Titre : Héphaïstion, perse de Macédoine.
Auteur : Mangafana
Rien n'est à moi, bien sûr.
Bonne lecture.
Alexandre était installé dans la salle du trône, à Babylone, et il regardait une carte.
Après la grande bataille de Gaugamèle, et avoir subit d'aussi lourdes pertes, Alexandre avait décidé de rester un peu à cette cour pour laisser à ces soldats le temps de s'en remettre et d'administrer ses terres déjà conquises.
Malheureusement, cela laissait aux soldats bien trop de temps libres. Ceux-ci se saoulaient tous les jours et toutes les nuits. Ils pillaient, tuaient et violaient dès qu'ils le pouvaient, montant toute la population de Babylone contre eux et leurs dirigeants.
C'est pour cela qu'il regardait une carte, il regardait quelle direction ils allaient prendre et il attendait ses généraux pour parler avec eux d'une date pour le futur départ.
Alors qu'il était penché, il entendit toquer à sa porte.
-Oui ?
La porte s'ouvrit, laissant passage à un messager couvert de poussière tenant 3 rouleaux de parchemins.
-Des messages de Pela, mon roi.
-Bien, parfait. J'attendais justement des nouvelles de ma mère et de l'administrateur de la ville. Dit Alexandre en tendant la main.
Le messager s'approcha et lui remis 2 parchemins.
-Et le troisième ?
-Il est pour le général Héphaïstion, mon roi.
-Oh ! Donne-le-moi, je vais le lui remettre.
Mais avant que le messager ne lui tende ledit parchemin, celui-ci fut intercepté par une main et une voix :
-Inutile, Alexandre, je suis là. Dit Héphaïstion en lui faisant un sourire. Ah, cela vient de mon père !
Et pendant que le messager saluait et sortait, Alexandre regardait son amant sourire.
Alexandre avait toujours été un peu jaloux de deux choses en ce qui concernait Héphaïstion. Déjà, il avait toujours jaloux de ne pas être le seul à faire sourire son amant. Et même si l'autre personne était son père, il était tout de même jaloux. Et il était également jaloux de la relation qu'avait Héphaïstion avec son père. On ne pouvait pas dire que lui avait été en bon terme avec son père de son vivant. En effet, enfant, Alexandre avait toujours été bien plus proche de sa mère que de son père, forçant celui-ci à être dur et blessant quand il lui parlait. Une fois adulte, Alexandre ne comptait plus le nombre de fois ou son père lui avait dit qu'il le décevait, allant même jusqu'à l'exiler. Cette distance entre eux avait même été une cause de sa mort.
En effet, revenu de son exil, Alexandre avait assisté avec son père au mariage de sa sœur, Cléopâtre de Macédoine, et son père avait refusé de défiler avec lui, lors de la procession, le reléguant plusieurs mètres derrière lui. Ces mètres lui avaient été fatals car Alexandre n'avait alors pas pu être assez près pour empêcher son meurtre par Pausanias.
Le roi Philippe II était alors mort sans que sa colère ne soit vraiment apaisée alors que la rancune, elle, serait toujours là.
Revenu au présent, Alexandre reporta son attention sur l'homme qu'il aimait et remarqua son teint sombre et l'absence de sourire.
-Heph ? Tout va bien ?
-Oui, oui.
-Tu es sûr ? Amyntor est en bonne santé ? Demanda Alexandre, sachant que le moindre mal arrivant à l'homme rendrait infiniment triste Héphaïstion.
-Oui, Alexandre ! Je t'ai dis que ça allait alors n'insiste pas ! Déclara vivement le brun.
Alexandre, surpris par le ton énervé de son meilleur ami eut juste l'occasion de dire :
-Mais …
Avant d'être vertement reprit par son amant.
-Et bien puisque visiblement, tu ne veux pas écouter ce que je dis et que tu ne me crois pas quand je parle, je ne vois pas l'intérêt d'assister à cette réunion. De toute façon, comme toujours, tu feras comme tu l'entends en n'écoutant personne donc autant gagner du temps. Je vais préparer mes bagages dans mes appartements.
Et n'attendant pas une seconde de plus, Héphaïstion sorti de la salle, bousculant par la même Cratère et Néarque qui arrivaient pour la réunion.
-He, tu pourrais t'excuser ! S'exclama le plus grand à destination du brun qui était déjà loin.
-Héphaïstion ? Appela le navigateur de la flotte d'Alexandre, Néarque.
-Que lui as-tu fais, Alexandre ? Tu lui as dit que tu renonçais à lui comme amant en faveur du jeune esclave Bagoas ?
-Ne dis pas n'importe quoi. Je ne sais pas ce qu'il a, je n'ai rien dit et il s'est énervé.
-Ce n'est pourtant pas dans ses habitudes.
-Dommage, je l'aurai bien récupéré comme amant à ta place. Dit Cratère en rigolant avant de se prendre un coup dans le ventre de la part de Néarque qui avait bien remarqué qu'Alexandre n'était pas d'humeur à la rigolade.
-Veux-tu que j'aille le chercher pour la réunion ?
Voyant les autres généraux arriver, Alexandre fit non de la tête à Néarque puis il commença la réunion, tout en gardant à l'esprit son amant tourmenté.
Alexandre s'écroula sur son lit, lessivé. La réunion avait été longue et la lutte âpre pour faire comprendre aux généraux qu'il fallait repartir au combat. Eux aussi avaient pris leurs aises avec leur arrivé ici et certains s'empâtaient tandis que d'autre s'alcoolisaient. Ils prenaient goût à la vie sédentaire mais c'était sans compter sur les rêves de grandeurs et d'expansion d'Alexandre.
Mais bien vite, un problème bien plus important que la précédente réunion revint en mémoire du conquérant. Qu'avait donc son amant ? Celui-ci n'était pas réapparu de toute la journée, le laissant négocier avec les autres généraux à s'en donner mal à la tête.
Décidé à connaitre le fin mot de l'histoire, Alexandre se releva et se dirigea vers la chambre de son amant.
Contrairement aux autres généraux qui avaient expulsés les nobles Babyloniens de leur riche demeure pour s'y installer, Héphaïstion avait fait le choix de rester au plus prêt de son amant, malgré les railleries de leurs camarades. Aussi, Alexandre n'avait qu'à parcourir les couloirs du palais pour le retrouver quelque soit l'heure.
Sur le chemin, Alexandre réfléchissait à ce qu'il allait dire. Il ne se croyait pas coupable de quoi que ce soit, pour autant, il était prêt à beaucoup pour retourner dans les bonnes grâces de l'homme aimé. Cependant, il aimerait surtout savoir ce qui avait piqué son amant pour qu'il lui parle comme cela.
Arrivé devant la porte, Alexandre remis de l'ordre dans ses cheveux et ses vêtements. Autant paraître sous son meilleur jour, puis il toqua à la porte. Aucune réponse. Il réessaya. Toujours rien.
Commençant à être inquiet, Alexandre décida d'ouvrir la porte sans attendre de réponse, quitte à ce qu'Héphaïstion ne se mette à nouveau en colère mais au moins, il saurait qu'il allait bien.
Doucement, il poussa la porte et passa la tête. Ne voyant rien, il rentra dans la chambre et referma derrière lui.
Il inspecta alors les appartements de son amant. Héphaïstion n'était nulle part en vu et tout semblait en ordre. Vérifiant en essayant de ne rien déplacer, Alexandre chercha cette fameuse lettre qui avait semblé tant bouleverser son amant. C'est alors qu'il sentit une odeur de brulé. Héphaïstion s'était-il allumé un feu ? C'était peu vraisemblable vu la température très chaude en cette période. Pourtant, dans l'âtre, Alexandre retrouva les cendres d'un parchemin. Il n'en restait plus rien. La lettre de son père.
Inquiet pour son aimé, Alexandre quitta la chambre pour chercher son amant.
4 heures. Voilà 4 heures qu'il cherchait Héphaïstion dans tout le palais. Il s'inquiétait affreusement. Et s'il était arrivé quelque chose à son amant ? Mais nulles traces de lui, de sang, ou de lutte partout ou il avait regardé. Il avait questionné des gardes et des serviteurs mais personne de l'avait vu. On était au milieu de la nuit et Alexandre commençait à être épuisé. Entre sa journée commencée tôt, la négociation avec ses généraux, son inquiétude et ses recherches, Alexandre sentait Morphée poser ses mains lourdes sur ces épaules.
Finalement, plutôt que de donner l'alerte, Alexandre eut l'idée de retourner dans les appartements de son général. Peut-être était-il retourné dans sa chambre entre-temps et dormait-il paisiblement tandis que lui se fatiguait à le chercher.
Il retourna donc dans la chambre qu'il trouva aussi vide que la dernière fois qu'il était venu. Finalement, essayant de réfléchir à l'endroit ou se trouvait son amant, Alexandre s'assit sur le lit ou il s'endormit sans même s'en rendre compte.
Alexandre était en plein rêve. Il le savait car il se trouvait dans sa chambre, à Pela, dans son lit. Pelotonné sur son épaule, dormant sereinement, Alexandre sentait la tête d'Héphaïstion contre lui tandis que son souffle doux effleurait sa peau, lui donnant la chair de poule. L'image était douce et apaisante. Pourtant, de voir son amant ainsi endormi, Alexandre eut la subite envie de réveiller son amant de manière bien plus érotique et il allait se pencher pour l'embrasser goulument lorsqu'il sentit une main douce se poser sur son épaule et une voix délicieuse l'appeler, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il s'agissait de son vrai Héphaïstion et qu'il ne se réveille.
-Héphaïstion !
-Eh bien, je vois que ton rêve était agréable. Tu rêvais de Bagoas ? Demanda le brun, curieux et un peu moqueur en voyant l'excitation visible sous le chiton de son amant.
-Non, je rêvais de toi.
-Oh, je suis flatté de te mettre dans cet état. Dit le général, se moquant de son roi.
-Héphaïstion, ou étais-tu ? Je t'ai cherché partout, cette nuit ! Quelle heure est-il ?
-Il est neuf heures. En effet, tu as une tête affreuse.
-Je n'ai que peu dormi. Tu sembles aussi fatigué.
-Je le suis un peu. Quand partons-nous, finalement ?
-Demain.
-Alors tu ferais mieux d'aller te préparer dans ta chambre Alexandre, je sais comme tu n'aimes pas que l'on te surprenne sortant de ma chambre au petit matin.
-Mais tu n'as pas répondu ? Où étais-tu cette nuit ? Vas-tu bien ?
-Il me semble que je te laisse faire ce que tu veux faire sans te questionner, Alexandre, que tu sois avec tes amants ou à une fête. Alors tu devrais respecter ma vie privée également.
-Je la respecte Héphaïstion, j'étais juste inquiet. Tu es parti précipitamment alors que je n'avais rien dit et je ne t'ai pas trouvé de la nuit alors que je t'ai cherché dans tous le palais. Comprend mon inquiétude.
-Mais je vais bien et je suis là, Alexandre, donc ne t'inquiète pas et va te préparer, aller ! Dit Héphaïstion en lui prenant le bras pour le lever de son lit.
Dans le mouvement, Alexandre voulu enlacer son amant et l'embrasser mais le brun le repoussa doucement et le retourna vers la porte, lui signifiant bien qu'il ne le voulait plus dans sa chambre.
Alexandre n'avait jamais été un amant violent, ni un homme vil qui prenait les autres par la force. Encore moins lorsqu'il s'agissait de l'homme qu'il aimait et qui le comblait tant en temps normal. Il comprenait donc qu'il n'obtiendrait rien de lui aujourd'hui mais il fut tout de même rassuré de le voir de meilleur humeur et en bonne santé malgré la fatigue alors, n'insistant pas, il se retourna et franchis la porte. Avant de refermer la porte, il fit un sourire à son amant qui le lui rendit avant de lui accorder un petit baiser et de refermer la porte aussitôt, laissant le roi excité et en demande d'affection seul dans le couloir.
Soupirant, Alexandre reparti dans ses appartements et demanda à ce qu'on lui emmène un bain et Bagoas. Il allait pouvoir passer sa frustration sur le bel esclave qui n'attendait que cela.
Alexandre et toute sa troupe avait repris la route depuis plusieurs semaines. Ils avaient gagné des batailles et assiégé des villes. Héphaïstion n'avait jamais dit à Alexandre ce qu'il avait fait cette nuit là et Alexandre ne l'avait plus non plus questionné. Son amant étant redevenu comme avant, Alexandre avait presque rayé cette étrange lettre et cette étrange journée de son esprit … jusqu'à ce fameux soir.
Alexandre et tous ces généraux étaient sous la tente de commandement, penchés sur une carte, en train de planifier leur itinéraire et calculer quelles villes allaient capituler à leur approche et lesquelles se battraient. Une chose était sûre en revanche c'était qu'il leur fallait impérativement prendre la ville de Rhagès pour conquérir la montagne qui leur donnerai accès à l'Hyrcanie, la partie montagneuse au Nord de la Perse.
Le problème, c'était que Rhagès était une ville construite au fait d'une montagne et qu'elle était quasiment imprenable.
C'est pourquoi Alexandre et ses généraux se disputaient depuis plusieurs heures, essayant de trouver une stratégie pour déloger cet oiseau de son nid.
-Alexandre, il n'y a que les catapultes qui pourront endommager cette ville ! Pourquoi veux-tu laisser les balistères prendre un autre chemin ? Nous aurons besoin d'eux là bas !
-Perdiccas ! Cette montagne est très abrupte et les routes sont très étroites. Nous perdrions trop de temps à monter le matériel pour monter les catapultes et nous perdrions notre effet de surprise. De plus, nous ne pourrons jamais manœuvrer les catapultes avec si peu d'espace.
-Alors que proposes-tu ? Tu tiens à tout prix à prendre cette ville alors que nous pourrions contourner la montagne.
-Et laisser la moitié de la Perse aux mains de l'ennemi ? Jamais ! Nous assiègerons la ville et nous les affamerons.
-Tu n'es pas sérieux Alexandre, cela peut prendre des mois !
-Alors cela prendra des mois.
Héphaïstion, jusque là étrangement silencieux, s'approcha de la table parmi ses pairs et déclara :
-J'ai peut-être une autre solution.
-Et laquelle, Héphaïstion ? Tu ne vas pas pouvoir faire fléchir ce dirigeant comme tu le fais avec notre bon roi, en écartant les cuisses !
A cette attaque directe envers le favori du roi, les généraux se mirent tous à crier et s'invectiver tandis qu'Héphaïstion était empêché de se jeter sur Cassandre, qui l'avait offensé.
Alexandre se plaça entre son amant et son général et dit :
-Cassandre, comment oses-tu dire cela. Ai-je un jour montré la moindre faiblesse ou ai-je jamais changé d'avis après avoir discuté en privé avec Héphaïstion ? Si tu dis oui, alors ta jalousie t'aveuglera car jamais, jamais Héphaïstion ne m'a fait changé d'avis sur quoi que ce soit.
-Alors je me demande bien pourquoi il continu à partager ta couche si ce n'est pas pour t'influencer ? Se moqua Cassandre.
-Parce que je n'aime pas Alexandre pour son rôle mais pour lui seul. Avant d'être mon roi, il est Alexandre et rien ni personne ne me fera l'aimer moins parce qu'il a cette charge. Et enfin, Cassandre, j'aime Alexandre parce qu'avec lui, dans un lit, je me sens aimé et comblé, ce que je sais que ne ressentent pas tes amants.
Cassandre fut hué par ses pairs et se dégagea de la table pour aller bouder dans un coin de la tente.
-Donc, Héphaïstion, quelle est ta solution ?
- Laisse-moi parler avec le chef de cette ville, je suis presque sûr de le faire se rallier à toi.
-Mais comment ?
-Je le ferai se rallier à toi, mais tu devras promettre de ne tuer personne dès l'instant ou ils t'auront juré allégeance.
-Mais comment saurai-je qu'ils me sont fidèles ? Tu sais que j'ai l'habitude de tuer le dirigeant de la ville et de mettre un macédonien à la place, afin qu'il me soit fidèle et qu'il gouverne la ville en mon nom.
-Justement, tu ne devras pas le faire et me faire confiance.
C'était un jeu dangereux auquel jouait Héphaïstion, de défier son amant ainsi, encore plus devant les autres, pourtant, il n'hésitait pas du tout.
-Explique-nous pourquoi nous devrions faire ça et les laisser tous vivant, Heph ?
-… Parce que je suis Perse.
La nouvelle, autant inattendue qu'improbable, statufia tous ses compagnons.
-Comment ? Tu n'es pas Perse, tu es Grec. Je le sais car toi et ton père veniez d'Athènes avant de rejoindre Pela.
-C'est vrai. Et je me croyais totalement Grec jusqu'à il y a peu. Mais j'ai appris il y a quelques semaines que ma mère était Perse.
-… C'était cette lettre ? Celle qui t'a tant perturbé ? Demanda Alexandre en se rapprochant de son amant.
Il aurait aimé le prendre dans ses bras, les asseoir tous les deux sur son lit et parler avec lui pendant des heures, lui faire dire tout ce qu'il voulait dans l'intimité des tentures royales. Mais il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas renvoyer ses généraux, ces amis depuis des années pour réconforter son amant comme il le voulait. Il avait soutenu il y a peu qu'il ne se laissait pas influencer alors il ne pouvait pas perdre la face aussi rapidement après. Héphaïstion dégageait une aura de détresse telle qu'Alexandre voulait le prendre contre lui et le réconforter mais il se montra fort et attendit la réponse de son aimé.
-Oui. Dans cette lettre, mon père, qui savait que nous nous rapprochions de Rhagès, a voulu m'expliquer les origines de ma mère.
-Expliques-toi.
-Vous connaissez tous mon père, mais pour vous, il est diplomate. Or, mon père était un médecin grec. Curieux des médecines perses, mon père décida, pendant ses études, d'aller en Perse pour y découvrir de nouvelles herbes, de nouvelles façons de guérir, de nouveaux mélanges. Lors de son périple, il a fait différentes escales, visitant de nombreuses villes et acquérant de nombreuses connaissances. Finalement, un jour, il est arrivé à Rhagès. Il fut accueilli par le chef de la ville comme un ami car cet homme vénérait les connaissances et qu'il était heureux d'accueillir une personne aussi érudite que mon père. Lors du banquet de bienvenu, mon père tomba fou amoureux d'une ravissante jeune femme qui ne semblait pas lui être insensible non plus. Ils se virent en cachette pendant un mois ou mon père lui fit la cour. Jusqu'à ce qu'un jour, des gardes vinrent l'arrêter et qu'il fut jeté dans les geôles de la ville. Il s'avérait que cette ravissante femme était la fille ainée du chef de la ville, Razel. La nuit venue, la jeune femme vint délivrer mon père et ensemble, ils fuirent la Perse le plus vite possible, poursuivis par les guerriers de Rhagès. Finalement, ils embarquèrent et se perdirent dans la masse de la population d'Athènes. Afin de brouiller les pistes, mon père changea de métier et devint politicien. Il épousa ma mère officiellement et je naissais 1 an après leur mariage. Malheureusement, ma mère mourut en me donnant naissance, c'est pourquoi je ne l'ai pas connu. Je n'avais aucune idée de mes origines. Je n'avais jamais questionné mon père, me pensant Grec et sachant que mon père souffrait de la perte de la femme qu'il aimait. Puis, comme vous le savez, mon père m'amena à Pela l'année de mes 5 ans pour devenir ambassadeur Grec auprès du roi Philippe. Je me sentis depuis lors autant Grec que Macédonien alors que j'étais en fait Perse depuis tout ce temps.
Alexandre et ces généraux étaient tous fasciné par cette histoire et sous le choc de la révélation.
-Donc tu es Perse ?
-Ce qui explique la couleur de ta peau. Tu es presque doré en prenant le soleil alors que nous autre nous assombrissons. Déclara Perdiccas.
-Et tu veux épargner ce village car c'est là d'où vient ta mère ?
-Je sais que mon grand-père, Razel, dirige toujours la ville. Je compte me faire reconnaitre de lui, obtenir son allégeance pour Alexandre et éviter que la ville qui a vu la naissance de ma mère ne soit pillée par nos troupes et les membres restants de ma famille, massacrés.
-Comment sais-tu que Razel dirige toujours la ville ?
-Je me suis renseigné.
-C'est ce que tu as fait la nuit ou tu as disparu ? Demanda Alexandre, inquiet.
Héphaïstion hocha la tête, augmentant l'inquiétude d'Alexandre qui ne savait toujours pas ce qui s'était passé cette nuit là.
-Donc, quel est ton plan ?
-Je vous l'ai dit. Je vais monter et rentrer dans cette ville pour négocier mais seulement si Alexandre promet de laisser la ville sauve et de laisser Razel la gérer.
-Je le promets. Si c'est ta famille, alors je sais qu'ils seront dignes de confiance. Mais tu n'iras pas seul. Je t'accompagnerais.
-Tu ne peux pas, Alexandre. Imagine que cet homme rompt sa promesse et décide de te tuer lorsqu'il saura qui tu es ?
-Alors Perdiccas, tu pourras monter tes catapultes, car j'imagine que la plus grande armée du monde ne laissera pas son chef prisonnier.
Alexandre se montra inflexible sur la suite des évènements et il envoya l'armée rejoindre Zadrakarta par la plaine avec la consigne de les y attendre. S'ils n'avaient aucune nouvelle de lui 5 jours après leur arrivée à Rhagès alors ils avaient ordre de diriger l'armée vers la ville et de la prendre d'assaut au plus vite. Alexandre avait prit à part son ami et général Antigone pour lui dire que sa mission personnelle prioritaire était de sauver Héphaïstion, ce qu'avait accepté le général de bien cœur car il était leur ami depuis l'enfance et qu'il savait le lien si particulier qui les unissait.
Puis ils étaient partis tous les deux, accompagnés par 3 guerriers, pour escalader la montagne et atteindre Rhagès.
Arrivé devant la ville, les guerriers furent surpris par les lieux. La ville, assez grande, avait été construire autour du sommet d'une montagne. Mais pour éviter les invasions, un fossé avait été construit avant la ville. Large de 5 mètres et profond de 30, ces douves géantes faisaient le tour de la montagne, laissant la ville en équilibre sur un mince piquet de roche. La ville était également entourée de fortification, ne laissant aucune ouverture. Toutes ces constructions ne semblaient pas récentes, aussi, Alexandre se demanda comment la ville pouvait s'approvisionner.
Il regarda son amant qui s'avançait vers le bord du précipice, stressé. Ils n'avaient pas eu le temps d'en parler, mais Alexandre le connaissait suffisamment pour savoir qu'Héphaïstion craignait de ne pas y arriver, au risque de causer le massacre de la ville entière.
Héphaïstion prit alors une grande respiration et cria :
-Je suis Héphaïstion, de Pela. Je veux parler à Razel.
Ils attendirent un moment puis, alors qu'Héphaïstion allait recommencer, il vit apparaître en haut du rempart, une tête blanche.
-Que veux-tu, Macédonien ?
-Est-ce toi, Razel ?
-Oui, c'est moi. Comment connais-tu mon nom ?
-Comme je l'ai dis, je m'appelle Héphaïstion. Je suis le fils d'Amyntor et d'Alina, votre fille ainée.
Cette déclaration provoqua un silence … puis la montagne fut remplis de chuchotis féminin dont Alexandre entendit quelques phrases telles que « C'est vraiment lui ? », « il est beau », « Alors Alina a eu un fils ? ».
Razel cria alors :
-Silence, vous toutes ! Et toi ! Prouve-moi que tu es bien qui tu prétends être ?
-Je ne peux rien prouver, je ne suis que moi et je n'ai pas de preuve autre que ma parole.
-… qui sont tes compagnons ?
-Alexandre, roi de macédoine, pharaon d'Egypte et conquérant de Perse.
La vallée se remplit à nouveau de murmures avant que Razel ne demande :
-Et les trois autres ?
-Des guerriers en qui nous avons toute confiance.
-Et que viens-tu faire ici ?
-… je voulais vous rencontrer.
-… Baissez le pont !
Alors, dissimulé par la roche, les macédoniens virent un pont se baisser veux eux. Prudents, ils traversèrent ces quelques planches étroites et sans sécurité avant d'arriver devant le mur de fortification. Alors qu'ils cherchaient une entrée, 2 échelles leur fut jetées pour qu'ils puissent monter.
Au prix d'une longue ascension, Héphaïstion et Alexandre sur la même échelle de corde, afin d'éviter une tentative d'assassinat sur le blond, ils arrivèrent tous au fait de la muraille.
Ils furent alors accueillis par Razel, un homme âgé aux cheveux longs et blancs qui avait un début de tonsure et une longue barbe blanche, et une demi-douzaine de guerriers qui les tenaient en joue avec des lances.
-Vous allez devoir déposer vos armes.
-Jamais. S'insurgea Alexandre en serrant la garde de son épée encore dans son fourreau.
Héphaïstion s'interposa et dit :
-Nous voulons faire preuve de bonne volonté mais nous ne pouvons pas totalement nous désarmer en territoire ennemi.
Razel fit la moue et Alexandre resta choqué devant sa ressemblance avec son amant lorsqu'il faisait la tête.
-Bien … alors donnez-nous vos épées, vous pouvez conserver vos dagues.
Après avoir reçu l'accord d'Alexandre, les gardes et Héphaïstion se délestèrent de leur fourreau et de leur épée. A la suite de quoi, sur un signe de Razel, les gardes se saisirent des épées et partirent, ne laissant que 2 gardes pour assurer la sécurité de leur chef.
Alors que les gardes partaient, ils furent remplacés par une dizaine de femme, entourant directement le pauvre Héphaïstion qui ne savait plus où donner de la tête. Elles parlaient entre elles et n'arrêtaient pas de le toucher. Qui tâtait ses bras, qui touchait ses cheveux, qui caressait sa joue et qui serrait ses mains.
Razel, de son côté, regardait le spectacle, les yeux humides, tout en jetant des regards noirs de temps en temps à Alexandre.
Finalement, il s'approcha du brun et automatiquement, les filles le lâchèrent pour former 2 lignes derrière lui :
-Je n'ai plus besoin de te demander de preuves de notre parenté. De près, il est évident que tu es le fils de ma précieuse Alina.
Les filles poussèrent des cris de plaisir derrière eux.
-Je ne t'ai pas présenté, mais je sais qu'elles le feront toutes seules. Toutes ces femmes sont tes tantes.
Et en effet, en les regardant toutes les 8, Alexandre leur trouva un air de ressemblance flagrant avec son bel Héphaïstion.
Razel mit sa main sur l'épaule d'Héphaïstion et dit :
-Vient mon fils, tu vas te détendre dans un bon bain puis nous discuterons autour d'un bon repas.
-Avec plaisir. J'ai hâte de faire votre connaissance…à vous tous.
-Je viens avec lui, où qu'il aille. Déclara Alexandre, voyant que personne ne faisait attention à lui et en était un peu vexé. On ne l'avait plus ignoré comme ça depuis que son père était en vie.
Razel fit la grimace et dit :
-Oui, manifestement, il ne peut aller nulle part sans vous …
Finalement, la délégation commença à marcher, menée par Razel, suivi par Héphaïstion qui essayait de répondre à toutes les questions de toutes ses tantes, puis d'Alexandre, maussade, des 3 guerriers macédoniens et des 2 gardes Perse.
Sur le chemin, Alexandre s'étonna de la structure de cette ville unique. Les maisons étaient construites à flanc de montagne et des sortes de champs étaient suspendues tout autour par un ingénieux système de corde et de poulies. Alexandre avait déjà vu ça à Babylone, dans les jardins, mais ici, le système était plus poussé. En effet, les habitants de Rhagès avaient pallié l'absence de place par cet ingénieux système et ils semblaient pouvoir pourvoir à tous leurs besoins alimentaires, ainsi. Il repéra aussi un système de transport d'eau pour irriguer les champs qui émanait d'un seul puits. Ledit puits était protégé par 2 gardes afin d'être sûr que personne n'endommage ou n'empoisonne le puits qui semblait être le seul point d'approvisionnement en eau de la ville.
Enfin, ils rentrèrent dans la forteresse à proprement parlé et furent conduit à une immense salle d'eau remplie de bains chauds et d'esclaves pour les masser.
Les macédoniens, sur la route depuis des semaines, ne pouvaient que se réjouirent d'avoir l'occasion de se laver avec un bon bain chaud et de faire masser leurs corps perclus de courbatures à force de chevaucher.
-Allez-y, détendez-vous, reposez-vous, faites-vous masser. Nous nous retrouvons dans 2 heures pour le banquet en l'honneur de ton retour au foyer, Héphaïstion.
Et alors que Razel invitait les macédoniens à rentrer, les tantes d'Héphaïstion poussaient des soupirs et des cris désespérés d'être déjà séparées de leur neveu.
Celui-ci leur fit un signe de la main avant de rentrer dans la pièce alors que Razel poussait ses filles dans le couloir en leur disant :
-Allez mes filles, laissez-le se détendre, il doit se débarbouiller. Et vous avez suffisamment de travail, je vous rappelle que nous n'avons que 2 heures pour préparer un somptueux banquet.
Aussitôt, les filles se mirent à courir dans les couloirs pour tout préparer pour la fête.
Héphaïstion, Alexandre et les trois guerriers se dévêtirent et, nus, se firent laver par les esclaves.
Une fois propres, ils allèrent s'installer dans un bain chaud pour se détendre. Héphaïstion et Alexandre s'installèrent dans un coin, sur un muret, tandis que les autres macédoniens occupaient un coin opposé, leur laissant de l'intimité.
-Je crois que ton grand-père ne m'aime pas.
Héphaïstion se moqua doucement et dit :
-Non, vraiment ?
-Tu as vu tous les regards noirs qu'il m'a lancés ?
-Et bien tu envahis son pays et ton armée exécute les siens. Sans compter la déculottée du roi Darius à Gaugamèle. Nous savons qu'il est mort mais nous n'avons pas encore diffusé l'information. Donc je pense que oui, il ne t'aime pas.
-… Je n'ai pas l'impression qu'il ne m'aime pas pour ça.
-Pourquoi alors ? Demanda Héphaïstion en recueillant de l'eau chaude dans sa main pour le mouiller la nuque.
Alexandre, totalement hypnotisé par l'eau qui dégoulinait ainsi sur le torse musclé et légèrement poilu de son amant, ne put réponse qu'en se rapprochant de lui, espérant un baiser.
Héphaïstion, amusé par la manœuvre de son amant mais ne voulant pas se donner en spectacle dans la demeure de son grand-père, éclaboussa Alexandre dans un rire avant de traverser le bain pour se diriger vers les esclaves pour se faire masser.
Alexandre, frustré, dût attendre quelques minutes le temps que son excitation diminue avant de suivre son amant, sous le rire moqueur de ses guerriers qui n'avaient rien manqué de l'échange entre le général et le roi.
Oeoeoeoeoeoeoeoeoeoeoeoeoeo
Les macédoniens étaient assis par terre, sur des coussins colorés, pour participer au buffet donné en l'honneur d'Héphaïstion.
Les mets étaient délicieux et le vin, parfumé. Cependant, les guerriers touchèrent celui-ci du bout des lèvres. Non pas qu'ils se méfièrent de leurs hôtes mais qu'Alexandre leur avait demandé de se montrer digne et de veiller sur eux deux et pour cela, ils devaient être sobres.
-Héphaïstion, dis-moi, comment va ta mère ?
-… Malheureusement. J'ai une triste nouvelle pour vous.
Aussitôt, toutes les tantes firent silence pour entendre la nouvelle :
-Ma mère mourut en me donnant naissance, aussi je ne l'ai point connue.
Toutes les femmes de l'assemblée crièrent et pleurèrent, se désolant de la mort de l'une des leurs.
-Je suis désolé. Dit Héphaïstion, se sentant coupable de la mort de sa mère et de l'affliction de ses tantes.
Razel essuya ses larmes et pinça ses lèvres puis la voix tremblante, dit :
-Non … ne t'excuse pas … aucune femme ne pourrait être plus heureuse que de donner sa vie pour son enfant. Je suis juste triste de ne plus pouvoir la voir, même si elle est partie il y a des années. Il faut dire qu'elle l'a vraiment aimé, cet homme.
-Et je peux vous dire que mon père l'aime encore sincèrement maintenant. Même 28 ans après sa mort, il la vénère encore, prie encore pour elle et ne s'est pas remarié.
-… J'avoue que c'est une belle preuve d'amour. Lorsque ton père est arrivé ici, il lui a tout de suite plu. Je l'ai su tout de suite. Mais la beauté de mon Alina était tellement renommée qu'elle était promise au prince Darius comme une de ses femmes. C'était un grand honneur pour notre famille. Mais malgré cet honneur, ma fille voulait être l'unique femme d'un homme et comme elle aimait ton père, lorsque j'ai compris qu'il lui faisait la cours et qu'elle allait bientôt y succombé, je l'ai fait emprisonné. Je n'ai jamais imaginé qu'elle donnerait un thé soporifique aux gardes pour leur prendre les clés et le libérer. Ils se sont enfuis dans la nuit et nous n'avons constaté leur départ qu'au matin. J'ai alors lancé mes gardes à leur poursuite mais Alina avait volé mes 2 chevaux les plus rapides et ils avaient rejoints la Cilicie et la Phrygie avant même que mes hommes n'atteignent l'Arménie. Une fois passé la mer, il leur était impossible de les retrouver et ils sont revenus bredouille. C'est à ce moment là que j'ai ordonné la taille de la montagne afin de forger ce gouffre et ces fortifications autour de notre ville. Ainsi, je savais qu'aucune de mes 8 autres filles ne suivrait son exemple. Depuis lors, nous n'avons eu que peu de visiteurs et nous nous suffisons à nous même.
-C'est suite à cet épisode que vous avez fait tous ces travaux ? S'étonna Alexandre.
-Avez-vous des enfants, jeune homme ?
Alexandre lança un bref regard à Héphaïstion avant de dire :
-Non, je n'en ai pas.
-Alors sachez qu'il n'y a de plus grande tristesse pour un homme que de perdre un enfant. Et comme j'avais déjà vécu ça une fois, je n'ai pas voulu le revivre encore. Malheureusement, j'ai eu un autre malheur il y a peu. Mon seul et unique fils, mon unique héritier, Daris, est mort d'une maladie.
-Je suis désolé de l'apprendre.
-Tu es gentil, Héphaïstion. Heureusement, j'ai encore mes 8 merveilleuses filles qui veillent sur moi. Au fait, nous n'avons pas eu le temps de toutes de les présenter.
-Non, c'est vrai.
-Alors je vais le faire. De l'ainée à la cadette, voici Ferial, Gihen, Kyria, Fatouma, Darina, Romina, Ara et Ismahen. Dit Razel en pointant à chaque fois une des femmes qui papillonnait constamment autour d'Héphaïstion.
-Je suis ravie de toutes vous rencontrer. Dit Héphaïstion en leur souriant.
Aussitôt, toutes les femmes se regroupèrent autour de lui, délogeant même Alexandre, parlant toutes en même temps et le caressant comme s'il était la plus belle chose qu'elles n'aient jamais vue.
La soirée continua ainsi, dans un agréable brouhaha et un interrogatoire en règle de la vie d'Héphaïstion minute par minute.
Alors qu'Alexandre et Héphaïstion, toujours escortés par les trois guerriers, se dirigeaient vers les chambres qui leur avaient été attribuées, les deux généraux discutaient :
-Tu sais, je pense vraiment que ton grand-père ne m'aime pas.
-Nous en avons déjà discuté, Alexandre. Il t'en veut sans doute d'envahir son pays.
-Mais tu ne l'as pas vu ? Les regards qu'il me jette, constamment, comme s'il voulait me dépecer.
Héphaïstion pouffa de rire à cette description.
-Non, je n'ai rien remarqué. Es-tu sûr de toi ?
-Tu n'as vraiment rien vu ? C'est pourtant flagrant.
-Et ne penses-tu pas que tu deviens paranoïaque ?
-N'importe quoi ! Je sais ce que je dis, Héphaïstion. Il m'en veut pour quelque chose.
-Alexandre, si cet homme devait en vouloir à quelqu'un, cela serait à mon père. C'est lui qui lui a volé sa fille et à cause de qui il a dû isoler son peuple. Pourtant, il m'a accueilli à bras ouverts alors que je pensais qu'il m'en voudrait tout autant.
-Il ne pourrait pas t'en vouloir, tu ressembles énormément à ta mère.
-Comment le saurais-tu ?
-Tu ne ressembles pas à ton père et tu es vraiment beau. Cela doit donc venir de ta mère. De plus, tu as les mêmes yeux que ton grand-père et le regard aussi tendre que celui de tes tantes lorsqu'elles te regardent, lorsque tu me regardes.
Héphaïstion rougit et c'est uniquement parce qu'ils étaient dans les couloirs d'une forteresse ennemie suivie par trois guerriers qu'Alexandre ne prit pas Héphaïstion dans ses bras pour l'embrasser.
Il lui fit malgré tout un tendre sourire et lui dit :
-Nous sommes arrivés à ta chambre. Bonne nuit mon doux ami.
-Bonne nuit mon roi.
-Nous nous retrouvons demain à 8 heures pour le petit-déjeuner ?
-Oui. Dit Héphaïstion en s'enfuyant dans sa chambre, avant de prendre les douces lèvres de son amant.
Alexandre vit la porte se refermer et entendit la clé tourner, enfermant le brun, puis il regarda les guerriers et l'un d'eux s'installa directement devant la porte de son amant, le protégeant malgré lui.
Alexandre avait prévu 3 guerriers afin que deux d'entre eux les protèges à tout instant et qu'ils fassent des roulements avec le troisième qui se reposait la nuit. Il n'avait bien sûr pas dit à son amant que l'un d'eux devait le protéger lui, Héphaïstion étant persuadé que les 3 guerriers étaient pour son souverain.
Il parti donc dans la chambre voisine, sachant que sa porte serait aussi gardée alors que le troisième guerrier allait se reposer avant de prendre la relève d'un de ses camarades dans la nuit.
En sortant de sa chambre le lendemain, Alexandre salua le garde devant sa porte et demanda :
-Tout va bien ?
-Oui Sire. Le général Héphaïstion est parti pour la salle des repas il y a 10 minutes.
-Seul ?
-Non Sire. Escorté par Pénocle.
-Et Sophile ?
-Je l'ai remplacé il y a une heure, il dort.
-Bien. J'ai faim, allons manger.
Alexandre et son garde partirent donc manger en discutant, comme deux vieux guerriers, ce qu'ils étaient, bien sûr.
Lorsqu'ils arrivèrent à la salle des repas, ils ne virent que Razel, attablé et en train de manger. Mais d'Héphaïstion, aucunes traces.
-Razel ? Où est Héphaïstion ? Demanda Alexandre, inquiet, alors qu'Hérophène, son garde, sortait discrètement son poignard et surveillait les différentes entrées de la pièce.
-Il est parti avec mes filles visiter la ville.
-Je vais le rejoindre.
-Non, assieds-toi.
Alexandre, qui s'était déjà retourné pour partir regarda le chef de la ville qui se coupait doucement un morceau de pomme avec un long couteau extrêmement aiguisé.
-Et laisse ton assassin à la porte. Je lui ai fait porter à manger sur une table devant la porte.
Le soldat regarda son roi qui hocha la tête, alors il salua et sorti, tout en se promettant d'intervenir au moindre son suspect.
-Bien, maintenant, assis. Ordonna le plus âgé en lui désignant un coussin.
Alexandre décida de ne pas causer d'esclandre, voulant voir ce que voulait le vieillard.
Celui-ci, après avoir fini sa pomme et avoir poussé vers son invité un plateau de fruits, se décida à déclarer :
-Je ne t'aime pas, Alexandre.
Ledit Alexandre ne dit rien mais ses yeux s'allumèrent d'une lueur amusée, il l'avait bien dit à Héphaïstion.
-Je l'avais remarqué, oui.
-Cependant, j'aime mon petit-fils. Il est indéniable qu'il est de moi. Il me ressemble beaucoup lorsque j'avais son âge et ces yeux sont ceux de mon Alina. Il est gentil et agréable … simple et complexe … et pour une raison qui m'échappe, il t'aime.
A ces mots, Alexandre rougit.
-Il est inutile de le nier, même dans un lieu aussi isolé qu'ici, les rumeurs nous sont parvenues. Et puis, je l'ai vu de mes yeux.
-Je n'avais aucune intention de le nier, il m'aime et je l'aime également.
-Plus que comme un ami …
-Héphaïstion est bien des choses pour moi. Il est mon général, mon ami, mon frère, mon amant et surtout, il est la personne la plus importante à mes yeux.
-Alors pourquoi ne pas faire de lui ton époux ?
-Dans votre pays comme dans le mien, les relations entre hommes sont acceptées, dans certaines situations, elles sont même encouragées, comme chez les spartiates, qui ne deviennent d'exceptionnelles guerriers que parce qu'ils veulent protéger leur binôme qui est aussi leur amant. Pour autant, même si Héphaïstion est mon roi, je suis celui de Macédoine, je suis le pharaon d'Egypte et je serai bientôt le roi des rois de Perse. Dans aucun de ses royaumes, le mariage entre homme n'est autorisé. Et je dois donner des héritiers qui gouverneront en mon nom à ma mort. Pour autant, même si je vais prendre une femme, voir plusieurs, Héphaïstion sera toujours le plus important pour moi. Toujours.
-C'est une promesse ?
-Plus qu'une promesse, une certitude.
-… Bien, alors que veux-tu ?
-Comment ça ?
-Qu'es-tu venue faire ici ?
-Accompagner Héphaïstion qui voulait vous rencontrer.
-Ne me prends pas pour un idiot, veux-tu ? Où est ton armée.
-C'est la vérité. Il voulait vous rencontrer car c'était aussi un choc pour lui de découvrir ses origines et je ne voulais pas le laisser seul lors de cette épreuve. Mais comme vous le savez, après que Darius ait fait assassiner mon père, j'ai décidé de le traquer et de prendre la Perse. Rhagès est une ville d'importance et si je ne l'ai pas sous ma coupe, alors je ne peux pas devenir le roi des Perses.
-Alors que vas-tu faire ? Me tuer et mettre un Macédonien à ma place ? Ou même mon petit-fils ? Vas-tu assiéger ma ville et tuer des centaines de familles ?
-Non Razel, ce n'est pas mon intention. De plus, jamais Héphaïstion ne me le pardonnerai si je le faisais.
-Est-il dans la confidence de ton plan ?
-Non. Parce que je n'ai pas vraiment de plan. Je voulais juste l'accompagner et repérer les lieux mais je n'avais pas encore pris de décision concernant cette ville.
-Mais maintenant, c'est fait ?
-Oui. Razel, c'est très récent alors l'information n'est pas encore arrivé jusqu'ici mais … j'ai retrouvé Darius.
-Et tu l'as tué ?
-Je n'en ai pas eu besoin. Il avait été abandonné par ses soldats et ses généraux au milieu des montagnes. Mes troupes l'ont retrouvé la semaine dernière. Il était vivant mais en mauvais état. Il a demandé de l'eau. Il a bu puis il est mort.
-Oh …
Le pauvre vieil homme sembla prendre dix ans en dix secondes et il semblait aussi désolé pour Darius.
-Tu sais … j'étais un courtisan, plus jeune. J'étais un noble et fier guerrier de Darius II. Je me suis fait connaitre pour mon courage. Pour l'avoir sauvé lors d'une bataille, Darius me donna cette ville alors que je n'avais que 20 ans. Je n'ai pas connu ses successeurs, pas plus que le dernier en date, Darius III. Pourtant, j'avais juré fidélité à cette famille, à ce pays.
-Grand-père, en me jurant fidélité, tu ne trahis pas la Perse. N'as-tu pas entendu parler de moi ? Je mène des batailles et je mets un gouverneur qui m'a juré fidélité en place. Cependant, je ne fais pas de différence entre macédonien et perse. L'un comme l'autre peut devenir mon gouverneur dès qu'il m'a juré fidélité. Et je ne convertis pas, jamais, à aucun moment, une ville afin qu'elle devienne macédonienne. Je laisse à ces habitants sa culture et ses coutumes. Et c'est ce que je compte faire aujourd'hui. Alors je vous pose la question, Razel. Me jurez-vous fidélité et devenez-vous un membre de ce nouveau gouvernement ? En échange, je vous laisserai libre de rester comme vous l'êtes actuellement, d'évoluer, de vivre, de manger, de prier et d'être heureux comme vous l'avez toujours été.
A ces mots, Razel se mit à pleurer et il prit dans ses vieilles mains fripées la main d'Alexandre. Il courba alors son vénérable front et son dos douloureux pour embrasser ses doigts, lui jurant allégeance tandis qu'Alexandre posait son autre main sur son crâne quelque peu dégarni, lui jurant protection.
-Ah, Héphaïstion, que fais-tu ?
Après ce moment fort en émotion, Alexandre était parti à la recherche de son amant qu'il avait trouvé entouré d'enfants.
-Mes neveux sont en train de m'apprendre un jeu avec cette boule de tissu. C'est très divertissant. Je suis sûr que Néarque et Ptolémée vont adorer.
-J'en suis sûr aussi. Mais j'espère que tu as bien appris les règles car nous devons partir.
Aussitôt, Héphaïstion perdit la balle et demanda :
-Déjà ? Mais … nous n'avons pas ce pour quoi nous sommes venus.
-Si. Je viens de discuter avec Razel et il accepte de rester le gouverneur de cette ville. Mais maintenant il faut partir … enfin, sauf si tu veux que l'armée débarque et assiège la ville avec nous dedans.
-Non … bien sûr que non. Mais …
-Heph … je ne te demanderai jamais de quitter ta famille et si tu veux rester ici, bien sûr, je comprendrais.
Alors qu'il disait ses mots, le cœur d'Alexandre pleurait car il ne voulait pas être séparé de son amant mais il savait aussi que c'était un vrai plaisir pour lui d'avoir une famille nombreuse autour de lui et il ne voulait pas le priver de cela.
-Non, bien sûr que non, je ne t'abandonnerai jamais Alexandre. Laisse-moi leur dire au revoir et nous pourrons partir.
Alexandre, immensément soulagé, lui fit un grand sourire avant de dire :
-Nous ne partirons que demain, si cela te convient. Razel à prévu un grand banquet pour te dire au revoir.
-Un autre banquet ? Nous en avons eu un hier.
-Laisse-le faire, il essaye juste de rattraper les années où il ne t'a pas eu à ses côtés.
-Heureusement, cela n'arrivera plus. Je lui écrirais très souvent, maintenant. Je vais le lui dire de ce pas.
Alexandre regarda alors son amant partir pour rassurer son grand-père et il ne pouvait qu'être soulagé de la décision d'Héphaïstion de rester encore avec lui.
FIN
Petites informations : J'ai essayé de coller au plus près, non pas du film mais de la réalité historique (avec mes maigres connaissances) concernant ces personnes. Aussi, les évènements de Babylon, la ville de Rhagès et les évènements de Gaugamèle sont véridiques. De même, c'est vraiment au mariage de sa fille qu'est mort le roi Philippe. J'ai aussi recherché de vrais prénoms perses pour les tantes d'Héphaïstion.
J'espère que cette histoire malgré tout totalement inventée vous a plût.
