigts de jouir. Il entreprit de sucer la peau tendre recouvrant sa jugulaire et un grondement lui ronfla au creux de la gorge. Eren gémit, à nouveau surpris. L'Oméga se déversa dans un frémissement entre les doigts de son amant. Eren reprenait difficilement son souffle quand Livaï lui posa un léger baiser sur les lèvres.

Avec précaution, l'Alpha glissa les doigts bien plus bas entre ses jambes. Aucun doute à avoir sur l'excitation de l'Oméga. Un frisson d'anticipation souleva les poils des bras de Livaï alors qu'il s'entendait murmurer avec révérence : « Tu es tellement mouillé… » Eren lui répondit d'une bouffée fleurie de phéromones, signalant son embarras. Pour autant, l'Oméga n'avait visiblement aucune intention de faire marche arrière : Eren retraça avec attention les contours du pectoral de son amant, avant d'effleurer le reste de sa musculature des doigts et de terminer son exploration en tapotant le bout de son membre palpitant. La voix de l'Oméga était légèrement éraillée, mais clairement taquine lorsqu'il rétorqua avec assurance : « Tu n'as pas l'air d'être en reste… 'Alpha'. » L'appellation électrisa Livaï.

''Alpha'' comme dans ses fantasmes…

Répondant à sa première pulsion, Livaï lui mordit brusquement la lèvre inférieure. Eren glapit de douleur et son partenaire recommença de plus bel à l'embrasser avec passion. Les doigts de l'Oméga glissèrent soudain contre l'aine de son amant avant d'enserrer son entrejambe. Tout d'abord maladroit, Eren parvint assez vite à trouver un rythme tout simplement parfait aux va-et-vient qu'il intimait à son poignet. Même si ses premières caresses étaient presque douloureuses, dues à l'absence de lubrifiant pour faciliter les choses, ce problème fut vite résolu. Livaï était tellement excité actuellement que le fait qu'il se retienne de jouir à son tour relevait du miracle.

C'était encore mieux que dans ses rêves : la maladresse d'Eren, les légers tremblements de sa paume brûlante, la rougeur qui avait élu domicile sur ses joues, son souffle chaud sur son visage. La respiration de Livaï était entrecoupée, son rythme cardiaque complètement chaotique. Les caresses de plus en plus rapides de l'Oméga contre sa verge se répercutaient dans ses nerfs comme un tremblement de terre. Par vagues, par vibrations. C'était presque si plaisant que ça en devenait douloureux… L'Alpha allait imploser lorsqu'il décida de stopper son amant en lui agrippant la main. Il inspira un grand coup, bloqua sa respiration puis posa la tête contre le torse d'Eren. Il était bien trop tôt pour se laisser aller… Il refusait de terminer leurs ébats sur une note aussi embarrassante et déplorable.

C'était trop tard, il en attendait vraiment plus de leur nuit maintenant.

Livaï grommela, frustré de devoir avouer : « Je ne suis pas en Rut, donc si je 'craque' maintenant, on va devoir attendre un moment avant que je puisse continuer… » Puis comme s'il se souvenait soudain qu'il valait mieux obtenir confirmation, il demanda, nerveux : « Est-ce que tu veux vraiment aller jusqu'au bout ? » Eren rougit, puis agita la tête à la positive. L'Alpha sentit plus qu'il ne vit sa réponse. Ce qui le soulagea. Livaï intima : « Alors arrête-toi deux secondes. » Obéissant, Eren glissa la main contre l'aine de son amant avant de lui agripper la hanche. Avec son autre main, l'Oméga se mit à lui caresser la nuque, frôlant du bout des doigts le duvet de son undercut. Cette tendresse faisait, elle aussi (et assez honteusement), partie inhérente des désirs les plus inavoués de Livaï. Après tout, c'était à la suite d'un rêve parfaitement innocent que l'Alpha avait eu la mauvaise surprise de souiller ses draps pour la première fois…

Le souvenir de cette honte lui permit d'écarter tout danger de précocité. Poussé par une détermination nouvelle à aller jusqu'au bout de son fantasme, Livaï insinua précautionneusement un doigt dans l'antre moite et brûlant de son partenaire. Eren inspira brusquement, mais aucune complainte ne se fit entendre. Livaï savait que même si l'Oméga était capable de se lubrifier naturellement, il valait mieux préparer soigneusement son amant avant la pénétration. Alors il prit le temps et la patience de correctement dilater les parois serrées qui se refermaient en palpitant contre son index.

Dès qu'il eut l'impression qu'Eren s'était habitué à la présence étrangère de son doigt, il se permit d'en ajouter un nouveau. La sensation légère de succion et l'intense chaleur qui englobaient ses doigts avaient douloureusement ravivés l'incendie qui lui ravageait l'entrejambe. Livaï ignorait pendant combien de temps il serait encore capable de se retenir lorsqu'Eren gémit : « Levi… » La supplique silencieuse contenue dans la lascivité de sa voix éraillée fit de nouveau frissonner l'Alpha. Livaï inspira longuement, stoppa le mouvement cisaillé de ses doigts et expira bruyamment.

Eren était à nouveau rouge d'embarras. L'ajout ponctuel de notes fleuris à la douceur épicée de ses phéromones était une bénédiction. Loin de se laisser museler par sa honte, l'Oméga supplia d'une voix suave : « S'il te plait… 'Alpha'. » Puis des deux mains, il vint englober les fesses de Livaï et resserra les doigts par intervalle. L'Alpha grogna, pris de court, et sortit à contre cœur ses doigts de l'antre palpitant de son partenaire. A peine libéré de son massage sensuel, Eren plaqua le bassin de Livaï contre le sien en l'attirant vers lui d'une traction. Paupières closes, entièrement absorbés par les divines sensations procurées par le frottement de leurs verges, ils se mirent à lentement se mouvoir l'un contre l'autre.

Par moment, lorsqu'il reculait suffisamment les hanches, l'entrejambe de Livaï parvenait à effleurer l'intimité humide de son amant. Eren poussa un soupir plaintif, presque frustré. Lui-même pas mal insatisfait, quoique fasciné par ces nouvelles sensations, Livaï accompagna leur danse lascive en agrippant fermement les hanches de l'Oméga pour mieux contrôler leur rythme. Eren déclara soudain sur un ton empressé : « Alpha'Alpha', s'il te… » Il n'en fallut pas plus pour que Livaï ne cède enfin. Il s'enfonça brusquement. Le souffle d'Eren se coupa d'un coup.

Livaï s'évertua à garder son calme, à faire fi des battements frénétiques de son cœur dans ses tympans ou de l'envie irrépressible qu'il éprouvait à se retrouver entièrement engouffré dans cette chaleur humide… Il prit son temps pour éviter de blesser Eren. Une fois enfoncé jusqu'à la garde, l'Alpha se stoppa net. Il voulait laisser quelques secondes à son partenaire pour qu'il s'acclimate à la présence perçante de son entrejambe. Livaï pouvait sentir les parois brûlantes qui palpitaient doucement contre sa verge et la sensation suffisait presque à le faire jouir d'un coup. L'Alpha jura entre ses dents : « Bordel… » Eren entoura son bassin de ses jambes et, la respiration saccadée, glissa les mains le long de son échine pour lui agripper la nuque. D'une pression légère, l'Oméga attira Livaï jusqu'à ce qu'ils se retrouvent face à face.

Ils s'embrassèrent langoureusement, figés dans cette position.

La pression contre son entrejambe se relâcha légèrement, une nouvelle vague d'humidité vint lui faciliter le passage. Satisfait, Livaï se permit enfin de bouger. Ces mouvements n'avaient plus rien de précautionneux. Ces élans étaient à présent abrupts et rapides. L'Alpha glissa les bras sous le dos de son partenaire, replia les mains de façon à lui coincer les épaules et coller leurs torses. Emprisonné par leur étreinte, Eren n'avait d'autre choix que de subir ses assauts répétés. Les gémissements de plaisir de l'Oméga le poussaient à aller toujours plus loin, toujours plus vite. Le même incendie lui brûlait toujours au creux des reins, mais les sensations délicieuses de frottement et de chaleur contre son entrejambe surpassaient de loin son immédiat besoin de satisfaction.

Plus, toujours plus.

Il en voulait plus.

L'explosion de phéromones qui se mélangeaient indécemment dans l'air lui faisait perdre la tête. Comme dans ses rêves, il était saisi d'une irrésistible envie de mordre Eren. ''Mien, Mon Oméga''. Sa vision enfiévrée se planta sur la glande d'Appareillement de son partenaire et le désir de le faire sien se fit si violent que Livaï eut l'impression que ses canines lui perçaient la gencive. Lorsqu'il planta les dents dans la chair tendre à la joncture du cou et de l'épaule d'Eren, c'était par pur contrôle de soi. L'Oméga se raidit d'un coup, le dos arqué. L'instant d'après, Eren s'épanchait contre l'abdomen contracté de son amant. La contraction contre l'entrejambe de Livaï était si parfaite ! Il asséna quelques coups de reins supplémentaires avant de se figer dans la jouissance à son tour.

La chaleur de sa semence se répandait encore quand l'Oméga, prisonnier de ses bras, se contracta une seconde fois, tremblant de la tête aux pieds. Un cri silencieux semblait lui échapper alors qu'il rejetait la tête en arrière. Cette vision était si excitante que Livaï regrettait presque de ne pas être en Rut, de ne pouvoir immédiatement poursuivre ses assauts jusqu'à ce qu'Eren en perde complètement l'esprit… L'Alpha gronda de plaisir et de frustration alors qu'une vague de contentement lui déliait tous les muscles. Il se laissa retomber contre son amant, épuisé malgré lui.

Ils étaient tous les deux à bout de force. Et quand bien même leur journée avait été remplie, Livaï était plus qu'étonné de se sentir aussi vidé. Il avait été au front pendant des années ! Et même si c'était la première fois qu'il s'adonnait au sexe pénétratif, c'était loin d'être sa première expérience ! Encore abasourdi de se sentir aussi détendu et fatigué, l'Alpha caressa du bout du nez le cou de son partenaire. Leurs phéromones mélangées formaient la perfection même. Livaï grommela, enivré : « Oméga… Mon Oméga. » Qu'importait pourquoi Eren était si différent à ses yeux. L'important c'était qu'enfin, ils étaient unis. Groggy, Livaï n'avait plus la moindre énergie à dispenser pour une crise morale ou une remise en question. Il enlaça Eren et se laissa happer par l'inconscience.

Ils s'endormirent, les jambes entremêlées.

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

La caresse chaude du soleil contre sa peau le plongeait dans état second.

Empli de bien-être.

Livaï ne s'était jamais senti aussi détendu de sa vie. Avant que la chaleur des rayons de soleil ne devienne insupportable, une douce brise fraîche soulagea sa peau d'un effleurement. Le vent jouait avec sa chevelure et sa salinité éveillait en lui un fort sentiment de nostalgie. ''Mitras… Sur les collines plongeantes…'' La réalisation du lieu où il était allongé lui était venue alors que, paupières closes, Livaï ne parvenait toujours pas à se tirer de l'état indolent dans lequel il était immergé. Il était si détendu que ses muscles lui semblaient faits en coton.

''J'aimerais rester ici pour l'éternité…''

Alors que cette pensée lui traversait l'esprit, un rire troubla la parfaite quiétude du moment. Non. Ce n'était pas le terme exact. Ce rire n'avait rien de troublant. Il était… poignant. Presque aussitôt après l'avoir entendu, le cœur de Livaï s'était mis à battre la chamade. Clair et sincère, le gloussement charmant et juvénile se poursuivait. De plus en plus discernable, de plus en plus déconcertant, c'était comme si l'individu dont il émanait se rapprochait de Livaï. L'Alpha lutta pour parvenir à soulever ses lourdes paupières. Au moment même où il parvint à entrevoir le flou lumineux de la scène, un impact lui frappa la poitrine.

Non, encore une fois, le mot n'était pas adéquat.

Ce n'était pas une attaque, c'était plus comme si un poids venait de lui tomber, maladroitement, sur le torse. Il cligna des yeux à plusieurs reprises pour aider ses pupilles à s'acclimater à la luminosité éclatante du soleil aveuglant qui le surplombait. Il tenta de se redresser légèrement et les mains qu'il avait auparavant placées derrière sa tête dans une posture relaxée, vinrent capturer le poids qui lui pesait sur le buste. Le rire joyeux qui l'avait tiré de sa torpeur se fit de nouveau entendre. Cette fois-ci, bien plus fort. Mais Livaï peinait à éprouver la moindre trace de surprise. Il enlaça doucement la petite silhouette qui feignait de se débattre entre ses bras. L'éclat de rire charmant qu'il reçut en réponse, empli d'amusement, lui pinça le cœur.

Il n'arrivait pas à identifier le sentiment exact qui était en train de lui comprimer la poitrine, mais une chose était certaine… Il serait prêt à tuer pour qu'il n'arrive absolument rien à l'existence lumineuse, chaude et précieuse qu'il tenait fermement dans ses bras. Il ferma les yeux et plongea le nez dans l'épaisse chevelure de l'enfant qui gigotait contre son torse. La violence du sentiment de possessivité qui l'étreignait ne lui était pas étrangère. Même s'il était sensiblement différent de celui qu'il avait éprouvé au contact d'Eren. ''Mien. Protéger'' L'instinct était inconnu mais aussi naturel que celui d'un Alpha envers son Oméga.

Les petites mains potelées de l'enfant lui saisirent le visage avec une force surprenante pour leur taille. Et sans hésiter, le môme lui colla un énorme baiser baveux en plein centre du front. Livaï n'avait pas la moindre idée de l'expression qu'il venait d'afficher, mais le fou rire dans lequel tomba le chérubin qui lui faisait face se devait être un visage particulièrement hilarant. Par vengeance, l'Alpha entreprit de chatouiller l'enfant avec entrain.

Le réveil fut aussi déconcertant et violent que lorsque Livaï s'éveillait d'un fantasme.

Il lui fallu quelques minutes avant de se rappeler de l'endroit où il se trouvait, de pourquoi il s'y trouvait, et avec qui. Pendant ces quelques minutes, le cœur battant, il lui sembla entendre des échos du rire cristallin de l'enfant qui avait hanté ses rêves. Très vite, le calme revint. Son rythme cardiaque se calma et le silence tranquille de la chambre d'auberge le rasséréna. Qu'est-ce que c'était que ce rêve ?! Certes, Livaï savait ce qu'on attendait de lui en tant que futur régnant de Paradise, il était évident qu'on souhaitait qu'il ait une descendance. Dans un sens vague et lointain, il avait envisagé d'être père un jour. Bien qu'en toute sincérité, l'Empereur Kenny n'ait pas vraiment réussi à lui transmettre la moindre idée de comment un père était censé se comporter…

Livaï ne s'était pas arrêté à ça. Il s'était simplement juré de toujours mieux faire que son géniteur avec ses propres enfants. Ce qui, franchement, n'allait pas être très compliqué en ce qui le concernait. Il n'avait peut-être pas eu de père, mais Kuchel avait été un excellent parent. Et l'Alpha n'avait absolument pas l'impression qu'on doive si simplement séparer les rôles de père et de mère. Patience, fermeté, écoute et tendresse. Livaï voulait être pour ses descendants la même existence que Kuchel Ackerman l'avait été pour lui. Même si jusqu'ici, il n'avait pas la moindre idée de quand ou avec qui ses héritiers verraient le jour.

Ce rêve l'avait secoué.

Aux côtés d'Eren, ce genre d'attente n'était plus 'un défi à relever'. C'était une promesse. Une magnifique et excitante promesse. Si c'était avec Eren Jaëger, l'Oméga qu'avait choisi son instinct d'Alpha, avoir des enfants étaient une aventure. ''Et puis, Eren n'est clairement pas du genre à abandonner ses enfants…'' Livaï agita la tête, embarrassé qu'une telle pensée lui soit venue aussi vite. L'Oméga avait annoncé avoir déjà pris ses précautions, et l'éventualité que leur nuit porte la moindre conséquence était plus que faible… Et quand bien même ce n'était pas le cas, Livaï n'aurait jamais dû envisager leur future parentalité comme un moyen de forcer son partenaire à demeurer à ses côtés… ''Mais on peut quand même avouer que ça me donnerait au moins le temps de m'expliquer. Le temps qu'il me pardonne… éventuellement.'' Le gloussement joyeux de l'enfant rêvé vint lui flotter dans l'esprit.

Livaï plissa la bouche de dégoût.

Il refusait d'être aussi couard et calculateur. Si Eren acceptait de devenir son Impératrice et qu'un jour, ils avaient un enfant ensemble, cet enfant serait la culmination de leur désir partagé. Si Livaï voulait préserver l'absolue pureté du rire de son rêve, il devait construire quelque chose de bien plus stable et complet avec son Oméga. Livaï observa silencieusement la poussière qui voletait dans les rayons de soleil qui inondaient la pièce. Dos à lui, Eren était blotti dans ses bras, encore endormi. Son souffle régulier rendait le silence de la pièce rassurant.

''Si seulement les choses pouvaient être si simples…''

Du bout des doigts, Livaï commença à tracer des cercles sur la peau souple du ventre de l'Oméga. L'Alpha colla le nez contre sa nuque, effleurant doucement sa glande d'Appareillement. Ravi, il se délecta de l'effluve sucré qui lui emplissait les narines tout en ronronnant de contentement. Un autre arôme, subtil et légèrement métallique, s'était glissé dans son parfum. Même après tout ce temps passé à analyser les moindres changements des phéromones d'Eren, il était surprenant de se rendre compte que Livaï était loin de tout savoir. Qu'est-ce que cette senteur pouvait bien vouloir dire ? Elle était familière pour Livaï. Comme l'odeur de son épée lorsqu'il l'affutait où la nettoyait. Familière et réconfortante. Était-ce comme ça que ses sens avaient décidé d'interpréter la satisfaction de l'Oméga ?

La voix légèrement enrouée et léthargique d'Eren vint le tirer de ses pensées : « J'ai vraiment pris mes précautions, tu sais. Il n'y a aucune chance que je vive la même chose qu'Hannah. » Ah. Donc il était réveillé ? Loin de se sentir embarrassé d'être pris sur le fait, Livaï se contenta de souffler du nez, clairement amusé : est-ce que c'était vraiment la première chose qu'avait choisi de lui dire son amant ? Après la nuit qu'ils avaient passée ? A ce stade des opérations, Livaï ne devait certainement plus s'étonner de rien de la part d'Eren. Il posa un baiser sur la nuque de l'Oméga et répondit d'une voix suave : « Bonjour, Eren. Bien dormi ? » Eren prit une grande inspiration, se tourna vers l'Alpha et répliqua : « Bonjour, Levi. La bonne nouvelle, c'est que vu la qualité des herbes… On a au moins trois jours d'efficacité devant nous. » L'Alpha haussa les sourcils.

Eren le contemplait sans ciller, comme s'il attendait impatiemment que sa déclaration face son chemin dans l'esprit de son interlocuteur. Livaï s'était déjà surpris à faire preuve d'une certaine dose de naïveté en ce qui concernait l'intimité qu'attendait de lui l'Oméga. Mais après la nuit précédente, il était facile de saisir les intentions d'Eren. S'il hésitait à passer à l'acte, c'était parce qu'à la lueur du jour et face à l'expression brillante des yeux de l'Oméga, il lui était difficile de ne pas se souvenir des raisons précises pour lesquelles céder à ses avances étaient une erreur monumentale…

Toutefois, son évident manque de réaction était loin d'être suffisant pour décourager son amant. L'Oméga s'approcha jusqu'à ce que leurs torses se retrouvent pressés l'un contre l'autre. La chaleur entre leurs deux corps grimpa presque immédiatement. Eren glissa les doigts sur les abdos définis de Livaï. Un frémissement parcourut l'Alpha de la tête au pied. Il ne put s'empêcher de souffler : « Tu es vraiment très doué quand il s'agit d'aguicher… » Eren roula des yeux. Et sans plus de cérémonie, ses doigts finirent leur course sur l'entrejambe de Livaï. Sous ses caresses légères, l'excitation de l'Alpha s'éveillait doucement. L'Oméga retint son souffle. L'intensité du regard qu'il portait sur la verge tendue de son amant aurait presque pu suffire à porter Livaï vers la jouissance. Fasciné par les mouvements de sa paume contre l'entrejambe de son Alpha, le parfum d'Eren exhalait des flagrances épicées, prouvant que son excitation ne faisait que croître.

Livaï était beaucoup trop affecté pour faire autrement que d'avouer qu'il n'avait pas la moindre intention de stopper son partenaire. Enhardi, Eren titilla le membre dressé de l'Alpha entre ses doigts, avant d'y appliquer une pression en l'enveloppant dans sa paume. La respiration de Livaï se coupa. Il se remettait à peine de la nouvelle sensation qu'Eren mit sa seconde main à contribution pour réaffirmer sa prise. Bien qu'un peu maladroit au début, ses efforts furent vite récompensés. La respiration de Livaï était de plus en plus saccadée et les doigts de l'Oméga glissaient avec de plus en plus d'aisance sur l'entrejambe humide de son partenaire. Livaï ferma les yeux. Le frottement était constant mais pas toujours avec la même pression selon la main qui entourait son membre tendu…

Une note fleurie se glissa soudainement dans les phéromones de l'Oméga, mais Livaï était beaucoup trop absorbé par les sensations qui lui parvenaient pour se demander ce qui avait embarrassé son partenaire. Le rythme des mains d'Eren se perdit tout à coup et Livaï, frustré, grogna : « Eren… » L'Oméga déglutit. Ils étaient si proches que l'Alpha ne pouvait faire autrement que de sentir les battements frénétiques du cœur de son amant. Les muscles crispés, Livaï avait l'impression d'avoir les reins en feu. Le rythme haché de sa respiration était lourd dans le silence de la chambre d'auberge. Eren lui embrassa la pomme d'Adam et gémit, le nez collé contre la peau moite de l'Alpha. Le mouvement de va-et-vient de ses mains reprit un rythme convenable et la pression de ses paumes contre le membre de plus en plus durci de Livaï lui arracha un grognement rauque.

L'Oméga avait entrepris de couvrir chaque centimètre de peau à sa disposition de baisers enflammés. Encore un peu et Livaï allait littéralement exploser… ''Non. Pas si vite…'' L'Alpha saisit brusquement les épaules de son amant, sans pour autant le repousser. Il tenta de faire passer son message dans un souffle : « Eren… » Il espérait vaguement qu'on pouvait comprendre au son éraillé de sa voix qu'il était quasiment à bout. Ce devait être le cas, puisque l'Oméga cessa presque immédiatement ses caresses. Eren prit une grande inspiration, et sans laisser place à la moindre once d'incertitude, il saisit à son tour les épaules de Livaï.

Dans un élan, il renversa l'Alpha de façon à lui plaquer le dos contre le matelas, le surplombant de tout son poids. Livaï aimait tout particulièrement l'expression du visage d'Eren alors qu'il se trouvait en position de force… Le vert d'eau de ses yeux avait presque entièrement disparu dans le cercle noir de ses pupilles. Il avait la respiration presque aussi lourde que celle de l'Alpha alors que Livaï ne l'avait toujours pas touché. Et la délicieuse odeur de son excitation indiquait qu'il était même déjà sûrement humide à cet endroit…

Livaï s'apprêtait à vérifier ses suspicions quand Eren se pencha et l'embrassa langoureusement. Ça suffisait amplement à ce que l'Alpha renonce à toute tentative de reprendre le contrôle de la situation. Il ferma les yeux, puis agrippa fermement la nuque de son partenaire. Ses doigts se pressèrent contre la glande d'Appareillement enflée de l'Oméga, arrachant un gémissement fébrile à Eren. Avant de se laisser totalement emporter par la fièvre de l'instant, ce dernier riposta en saisissant de nouveau le membre tremblant de l'Alpha. Sans cérémonie, Eren l'aligna de façon à pouvoir l'engouffrer dans sa moiteur frissonnante. Livaï retint à nouveau son souffle.

L'Oméga s'écarta légèrement, afin de mieux contempler son œuvre.

Même dans ses rêves érotiques Livaï n'aurait pu imaginer une scène plus parfaite. L'apparence d'Eren, rougissant légèrement, le regard déterminé et le souffle saccadé alors qu'il le surplombait de tout son long, était glorieuse. La sensation parfaite de la pression contre son entrejambe, les palpitations légères de ses parois humides… L'Alpha était forcé de se sentir admiratif. Livaï posa les mains sur les hanches de son amant, mais s'abstint de le forcer à bouger. Avant cet instant, il ignorait à quel point laisser à Eren tout le loisir de contrôler leurs ébats pouvait être jouissif. Livaï se sentait désiré : c'était une nouvelle émotion. Son éducation, et ses propres délusions à propos de son statut, l'avaient conduit à s'imaginer que l'Oméga pourrait être certes aguicheur, mais pas forcément acteur dans ce genre de moment…

Eren ne se fit pas prier. Il accompagna lentement l'entrejambe de son partenaire jusqu'à se retrouver complètement assis sur l'aine de l'Alpha. La respiration hachée et libre de bouger comme il lui convenait, l'Oméga prit un petit moment pour s'habituer à la sensation. Aux prises avec un brûlant désir de bouger les reins, Livaï continua de se contenir et de lui laisser le champ libre. Quand Eren souleva enfin les hanches pour la première fois, son regard brûlait de détermination. A la recherche de son propre plaisir, l'Oméga profita de sa mobilité pour expérimenter divers angles, divers rythmes jusqu'à enfin trouver la position parfaite. Le cri lascif qui lui échappa lorsque le sexe de Livaï frappa sa prostate fut accompagné d'un grognement de plaisir de la part de l'Alpha en réponse.

Les doigts de Livaï s'étaient resserrés contre ses hanches.

Bien que l'attitude de l'Oméga le torturât, l'Alpha resta dans la retenue et avorta à plusieurs reprises les coups de bassin que son instinct lui intimait. Visiblement excité par la grisante pointe de pouvoir que lui conférait cette situation, Eren accéléra ses mouvements. Les deux paumes plaquées sur le torse de son partenaire, il entreprit d'accentuer leurs frictions en soulevant son poids avant de l'abaisser dans une cadence exaltée. Leurs gémissements emplirent la pièce, leurs phéromones entremêlées formaient une fragrance tout simplement divine. Eren poussa un cri plus aigu que les autres et s'allongea contre Livaï, très clairement épuisé. Il était couvert de sueur et l'intensité de son parfum donnait le tournis.

Sans attendre, Livaï reprit les reines. Sans changer leur position, il resserra les bras autour de la silhouette tremblante de l'Oméga. Le nez planté au creux de son cou, l'Alpha bougea les reins de façon à maintenir le rythme endiablé de leur danse enfiévrée. Il sentit l'exact moment où leurs plaisirs atteignirent un point culminant. C'était comme si, tout à coup, toute la tension de l'instant se concentrait en un point précis. Livaï ferma les yeux et se laissa basculer vers la jouissance. Un grognement lui échappa alors que sa semence se déversait à nouveau dans l'antre accueillant de son amant. Alors qu'ils chassaient tous les deux les derniers échos de jouissance à travers leurs mouvements frénétiques, l'Oméga se soulagea à son tour. La présence poisseuse et chaude se répandit entre leurs torses. Vidé de son énergie, Eren était totalement relaxé contre son amant. Un ronronnement de contentement parvint aux oreilles de Livaï, qui ne put s'empêcher de sourire bêtement.

Leurs battements de cœur résonnaient à l'unisson à travers leur poitrine, comme synchronisés. Ils commençaient à peine à se calmer lorsque Livaï se plaignit : « On va bientôt devoir rendre la chambre… et on risque de le regretter si on laisse sécher ton sper… » Eren l'interrompit d'un grognement outré avant de s'écrier : « Est-ce qu'on ne t'a jamais parlé du concept de tact ? » L'Alpha souffla du nez. Il lui claqua une fesse et répliqua, fier de lui : « J'ai cru comprendre que tu avais appris à m'apprécier pour mon franc-parler.

- Tout a une limite, Levi… » En dépit de sa rebuffade, Livaï pouvait sentir le sourire de l'Oméga contre son torse. Si seulement les choses pouvaient être aussi simples.

Si seulement l'écrasante vérité ne les menaçait pas, tapis dans l'ombre de la culpabilité de Livaï…

**C*i*N*d*I*r*E*l*L*a**C*o*M*p*L*e*X**

Après un peu de rangement et s'être rafraîchis dans la médiocre salle d'eau de la chambre d'auberge, ils se rhabillèrent en silence.

Afin d'éviter toute tentation, ils se tenaient dos à dos.

Il était facile, maintenant que Livaï avait cédé à ses pulsions, de se traiter d'idiot fini. Mais les faits étaient là. Livaï avait, d'une certaine façon, abusé d'Eren. Même si l'Oméga s'était montré plus que consentant, il ignorait tout de la véritable identité de son amant. Et ça, ça rongeait l'Alpha de l'intérieur. Il n'arrivait pas à consciemment regretter cette nuit ou ce matin. Mais il n'empêchait qu'il sût pertinemment qu'il s'agissait d'une terrible erreur. Alors quoi faire maintenant ? Est-ce qu'il allait pouvoir se retourner et tout simplement annoncer : ''Au fait, Eren ? Tu te souviens de la lignée impériale que tu détestes viscéralement ? Ben, pas de chance, elle vient de littéralement te baiser.'' Et merde, c'était encore pire dit comme ça… Livaï grimaça, durement frappé par sa propre réplique.

L'Alpha n'avait plus le choix. En plus d'avoir promis de dire toute la vérité avant leur retour à Sina, il ne pourrait pas décemment regarder Eren dans les yeux sans être dévoré de l'intérieur par sa culpabilité. Il espérait seulement que sa terrible décision ne salirait pas le souvenir de leur première nuit ensemble… Derrière lui, l'Oméga était si silencieux et pensif qu'il était facile de se perdre dans les méandres de son esprit perturbé. Est-ce qu'il était déjà trop tard ? Est-ce que pour une raison qu'il ignorait, Eren regrettait déjà ce qu'il s'était passé ?

Ils quittèrent les lieux en silence, sous les coups d'œil appuyés des aubergistes.

Livaï ignorait de quoi ils avaient l'air. D'amants sur le point de se quitter ? De deux nobles qui s'étaient laissés emporter par l'ivresse du Festival et effectuaient une disgracieuse marche de la honte avant de retrouver leur demeure respective ? N'y tenant plus, Livaï surpassa sa nervosité grandissante et saisit le bras d'Eren. Visiblement troublé par son contact, l'Oméga lui jeta un regard surpris. L'Alpha déglutit et demanda avec franchise : « Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air complètement ailleurs depuis… » Depuis qu'ils s'étaient séparés pour se baigner. Depuis que Livaï lui-même s'était muré dans le silence. Rongé de l'intérieur par son étouffante culpabilité. L'Alpha s'interrogea : « Est-ce que tu regrettes ? » Eren en resta bouche bée.

Son étonnement mit un léger baume au cœur de Livaï. L'Oméga s'empressa de nier de vive voix : « Quoi ? Regretter ? Non ! » Il prit une grande inspiration et posa la main sur celle de Livaï. Il s'excusa : « Désolé ! J'étais déjà en train de chercher un moyen de ne pas totalement m'humilier lorsque je devrais faire face à Armin en rentrant… Le connaissant, c'est impossible qu'il ne comprenne pas d'une façon ou d'une autre ce que j'ai bien pu faire de ma soirée… » C'était tout ce qui inquiétait Eren ? Ce que son meilleur ami allait penser du fait qu'ils eurent découchés ? C'était mieux que l'horrible spirale de pensées sombres qui affligeait l'esprit de Livaï… L'Alpha agita légèrement la tête dans l'espoir de les chasser avant de remarquer : « Vous êtes vraiment spéciaux, tous les deux…

- On va dire que c'était un compliment… » Bien. Quelques heures auparavant, Livaï était convaincu qu'il avait de bonnes chances de révéler sa réelle identité tout en demeurant en couple avec l'Oméga. Cependant maintenant qu'ils avaient… couché ensemble, les choses changeaient. Le sentiment de trahison d'Eren avait davantage de chance d'être plus cuisant...

Toutefois, est-ce que ce qu'il s'était passé la nuit précédente n'indiquait pas quelque chose ? Quelque chose de fort et de spécial. Quelque chose qui suffirait peut-être à ce que l'Oméga ne décide pas de l'émasculer au moment où il lui révèlerait toute la vérité… Livaï prit une grande inspiration et déclara, l'air grave : « Je sais que j'ai préféré laisser passer l'occasion de t'expliquer pourquoi on s'était pris la tête, 'le Prince' et moi. Mais il faut à tout prix qu'on en parle avant notre retour à Sina… » Livaï en avait fait la promesse. Et il savait pertinemment qu'il valait mieux en discuter plutôt que de mettre Eren face au fait accompli lors de l'annonce des résultats de la dernière épreuve de la compétition.

Livaï continua avec conviction : « Si Armin te laisse l'occasion de t'échapper quelques minutes ce soir, ce serait important qu'on ait une discussion, toi et moi. » Eren plissa les yeux. Livaï était tellement nerveux qu'il y avait de fortes chances pour que ses phéromones alertent son interlocuteur de son état. Eren commençait visiblement à s'inquiéter lorsqu'il demanda, confus : « Est-ce que c'est grave ? » Livaï grimaça. Il aimerait pouvoir dire que non. Qu'en réalité, lorsqu'Eren comprendrait que l'Alpha n'avait jamais eu la moindre intention de le tromper de cette façon, ils pourraient en rire tous les deux. A la place, il se montra sincère et avoua : « Tout dépend de comment tu le prends…

- Hm… » L'Oméga réfléchit un instant avant de s'écrier : « J'avais cru comprendre que ça me concernait… » Il réfléchit encore un moment puis ajouta, comme pour confirmer les informations dont il disposait : « Tu as dit que ça ne changerait rien à notre promesse… » Livaï se raidit et baissa les yeux. Il mourrait d'envie que ce soit le cas. Parce qu'à ses yeux, la vérité ne changeait absolument rien. A ses sentiments ou à ce qu'il souhaitait qu'Eren représente pour lui à l'avenir. A ce que l'Oméga devait ressentir pour lui pendant leur union... Livaï prit des précautions et s'exclama : « Il va falloir que tu me laisses m'expliquer sans intervenir. J'espère vraiment que ça ne changera rien… » Eren pinça les lèvres. Sans se départir de la barre d'inquiétude qui lui traversait le front, il acquiesça lentement : « Très bien. On en parle ce soir… » Livaï s'efforça d'acquiescer à son tour d'un mouvement de tête rigide.

Ils allaient se quitter.

C'était peut-être la dernière fois que Livaï pouvait profiter de leur proximité tout en sachant que l'Oméga tenait à lui. Qu'il pouvait sans hésitation entrer dans son espace vital et se sentir bienvenu. Pour faire taire son angoisse, il céda à sa pulsion et s'avança vers Eren d'un pas décidé. L'Oméga lui lança un regard intrigué, mais accepta sans broncher quand Livaï décida de l'enlacer ou de poser un rapide baiser sur ses lèvres. Livaï se promit que ce baiser ne serait pas leur dernier, qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour se faire pardonner d'Eren, quelque fut sa réaction après la révélation fatidique.

Ils partirent chacun de leur côté alors que l'Alpha ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil appuyés en arrière, essayant malgré lui d'imprimer la silhouette de son amant dans son esprit.

To Be Continued….


*Soupir*

Et voilà. Je laisse encore une fois notre pauvre Livaï dans l'incertitude. Sa Pls est de plus en plus compréhensible n'empêche (enfin, si je me suis bien débrouillée pour faire passer son point de vue sur la situation!)
Qu'avez-vous pensez de leur petit séjour à Mitras et leur rapprochement?
A la façon dont Livaï a perçu la troupe Titania et leur spectacle sur la grande Place?
J'espère que les passages hot vous ont plu!
On pourrait croire qu'après tout ce que j'ai déjà écrit je me suis habituée depuis de le temps, mais je reste toujours aussi nerveuse quand je dois en écrire un...

Bref! J'ai super hâte de savoir votre avis!

Plein de love, maman chat.