Chapitre VI : Train pour Londres
Maintenant seuls, Benjamin demanda à Julia de lui montrer les endroits qu'elle aimait. Elle accepta volontiers et ils se mirent en chemin. La nature était époustouflante. Il y avait une liberté dans ces étendues, une paix. Julia lui confia alors qu'elle ne venait plus depuis un an à cause de Ted, Marsha et du divorce. Oui, ils avaient tous les deux des blessures mais il y avait encore de l'espoir pour eux.
Arrivés au village par le cimetière et l'église, Julia lui ferma la barrière comme pour l'empêcher de la rejoindre. Alors il l'ouvrit sans détour et l'embrassa pour lui montrer que rien ne viendrait se mettre entre eux.
Pourtant ce n'était pas dans le village qu'ils pourraient s'embrasser, déjà se tenir la main faisait se retourner tout le monde. Benjamin n'aimait pas qu'ils la jugent, lui il pouvait ce n'était pas la première fois. Tous les gens qu'ils croisaient les regardait et Julia avait un peu plus de mal. Il connaissait ce genre de personne « bien » pensantes. Les jugements hâtifs, il connaissait. Il lui suggéra de quitter cet endroit s'il lui déplaisait tant mais Julia lui expliqua ensuite que même si les enfants grandissent, ils restent toujours des enfants pour leurs parents. Il n'avait pas connu ce genre de relation. Sa mère avait même vendu les rares choses qu'il possédait pour se payer sa dose ou les avait brulés pour le punir. Donc quand Julia lui suggéra d'aller à Londres pour éviter tout ça. Il accepta car tout ce qu'il voulait c'était prendre soin d'elle.
Dans le train, Julia alla leur chercher des boissons, ce fut là qu'il reçut un appel : c'était son propriétaire. Il lui disait avoir enclenché la procédure d'expulsion, qu'une lettre l'attendrait bientôt dans sa boite aux lettres. Benjamin lui répondit qu'il allait s'en occuper même s'il ne voyait pas comment lui payer les mois de retard. Il lui restait encore un peu d'argent au nom de Sean Wright mais il avait la nausée rien que d'y penser. Benjamin raccrocha au plus vite puisque Julia revenait vers lui. Benjamin aurait dû se battre, rien qu'avec une plainte pour insalubrité, ça aurait fonctionné mais il ne voulait pas mêler la justice à ça. Son passé finirait par ressortir. Donc il était coincé. Avec Julia, il oubliait tout, il pouvait être lui-même. Il lui assura que ce n'était rien qu'un problème de boulot. Elle ne devait pas savoir pour ses problèmes d'argent. Il avait trop honte. Il lui en parlerait bientôt. S'il lui disait maintenant, il n'y aurait plus que ça comme conversation. Il ne voulait pas de ça entre eux. Vivre un peu et oublier surtout. Être lui-même. Il devait changer de sujet, donc il lui demanda où ils iraient mais Julia voulait rencontrer ses amis… Benjamin n'avait que Zac et Bianca à lui présenter. Il n'avait personne d'autre. Les amis d'Ally l'avaient laissé tomber même si aucun ne lui manquait vraiment. Benjamin savait qu'au moindre pépin les gens vous lâchaient.
Benjamin leur téléphona dès la sortie du train. Ils se joindraient à eux car ils sortaient déjà dans leur bar préféré, leur soirée était programmée. L'endroit était chouette : fauteuils, bonne musique, pas trop bruyant. Ça pourrait être agréable comme sortie. Benjamin savait qu'avec Bianca tout se passerait bien. C'était une personne gentille et compréhensive. Pour sortir avec Zac, il le fallait. Zac était sympa aussi et Benjamin lui devait son emploi mais il était cash. Ses « vérités » étaient à prendre ou à laisser. Et sa phrase sur le vernis qui s'écaille resonnait encore aux oreilles de Benjamin tout comme ça devait être le cas pour Julia.
Par la suite, Zac demanda un aparté à Benjamin pour lui parler de la boîte et des clients difficiles. Zac s'en chargeait d'habitude mais là ça ne marchait pas avec Lady Shenbrook. Tout ce que Benjamin pouvait faire c'était fignoler le dossier et proposer son meilleur pour l'entreprise. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire d'autre. Bien sûr, Benjamin regardait tout le temps Julia qui discutait avec Bianca. Cette dernière n'avait rien de négatif à dire sur lui, ça Benjamin le savait et elle n'avait aucun à priori sur l'âge de Julia, elle n'en avait jamais manifesté à l'agence envers clients. Elle devait voir qu'il était … heureux ! Oui c'était ça : heureux. Benjamin n'en revenait toujours pas lui-même. Avec Julia, il oubliait Ally, les soucis d'argent et surtout son passé. Par contre qu'est-ce qu'il lui apportait lui ? L'oubli aussi de son divorce forcément, de son âge, il l'espérait et de l'éloignement de ses enfants. Il ne savait pas tout d'elle, comme elle de lui. Aurait-il un jour l'occasion de lui dire ? Il avait peur de cet instant mais peut-être serait-ce libérateur ?
Bien sûr avec Zac en soirée, ça voulait dire « tequila » et ça n'avait pas loupé. Ils en étaient là maintenant, seulement avec le peu que Benjamin avait mangé et les nuits trop courtes, la tête lui tournait, il avait hâte de rentrer. Heureusement, Bianca et Zac avaient une autre étape à leur périple et il en profita pour décider de rentrer.
Julia avait l'air de vouloir y aller mais elle aussi avait trop bu aussi.
- Crois moi, il ne vaut mieux pas y aller.
- Pourquoi ? Parce que je t'embarrasserais ?
- Pourquoi est-ce que tu m'embarrasserais ?
Benjamin était sincère. Ce que Julia eu l'air d'apprécier car elle l'embrassa comme pour le remercier d'être aussi ouvert d'esprit. Seulement après tout dérapa, Benjamin voulait aller à l'hôtel mais sans arriver à expliquer pourquoi. Il s'en voulait de ne pas lui avouer la véritable raison. Ensuite, Julia insinua qu'il lui cachait une autre femme, le prenant pour Ted apparemment ! Il avait souffert de cela avec Ally. Pourquoi penser ça de lui ? Parce qu'il était jeune ? C'était ça qui le blessait. Pourquoi le jugeait-elle ainsi ? Il revit aussi le visage d'Ally quand elle lui avait répondu non en lui expliquant qu'elle avait quelqu'un d'autre ! Il lui cachait bien quelque chose mais c'était pour qu'elle n'ait pas à gérer ses problèmes. Benjamin referma la porte du taxi sur Julia.
