Hermione piquait distraitement les feuilles de salade verte imbibées de vinaigrette qui remplissaient son bol en verre. Elle le faisait d'ailleurs à présent sans même y penser, l'esprit complètement ailleurs. Harry l'observait à travers le verre de ses lunettes rondes, les yeux plissés, attendant le meilleur moment pour intervenir. Puis, il soupira d'un coup.
Il connaissait la brune assez bien pour savoir qu'elle était en train de ressasser les derniers événements pour trouver chaque faille et de ce fait chaque solution. Et c'était avec une certaine appréhension qu'il redoutait une explosion. Cependant, le silence qu'elle lui offrait n'était pas plus rassurant. Lui non plus n'était pas convaincu du plan de Malefoy. Il ne pouvait pas non plus s'empêcher d'entendre la petite voix qui lui disait que le blond n'avait rien appris et qu'il les bernaient sans aucun doute. Pourtant, c'était lui-même qui avait réfléchi à sa réhabilitation et il devait en assumer les conséquences quoi qu'il arrive.
Il changea de position et se gratta légèrement le cuir chevelu comme pour chasser cette idée. Non, cela n'avait aucun sens. Malefoy ne pouvait rien tirer d'une trahison et surtout pas avec ce qu'il restait des Mangemorts. Mais Harry se rendait souvent compte que le bien-être de sa meilleure amie l'empêchait de penser clairement.
« Bon, vas-y Hermione, vide ton sac. Je t'en supplie. »
La bulle dans laquelle la sorcière s'était renfermée sembla éclater, et c'est avec de grands yeux qu'elle porta son attention sur lui.
Elle lui lança un regard à demi inquiet. Il lui échappait parfois le fait que le brun la connaisse aussi bien. Cela la faisait le détester parfois ; il lui était très difficile de tenir ce qu'elle enfouissait en présence d'Harry Potter.
« J'ai déjà une longue liste d'objections sur ce plan, soupira Harry en se frottant l'arrête du nez, qui se faisait pincer par ses lunettes. Si tu ne veux pas te mettre en danger, on arrête tout. »
Hermione posa sa fourchette et se pencha en arrière sur le dossier de sa chaise. Ses longues boucles brunes basculaient dans le vide, comme une cascade chocolatée, alors qu'elle n'était pas encore certaine de ce qu'elle allait dire.
« Admettons que Voldemort ait été le seul stratège de cette organisation et que le reste de ses soldats ne demeurent ni plus ni moins qu'une bande de psychopathes uniquement attirés par le chaos, commença-t-elle en faisant mine de réfléchir. Ça peut se tenter. »
« On parle quand même de Greyback ! objecta Harry. Ce qu'il a fait à Lavende nous a tous hantés pendant des mois et si on prend en compte le pourcentage de risque, on est pas vraiment sûr d... »
« Harry, du calme… objecta Hermione en se redressant pour poser sa main sur la sienne. Je connais les risques depuis le début… Mais il faut bien arrêter ce monstre et qui pourrait bien le faire si ce n'est nous ? Et tu sais que je te suivrais jusqu'au bout du monde, je l'ai déjà fait. »
Il soutint son regard quelques instants, touché par les mots de la sorcière qui lui faisait face, puis soupira.
« Ça fait 5 ans qu'on essaye d'écrouer Dolohov et 5 ans qu'on échoue… je ne sais pas si j'arriverai à supporter qu'on le perde à nouveau. »
« Peut-être que cette année sera la bonne. »
Cela résuma la conversation et ils débarrassaient leurs affaires pour repartir travailler. Il savait qu'à présent, rien ne pourrait la dissuader et continuer à s'inquiéter jusqu'à ce rendre malade n'arrangerait pas la situation.
Un brouhaha intense régnait à l'étage et quand elle jeta un œil à travers le bureau des aurors, elle put constater que diverses fournitures de bureaux avaient été ensorcelées. Hermione compris alors qu'un match de Quidditch était en train de se dérouler quelque part dans le monde.
« Tu as manqué la première mi-temps pour manger avec moi ? » demanda-t-elle légèrement surprise.
Harry lui glissa un petit sourire complice et planta ses lèvres sur sa joue. Une chance que Shacklebolt était en déplacement sur le continent africain, ou peut-être que tout ceci était prémédité. Néanmoins, elle se fit la promesse de se pencher sur le recrutement après avoir terminé son dossier et leur mission. L'étage manquait cruellement de personnel féminin.
Hermione soupira et arriva finalement au fond du couloir. Elle s'arrêta quand elle vit que Drago Malefoy l'y attendait.
« Miss Granger, salua-t-il et l'embarras face à l'usage de son nom la prit. Je vous sollicite pour avoir l'accès aux archives des aurors. »
Hermione croisa le regard d'Alice qui observait la scène derrière sa propre pile de dossier. Tout cela n'allait vraiment pas en s'arrangeant.
« Bien sûr, » articula-t-elle en essayant de rester droite.
Drago Malefoy venait de l'appeler par son nom avant de la vouvoyer. Cela était trop étrange pour qu'Hermione n'ait pas l'impression qu'on l'ai poussé à travers une faille spatio-temporelle.
Il se décala légèrement et elle pu avoir accès à son bureau. Alice aurait bien pu s'en charger mais elle soupçonnait cette dernière d'avoir fait exprès. Elle attrapa un bout de parchemin où elle gribouilla l'autorisation, puis une signature et finalement son tampon. Drago était resté debout, l'observant, interdit. Elle surprit son regard alors qu'elle se relevait de son fauteuil, et il le détourna légèrement.
Elle lui tendit la feuille, qu'il prit et l'atmosphère se réchauffa d'un coup.
« Voilà pour Miss Darnis, dit-elle, et puis décida de prendre son courage à deux mains. Et… Hermione suffira. »
« Merci...Hermione, » répondit-il après un petit temps et une légère hésitation.
Drago tourna les talons et la jeune sorcière resta quelques secondes à l'observer s'éloigner graduellement de son bureau. Que s'était-il passé en prison pour qu'il ne soit plus que l'ombre de ce qu'il avait toujours été ?
Hermione essaya ensuite de s'asseoir comme si de rien n'était mais rien n'y fit. Elle ne savait même plus ce qu'elle avait laissé comme travail avant de partir. Elle essaya de faire le tris avant d'entendre le bruit de roues contre le sol.
« ...Hermione ? »
Alice avait débarqué dans le bureau, toujours assise à son fauteuil et s'aidant de ses pieds pour avancer.
« On ne va pas encore avoir cette conversation, si ? »
Hermione retourna à son tris mais pourtant elle pouvait toujours sentir le regard de la blonde sur elle. Elle se mordit la lèvre inférieure mais elle fut bien obligée de briser le silence.
« Quoi ? »
Alice resta silencieuse, Hermione leva alors la tête et se heurta au regard taquin de la blonde. Elle n'eut pas le temps de détourner le regard que le sourire de celle-ci déforma son visage.
« Arrête, objecta-t-elle alors. Ne me dis pas qu'il ne s'est jamais rien passé entre vous deux... »
« Non, jamais et il ne se passera jamais rien. »
« Je n'y crois pas une seule seconde, Hermione, tout le monde peut ressentir votre petite tension à 10km et puis les regards.. par Merlin… »
« Alice ! interrompit Hermione, les joues soudainement cramoisies. Je sais que tu es arrivée en cours de route mais on parle de Drago Malefoy là. »
« Crois bien que ça en est frustrant mais tu peux te mentir à toi-même, ma belle, mais pas à moi, assura la blonde. J'ai déjà mis 5 gallions dans le pot commun. »
« Quel pot commun ? »
La jeune blonde leva deux doigts devant ses yeux puis les redirigea vers Hermione, avant de faire rouler son fauteuil en dehors du bureau, un sourire carnassier accroché à ses lèvres.
« Alice Hawks, quel pot commun ? »
Mais l'intéressée avait déjà disparu derrière le mur et Hermione n'allait certainement pas la poursuivre.
Elle avait à peine du mal à s'avouer que Drago Malefoy se retrouvait de nouveau plus souvent dans ses pensées qu'elle ne le désirait. Mais de là à dire qu'il y ait un quelconque intérêt commun entre eux relevait du délire. Pourtant, ce parfum si familier s'attardait toujours dans l'atmosphère et la fit légèrement fléchir ses doigts.
Une missive vint s'écraser entre son stylo et sa feuille et elle la déplia distraitement. Ses sourcils se froncèrent alors qu'une étrange odeur s'installait bien au chaud dans les membranes de ses poumons. Cela n'avait rien à voir avec le parfum que Drago Malefoy avait laissé derrière lui dans son bureau. Elle inspira pour être certaine d'avoir bien senti et rapprocha le papier qu'elle tenait vers son nez mais il ne portait pas d'odeur particulière.
Elle analysa alors son bureau pour découvrir l'auteur de cette senteur qui devenait de plus en plus nauséabonde. C'est en se tournant vers le second bureau qui se trouvait derrière elle, qu'elle découvrit une rose d'un rouge profond presque noir, couchée et enserrée par une bande de soie noir.
Hermione enserra sa baguette et fit léviter la fleur avant de sortir de son bureau.
« Dis-moi, Alice, sais-tu d'où cette chose qui pue atrocement peut bien provenir ? » questionna-t-elle, son expression mimiquant ses mots.
Alice resta silencieuse quelques secondes, principalement pour examiner à son tour la rose. Elle finit par se couvrir le nez.
« Absolument pas, répondit-elle. Elle doit traîner dans ton bureau depuis des lustres pour avoir cette odeur. »
Hermione resta interdite quelques secondes. Elle était presque certaine de n'avoir vu aucune rose posée dans son bureau le matin-même. Puis, elle la fit se consumer dans les airs et fit s'envoler les cendres par la fenêtre qu'elle venait d'ouvrir.
Étrange… pensa-t-elle, puis elle tourna les talons en direction de son bureau.
