Hello!

Ce texte est le fruit de la lecture d'à peu près trois pages d'un roman que j'ai immédiatement laissé tomber pour commencer à écrire XD L'idée m'est venue d'un coup, alors que ça n'a aucun rapport pourtant.

Enfin bref, ce sera un two-shot dont voici la première partie. Peut-être que cet essai verra naître une petite série de textes sur ce thème que j'ai choisi de nommer les "AlternaTales", un peu à la manière des romans Twisted Tales de chez Disney.

Bien entendu, les personnages de La Reine des Neiges ne m'appartiennent pas.

Bonne lecture!


Elsa ne comprenait pas.

Elle avait beau chaque soir se poser la question, tenter de comprendre, rien n'y faisait jamais car cela n'avait rien de logique. Elle le savait, depuis le temps que ces petits rendez-vous duraient. A ce stade, elle ne pouvait même plus les désigner autrement, sentant bien qu'appeler cela par leur vrai nom sonnerait faux. Pouvait-on vraiment qualifier de passe ce qui se déroulait chaque fois que cet homme venait à sa rencontre ?

La première fois, elle s'était préparée à devoir agir exactement comme d'habitude, comme avec tous les hommes qui avaient pu défiler devant elle. Les hommes étaient après tout tous les mêmes, ils ne désiraient qu'une seule chose d'elle. Son corps, nu et soumit à leur volonté et leurs désirs pervertis qu'ils avaient soif d'étancher ici, à l'abri des regards indiscrets de la société. Tout le monde savait très bien ce qui se déroulait dans les bas-fonds de la ville d'Aarhus, cité portuaire plutôt humble du Danemark. Nul n'ignorait ce qui se tramait là, mais tous fermaient les yeux, oublieux du sort des pauvres âmes condamnées à divertir les clients des ombres des docks brumeux.

Des âmes telle qu'elle-même, orpheline depuis sa plus tendre enfance, et qui avait dû lutter chaque instant depuis pour sa survie. Il n'était en effet pas simple pour une femme, de surcroît étrangère, de parvenir à mener une vie décente dans un tel endroit. Elsa n'avait pas eu droit de connaître une enfance douce et heureuse telle que devrait idéalement l'être celle de toutes les petites filles.

Non, vraiment, sa vie n'avait absolument rien d'un conte de fée. Elle n'était ni reine, ni princesse d'un royaume prospère, elle que la pauvreté habillait jusque dans les frusques miteuses qui la paraient. Et de même, nul prince n'allait un jour venir la délivrer de sa tour tenant plus du cauchemar que de l'ivoire. Les princes existaient-ils seulement ? Ce n'était définitivement pas à elle, avec le métier qu'elle exerçait, qu'il fallait poser la question. Il était évident que sa réponse ne pouvait qu'être froidement réaliste.

Non, les princes n'existaient pas.

La nature des hommes, celle qu'ils n'avaient aucun mal à lui dévoiler dans leurs pires instants, ne la faisait pas du tout rêver. Violence, rage, perversion et parfois même bestialité tendant à la monstruosité. Comment pouvaient-ils donc, de jour, se pavaner tels des paons si fiers et élégants, quand la nuit ils abandonnaient tous leurs si beaux atours pour laisser éclater l'horrible vérité ? Un double-jeu proprement infâme, duquel elle était l'une des spectatrices privilégiées. Elle s'en serait bien passé, mais hélas, la vie ne semblait pas lui avoir laissé le choix. Il fallait après tout bien survivre dans ce monde. Un monde tentant d'occulter autant que possible la part d'ombre de l'humanité pourtant bien présente.

Alors non, Elsa ne comprenait pas. Pire, elle ne pouvait pas admettre ce qui, en cet instant, prenait place devant elle. Car il se tenait là, assis sur ce même fauteuil ayant connu des jours meilleurs. Immobile, sinon ses yeux qui la frôlaient doucement, presque comme une caresse, et ses mains, agitant une plume diaphane glissant sur le vélin.

La toute première fois où ils s'étaient rencontrés, elle n'avait pas immédiatement perçu qu'il semblait différent. Elle pensait que c'était une chose impossible, car après tout, il n'y avait pas des milliers de raisons possibles pour lesquelles un homme serait venu frapper à sa porte. Si elle se réservait tout de même le droit de refuser certains clients lui paraissant trop dangereux pour sa propre sécurité – elle n'était pas non plus prête à dire oui à tout – son adresse restait assez connue.

De ce fait, elle se demandait d'ailleurs comment cet étrange personnage avait pu entendre parler d'elle. Il ne ressemblait définitivement pas à la faune dont elle avait l'habitude, il n'aurait donc pas pu les côtoyer et surprendre l'un d'eux la mentionner. Et pourtant, force était de constater qu'il se tenait bien là, sous son modeste toit dont une partie menaçait de s'écrouler, faute d'entretient des poutres pourrissantes le soutenant. Parfois Elsa avait l'impression d'être à l'image de la masure : belle à l'extérieur, mais flétrie à l'intérieur, son âme semblant se racornir le temps passant. Peut-on vraiment s'épanouir dans un environnement tout sauf propice ? Même la plus vaillante des fleurs avait besoin d'un rayon de soleil de temps à autre.

Hélas, la ville côtière d'Aarhus demeurait bien trop souvent plongée dans la grisaille et le brouillard. Cela était d'autant plus vrai ici, sur ces docks obscurs abritant la lie de cette société. Une lie dont malheureusement elle faisait partie, à son grand dam. Ce triste rappel faisait, comme à chaque fois qu'elle reprenait conscience de sa condition, remonter des souvenirs épars de sa vie avant d'atterrir ici. Comme les paysages immenses et remplis de liberté des Fjords lui manquaient alors. Si ici l'horizon est bien plus dégagé que ne l'était celui de Norvège, emprisonné entre les montagnes gelées, elle ne s'y était jamais senti plus libre que maintenant.

—Ne bougez pas, s'il vous plaît, l'interrompit-il dans ses réminiscences. Si vous pouviez seulement conserver cette expression, vous êtes parfaite ainsi.

Cela non plus, Elsa ne le comprenait pas.

Cette façon qu'il avait de s'adresser à elle si poliment, quand pourtant elle n'était qu'une moins que rien, à peine regardable pour la majorité de la société. Certes, lui non plus ne semblait pas appartenir aux plus hautes sphères de la ville, mais tout de même. Il demeurait plus haut qu'elle ne pourrait jamais monter.

Sa politesse donc, lui semblait déplacée en étant dirigée ainsi vers elle. Et que dire de sa voix ? Si douce, ne résonnant pas de cette rugosité, ni de cette dureté du timbre masculin qu'elle avait pu entendre jusqu'à aujourd'hui. Pas de gravité, presque une pureté même qui semblait y vibrer. Elle qui n'était pas poète, pas même à ses heures perdues, voilà qu'elle se laissait voguer sur cette voix qui pourtant s'exprimait si peu.

Mais ce qui plus que tout l'ébranlait chaque fois que cela arrivait, c'était les compliments que ne manquait jamais de lui adresser cet homme. Elsa savait qu'elle était loin d'être laide, quand bien même sa clientèle n'était pas tellement regardante à ce sujet. Après tout, ce n'était pas pour son joli minois qu'ils venaient la voir, mais plutôt pour un mot semblable.

A une lettre près.

C'était vrai, selon les canons de beauté actuels, même avec son visage étranger à cette terre, elle pouvait être qualifiée de « belle ». Une peau diaphane, des yeux d'un bleu aussi limpide que celui des glaciers de son pays natal, et une chevelure d'un blond presque blanc, telle la neige la plus pure ornant les sommets des Fjords.

Objectivement, Elsa était une belle femme, nul ne pouvait nier ce fait. Pourtant elle restait persuadée que la vie qu'elle menait l'avait aussi irrémédiablement abîmée. Cela avait jeté un voile sur cette beauté qui ne pouvait être aussi éclatante que ne cessait de le lui répéter cet inconnu beau parleur.

Beau et parleur.

La grande majorité des hommes qu'elle avait pu côtoyer, s'ils paraissaient beaux quand ils brillaient en société, ici avaient tendance à refléter leur vraie nature. Une nature qui les rendait aussi laids que les bas instincts qu'ils venaient assouvir allègrement. Mais lui…

Encore une fois, il était différent. Son visage, bien qu'il lui fût en partie dissimulé par la casquette large qui lui servait de couvre-chef, lui apparaissait aussi doux que sa voix. Elle avait pu entrevoir une peau plutôt claire, bien que légèrement moins que la sienne, et ornée de quelques tâches de son éparses.

Comment diable un visage pareil, même du peu qu'elle en avait vu, pouvait-il appartenir à un homme ? Peut-être était-il imberbe, ou bien si jeune que seul un fin duvet juvénile couvrait ses joues portant encore des rondeurs qui auraient dû disparaitre une fois l'enfance derrière lui. De toute façon Elsa avait déjà conclu que cette personne n'avait rien à voir avec toutes celles qu'elle avait pu croiser dans sa vie. Il se dégageait de lui quelque chose qui l'intriguait. Quelque chose de spécial, qui lui avait fait ouvrir sa porte lorsqu'il avait toqué chez elle ce fameux jour, avec cette demande incongrue.

Pourrais-je vous dessiner ? Je vous promets de vous payer en échange de vos services, si vous acceptez, lui avait-il murmuré à travers l'huis à peine entrouvert.

Une demande fort étrange, totalement inattendue.

Elsa avait d'abord pensé à une mauvaise blague. Un prétexte saugrenu, pour pouvoir entrer et la violenter peut-être. Ou simplement un autre fou, amenant avec lui ses délires obsessionnels. Ça n'aurait pas été inédit. Elle avait déjà eu à faire à tant de dépravation, plus rien n'aurait dû pouvoir l'étonner après tout. Sauf lui, et cette requête la laissant perplexe.

Elle n'avait pas immédiatement accepté, prenant le temps de la réflexion sur une nuit avant qu'il ne revienne la voir le lendemain. Elle savait qu'en demandant ce délai, elle risquait de perdre un client potentiel. C'était une chose qu'elle ne pouvait pas se permettre pourtant, surtout pas vu la somme qu'il lui offrait pour ses « services ». Cependant elle hésitait. Elle avait envie d'accepter, bien qu'elle ne sache pas du tout pour quelle raison le dégoût habituel qu'elle ressentait en prenant un nouveau client ne s'était pas manifesté.

Elle n'aimait pas son travail.

Elle le détestait même, car si elle offrait le plaisir, elle-même n'en retirait absolument aucun. Mais un travail restait un travail, peu importe que le sien consiste à ouvrir ses cuisses devant ceux qui y mettait le prix. Après tout, même le veilleur de nuit, qui l'avait un jour aidé à se débarrasser d'un client un peu trop violent, ne devait parfois pas aimer son emploi. Peut-être rêvait-il d'être auprès de sa femme et de ses enfant, plutôt qu'à patrouiller sur les docks et devant molester les éventuels fauteurs de troubles bien trop nombreux.

Elle n'expliquait donc vraiment pas ce presque enthousiasme soudain, à l'idée de laisser pénétrer ici un nouvel inconnu dont elle ignorait les véritables desseins. Indécise, elle s'était alors confié à son amie tenant l'auberge délabrée au coin de la rue. Honeymaren l'avait alors mise en garde, à l'image de ce que lui criait sa conscience méfiante. Les hommes tel que celui qu'elle lui décrivait ne pouvaient pas exister. Or donc, son inconnu devait simplement jouer un rôle afin de l'appâter et lui faire ouvrir sa porte pour lui faire Dieu seul savait quoi. Ou bien n'était-ce pas un homme, mais peut-être une femme d'un de ses clients, venue ici déguisée afin de se venger d'elle pour l'infidélité de son mari.

Elsa avait écouté la brune lui faire part de ses avertissements, bien qu'elle jugeât que la seconde hypothèse était tout de même bien tirée par les cheveux. Elle l'écouta certes, mais le lendemain soir, quand ce drôle de personnage revint en effet vers elle avec la même demande, elle le laissa entrer.

Elle n'était pas totalement inconsciente pour autant, quoique puisse en dire Honeymaren lorsqu'elle lui avait relaté leur première « séance » ensembles. Il lui avait demandé si elle pouvait s'étendre sur le lit, et elle avait pris soin de dissimuler sous son édredon un couteau de cuisine. Le plus long et le plus aiguisé qu'elle avait, afin d'être sûre de pouvoir se défendre s'il se révélait être un autre de ses monstres sachant simplement mieux se cacher que les autres.

Ils étaient donc là, réunis une fois de plus dans sa modeste habitation, pour une nouvelle séance remplie de questions pour elle, de coups de crayon pour lui.

Si monstre il y avait effectivement, il était particulièrement doué pour l'enfouir si loin qu'elle n'en avait jamais vu la moindre étincelle dans les yeux verts qui la scrutaient avec tant de concentration. Et lui, percevait-il dans ses iris bleu glacier toutes les interrogations qui l'agitaient à son sujet ? Elle n'avait jamais osé lui en poser aucune, sinon la seule qui ait su franchir ses lèvres lors de leur première fois.

Dois-je l'ôter aussi ? avait-elle demandé, son regard accrochant brièvement les émeraude candides avant de baisser les yeux sur son propre corps.

Et l'unique tissu qui la séparait encore de la nudité complète.

Il lui avait en effet indiqué qu'il souhaitait, si cela ne la dérangeait pas bien sûr, qu'elle pose à demi-nue pour lui. Une demande fort peu surprenante, Elsa se disant que finalement la supercherie n'avait pas duré tant que cela avant qu'il n'en vienne au fait. Mais il avait secoué négativement la tête, lui disant qu'elle n'avait pas besoin d'en dévoiler plus, que cela était plus que suffisant.

Suffisant ?

Comment cela pouvait-il être suffisant ? Elle avait, d'après les critères de tous ceux qui avaient défilé en ces lieux, encore bien trop de vêtements sur elle pour qu'il puisse voir quoique ce soit d'intéressant. Alors non, dès le départ et encore aujourd'hui, Elsa ne comprenait pas. Elle ne le comprenait pas.

Pourtant elle ne disait rien, se laissant envelopper par l'étrangeté rassurante de cette situation rocambolesque. Plus le temps passait, plus elle se surprenait à observer ce jeune homme. A l'observer presque plus que lui-même ne posait les yeux sur elle afin de retranscrire sa silhouette sur le papier. Elle avait l'impression d'être bercée par ce regard, en arrivant même à souhaiter que ses journées s'écoulent plus vite jusqu'à l'heure de leur rendez-vous quotidien.

Ce soir néanmoins, Elsa sentit quelque chose de différent. L'homme en face d'elle dégageait des ondes étranges, plus agitées que d'ordinaire. De même, ses mouvements sur la feuille entre eux étaient plus erratiques, moins doux, moins contrôlés. Le monstre finissait-il par se réveiller ? Non, il lui semblait que ce n'était pas ça la justification de ce changement. Mais il ne disait rien, continuant comme si de rien n'était son œuvre silencieuse. Alors pour cette fois, pour la première fois, ce fut Elsa qui osa.

—Puis-je voir ?

—Voir ? répéta-t-il sans comprendre.

—Oui, me voir.

—Oh ! Eh bien… Je ne sais pas, je ne suis pas vraiment sûr que ce soit réussis… Pas à cause de vous bien sûr ! Vous n'y êtes pour rien, vous faite un modèle parfait ! Simplement…

—Faites-moi voir, ordonna impérieusement Elsa, bien trop curieuse pour se laisser arrêter par ses balbutiements.

Il s'exécuta, lui glissant la feuille qu'il crispait dans ses mains un instant auparavant. La jeune femme s'empara alors de l'esquisse, pressée de découvrir le résultat de leurs séances silencieuses. Elle fut alors troublée par ce qu'elle vit, le rendu étant bien loin de l'hésitation de l'artiste quant à savoir si son œuvre était réussie ou non. Elle était tout simplement…époustouflante, sur ce dessin pourtant uniquement constitué d'amas de traits noirs et gris. Ainsi représentée, étendue telle une reine sur son lit d'apparat, elle semblait transfigurée en un personnage de roman ou de quelque poème épique.

Cette fois-ci, ce fut à son tour de voir les mots se bousculer dans sa bouche.

—Ce…c'est…moi ?

—Bien entendu, qui d'autre sinon ?

Elsa, bien trop ébranlée par la vague de sentiments inconnus qui déferlaient en elle en se contemplant de la sorte, ne saisit pas le ton sur lequel il lui répondit. Un ton résonnant toujours de cette même douceur qu'elle avait appris à aimer chez lui. Une douceur semblant vibrer de quelque chose de plus profond cependant.

—C'est ainsi que vous me voyez ? demanda-t-elle de nouveau.

—Non.

—Non ?

—C'est ainsi que vous êtes, je n'ai rien enjolivé.

—Vous êtes fou… ne put-elle s'empêcher de laisser échapper.

Elle porta immédiatement les mains à ses lèvres, se rendant compte des paroles malheureuses qu'elle venait de prononcer. Elle avait subi bien des outrages pour moins que cela, et craint un bref instant que le jeune homme ne se mette en colère. Paniquée, elle tenta d'évaluer dans le même temps si son couteau était trop loin pour qu'elle l'atteigne avant qu'il ne se jette sur elle.

Il l'était.

Captant peut-être la lueur de panique qui devait luire dans ses prunelles, il tenta un geste vers elle, qu'elle interpréta comme un premier signe d'agression. Tant pis s'il la rattrapait, elle devait au moins tenter sa chance. Alors elle se jeta aussi vite qu'elle le pu sur son lit, avant de se retourner en un éclair vers son potentiel agresseur, plaquant sur sa gorge son arme de fortune. Un geste, et tout serait fini. Un geste, et il ne pourrait plus rien lui faire. Un geste…

Mais Elsa se figea, le couteau ayant à peine égratigné la peau qu'il menaçait.

Dans son mouvement brusque, elle avait bousculé l'inconnu, faisant en même temps chuter cette casquette bien trop large derrière laquelle il se dissimulait toujours lorsqu'il venait la voir. Elle avait pensé qu'il se coiffait ainsi pour éviter d'être reconnu en venant ici peut-être. Après tout, les clients qui la payaient comptaient autant sur ses charmes que sur sa discrétion sur leur passage chez elle.

La blonde ne comprit donc pas immédiatement ce qui se jouait devant elle. Sa lame toujours plaquée contre le cou de son vis-à-vis, elle ne songeait pourtant plus à appliquer la pression qui aurait suffit à mettre fin à ses jours plutôt qu'aux siens. Non, elle restait statufiée, les yeux braqués sur les mèches de feu qu'elle venait de libérer par pur accident.

Les hommes avaient-ils pour habitude de porter les cheveux aussi longs que cela ? Elsa douta de ce fait, assemblant dans le même les quelques pièces du puzzle qu'elle ne comprenait auparavant pas. Et finalement, comprenait-elle vraiment mieux à présent ? De cela non plus, elle n'était pas certaine. Alors elle tenta de le formuler, afin de vérifier si oui ou non elle avait vu juste dans ce qu'elle croyait discerner de la situation.

—Mais vous êtes…

Sauf qu'elle ne put achever sa phrase, car une main s'appliqua sur ses lèvres afin de les empêcher de verbaliser sa pensée. Une pointe de panique la saisie de nouveau, ce geste faisant remonter de désagréables souvenirs. Pourtant, la personne en face d'elle n'avait pas agis de façon brutale, mais plutôt presque délicatement. Et de même, Elsa avait l'impression que les émeraudes face à elle, devenues tellement familières en si peu de temps, la suppliaient presque de se taire. La peur y dansait également, miroir de la sienne et pourtant différente en même temps.

Le couteau lui glissa des mains, tombant sur le sol dans un bruit mat.

Le son les fit sursauter de concert, avant qu'un éclat de tristesse ne prenne place dans le regard de l'inconnu. Inconnu qui fit volte-face, l'abandonnant là, elle et son double de papier, et ne lui laissant comme dernier souvenir qu'une douce caresse sur ses lèvres à présent libérées de toute entrave.

Elsa, choquée et incrédule, peinait à réaliser ce qui venait juste de se dérouler. Elle laissa finalement échapper le murmure qu'elle avait dû retenir prisonnier.

—Une femme…