Chapitre IV : En famille
Le lendemain, Benjamin voulait continuer à être avec elle. Elle était en train de rire du plateau repas qu'il avait commandé. Il avait une faim de loup. Elle lui souriait mais comme elle venait de lui dire ce n'était pas la vraie vie.
- La vraie vie, on s'en fiche, lui dit-il sans pouvoir s'en empêcher.
Elle ne savait pas ce qu'était sa vie. S'il lui disait maintenant qu'il avait des problèmes comment réagirait-elle ? Non, il avait trop honte pour avouer. Alors il se détourna.
- A un moment, on doit s'y confronter.
Benjamin ne pouvait pas lui confier qu'il avait un tel dégout de lui-même qu'il avait même changer son nom ! Pourrait-elle comprendre
Julia ne parlait évidemment pas de sa vie à lui mais de leur relation et ça fit plaisir à Benjamin qu'elle puisse penser qu'ils avaient un avenir ! Benjamin s'en voulu de se laisser à espérer qu'avec elle, il pourrait aller de l'avant et ne plus rester coincé dans son passé récent et lointain, il voulait être avec elle. Alors il lui demanda comment elle voyait les choses et ce qu'elle voulait.
- Le dire aux gens.
Donc oui, il allait essayer avec elle. Peut-être qu'avec elle, il pourra arrêter de fuir.
Benjamin la rejoignit sur le lit.
- Et comment fait-on ?
- On ? Il était clair que Julia ne s'attendait pas à ce qu'il veuille s'impliquer. Et c'était vrai qu'il n'aurait pas dû aller si vite mais Benjamin était bien avec Julia donc il ne voulait pas abandonner. On le dit autour de nous.
- L'instant redoutable …
Julia voulait forcément le dire à ses enfants et elle ajouta :
- Ils vont t'adorer.
Benjamin Greene voulut bien la croire mais pas Sean Wright.
Julia organisa la réunion de famille dans leur restaurant habituel. Benjamin n'avait eu qu'à récupérer sa plus belle chemise. De retour à l'hôtel, il attendit Julia dans le hall. Il était nerveux car il se demandait comment ses trois enfants allaient réagir et quelles conséquences ça pourrait avoir sur Julia. Était-elle du genre à les laisser l'influencer ? Serait-ce le meilleur ou le pire des scénarios pour son histoire avec Julia ? Avait-il déjà une quelconque importance pour elle ? En tout cas, elle en avait pour lui… Benjamin vit Julia descendre les marches, elle rayonnait en le regardant. Aux pieds des marches, il lui dit :
- Tu es sublime.
- C'est grâce à toi. Tu es nerveux ?
- Bien sûr que je le suis.
- Tant mieux, ça veut dire que ça compte.
- Bien sûr que tu comptes.
Il lui prit la main et ils quittèrent l'hôtel.
Au restaurant, elle le laissa au bar et Benjamin lui sourit avant qu'elle ne parte vers sa table. C'était une bonne chose qu'elle le présente. Ça voulait dire qu'il avait un peu d'importance pour elle. Bien sûr, Julia était quelqu'un de sincère. Elle le voulait dans sa vie si elle le présentait à ses enfants. Il n'était pas qu'un jouet. Il avait peut-être une chance, il y avait peut-être de l'espoir pour lui. Et au bar Benjamin eu un vrai sourire, ce n'était pas une façade, pas de masque. Ça pouvait marcher. Ça allait marcher. Il le voulait plus que tout.
Benjamin vit les 3 enfants de Julia arriver. Le premier avait l'air plus que sérieux, froid même, la fille manquait d'assurance et le 3ème en avait trop. Mais il y avait forcément quelque chose de Julia en eux. D'ailleurs, elle lui sourit et lui fit signe. Benjamin se leva et les rejoignit pour s'entendre dire :
- On n'est pas prêt à commander.
- Je vous présente Benjamin, les reprit Julia tout en lui souriant à nouveau.
Tant que le repas dura, tout se passa plutôt bien. Il sentait leur regard sur lui mais Julia était à ses côtés, c'était le principal. Le moment du dessert sonna le départ de Julia et Della aux toilettes. Il était donc seul face à Patrick et Leo. L'avocat se mit à l'attaque comme tous les avocats. Ils ne voyaient que le mal, Benjamin en avait côtoyé et aucun ne l'avait vraiment regardé ou écouté. Ils l'avaient jugé, Benjamin ne devait pas se démonter, il n'avait rien fait de mal. Patrick avait déjà sa carte et son lieu de naissance : Newenden. Alors, il lui prit son gâteau afin de changer de sujet. Quand il essaya de parler à Leo, il fut attaqué aussi vite et l'utilisation du diminutif ne lui plut pas du tout. Il s'appelait Benjamin, il s'était choisi ce prénom et il ne tenait surtout pas que Leo minimise sa présence. Alors, Benjamin voulut crever l'abcès mais Patrick fit comme s'il ne cachait pas d'agressivité, comme si c'était lui qui divaguait. Il lui dit pourtant simplement : « Tout ce que je peux dire pour tenter de vous rassurer, c'est que je ne lui veux aucun mal. » Ensuite, Leo avait utilisé le mot « tué ». Ce gamin ne connaissait pas l'importance de ce mot, on l'utilisait trop souvent à la légère. Alors mieux valait les narguer au lieu de s'échiner à les convaincre. Ils ne voulaient pas être convaincus. Au retour de Julia et Della, il leur fit même un clin d'œil.
Maintenant, à l'extérieur, le taxi arrivé, Benjamin leur donna une parole sincère et même si Patrick, en bon fils, fit un geste amical, il eut droit une frappe bien sentie dans le dos. Qu'est-ce qui dans leur vie influençait leur regard sur lui de cette façon ?
Une fois installés dans le taxi, Benjamin embrassa Julia pour savoir si elle s'était laissée contaminer. Julia accepta son baiser et le suivant. Benjamin croyait que Julia n'avait pas vraiment remarqué l'hostilité de ses enfants, elle croyait en la bonté naturelle de ses enfants. Croyait-elle en lui ? Croyait-elle en leur couple ? Là était la question.
Dans l'ascenseur, Julia dit :
- Ils n'en revenaient pas. Je suis arrivée à les surprendre.
- Si c'est ce que tu voulais, bravo à toi.
- Benjamin ?
- Désolé, je ne pensais pas avoir droit à autant d'hostilité.
Julia et lui restèrent silencieux et entrèrent dans la chambre.
- J'ai besoin de prendre une douche. Je peux ?
-Vas-y.
Benjamin ferma la porte, se déshabilla et pénétra dans la cabine. Il s'en voulait de se laisser toucher par leur mauvaise foi. Ils allaient polluer la tête de Julia. Il n'avait pas eu leur chance. Lui avait dû s'en sortir, il avait étudié dur et il ne ménageait pas son temps pour l'agence de Zac. Pourtant tout ce qui comptait c'était son âge, leurs âges… Comme Julia était une bonne mère, peut-être préfèrerait-elle se séparer de lui plutôt que de les perturber. Avait-elle envie de lui dans sa vie à ce point-là ? Lui, il voulait d'elle dans la sienne. Après ce qu'il avait traversé plus jeune avec la prison, l'indifférence de Kieran, il avait voulu devenir quelqu'un d'autre. Il avait un tel dégout de lui-même. Il devait devenir quelqu'un d'autre pour survivre. Julia lui faisait oublier tout ça. Il pouvait voir l'avenir. Il pouvait être lui-même. Elle était comme une liberté dans sa vie, ce qu'il n'avait jamais vraiment connu. Il faisait plus que survivre. Avec elle, il vivait simplement. Benjamin appuya ses mains contre le mur, il allait la perdre… Pourquoi voudrait-elle de lui de son passé, de ses ennuis, de son cœur toujours blessé !?
Benjamin entendit la porte de la douche s'ouvrir. Julia était là devant lui, nue. Et elle le rejoignit sous l'eau pour l'embrasser.
- J'ai décroché le combiné. On ne sera pas dérangé. Je suis toute à toi.
- Julia … je complique ta vie.
- Tant mieux.
Et Julia l'embrassa tendrement
- Tu es sûre ?
- Est-ce que j'ai l'air d'hésiter. Tu me fais du bien, Benjamin. Avec toi je suis de nouveau une femme.
Benjamin sentit son cœur bruler d'une nouvelle vigueur : Julia était bien sa seconde chance.
- Fais-moi l'amour, Benjamin.
Il avait besoin d'elle et ça augmentait à chaque instant. Il sentit les mains de Julia sur sa nuque pour l'attirer encore plus près d'elle et l'autre descendait le long de son buste. Elle effleura son pénis déjà dressé. Et il la plaqua contre le mur de la douche.
- Je te fais de l'effet apparemment.
- Toujours.
- Alors viens !
Et il la pénétra d'un coup. Leurs cris furent retenus par l'eau et les parois de la douche. Elle cria son prénom en entier plusieurs fois. Avec elle, il était Benjamin complètement, celui qu'il avait toujours espéré être.
Une fois qu'il eut jouis, ils se savonnèrent et sortirent de la douche. Benjamin sécha Julia en caressant sa peau, l'embrassant dans le cou, sur la clavicule, sur les seins. Il l'emmena au lit et la fit jouir sans la pénétrer, juste avec ses doigts et ses baisers.
Maintenant allongés dans le noir côte à côte, Julia passa sa main sur le visage de Benjamin, il était fatigué, ses yeux papillonnaient.
- Tu es bien là ? Voulut-elle savoir. Benjamin acquiesça, Serais-tu bien dans le Devon aussi ?
- Quoi ?
- Je t'invite chez moi.
