Cendrillon ou la vengeance de Javotte

Il était une fois, une jeune fille qui n'avait qu'un seul but dans la vie, rendre sa mère fière d'elle. Cette jeune fille, du nom de Javotte, essayait jour et nuit de lui montrer sa valeur. Depuis son plus jeune âge donc, elle suivait toutes les consignes de sa mère à la lettre, toujours bien se tenir, bien s'habiller, faire attention à sa ligne, ne pas trop parler, être naïve et surtout garder un masque en permanence et ne jamais oublier de toujours penser à soi avant de se soucier des autres. Bref, lui ressembler en tout point et surtout ne pas la décevoir.

Malheureusement pour elle, cette dernière ne semblait jamais s'apercevoir de ses efforts et au contraire n'arrêtait pas de lui rabattre qu'elle n'est pas à la hauteur. Non, l'attention de sa mère était toujours portée sur sa sœur cadette, Anastasie. Aux yeux de sa mère, Anastasie elle, était parfaite, malgré son style pas tout à fait à la mode, malgré ses rondeurs, malgré ses sourires et même sa gentillesse. Javotte ne comprenait pas. Sa sœur ne lui arrivait pas à la cheville, elle ne se comportait pas comme elle le devrait, comme leur mère leur avait appris. Et pourtant elle était la préférée. Ainsi, Javotte haïssait sa sœur Anastasie.

Et encore, quand sa mère ne se préoccupait pas du sort de sa petite fille chérie, elle n'en avait que pour sa demi-sœur Ella. Elle passait son temps à l'humilier, à la réprimander, à lui mener la vie dure. Et Javotte n'aimait pas ça. Pas le traitement que sa mère faisait subir à Ella, évidemment, elle trouvait même que cela était des plus divertissant. Elle jalousait simplement l'énergie et l'attention que sa mère portait à cette moins-que-rien. C'est pourquoi, un jour, pour attirer l'attention de sa mère, elle affubla sa demi-sœur du surnom ridicule de Cendrillon, c'était une des rare fois où sa mère l'avait félicité, une des rares fois où elle avait réussi à la rendre fière. Malheureusement pour la jeune fille, depuis, elle n'avait plus réussi cet exploit. Elle avait usé de tous les stratagèmes pour rendre la vie de Cendrillon impossible, elle s'acharnait sur sa proie telle un animal affamé, mais rien semblait porter fruit. Ainsi Javotte attendait dans son coin, une nouvelle occasion de montrer l'étendue de ses talents à sa mère. Elle était loin de se douter que cette occasion allait bientôt se présenter.

Un jour, par une journée pluvieuse, les quatre femmes de la maison étaient réunies dans le grand salon. La mère de famille était debout près du piano, à écouter sa cadette jouer un air qu'elle avait appris le jour précédent avec son professeur de musique. Javotte les observait du coin de l'œil tout en lisant un livre, elle trouvait que sa sœur jouait extrêmement mal, et ce n'était pas la haine qui lui faisait penser une chose pareille, la jeune Anastasie n'avait réellement pas de talent pour la musique. Pourtant sa mère écoutait les horribles sons que l'instrument produisait avec grand intérêt, les yeux pleins d'admiration pour sa fille. Avait-elle les oreilles bouchés? Javotte soupira et leva les yeux au ciel. Même Cendrillon, qui était en train de repasser dans un coin de la pièce, étant de nature calme, gentille et tolérante avait du mal à ne pas grimacer, tellement les notes étaient mal jouées. Ayant remarquée la tête qu'elle faisait, Javotte, même si elle était totalement d'accord avec le fait que la façon de jouer de sa sœur était une insulte à la musique, ne put s'empêcher de lancer une pique:

· Tu devrais te concentrer sur ce que tu fais, Cendrillon! Si jamais tu venais à brûler une de mes robes, même tout une vie de dur labeur ne te suffira pour la remplacer.

La réaction de la jeune fille ne se fit pas attendre, elle sursauta au ton autoritaire et froid de sa belle-sœur et sur le coup se brûla les doigts. Javotte jubila, fière de l'effet qu'elle venait de produire. Elle se tourna vers sa mère s'attendant à un mot de félicitation de sa part. Mais comme toujours, ses traits s'assombrissaient quand elle se rendit compte que sa mère n'avait rien suivit de la scène, trop obnubiler par sa fille chérie. Javotte soupira et leva les yeux au ciel, encore. Décidément cette Anastasie commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

Soudain, des coups à la porte se firent entendre. Cendrillon se précipita pour ouvrir et revint les mains chargées de lettres qu'elle posa immédiatement sur la table de peur de se faire réprimander. La marâtre se leva et se saisit des dits lettres et commença à les trier. Javotte la regardait faire et attendait avec impatience les nouvelles que sa mère allait annoncer. Tout à coup, la mère de famille se leva et eût un sourire, ce qui n'arrivait pas très souvent.

· Nous sommes conviées à un bal au palais en l'honneur du prince Charles, une cérémonie à laquelle il choisira une épouse.

Le sourire qui fleurit sur les lèvres de Javotte fut resplendissant. Voilà enfin sa chance. Elle allait montrer de quoi elle était capable. Elle prit sa décision. Elle épouserait le prince. Qu'il le veuille ou non. Mais de toute manière, elle était sûre qu'il ne pourrait refuser, Javotte avait un charme indéniable qui aurait fait tomber n'importe quel homme et pâlir de jalousie n'importe quelle femme. Ce n'était pas parce qu'elle aimait le prince, non. Elle n'en avait rien à faire du prince. Elle se fichait aussi éperdument du titre qui venait avec le mariage ou de la fortune et du palais. Quoique cela ne pouvait pas être désagréable. Elle voulait juste le pouvoir, elle voulait qu'on la considère enfin de la manière qu'elle devait être considérer. Bien sûr elle voulait, comme toujours, que sa mère soit fière d'elle aussi. Et quelle meilleure manière que de devenir princesse?

C'était ainsi que le lendemain, Javotte, sa mère et Anastasie se retrouvèrent dans la plus grande boutique de robes de soirée qui existait en ville. Après avoir bien fait comprendre à Cendrillon qu'elle n'avait en aucun cas le droit de les accompagner car elle ne pourrait jamais se payer ne serait-ce que le tissu de la robe. Elles avaient quitté la maison le sourire aux lèvres.

· Oh Anastasie, tu es magnifique. La plus belle, le prince ne pourra pas te rater c'est sûr!

Javotte roula des yeux. Dans ce genre de situation, elle avait vraiment du mal à reconnaître sa mère. Cette façon de s'extasier était purement et simplement ridicule. D'autant plus qu'elle n'était pas du tout, mais alors pas du tout d'accord avec l'affirmation que sa mère venait de faire. Non, la robe que venait d'essayer sa sœur n'avait rien de transcendant, elle était belle mais sans plus. Et Anastasie n'était pas magnifique, elle pourrait revêtir la plus belle robe du monde qu'elle ne serait encore que juste potable. C'était en tout cas ce que pensait la jeune Javotte, et ce serait mentir de dire qu'elle n'y mettait pas ne serait-ce qu'un tout petit peu de mauvaise foi.

· Oh ma chérie, celle-ci aussi est époustouflante! De toute manière tout te va à merveille, tu es parfaite.

Anastasie venait d'essayer une énième robe, une énième robe ordinaire selon Javotte, mais cela bien sûr, elle ne le dirait jamais à haute voix sous peine de subir le courroux de sa mère. Anastasie, Anastasie, Anastasie, il n'y en avait toujours que pour elle. Javotte était exaspérée. Elle se leva et arpenta les allées entre les robes. Il lui fallait la robe qui ferait la différence. Celle qui la ferait sortir du lot. Et puis si elle était restée une minute de plus à entendre l'admiration que sa mère vouait à cette pimbêche, elle n'aurait pas pu garder son sang-froid bien longtemps.

Le soir du bal arriva enfin. Dans le carrosse qui les amenait au palais, Anastasie faisait une crise de panique, pendant que sa mère essayait de la rassurer en lui disant des mots encourageant, c'est-à-dire, en lui répétant sans cesse que bien sûr elle était la plus belle, que bien sûr le prince ne pouvait que tomber amoureux d'elle. Bref que des mensonges. Javotte, fidèle à elle-même, roula des yeux pour la énième fois. Pathétique, voilà le mot qui définissait sa sœur, ainsi elle aimait vraiment le prince. Stupide, seule les filles sans aucune jugeote avaient besoin d'un homme et tombait stupidement amoureuse. Javotte, elle n'en avait que faire de l'amour, mais elle souriait en pensant à la manière dont sa sœur pleurerait tous les larmes de son corps quand le prince n'aura d'yeux que pour elle. Elle prendrait un malin plaisir à la narguer, elle en jubilait d'avance. C'était pleine de confiance en elle qu'elle descendit du carrosse, dans sa robe d'un vert émeraude, tout sauf ordinaire, qui lui allait parfaitement, mais ça elle le savait déjà, même si sa mère ne lui avait fait aucun compliment.

Cendrillon ne les avait pas accompagnés bien sûr. Elle n'en avait pas le droit. Sa mère avait fait toute une scène en lui donnant mille corvées à faire pour la soirée. Javotte soupçonnait sa mère d'avoir peur que Cendrillon vole la vedette à sa fille chérie. On ne pouvait pas nier que la souillonne, autant souillonne qu'elle l'était, n'était pas dénué de charme, elle était même pas du tout désagréable à regarder, mais cela Javotte ne l'avouerai jamais, même sous la torture. Mais de là à l'écarter? Javotte ne comprenait pas, mais elle n'avait pas pipé mot. De toute manière, cela lui faciliterait la tâche. Pas qu'elle avait peur de la beauté de Cendrillon. Non, elle savait qu'elle était mille fois mieux que sa demi-sœur, Javotte ne la considérait même pas comme de la concurrence, elle ne doutait pas une seule seconde que ce serait elle que le prince choisirait. Toutefois, Javotte n'aimait pas s'embarrasser de ce qui n'était pas nécessaire, et être la seule belle femme de la soirée n'était pas loin de lui déplaire.

En entrant dans la salle de bal, les têtes se tournaient à son passage, et elle s'en félicitait. Elle chercha le prince du regard et l'aperçu assez facilement, il était en train de faire connaissance avec des filles tout à fait quelconques et semblait s'ennuyer à mourir. En allant à sa rencontre accompagnée de sa mère et sa sœur, Javotte restait un tout petit plus en retrait, elle ne voulait en aucun cas être associée à Anastasie. La connaissant, elle allait sûrement encore se comporter comme une idiote.

· Bonjour votre Altesse, lança sa mère en s'adressant au prince. Je vous présente ma fille Anastasie. Ne la trouvez-vous pas à tomber par terre?

Javotte leva les yeux au ciel, était-elle obligée de la présenter comme cela? Comme une vulgaire marchandise? Elle avait beau ne pas du tout apprécier sa sœur, elle ne pouvait s'empêcher de trouver cela rabaissant et dégradant.

Le prince se contenta de sourire et fit un baisemain à Anastasie qui rougissait jusqu'aux oreilles. Pathétique. Satisfaite, sa mère s'en alla avec sa fille préférée oubliant totalement l'existence de l'autre. Javotte s'avança alors vers le prince et lui lança un sourire compatissant, totalement feint, évidement, elle ne connaissait guère la compassion.

· Votre Altesse, commença-t-elle en faisant une révérence. Cela doit-être épuisant de rencontrer autant de cruches et d'être exposer ainsi comme une marchandise au milieu de la salle. Continua-t-elle cette fois-ci très honnêtement.

Le prince, pris de court, ne s'attendant pas du tout à ce genre de réflexion, ne put retenir, un sourire en coin. Enfin quelqu'un qui ne bavait pas littéralement devant lui et qui avait de la répartie. Il admirait cela. Personne ne savait, mais le prince était tout sauf charmant. Bien sûr, il était beau, avec ses cheveux blonds et ses yeux bleu gris, il les faisait toutes rêver. Mais loin d'être un homme parfait, comme semblait le croire tout le royaume, il avait des démons, et il les affectionnait particulièrement ces dits démons.

· Et à qui ai-je l'honneur? Répondit-il la main de la jeune fille toujours dans la sienne après lui avoir fait un baisemain des plus sensuels en la regardant droit dans les yeux.

· Javotte, votre future femme. Lança la jeune fille sans aucune hésitation d'une voix rauque, entrant dans le jeu.

· Oh mais vous avez l'air bien sûre de vous jeune demoiselle. Sourit le prince subjugué par autant de confiance en soi.

· C'est une des choses les plus importantes dans la vie selon moi, je sais ce que je vaux voilà tout. Répondit-elle loin d'être intimidée par le regard acier du blond, qui semblait la scruter.

· Je suis bien d'accord avec vous, Javotte. Mais vous devez vraiment être amoureuse pour être sûre à ce point que je vous choisirais. Continua le prince en caressant lentement le dos de la main de la jeune fille qu'il n'avait toujours pas lâché.

Javotte jubilait intérieurement, le prince était carrément en train de flirter avec elle et finalement, il n'était pas totalement désagréable, même si cela n'avait aucune importance évidement. Tout ce qui comptait c'était le fait qu'elle ne s'était pas trompée, le prince était très intéressé et cela la ravit.

· Moi, amoureuse de vous? Ria-t-elle. Si cela vous fait plaisir de le penser, je ne vais pas le nier, même si franchement, je n'en ai que faire de l'amour. Précisa-t-elle en se mordant la lèvre inférieure d'une manière délibérément provocante.

Les yeux du blond s'illuminèrent, enfin une fille qui ne vivait pas de ces foutaises de romantisme à la noix. Cette Javotte était parfaite pour lui, il aurait presque envie d'arrêter cette mascarade de bal et d'emmener cette jeune fille directement dans sa chambre pour lui montrer l'envie qu'elle faisait naître en lui en le provoquant ainsi.

· Nous avons donc là une chose en commun très chère. Répliqua le prince en se rapprochant d'elle et en la reluquant d'une façon totalement indécente. L'amour c'est peut-être bien, personnellement je n'en sais rien et pour tout vous dire je m'en fous, mais le désir, le plaisir, la jouissance, sont sans doute meilleure. Qu'en dites-vous? Susurra-t-il d'une manière très suggestive.

Loin de se démonter devant l'attitude du blond, Javotte souriait. Décidément, les hommes étaient tous les mêmes, mais cela était loin de lui déplaire. Elle connaissait un rayon sur les hommes et leurs envies. Derrière ses airs de sainte nitouche se cachait une vraie tigresse. Et elle n'avait jamais hésité à user de ses charmes pour arriver à ses fins.

· Peut-être devrions-nous nous retrouver dans un coin un peu plus tranquille et à l'abris des regards pour que je vous montre à quel point on est sur la même longueur d'onde. Minauda-t-elle en s'éloignant lentement de l'homme qui commençait à la serrer un peu trop contre lui.

L'homme en question était sur le point de répondre quand la musique se tut brusquement et que les têtes se tournèrent vers la porte d'entrée. Le roi se matérialisa soudainement derrière le prince et posa sa main sur son épaule en toisant méchamment Javotte du regard.

· Mon fils, regardes la jeune femme qui vient d'arriver, n'est-elle pas sublime. Vas l'inviter à danser. Ordonna-t-il à son fils, et ajouta voyant l'expression énervée du prince qui n'appréciait pas du tout d'avoir été interrompu dans une situation aussi excitante rajouta: Immédiatement!

Le blond lança un regard désolé à Javotte, qui souriait pour donner le change mais qui ne menait pas large intérieurement en maudissant ce foutu roi qui lui avait coupé l'herbe sous les pieds en intervenant, et se dirigea vers la jeune femme que son père semblait trouver sublime, mais qui manquait cruellement d'originalité dans sa robe bleu ciel et ses yeux brillants un peu trop d'innocence et d'espoir, à son goût.

La musique redémarra et joua une valse, le prince faisait danser la jeune fille sur la piste le visage totalement fermé, les traits ne laissant aucun sentiment filtrer, tandis que la fille à la robe bleue souriait de toutes ses dents, totalement sous le charme de ce dernier.

Dans un coin, parmi la foule, Javotte fulminait. Ce n'était pas de la jalousie évidement, le prince pouvait se taper toutes les femmes de cette salle qu'elle n'en aurait rien à faire. Le problème était que cette fille, qui venait d'apparaître d'en ne sais où semblait avoir conquis le roi et de ce qu'elle avait remarqué le petit prince ne pouvait pas vraiment dire non à son père. Hors d'elle, même si elle ne le laissait pas paraître, elle scruta les traits de la jeune fille qui allait peut-être briser ses rêves. Et un sentiment étrange l'envahit, elle était sûre de la connaître. Mais c'était comme si quelque chose brouillait ses esprits et qu'elle n'arrivait pas à mettre un nom sur ce visage. Elle n'aimait pas cela, elle n'aimait pas cela du tout.

Alors que le prince entraîna la fille en bleu hors de la salle, son regard se posa avec dédain sur sa sœur qui pleurnichait dans les bras de sa mère. Pathétique. Il fallait qu'elle les suive pour en savoir plus. Ainsi, déterminée elle suivit le chemin que le couple avait emprunté plus tôt alors que la musique dans la salle recommençait à jouer et que les discussions reprirent de plus belle.

Javotte retrouva le prince et la jeune fille dans le jardin. Se cachant derrière un arbre, elle se mit à épier leur conversation.

· Ce jardin est magnifique! s'extasia une voix féminine. Vous avez de la chance de vivre dans un endroit pareil.

· Oui, c'est l'avantage d'être le prince. Rétorqua une voix masculine pleine d'ironie devant la naïveté de la jeune fille.

Ironie que la jeune fille n'avait pas l'air de remarquer, mais qui n'échappait pas à Javotte, puisqu'elle enchaîna.

· Vous devez adorer cette endroit.

· Oui, la nature et moi, c'est tout une histoire d'amour. Continua le prince cette fois-ci le ton moqueur, indiquant qu'il ne pensait pas du tout et qu'il ne le cachait pas non plus, décidément, cette fille l'ennuyait.

· C'est vrai? Interrogea la fille en bleu visiblement toujours dans le déni. Moi aussi j'adore la nature et les animaux.

· Super. Marmonna le blond feignant un intérêt pour ce qu'elle venait de dire. Alors dites-moi, quelles sont vos intentions en venant à ce bal? Questionna le prince désirant changer de sujet de conversation.

· Oh c'est un sujet délicat. Lança timidement la jeune fille. Moi-même je ne sais pas ce qui m'a vraiment poussé à venir, j'avais juste la sensation qu'il fallait que je vienne. Et puis avec un peu d'aide je suis là… Et je dois dire que je ne suis pas déçue, je crois que c'est le destin qui m'a conduit ici.

· Donc cela n'a rien avoir avec le fait de vouloir m'épouser. Ne put s'empêcher de taquiner le prince.

· Oh peut-être que si, ria naïvement la voix féminine, vous êtes charmant.

N'importe quoi, pensèrent Javotte et le prince en même temps. Cette fille était vraiment pitoyable. Javotte, adossée à son arbre, roula des yeux et soupira mais se mit à sourire en pensant que le prince ne trouvait sûrement pas cette stupide créature à son goût. Tandis que ce dernier, las de parler avec cette cruche, regarda autour de lui et remarqua la jeune fille à la robe verte derrière un arbre à quelques mètres d'eux et esquissa un sourire en coin. Cela n'échappa évidemment pas à la fille en question qui lui répondit également pas un sourire identique.

Tout à coup, la grande horloge sonna le premier coup de minuit, la jeune fille en bleu s'affola.

· Oh non, il est déjà si tard? Il faut que j'y aille.

· Vous êtes sûre? Il n'est pas si tard, je trouve même qu'il est encore assez tôt. Remarqua le blond, n'essayant de la retenir que pour la forme.

· Je suis désolée votre Altesse, je dois vraiment y aller. Bafouilla la jeune femme avant de s'enfuir aussi vite que pouvait lui permettre ses souliers de verre.

Javotte, soulagée, sortit de sa cachette, ignorant complètement la panique et les cris qui s'élevaient de la salle de bal, et se dirigea lentement vers le prince qui la dévorait des yeux.

· Quelle charmante jeune fille, n'est-ce pas? Commença-t-elle s'arrêtant en face du jeune homme.

· Oui tout à fait. Sourit le prince. Malheureusement, les jeunes filles charmantes ne m'intéressent guère.

· Oh et quel genre de filles vous intéressent donc? Interrogea Javotte connaissant déjà la réponse.

· Celles qui savent exactement ce qu'elles valent et qui se donnent les moyens d'avoir ce qu'elles veulent. Continua le prince en prenant la main de Javotte et en l'entrainant près d'une fontaine.

· Malheureusement pour vous, votre père, le roi, préfère les charmantes petites princesses toute gentille et toute naïve, n'ayant comme seul but dans la vie que de se marier et d'avoir beaucoup d'enfants. Affirma la fille à la robe verte allant droit au but.

· Javotte, très chère, il semble que vous m'aillez percé à jour. Concéda le prince. Toutefois, cela ne nous empêche pas de nous amuser un peu n'est-ce pas?

· Aussi tentant que l'est votre proposition mon cher prince, mon but en venant ici n'a jamais été de m'amuser un peu. Poursuivit Javotte en s'éloignant de lui. Si vous ne pouvez me donner ce que je souhaite, je ne peux également rien pour vous.

· C'est tellement regrettable. Moi qui suis totalement sous votre charme. Vous êtes si différente des autres.

· Oui, tout à fait regrettable. J'aurai pu être la femme parfaite pour vous, et je sais, que vous le savez. Affirma-t-elle le regard vrillé dans celui de l'homme qui lui faisait face.

Les minutes passèrent sans qu'ils ne s'échangent plus aucun mot, se défiant du regard. L'atmosphère était électrique. La tension qui régnait entre eux était presque palpable. Et quand enfin, le prince allait céder à briser le silence, la voix du roi, interrompit encore une fois leur proximité.

· Charles! Le bal est terminé, puis-je te voir un instant? C'est important. Proclama-t-il ne jetant qu'un regard plein de dédain à Javotte avant de s'en aller.

Pas commode le grand roi, pensa Javotte. Voyant que le prince n'avait pas bouger et hésitait visiblement à la laisser, elle lui susurra:

· Eh bien, Charles, on dirait que ton cher papa, le roi, a besoin de toi. Et moi, je dois y aller, vu que le bal est visiblement terminé.

Et sans demander son reste, elle partit d'un pas assuré malgré son cœur qui était un peu lourd. Décidément, elle n'avait pas de chance d'être tombé sur un tel crétin.

Le lendemain, la nouvelle que le prince voulait retrouver sa belle inconnue se rependait en ville. Les gens étaient au bord de l'euphorie, surtout les jeunes filles et leurs mères qui voyaient là une autre chance de conquérir le prince, car même si elles savaient parfaitement qu'elles n'étaient pas la fille en bleu, elles se disaient qu'elles pourraient facilement se faire passer pour, vu que la réussite dépendait d'une chaussure qui devait leur aller, même si la pointure de celle-ci était ridiculement petite selon les dire. Anastasie et sa mère n'y échappèrent pas, alors que la fille sautillait partout croyant vraiment arriver à enfiler cette maudite chaussure, la mère ne cessait de guetter par la fenêtre l'arrivée du convoi du roi. Pendant ce temps, Cendrillon faisait le ménage dans une étrange bonne humeur qui n'échappa pas à Javotte, comme rien ne lui échappait jamais. Et c'était ainsi, en la suivant de près et en lui donnant beaucoup d'attention qu'elle la surprise en train de fredonner la valse que la fille en bleu avait partagé avec le prince Charles, et de fil en aiguille Javotte en conclut que la mystérieuse jeune fille était Cendrillon, évidement, elle savait bien qu'elle la connaissait, et elle se trompait rarement.

Javotte ne savait trop que faire de cette révélation. De toute manière elle n'était plus sûre de vouloir quoi que ce soit du prince. Son attitude l'avait exécré. De plus rendre sa mère fière d'elle s'avérait être mission impossible. Javotte était donc perdue, elle ne se voyait pas abandonner mais par la force des choses elle se disait que peut-être se venger était la meilleure manière de se sentir mieux. Le temps qu'elle réfléchissait à un plan d'action, le convoi du roi arriva.

Dans le salon de leur maison se trouvait ainsi le convoi, composé du valet, de deux soldats et du prince en personne, et bien évidement la mère de famille et ses deux filles. L'absence de sa demi-sœur étonna quelque peu Javotte dans les premiers temps, mais petit à petit elle comprit que sa mère aussi avait fait le rapprochement et avait fermé la jeune fille dans sa chambre, espérant ainsi mettre toute les chances du côté de sa fille chérie. Le prince, en apercevant Javotte, eu un sourire qui remplaçait immédiatement son air las visiblement pas du tout ravit de ce qu'il faisait depuis l'aube. L'aînée des jeunes filles présente soupira d'un air dégouter, au grand jour le prince n'avait finalement rien de particulier. Son regard lubrique posé sur elle lui donnait tout un coup une terrible envie de lui faire mordre la poussière. Oui, on ne refusait rien à Javotte, et si par malheur quelqu'un venait à la contrarier dans ses plans, elle devenait alors très rancunière, ce qui faisait que sa meilleure matière était sans aucun doute la vengeance.

· Je suis vraiment désolé que la chaussure ne vous aille pas très chère, vous avez sûrement les plus beaux pieds du royaume. Murmura le blond en caressant doucement son pied.

· Peut-être ne suis-je juste pas la femme qu'il vous faut mon cher prince. Annonça-t-elle en se dégageant du prince et en laissant sa place à sa sœur.

Sous le regard de désapprobation de sa mère, ayant totalement conscience de l'emprise qu'elle avait sur le prince, elle s'éloigna et regarda la scène dans un coin de la pièce. D'un mauvais œil, elle scruta sa mère et se mit à la haïr du plus profond de son être. Et c'était là qu'une idée la frappa. Elle monta les escaliers quatre à quatre et se retrouvât devant la porte de Cendrillon, qu'elle se mit à ouvrir en crochetant la serrure à l'aide d'une pince à cheveux, oui elle avait des talents qu'elle gardait bien pour elle. Quand la serrure céda enfin, elle vit sa demi-sœur derrière la porte, l'air totalement hébétée devant l'acte qu'elle venait d'accomplir. Dégoutée devant l'air profondément stupide de la jeune fille qui lui faisait face, Javotte lui lança méchamment, parce qu'elle ne pouvait pas la voir en peinture même si elle l'aidait:

· Je te conseille de descendre rapidement dans le salon au lieu de rester planter là à me regarder comme une cruche, si tu ne veux pas rater la chance de retrouver ton prince.

Cendrillon se contenta d'acquiescer et dévala les marches après un vague merci dont Javotte n'en avait évidemment rien à faire. Cette dernière la suivit mais très lentement, anticipant avec un plaisir malsain la colère de sa mère, elle venait de détruire toutes ses chances de marier un jour sa fille préférée au prince, et le désespoir du blond, qui devra épouser une femme aussi naïve et prude, qui ne lui conviendrait jamais et qui ne le satisferait jamais aussi par la même occasion. La vengeance de Javotte était parfaite, finalement, personne n'aura sa fin heureuse, ni sa mère, qui n'avait jamais su l'apprécier à sa juste valeur, ni le prince, qui lui avait refusé ce qu'elle voulait, ni Cendrillon, qui épousera bientôt un prince pas du tout charmant, ni Anastasia, qui avait juste eu le malheur de naître et qui lui avait volé la vedette, ni même le roi, qui sera spectateur de la déchéance que sera le mariage de son fils.

Arrivée dans le salon, elle trouva Cendrillon dans les bras d'un prince visiblement dégouté. Une scène qui la fit sourire. Un sourire qui s'agrandissait en constatant la mine désespérée de sa sœur et le regard rempli de haine et d'incompréhension que sa mère lui lançait, finalement sa haine lui convenait très bien si elle ne pouvait pas avoir son admiration.

Le mariage royal fut célébré quelques jours plus tard, et en bonne vengeresse qu'elle était, Javotte y avait assisté avec un sourire satisfait plaqué au visage tout le long. Le prince Charles, fidèle à lui-même, ne laissait rien paraître du grand désespoir qui l'habitait. Tandis que Cendrillon souriait sincèrement, totalement comblée de bonheur, assurément encore totalement inconsciente d'avoir mis un pied en enfer.

Et en regardant le carrosse des jeunes mariés s'éloigner à la fin de la cérémonie, Javotte pris conscience de ce qu'elle devait faire. Elle rentra alors chez elle, ignorant superbement sa mère et sa sœur qui boudait depuis des jours et qui ne lui adressait plus la parole, ce qui convenait de toute manière parfaitement à Javotte. Elle se rendit dans sa chambre et fit ses valises. Au bout d'une heure, elle sortit de la maison les bagages à la main et se dirigeait lentement mais sûrement vers la gare. Elle allait enfin vivre.

Car voyager avait toujours été son rêve, voir le monde, d'autres horizons, rencontrer de nouvelles têtes, traquer de nouvelles proies. Au final Javotte avait l'âme d'une chasseuse, elle avait besoin d'espace et surtout d'action, pour réaliser le destin grandiose qui l'attendait…

FIN