L'air était chargé d'humidité et plusieurs oiseaux s'envolèrent quand elle transplana au bout de l'allée. La pluie avait formé des trous dans le gravier qu'elle dû esquiver. Le ciel était d'un blanc immaculé ; le soleil était toujours caché par une épaisse couche de nuages dans cette partie de l'Angleterre. Elle avança vers la maison légèrement penchée comme elle l'avait déjà fait des nombreuses fois et toqua à la porte.
Elle pu entendre du remous à l'intérieur ainsi que des éclats de voix et finalement la porte s'ouvrit face à elle.
« Oh, Hermione, ma chère ! s'exclama Molly Weasley, les joues légèrement rosées. James, Albus, regardez qui est là ! »
Elle s'écarta pour laisser Hermione rentrer à l'intérieur. Celle-ci avait à peine commencé à se frotter les pieds sur le paillasson que deux tornades venaient de débarquer dans l'entrée et tentaient de s'accrocher au cou de la sorcière.
« Tatie Hé'mione ! » s'exclama James alors que la brune laissait tomber ses sacs pour prendre les deux garçons dans ses bras.
Elle vit alors Ginny qui se tenait dans l'embrasure de la porte, un petit sourire au coin des lèvres. Il semblait que son ventre s'était encore arrondie et elle se tenait la taille.
« Les garçons, laissez Hermione sortir son manteau et allez l'attendre dans la salon, d'accord ? » dit la jeune sorcière rousse, alors que l'intéressée croulait sous deux bouches légèrement baveuses.
Les deux petits bruns sautèrent des bras d'Hermione comme ils y étaient arrivés et elle put confier ses affaires à Molly. Les deux jeunes femmes se prirent alors dans leurs bras et Ginny l'attira avec elle dans le salon. Hermione ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil vers la pendule des Weasley qui trônait sur la cheminée et pu voir que l'aiguille de Ron indiquait le mot travail.
« Tu t'inquiètes toujours pour lui alors qu'il ne le mérite pas, » dit alors Ginny en s'asseyant sur le sofa en velours olive.
« J'ai bien peur que les vieilles habitudes aient la vie dure, répondit Hermione en s'asseyant à ses côtés. Comment va ma petite nièce ? »
« Oh, si on ignore les coups de pied, elle n'est pas prête de sortir de son nid. »
Hermione ne put s'empêcher de rire à cela. Après avoir passé quelques semaines coincée au travail et la soirée mouvementée qu'elle avait vécu en Bulgarie, elle pouvait enfin remercier mentalement Harry de l'avoir convaincue de prendre sa journée. Elle finit par sortir de son sac de nouveaux accessoires pour les jouets de quidditch des garçons sur lesquels ils se jetèrent.
« Tu les gâtes vraiment trop, Hermione…soupira Ginny. Mais merci, ça va les occuper toute l'après-midi. On dit quoi les garçons ? »
« Merci ! » s'exclama James et Albus en sautant sur Hermione pour lui faire des bisous.
Molly les accompagna alors dehors pour qu'ils essaient leurs nouveaux jouets et pour surveiller que tout se passe sans qu'une jambe ne soit brisée. Tout ça après leur avoir apporté un plateau rempli de gâteaux et de chocolat chaud.
Quelques années plus tôt, alors que la guerre arrivait à son terme, la relation de Ron et Hermione aussi. Molly lui en avait voulu jusqu'à ce que Ron fonde sa propre famille de son côté, et maintenant tout le monde faisait comme si de rien n'était.
« Alors ces mangemorts ? » finit par demander Ginny.
« Greyback est au Ministère sous haute surveillance et si la situation n'a pas changé, Harry est toujours à l'Est comme tu sais. »
« Il va enfin avoir ce qu'il mérite… soupira la rousse. Et… en ce qui concerne Drago Malefoy ? »
Hermione s'attendait à cette discussion. A vrai dire, après ce qu'il venait de se passer la veille au soir, elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce que Ginny pourrait bien en penser. Elle posa la tasse qu'elle tenait dans la main sur sa cuisse et tourna la tête vers l'extérieur où les garçons s'amusaient maintenant avec Arthur Weasley qui était sorti de son établi.
« Il fait le job, je pense… enfin ses informations sont fiables pour l'instant. »
Elle reporta son attention sur Ginny qui la regardait derrière sa propre tasse.
« Bon.. si tu veux un scoop qu'Alice n'a pas… poursuivit Hermione. Il m'a présenté ses excuses hier soir, par rapport au passé. »
« Par Merlin, vous êtes revenus sur ce qu'il s'est passé en sixième année ? »
« Non… il a quand même essayé mais je ne suis pas prête mentalement pour cette discussion, » soupira Hermione en glissant ses doigts sur la faïence de la tasse.
« Il a essayé ! répéta Ginny, ne croyant pas ce qu'elle venait d'entendre. Tu penses qu'il était peut-être sincère dans tout ce qu'il s'est passé ? »
« Est-ce que j'ai vraiment envie de le savoir ? Et puis, franchement Ginny, tu me vois vraiment finir avec Drago Malefoy après tout ce qu'il s'est passé ? »
Ginny soupira et secoua la tête en abaissant le regard vers sa tasse de thé.
« Hermione, je sais que tu as beaucoup souffert et je serais la dernière personne à trouver des excuses à cette famille après le mal qu'ils m'ont fait à moi aussi… »
« Mais…? »
« Mais ils ont aussi beaucoup souffert… poursuivit Ginny en plongeant ses yeux dans les siens. Peut-être même que Drago pensait qu'il allait mourir, qu'on allait tous mourir alors Il…Il… »
Soudainement les yeux de Ginny s'étaient remplis de larme et elle se jeta sur le paquet de mouchoir qui se trouvait sur la table basse.
« Ginny… »
« Désolée… bafouilla la rousse en se mouchant le nez. C'est les hormones, depuis quelques semaines je ne peux même pas lire le journal sinon je ne m'arrête pas. »
« Rappelle-moi de ne jamais tomber enceinte. »
Ginny se mit alors à rire à gorge déployée. Hermione l'avait accompagnée dans chacune de ses grossesse, elle pouvait voir comment son visage s'illuminait à chaque fois qu'elle était en présence de James et Albus. Elle avait reconnu la peine sur son visage quand Ron avait annoncé la naissance de ses deux filles.
« J'éviterai de dire jamais à ta place. »
« Je suis sérieuse. »
« Moi aussi, rétorqua-t-elle et avant qu'elle ne pousse le sujet plus loin, elle préféra changer de sujet. En tout cas, ça me rassure quand même que tu continues à te battre aux côtés d'Harry, mais s'il te plaît ne le laisse pas nous faire un burn out… j'ai bien peur que mes hormones ne le supporteraient pas. »
Hermione ne put s'empêcher d'éclater de rire à son tour.
« Je crois que tu t'adresses à la mauvaise personne, répondit Hermione en secouant la tête. C'est lui qui m'a obligé à prendre un jour de congé. »
« Qu'est-ce qu'on va faire de vous deux… » soupira Ginny en penchant sa tête sur le côté.
Une ombre passait au même moment devant la fenêtre et elles aperçurent la silhouette de James virevolter sur son balais avec les accessoires achetés par Hermione.
« Mais…dites-moi que je rêve ! »
Un souvenir lui vint alors en mémoire alors que le garçon montait un peu plus haut dans les airs et que Ginny se levait du canapé pour sortir dehors et lui dire de ne pas voler aussi haut.
C'était le même souvenir qu'elle essayait de refouler depuis des semaines. Un souvenir que la jeune rousse venait de faire resurgir sans le savoir.
La nuit était atrocement froide et lui asséchait complètement le visage alors qu'elle dévalait la pente d'herbe qui menait vers le terrain de Quidditch. Après avoir été témoin du premier baiser entre Lavande et Ron, Hermione ne savait plus quelles émotions elle était supposée ressentir à présent. Après tout, il était connu qu'il n'y avait qu'un pas entre l'amour et la haine et il était certain qu'elle ne se laisserait pas piétiner le cœur et l'égo plus que de raison.
Devait-elle tirer un trait sur Ron ? Sur ses sentiments, sans aucun doute, mais à tout le moins peut-être pas sur 5 ans d'amitié.
Ce fichus terrain était toujours aussi loin et étrangement les lumières étaient allumées. Elle ne s'en plaignait pas pour autant ; essayer de faire le tour des gradins avec comme seule lumière celle de sa baguette lui prendrait la nuit. Elle courut pour se réchauffer et quand elle arriva enfin jusqu'en haut des gradins, elle crut faire un malaise cardiaque. Heureusement, ses gants et son livre étaient restés exactement là où elle les avait laissés pendant le match et elle se demandait sincèrement comment elle avait pu les avoir oubliés là.
Un étrange bruit alors parvint jusqu'à ses oreilles et elle leva instinctivement la tête vers le ciel. Quelqu'un était littéralement en train de voler sur un balais. Elle se frotta les yeux, croyant rêver mais non il était bien là. Elle comprit alors pourquoi seule la porte des vestiaires lui avait donné l'accès au terrain. La personne était en train de pourchasser un éclat doré qui ne cessait de bouger mais d'aussi haut elle ne pouvait l'identifier, jusqu'au moment où il se retrouva la tête en bas.
Elle pouvait reconnaître le blond presque blanc de ses cheveux et la couleur verte de sa cape entre mille. L'éclat doré disparu soudainement et il redressa la trajectoire de son balais pour s'arrêter quelques mètres plus loin. Hermione ne sut pas vraiment pourquoi elle restait plantée là, à l'observer mais ce fut exactement au moment où un flocon vint se poser sur sa joue qu'il lui sembla que leurs regards se croisaient.
La brune sursauta comme si on venait d'éclater la bulle dans laquelle elle était restée figée et elle se dirigea à toute vitesse vers les escaliers qui menaient vers le bas des gradins. Elle venait de se faire prendre par Drago Malefoy et la couleur, cette fois, de l'embarras vint teinter ses joues faisant fondre le flocon. On aurait pu croire que la mort était à ses trousses vue la vitesse à laquelle elle dévala les marches et faillit en rater quelques-unes.
Les vestiaires étaient vides et elle fonça vers la porte de sortie.
« Tu m'espionnes maintenant, Granger ? » résonna une voix plus que familière.
Hermione s'arrêta sur place, ses doigts crispés sur son livre. Le cœur battant toujours la chamade, elle se retourna vers son interlocuteur qui lui se tenait appuyé contre son balais, les cheveux légèrement ébouriffés.
« Qui aurait assez de temps à perdre pour t'espionner, Malefoy ? répondit-elle en grinçant des dents. Je suis venue récupérer mes affaires. »
Il resta quelques secondes silencieux avant de laisser éclater un léger rire narquois. C'était du typique Granger, pensa-t-il, la tête toujours dans ces satanés bouquins. Son souffle s'éleva dans les airs et pour la première fois depuis des lustres, son cœur semblait devenir plus léger.
« Tu devrais vite rentrer dans ton dortoir, Granger, souffla-t-il en posant son balais sur l'un des bancs. Les nuits s'assombrissent. »
« Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? »
Il décrocha sa cape et enleva ses gants d'un coup. Puis ses yeux se dirigèrent vers elle, la surprenant en train de le détailler minutieusement, comme s'il y avait quelque chose dans son visage qu'elle devait déchiffrer.
« Tu sais très bien de quoi je veux parler. »
Hermione ressentit comme une décharge électrique dans son corps. Cela faisait des semaines qu'Harry les harcelait à propos de Drago et elle avait elle-même décidé de pas le croire entièrement sur la possibilité qu'il ait basculé du côté obscur. Et pourtant, elle se rendait bien compte qu'il lui communiquait quelque chose.
« Je pourrais te dire la même chose. »
Le même sourire narquois repris place sur son visage alors qu'il dénouait ses genouillères. La chaleur provoquée par l'effort qu'il venait de faire commençait à se dissiper et il sentait peu à peu le froid s'insinuer entre ses côtes. Puis il se dirigea droit vers elle et la jeune sorcière ne put empêcher son corps de se tendre tout en entier.
« Je n'ai pas besoin de m'inquiéter de quoique ce soit, Granger, » souffla-t-il si près de son visage qu'elle en resta coite.
Hermione cligna des yeux en se rendant compte de la hauteur depuis laquelle Malefoy la regardait. Puis un mouvement au niveau de sa taille attira son attention et elle se rendit compte qu'il lui tendait quelque chose.
Son gant.
« Tu l'as fait tomber en courant. »
Elle leva lentement la main et attrapa furtivement l'objet. Sa peau ne pu éviter le contact froid de la sienne et elle ne pu empêcher ses yeux de se glisser dans ceux du blond pour savoir s'il l'avait senti, lui aussi.
Son expression était restée égale à elle-même et ses lèvres s'écartèrent légèrement. Hermione ne savait pas ce qu'il lui prenait de réagir comme ça, surtout face à lui. Mais c'était comme s'il avait dans les yeux les mêmes spirales que le serpent dans le Livre de la Jungle qu'elle avait déjà vu cent fois étant enfant.
« C'est Weasley ? »
Ses mots lui firent le même effet qu'une onde de choc alors qu'elle pouvait voir ses doigts s'avancer vers sa joue. Elle les esquiva au même moment alors qu'elle posait la main sur son visage, sentant le sillon sec des larmes qui avaient coulé quelques minutes plus tôt.
Comment pouvait-il vouloir la toucher délibérément ?
« Joue avec qui tu veux, Malefoy, mais pas avec moi sauf si tu veux te retrouver suspendu à la Tour d'Astronomie. »
Sa voix était empreinte de venin car il venait de toucher une corde sensible et il le savait. Un nouveau petit sourire narquois vint effleurer ses lèvres alors qu'il baissait sa main.
« Je suis tout à fait sérieux, souffla-t-il en plantant ses yeux azur dans les siens. Je suis le seul à pouvoir te faire pleurer dans ce château. De quel droit Weasley pense pouvoir me ravir ce privilège... »
Hermione souffla avec le nez et hocha lentement la tête. Son éternelle arrogance était toujours belle et bien présente. Depuis le commencement de cette nouvelle année, pas une seule fois s'étaient-ils affrontés au moyen d'une joute verbale et Hermione avait été à deux doigts de croire Harry quand ils leur disaient que quelque chose clochait chez lui.
« C'était peut-être le cas en deuxième année mais si je peux te décevoir, tu n'as plus aucun pouvoir sur moi. »
Le jeune blond ne répondit pas directement. Ses yeux continuaient à lentement calculer les mesures de son visage à travers ses cils translucides et Hermione savait qu'il préparait avec soin une attaque qui viserait à lui prouver qu'il avait bien un quelconque pouvoir sur elle.
Elle croisa les bras autour de sa poitrine ; attentive au mouvement de sa pomme d'Adam, des muscles de sa bouche qui se contractaient et décontractaient.
« Alors, c'est bien dommage, » souffla-t-il.
Hermione cligna des yeux et le monde s'arrêta subitement de tourner. Drago venait de placer son bras dans son dos pour l'attirer à lui avant d'écraser fermement ses lèvres contre les siennes.
La main droite de la jeune sorcière se posa instinctivement sur son torse alors qu'il la pressait contre lui, ses yeux s'écarquillèrent à nouveau sous la surprise. Il étouffa sa protestation verbale avec sa bouche et glissa son autre main derrière sa nuque cherchant à approfondir le baisé forcé.
L'absurdité de l'instant lui coupa le souffle le temps de quelques secondes avant qu'elle ne se ressaisisse et le repousse de toutes ses forces. La paume de sa main fendit l'air et s'écrasa durement sur la joue du blond qui la lâcha progressivement.
Le coup fut si violent que sa tête tourna sur sa droite mais même après que quelques secondes se soient écoulées, rien ne présageait une possible vengeance de sa part. Au contraire, il se contenta de planter à nouveau ses yeux calmement dans les siens.
Hermione déglutit difficilement avant de tourner les talons aussi vite qu'elle put, passant à travers la porte de sortie des vestiaires avec une telle force que celle-ci s'écrasa durement contre le mur en bois.
Elle courut pour remonter en haut de la colline qui surplombait le stade et sans savoir pourquoi elle se retourna. De nouveau, son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle vit que Drago Malefoy l'observait depuis l'embrasure de la porte.
