Trois semaines s'étaient écoulées depuis la soirée où ils avaient capturé Greyback. Il fallut trois jours à Maugrey pour le faire craquer et faire parvenir de précieux renseignements sur ce qu'il se passait en Europe de l'Est à Harry. De ce fait, en l'espace de ces trois semaines six anciens mangemorts attendaient sagement leur procès dans les cellules d'Azkaban et la totalité des substances illicites qui se trouvaient en leur possession avaient été saisies et serviraient de pièce à conviction lors de leurs procès.
Hermione, quant à elle, s'était plongée dans la préparation de ces différents procès et elle s'était mise d'accord avec les différents chefs de service et le Magenmagot pour les faire passer en priorité. Des dossiers datant de la guerre devaient être ouverts à nouveau et le Magenmagot devait également rassembler différents témoins qui s'étaient déjà présentés aux Aurors quelques années plus tôt. Le département de la justice magique en entier était en effervescence et la presse suivait de près leurs faits et gestes.
Cela faisait également trois semaines qu'elle évitait Drago Malefoy du mieux qu'elle pouvait. On pouvait même dire que ce dernier lui facilitait la tâche puisque pas une seule fois ne s'était-il présenté dans son bureau et était passé par Harry ou Alice à chaque fois qu'il nécessitait quelque chose de sa part.
Malgré tout, cela ne calmait pas les nerfs d'Hermione. Pire encore, cela l'irritait plus qu'elle ne voulait bien se l'avouer et son absence d'indifférence finissait par l'énerver. La conversation qu'elle avait eue avec Ginny tournait encore dans son cerveau et même Alice avait compris qu'il valait mieux la laisser gérer ses émotions dans son coin.
La seule personne qui pouvait l'aider à enfin y voir plus clair devait arriver ce jour et elle comptait les secondes les unes après les autres.
« Hermione, résonna la voix d'Alice à l'entrée de son bureau. Ils sont là ! »
La jeune brune abandonna automatiquement sa plume dans son encrier et se leva sans cérémonie de son fauteuil en cuir.
L'équipe d'Harry venait enfin de revenir de l'Europe de l'Est et tout le département, ou du moins les services et personnes souhaitant participer, avait préparé une petite fête de victoire. L'immense salle de réunion avait été décorée pour l'occasion et on avait réussi à convaincre Shacklebolt de fermer les yeux sur la consommation d'alcool au bureau. Après tout, c'était un vendredi soir et la plupart des employés d'autres départements étaient déjà sur le départ.
La salle était presque pleine à craquer quand les deux jeunes femmes y firent leur entrée. Les yeux d'Hermione croisèrent directement les deux éclairs vert de son meilleur ami et elle ne put s'empêcher de courir dans sa direction pour le prendre dans ses bras.
« Tu m'as manqué aussi, » souffla-t-il dans son oreille ce qui lui arracha un léger rire.
Elle se détacha de lui pour se rendre compte qu'à peu près toute la salle les regardait. Ordinairement, Hermione ne s'embarassait pas du regard des autres sauf qu'à présent une pair d'yeux en particulier était resté fixé sur elle.
« Avant que la fête commence, je voulais tout d'abord remercier chacune des personnes présente dans cette pièce, dit Harry, la lumière artificielle des néons reflétant sur les verres de ses lunettes alors qu'il tournait la tête de part et d'autre de la salle. Merci d'être présents tous les jours, merci pour votre travail acharné car sans vous rien de ce qu'il s'est passé ces dernières semaines n'aurait été possible. »
Un tonnerre d'applaudissements s'éleva accompagné par des sifflets, mais le Survivant n'avait pas terminé.
« Malgré cette victoire, rien n'est malheureusement encore terminé et nous devons continuer à nous battre. Néanmoins, je bois ce soir à votre santé. Soyez fiers de vous et de ce que vous accomplissez au quotidien. »
Il avait prononcé ces mots en regardant Hermione dans les yeux, qui eux-même s'étaient mis à libérer quelques larmes. Il les fit disparaître d'un revers de pouce.
« Maintenant, je ne veux voir personne avec un verre vide ce soir ! »
Les néons s'éteignirent, la salle entière explosa sous les confettis et la musique comme jamais on ne l'avait vu dans les presque 300 ans d'existence du Ministère. On avait attrapé Harry, qui se balançait à présent sur les épaules d'Aurors impossible à identifier dans la confusion. Hermione avait envie d'avoir son appareil photo avec elle ; le bonheur qui illuminait son visage méritait d'être capturé à jamais. Le bouchon d'une bouteille de champagne se retrouva propulsé dans les airs et une flûte atterrit dans sa main et les bulles lui remontèrent directement au cerveau.
Tout le monde chantait, dansait, riait. Quelqu'un l'attrapa par la taille. C'était les mains chaudes d'Harry, bien sûr, et il l'a serra tendrement contre lui. Elle ne pouvait pas croire qu'elle vivait cet instant, que tout cela était réel, que tout ce dont ils avaient combattu, la cause de la mort de milliers de personnes, d'êtres chers, allait bientôt se résoudre et disparaître pour de bon. Hermione avala un autre verre d'alcool pour balancer ses pensées trop sérieuses au placard pour une fois.
Il lui avait semblé que 30 minutes étaient passées avant qu'elle n'essaie de regarder les aiguilles sur sa montre qui affichaient déjà 00h10. Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'elle sentait le monde se distendre autour d'elle. Hermione finit par retrouver Alice à un moment, et juste quand elle allait se diriger vers la jeune sorcière, une chevelure blonde se détacha de derrière un groupe de danseurs.
Cette vue la paralysa et elle se demandait ce qu'ils pouvaient bien faire ensemble. Le jeune homme se pencha vers la blonde qui lui parlait de façon agitée comme si elle lui expliquait quelque chose. Leurs yeux se croisèrent l'espace d'une seconde et Hermione détourna le regard comme si de rien n'était.
Elle fit mine de participer à la conversation qu'elle tenait au préalable avec quelques membres du Magenmagot avant de sentir la présence d'Alice à ses côtés.
« T'as l'air de bien t'amuser, » lança Hermione l'air de rien dans sa direction.
La musique était tellement forte que les membres du Magenmagot ne s'étaient même pas rendu compte qu'elle avait parlé.
« Pardon ? Est-ce que t'es en train de dire ce que je pense là ? »
« Je constate simplement que tu t'amuses bien. »
« Non, me la fait pas à moi Hermione. T'es jalouse parce que je viens de discuter avec ton mec, avoue-le. »
« Mon mec ? répéta la brune en faisant mine de s'étouffer. Ce n'est pas mon mec et je vais pas avouer quelque chose qui n'est pas vrai ! »
Les deux jeunes femmes commencèrent à hausser le ton puisqu'elles avaient du mal à s'entendre avec la musique. L'alcool infusait dans leurs veines et réchauffait sournoisement leur épiderme. Une paire de bras masculin vint se glisser autour de leurs épaules respectives.
« Oh, vous allez arrêter de vous crêper le chignon, oui ? » s'exclama Miller alors qu'Alice protestait.
« Qui se crêpe le chignon ici ? »
« Vous deux ! »
Miller se mit à valser avec les deux jeunes femmes tandis qu'elles essayaient chacune de se délier de son étreinte.
« Thomas Miller, si tu ne nous lâches pas dans 2 secondes je vais te faire passer un sale quart d'heure, » s'égosilla Alice alors qu'elle était à deux doigts de partir à la renverse.
Cela les fit inexorablement rire. Bien sûr, les deux jeunes femmes ne se disputaient pas vraiment et elles le savaient. Mais cette soirée n'était pas anodine et elles le savaient aussi.
Cela faisait des mois qu'Hermione avait remarqué que le jeune Auror s'était épris de son assistante. Cela avait d'abord commencé par des regards et puis toutes les fois où il prenait en charge la part administrative des missions, rédigeant même les rapports d'Harry à sa place et les délivrant toujours en main propre à la jeune blonde.
Elle n'avait pas eu le temps d'en parler à Alice mais elle pouvait à nouveau voir qu'ils se plaisaient mutuellement.
« Aller chef, pour une fois que vous venez vous amuser avec nous ! » s'exclama le jeune Auror en les serrant à nouveau contre lui.
« Miller ! » protesta Hermione en se tortillant.
La brune arriva finalement à se défaire de l'embrassade alors que la main du jeune homme tâtait l'air pour la saisir à nouveau. Son visage lui était occupé à se blottir contre les cheveux d'Alice et Hermione sourit tendrement face à cette vue.
Enfin, jusqu'à ce qu'elle percute malencontreusement ce qui semblait être une personne stoïque. Elle se retourna d'un coup et son sang se figea dans ses veines.
« Pa…pardon… »
Drago Malefoy la sondait du haut de son mètre quatre-vingt. Il avait dans les mains deux coupes de champagne et il se pencha vers elle.
Hermione sentit son cœur s'envoler loin alors que le parfum du blond s'infiltrait dans ses poumons comme la marée haute. C'était la première fois depuis trois semaines qu'elle le regardait dans les yeux.
« Tu le veux ? dit-il dans son oreille. C'était pour Miller mais il a l'air occupé. »
Hermione se retourna dans l'autre sens et faillit tomber à la renverse. Alice et Thomas Miller étaient en train de s'embrasser dans la foule juste derrière eux.
Certains Aurors sifflaient et célébraient le nouveau couple qui s'était formé, d'autres tapaient même sur l'épaule du brun. Il était presque impossible pour Hermione de concevoir que tout était aussi simple, comme si elle était de nouveau à Poudlard avec le sentiment de rater le train de la vie. Elle se tourna vers Drago, saisit la coupe de champagne qu'il tenait dans sa main et la but d'un trait.
Il eut d'abord un regard surpris qui laissa ensuite place à un sourire en coin.
« Il m'en faut un autre, déclara Hermione avec une grimace. Garde mon verre, je reviens. »
Drago la retint par le bras et la ramena vers lui. Les yeux de la brune s'ouvrirent en grand alors que leurs deux corps retrouvaient encore une fois une proximité oubliée.
« Regarde, » dit-il en lui désignant le verre qu'elle tenait toujours dans sa main.
Sous leurs yeux, le liquide doré caractéristique du champagne se reforma à l'intérieur du verre. Hermione n'en croyait pas ses yeux et elle reporta son attention sur Drago, qui la regardait toujours son éternel petit sourire en coin.
« Les verres ont été ensorcelés, ils ne vont pas se vider, expliqua-t-il simplement. Ils ont pris au pied de la lettre ce qu'à dit Potter tout à l'heure, je crois. »
« Dois-je demander qui a fait ça ? »
« Aller Granger, relax, dit-il en lui lâchant le bras. Tout va bien se passer. »
Hermione fit la moue mais finit quand même par hausser les épaules. De son côté, Drago se sentait flotter hors de son corps. Cela faisait des jours qu'il n'avait pas osé s'approcher d'elle suite à leur conversation et elle en avait visiblement fait de même.
Cependant, quand il l'a vit entrer dans la salle et se jeter aux bras de Potter, il dû se retenir de ne pas réagir. Bien sûr, il ne savait pas comment elle faisait mais Alice avait toujours un œil sur lui et analysait chacune de ses réactions. C'était d'ailleurs elle qui venait de l'inciter à faire de nouveau un pas vers Hermione.
« Si tu veux, j'ai quelque chose de plus corsé, » proposa-t-il en sortant de sa veste une flasque en cuir.
Hermione contempla quelques secondes l'objet. Connaissant Drago, la flasque contenait obligatoirement du Whisky-Pur-Feu ; sa boisson préférée après le café. Elle finit par hausser les épaules et il lui désigna des chaises qui avaient été poussées contre le mur.
« Je sais que tu as mal aux pieds, » dit-il en baissant les yeux vers le sol.
Hermione contempla cette fois le blond. Elle n'avait pas eu l'impression qui l'avait tant observé que ça, d'ailleurs elle ne l'avait pas vu avant d'apercevoir Alice. Mais il avait inévitable raison.
Drago, quant à lui, souffla un bon coup quand elle se trouva dos à lui. Il lança un léger regard vers Alice qui les observait depuis un bon moment, même occupée par Miller. La jeune blonde leva son pouce dans sa direction et ils échangèrent un sourire.
Une fois assis, Drago n'osait plus réagir. Il la regardait sagement, ses doigts se contractant, l'envie de les plonger dans sa chevelure chocolatée comme il l'avait déjà fait il y a déjà plus de 7 ans l'assaillait.
Elle finit par lui lancer un regard et il conjura deux verres de whisky après avoir posé sa coupe de champagne contre le pied de sa chaise. Il y versa le contenu de sa flasque et ils trinquèrent à nouveau.
Les lèvres du blond n'eurent pas le temps d'effleurer le rebord du verre qu'Hermione avait déjà bu le sien d'un trait.
« Depuis quand tu bois comme ça ? » questionna-t-il.
Hermione tourna la tête vers lui et elle sentit en même temps que le whisky se diffusant progressivement dans ses veines, d'anciens souvenirs qui ne demandaient qu'à se renverser dans sa mémoire.
« Étonné que je puisse tenir l'alcool ? »
« Non, je suis plus étonné que Potter ne t'ai jamais appris à boire, répondit-il, en balayant une autre remarque qu'il avait en tête. Cet alcool est censé être savouré, pas être englouti en deux secondes. »
« Ah enfin, du grand Drago Malefoy. »
« Comment ça, du grand Drago Malefoy ? »
Le blond se redressa de sa chaise pour se pencher vers elle, visiblement très intéressé par ce qu'elle s'apprêtait à dire.
« Tu sais très bien de quoi je veux parler. J'attendais justement le moment où le garçon que j'ai connu à Poudlard resurgirait. »
Une fois que le dernier mot eut franchi la barrière de ses lèvres, elle vit l'expression du jeune homme changer. Elle eut l'impression qu'elle venait de lui donner une sorte de message subliminal puisqu'à présent, ses yeux bleus étaient fixés sur sa bouche.
Elle tourna la tête en s'humectant les lèvres et se leva sans rien dire. Son cœur battait la chamade et ses mains devinrent moites. Sa gorge accueillit cette fois le liquide âpre du champagne qu'elle tenait toujours dans l'une de ses mains avant qu'elle ne pose les deux verres sur une table voisine.
Hermione allait quitter la salle quand Alice se matérialisa face à elle et l'obligea à venir danser avec les autres. Pourtant son esprit restait collée à la dernière image du blond et au dernier souvenir qu'elle avait de lui sept ans plus tôt. Elle se retourna mais alors qu'elle distinguait une forme au niveau de l'endroit où ils étaient assis un instant plus tôt, elle se rendit compte que ce n'était pas Drago Malefoy. Le cœur battant, ses yeux défilaient sur toutes les personnes qui se trouvaient autour d'elle mais elle ne le voyait toujours pas.
Il n'était plus là.
Elle s'arracha alors à la foule et sortit dans le couloir où quelques personnes voulaient échapper à la chaleur de la salle. Mais là aussi, il n'était pas là. Elle se dit qu'il était peut-être aux toilettes mais encore une fois tout ce qu'elle y entendit était une couple déjà très occupé.
Hermione se résigna à revenir vers la musique qui était toujours aussi forte. Elle resta quelques secondes à observer tout le monde ; Harry chantait l'hymne de Quidditch britannique avec certains Auror sur une musique qui n'avait rien à voir, ils étaient tous ivres. Pareil pour Alice, qui était toujours dans les bras de Miller. Elle sentait elle aussi le poids de l'alcool sur son cerveau et dû se frotter les yeux pour chasser la fatigue. Elle ne savait d'ailleurs plus vraiment pourquoi elle avait arrêté de danser avec les autres.
Une présence se fit sentir juste derrière elle et tout son corps se figea.
Elle se souvint alors.
« Je ne suis jamais parti. »
Elle se retourna lentement et malgré la lumière tamisée, elle rencontra les yeux gris du blond qui reflétait un regard empreint de sérieux. Difficile de dire s'il lui indiquait qu'il n'avait pas quitté la pièce ou s'il répondait à sa dernière remarque.
Toujours étant qu'Hermione se retrouva plus que jamais propulsée des années en arrière quand les doigts du jeune homme vinrent se glisser derrière sa nuque. Sa main agrippa sa chemise et elle dû se mettre sur la pointe des pieds pour qu'il vienne écraser ses lèvres contre les siennes.
Hermione ferma les yeux tandis que Drago les gardaient grand ouverts. Il sentit l'alcool et un parfum étrange envahir son visage et lui couper la respiration. C'était comme si tous ses sens se réveillaient d'un profond sommeil et il se sentait plus éveillé que jamais. Un désir qu'il n'avait ressenti depuis des années se formait au creux de son ventre et le rendit avide de plus.
En cet instant, plus rien ne comptait autour d'eux sauf leur deux corps s'emboîtant parfaitement l'un avec l'autre.
