BONJOUR BONJOUR

pas le temps d'écrire un long pavé mais cette fic est faite pour les gens complètement fous, les gens qui n'ont pas peur d'extraire eux mêmes leur cerveaux de leur boite cranienne avec une fourchette à escargot.

Ceci est une fanfiction pour l'anniversaire de liuanne ma vie mon sang la lumière de ma vie

UN IMMENSE, UN COLLOSSAL MERCI A EATINGFLOWERS MA BESTO FRIENDO QUI A RELU CETTE FIC ECRITE BCP TROP EN RETARD EN TEMPS REEL.

Voilà, cette fic est faite pour mes potes mais je la poste ici donc si vous passez par là vous inquiétez pas tout va bien se passer ce sont des ships normaux j'ai fait un powerpoint, demandez le moi en dm. Cette fic est un univers alternatif basé sur la série (incroyable) our flag means death.

Girls, our frienship is my GREATEST TREASURE AND I LOVE YOU WITH ALL MY HEART !

j'ai encore ecrit 10K en 48h lol


Damn your love, damn your lies


1717. Âge d'or de la piraterie.

A bord du Revenge, deux nobles promis l'un à l'autre ont préféré se faire passer pour morts plutôt que de se marier, afin d'écrire leur propre destinée. Le seul problème, c'est qu'ils ne se supportent pas.


Si la vie de Mai était aussi désastreuse, c'est parce qu'elle n'avait pas eu de chance.

C'était la seule explication possible. Si elle n'était pas née dans une putain de familles de bourges qui lui avaient annoncé dès son plus jeune âge qu'elle ne choisirait jamais la personne qu'elle épouserait, elle n'en serait pas là. Si sa putain de sœur jumelle n'avait pas décidé de fuir au beau milieu de la nuit en la laissant seule au monde, elle n'en serait pas là. Et si elle se trouvait actuellement sur le bateau du plus pathétique pirate qui n'ait jamais existé, ce n'était pas non plus de sa faute.

Ses propres décisions n'avaient rien de désastreux, et n'avaient absolument rien à voir avec cette histoire.

En revanche, Mai avait bien conscience que c'était à elle de renverser la situation. Il n'était plus l'heure d'attendre qu'une énième catastrophe lui tombe sur la tête.

Et pour ça, elle devait se débarrasser de Noritoshi.

Certains pourraient la trouver ingrate. Après tout, si elle avait réussi à quitter son affreux château, c'était parce qu'il avait accepté de suivre son plan. Ou en tout cas, dans les grandes lignes.


Six mois plus tôt

— Je ne suis pas censé voir ta robe, fit remarquer Noritoshi.

Mai referma la porte derrière elle et le gratifia d'un signe grossier.

Noritoshi était déjà habillé, lui aussi. Vêtu d'un costume sombre absolument ridicule, une rose dans la poche de sa veste, il avait l'air d'un clown. Mai le détestait de toute son âme, mais il était sa seule porte de sortie de cet enfer.

— Qu'est-ce qu'on s'en fout de cette robe, je te rappelle qu'on ne va pas se marier, rétorqua-t-elle en relevant sa jupe pour vérifier que son pistolet était bien fixé à sa cuisse.

Noritoshi détourna les yeux, l'air très, très mal à l'aise. Heureusement qu'ils ne se mariaient pas vraiment.

— On devait se marier, puis s'enfuir.

— Ouais, eh bien changement de plan. Ton père a retardé la cérémonie d'une heure. Il est en retard. Et je ne compte pas l'attendre.

Une ombre passa sur le visage de Noritoshi, et dans n'importe quel autre contexte, Mai était certaine qu'il l'aurait contredite. Mais elle le connaissait depuis longtemps, et s'il y avait bien une chose qu'il détestait encore plus que de ne pas avoir le dernier mot, c'est bien son connard de père.

Il fouilla dans un des tiroirs de sa chambre et en sortit une sacoche en cuir. Mai se contrefichait de ce qu'elle contenait.

— Allons-nous en.

Dans les livres que Maki lui lisait autrefois, le prince emmenait la princesse sur son cheval blanc au coucher du soleil vers un beau château et un avenir radieux.

Dans ce cas précis, c'était le milieu de l'après-midi, et elle pouvait s'estimer heureuse que Kamo l'aide à escalader la fenêtre pour atterrir dans les buissons. Elle déchira la moitié de sa robe, mais c'était bien plus pratique comme ça. Le prince en question l'emmenait vers un avenir incertain, mais elle préférait mille fois ça à la perspective d'une vie entière passée à faire semblant d'aimer un type qui lisait le dictionnaire pour le plaisir.


— Ce que j'essaie de vous expliquer, dit Mai de sa voix la plus douce, c'est qu'on ne peut pas continuer comme ça. Vous vous voyez attaquer un navire avec un capitaine comme lui ?

Sa petite tentative ne reçut pas le succès escompté. Le reste de l'équipage était occupé à décortiquer des crevettes pour le repas du soir, et seul Yuuta lui témoigna un semblant d'intérêt.

— Euh, mais vous n'êtes pas genre, mariés ? C'est pas très sympa d'essayer de le renverser.

Mai planta un couteau dans la table et hurla à l'attention de cet imbécile :

— Pour la dernière fois, espèce de sombre crétin, on s'est jamais mariés. On a décidé de s'enfuir ensemble parce qu'on ne supporte pas nos familles.

— Ah, j'avais mal compris, bredouilla Yuuta. Il faut dire que c'est très romantique, de partir comme ça seuls contre tous…

Mai attrapa Yuuta par le col de sa chemise et colla son front contre le sien. Il était de toute évidence aussi effrayé que Kamo par le contact féminin et elle comptait bien s'en servir à son avantage.

— Tu veux pas la boucler cinq minutes, Okkotsu ? susurra-t-elle. J'essaie de faire avancer les choses, tu comprends ?

Pour la manière douce, c'était raté. En revanche, elle avait maintenant l'attention de toute la tablée. Sauf Inumaki, qui était en train de noter quelque chose dans le petit carnet qu'il trimballait partout avec lui.

— On doit se rebeller, reprit-elle. De toute urgence.

— C'est vrai qu'il est insupportable, approuva Kokichi.

Depuis que Kamo lui avait fait la leçon pendant trente minutes sur sa façon de se coiffer, Mai l'avait vu à maintes reprises aiguiser son couteau en jetant des regards mauvais dans sa direction. Il était mûr à point. Ils l'étaient tous.

— Et flippant, soupira Miwa.

— Etoile de mer, dit Inumaki.

Seul Yuuta semblait réfractaire à cette idée. Mai nota mentalement de lui faire boire du vinaigre plus tard dans la soirée pour lui faire passer l'envie de la contredire. Contrairement à Kamo, elle ne rechignait pas à employer de véritables méthodes de pirates.

— Vous pourriez peut-être en discuter comme des adul-

— Yuuta, je crois qu'on t'a assez entendu. Vous autres. Qui est avec moi ?

Miwa détourna les yeux, mais lorsque Mai la fusilla du regard, elle leva une main tremblotante. Kokichi haussa les épaules et finit par lever la main, lui aussi. Inumaki la fixa comme un poisson mort. Ce n'était rien. Il ne leur servirait de toute façon pas à grand-chose. Elle n'avait besoin que de deux personnes pour ligoter les pieds et les mains de Kamo.

Elle s'apprêta à leur déclamer son plan, qui était très simple – empoisonner son thé et le jeter par-dessus bord – lorsqu'un canon retentit et fit vibrer le bateau tout entier.

— Putain, grogna-t-elle. Quand je vous disais que c'était urgent de faire quelque chose ! Comptez pas sur Kamo pour vous sortir de là. Si vous voulez vivre, c'est moi votre capitaine.

— On pourrait peut-être sortir voir ce qui se passe avant de régler ça, suggéra Yuuta.

— T'es de corvée de cuisine pendant une semaine, Okkotsu, déclara Mai avant de se lever pour grimper à l'échelle qui mènait au pont.

— Tu n'es pas encore capitaine !


Lorsque Sukuna sauta sur le pont, il semblait complètement désert. Atterrissant souplement sur ses pieds, il adressa un haussement d'épaules à Nobara, debout sur le bastingage de leur propre bateau, à quelques mètres.

— J'vais voir ! lui cria-t-il. Bouge pas !

Sukuna fit tranquillement le tour du pont, et tomba finalement sur un homme vêtu d'une chemise à froufrous bleu turquoise.

— Il est de coutume de s'annoncer, lorsque l'on aborde le navire de quelqu'un d'autre, lui lança-t-il, sans lever les yeux de son livre.

Sukuna, à qui il était plutôt difficile de couper le sifflet en règle générale, resta perplexe. N'avait-il pas entendu le canon ?

— Pardon?

L'homme poussa un soupir agacé et referma son livre, dont Sukuna ne distingua pas la couverture de là où il se tenait. Il leva ses yeux bleus vers lui et lança :

— À qui ai-je l'honneur ?

C'était une première. Sukuna avait dû aborder une bonne centaine de navires dans sa carrière de pirate, et il était très, très rare qu'on ne le reconnaisse pas immédiatement.

C'était assez marrant, finalement.

— Sukuna, déclara-t-il en tendant sa main à ce fou furieux. Et à qui ai-je l'honneur ?

— Kamo Noritoshi, capitaine du Revenge.

— Voyez-vous ça, marmonna Sukuna. Et pourquoi ce navire est-il désert ?

— Mon équipage prépare le repas. Nous dégusterons des crevettes grillées, ce soir. (Il marqua une pause.) Voulez-vous vous joindre à nous ?

Sukuna se gratta l'arrière de la tête avec son poignard. C'était définitivement une première. Mais il adorait les crevettes.

— Mais avec grand plaisir.

— Parfait, répondit Kamo. En attendant, voulez-vous vous joindre à moi pour une tasse de thé ?

Un sourire se dessina sur les lèvres de Sukuna, qui rangea son poignard.

— Ce serait un honneur.

Ce fut ainsi que Sukuna suivit le capitaine du Revenge dans ses quartiers pour une tasse de thé, sous le regard effaré d'une femme qui espionnait depuis le haut d'une échelle menant à la cuisine.


À bord du Queen Anne's Revenge, Nobara faisait les cent pas depuis une bonne vingtaine de minutes. Le soleil était presque couché, et Sukuna n'était toujours pas revenu, et n'avait pas non plus donné signe de vie.

— Putain, mais qu'est-ce qu'il branle votre capitaine ! lança-t-elle à un équipage tout aussi perplexe.

— C'est aussi le tien, rétorqua Megumi.

Nonchalamment adossé au mât, il aiguisait un de ses couteaux. Nobara l'ignora royalement.

— C'est tout lui ça. Faire n'importe quoi sans prévenir personne.

— C'est pas pour ça que vous vous entendez si bien, d'habitude ? ricana Megumi.

— La ferme. Si il est pas revenu dans dix minutes, j'aborde ce navire moi-même. Je suis sûre que ça grouille de trésors, regarde-moi ça. Il y a des putain de perles sur leur drapeau.

— Qui est ridicule, d'ailleurs.

— C'est pas faux. Qu'est-ce que c'est que cette merde ?

Alors qu'ils étaient en train d'émettre des hypothèses sur la signification du drapeau flottant au-dessus du Revenge, leur capitaine passait la meilleure soirée de sa vie.


Noritoshi avait été bien élevé. Il avait beau ne pas avoir grandi dans une famille aimante, cette dernière lui avait au moins transmis deux choses: un goût prononcé pour les livres et les beaux vêtements, ainsi qu'un profond respect pour les bonnes manières.

De toute évidence, on ne pouvait pas en dire autant de Sukuna, qui venait de recracher sa gorgée de thé sur sa splendide chemise en taffetas blanc.

— Comment ça vous avez décidé de devenir un pirate pour faire chier votre père ?

— Pas exactement, corrigea Kamo en épongeant l'étoffe de sa chemise. En fait, Mai et moi devions fuir nos familles pour éviter d'avoir à passer le restant de nos jours ensemble.

— Mais cette nana est quand même sur le bateau.

Noritoshi acquiesça. Il devait avouer qu'ils n'y avaient pas assez réfléchi. Il était évident que Mai et lui avaient des divergences d'opinion concernant la façon de diriger ce navire. Mais après tout, il s'agissait de son bateau. Elle pouvait accepter ses termes ou s'en aller.

— Je vais aller me changer, déclara-t-il. Ce n'est pas une tenue convenable pour souper.

— Vous changer?

— Eh bien, ma chemise est pleine de thé. (Il attendit des excuses qui ne vinrent pas.) De plus, c'était une chemise d'après-midi. Il est plus que temps de revêtir mes habits du soir.

Sukuna le dévisagea comme s'il avait trois têtes.

— En plus d'avoir un bateau plein de livres, plus ces deux trucs (il indiqua d'un geste le tableau représentant la mère de Kamo, ainsi qu'une sublime horloge ancienne), vous avez plusieurs chemises ?

Ce fut au tour de Noritoshi de froncer les sourcils.

Une poignée de minutes plus tard, Sukuna s'admirait dans une glace, vêtu d'une somptueuse chemise lilas, assortie à un pantalon d'une couleur dont il avait déjà oublié le nom.

— Ceci, précisa le capitaine du Revenge, est une tenue convenable pour souper. Elle met vos cheveux en valeur.

— Complètement dingue, lâcha Sukuna, qui n'en revient toujours pas. Et vous passez vos journées à vous changer ?

— C'est la moindre des choses pour un gentleman.

— Un gentleman, répéta Sukuna. C'est votre métier ?

Kamo secoua la tête.

— Bien sûr que non. Il est évident que je suis un pirate.

Le regard de Sukuna glissa à nouveau vers son armoire remplie de chemises en soie. Évident.

— Combien de bateaux avez-vous abordé ?

— Eh bien, répondit Kamo en croisant les bras. Pour l'instant, deux. Mais j'ai quelques problèmes pour faire avancer mon équipage. Surtout ma quartier-maître, qui contredit en permanence mes décisions…

— C'est chiant quand elles font ça, grogne Sukuna en s'asseyant sur le canapé. La mienne est une vraie petite peste. J'ai songé à la tuer plusieurs fois.

— L'idée ne me déplaît pas, mais ce n'est pas dans mes habitudes. Je ne tomberai pas aussi bas.

Sukuna éclata de rire.

— Un pirate qui ne tue pas ?

— Seulement quand c'est absolument nécessaire, corrigea Kamo, qui semblait prendre un malin plaisir à corriger les gens.

Sukuna avait à nouveau envie de le tuer.

— Pour un capitaine, vous êtes très détendu, fit-il remarquer.

— Je bois beaucoup de camomille.

— C'est pour ça que vous avez offert du thé à un intrus, avant de lui faire essayer des tenues de souper ?

Kamo croisa les bras.

— Je suis peut-être un pirate, mais j'ai quand même des manières.

— Avez-vous déjà entendu parler du Maître des Fléaux ?

Kamo le toisa d'un air condescendant.

— Bien évidemment. Le pirate le plus craint de toutes les mers. J'ai fait mes recherches.

Un sourire étira les lèvres de Sukuna, alors que sa main se refermait sur la cuillère avec laquelle il avait bu son thé. Il était parfaitement capable de s'en servir pour le tuer.

— Tiens donc. Permettez vous que je vous interroge sur le sujet ?

— Mais avec grand plaisir. Vous n'avez pas affaire à un amateur, répliqua Kamo.

— Comment s'appelle sa seconde ?

— Nobara Kugisaki, une femme terrifiante qui a un penchant pour l'écartellement, selon les livres. D'autres ouvrages mentionnent son caractère difficile.

— C'est vrai, répondit Sukuna en se levant pour se rapprocher de Kamo. Plus compliqué, combien de navires a-t-il coulé ?

Kamo prit un air pensif.

— Selon les dernières nouvelles, plus de trois cent. Quatre-cent si l'on compte les petites embarcations.

Ce dernier commentaire arracha un sourire à Sukuna.

— Fascinant, répondit-il en tournant autour de Kamo. Dernière question…que représente le tatouage qu'il a sur l'épaule droite ?

Kamo fronça les sourcils.

— Les livres n'en font pas mention.

— Pourtant vous connaissez la réponse, ricana Sukuna. Souvenez-vous, quand j'ai enfilé cette chemise. Très confortable, d'ailleurs, je pense que je vais la garder.

Le visage de Noritoshi se figea pendant une bonne minute, avant qu'il ne finisse par lâcher :

— Je vois. Vous êtes ici pour nous piller.

— Hm, hm.

— Et nous tuer.

— C'était le plan.

— C'était ? releva Kamo.

Sukuna reposa sa cuillère et poussa un soupir.

— Voyez-vous, je m'ennuie terriblement ces temps-ci. En revanche, depuis que j'ai mis les pieds sur ce bateau, j'ai découvert qu'on peut, en fait, faire n'importe quoi et s'appeler un pirate, visiblement. Je pense que c'est ce que je vais faire, à partir de maintenant.

— Je crains de ne pas vous suivre, répondit Kamo en croisant les bras.

Sukuna s'approcha de lui assez près pour entortiller l'une de ses mèches noires autour de son index. Ses cheveux sentaient la lavande.

Aucun pirate ne sentait la lavande. Un putain de cinglé.

— On va faire quelque chose de plus sympa que de juste piller et tuer cette fois-ci. Ça vous dit ?

Noritoshi le considéra d'un air perplexe avant de répondre :

— Certainement.


— Bon, déclare Megumi en sautant sur le pont à la suite de Nobara. Qu'est-ce que c'est ce que ce bordel ?

Il désigna d'un geste du menton le gouvernail serti de perles.

— La vache. On va s'en mettre plein les poches, ricana la seconde du Queen Anne's Revenge.

— Si on arrive à retrouver notre capitaine, soupira Megumi. Qu'est-ce qu'il fout ?

— Peu importe, ricana Nobara, on lui laissera rien s'il se dépêche p-

À ce moment précis, le ciel tomba littéralement sur la tête de Nobara. Ou plutôt, une femme lui tomba dessus. C'est en général quelque chose qui ne lui déplaisait pas, mais en l'occurrence, cette dernière n'avait pas l'air très sympathique.

— Lâche-moi espèce de poufiasse ! grogna Nobara, alors que l'inconnue la plaqua au sol. Megumi, aide moi !

— Pas trop dispo, là, grommela-t-il, lui-même aux prises avec deux types qui l'immobilisaient sur le bois très bien ciré du pont.

— Megumi ? fit une voix que Nobara mit quelques secondes à reconnaître.

À sa droite, Megumi se figea immédiatement. À quelques mètres à peine se trouvait nul autre que son putain d'ex, Yuuta Okkotsu. Nobara poussa un immense soupir.

— Toi, grogna Megumi. Si j'étais pas attaché…

Okkotsu fronça les sourcils.

— Mais –

Nobara décida de profiter de la confusion générale pour mordre la poufiasse qui la maintenait au sol jusqu'au sang, et lui voler le pistolet accroché à sa cuisse.

Elle le pointa, au hasard, sur Okkotsu.

— Dis à tes potes de lâcher Megumi.

Ce dernier lui lançait toujours des éclairs avec ses yeux.

— Okkotsu, fais vite, ou je te descends.

Yuuta pouvait la désarmer et il le savait très bien. Mais il hésita. Nobara pouvait lire dans ses yeux qu'il n'avait pas envie que la situation dégénère.

Putain de bordel de merde, il est encore amoureux de Megumi. C'est la merde.

Ce fut à ce moment précis que Sukuna décida de réapparaître, détournant l'attention générale comme il savait si bien le faire.

— Nobs, Megs, vous êtes déjà là. Super.

Nobara l'insulterait pour avoir utilisé ce surnom débile devant leurs futurs otages si son attention n'avait pas été immédiatement retenue par la tenue absolument ridicule de son capitaine. Il avait abandonné son habituelle tenue en cuir pour un costume de nobles à froufrous, d'une couleur que même elle n'aurait jamais osé porter, parce qu'elle n'était pas une putain de mauviette.

— On t'a attendu presque une heure, qu'est-ce que tu branlais ?

— Nous buvions le thé, fit une seconde silhouette qui venait de monter sur le pont à la suite de Sukuna.

Plus grand que lui et habillé de façon encore plus ridicule, cet homme avait l'air parfaitement imbuvable.

— Dites-moi que je rêve, grommela Megumi.

— Attends, c'est toi Okkotsu ? fit Sukuna. Sacrée petite pute, je croyais que t'étais mort, vu comment Megumi tirait la tronche quand on parlait de toi.

Tous les regards se portèrent sur lui, sauf celui de Megumi qui refusait à présent de jeter ne serait-ce qu'un seul regard dans sa direction.

— Tu as fait partie de l'équipage du Maître des Fléaux? fit un matelot à la coiffure improbable.

Rouge comme l'intérieur d'une pastèque, Okkotsu s'éclaircit la gorge.

— C'est pas le sujet ! Sukuna, je crois que tu voulais faire une annonce, non ?

Sukuna frappa dans ses mains.

— Tout à fait. À partir de maintenant, je vais prendre des vacances sur ce putain de bateau. Je suis l'invité d'honneur de votre capitaine, bande de teubés. Vous allez faire tout ce que je vous dis.

— Et puis quoi encore, grogna Mai.

— Tu te fous de nous, là ? dit Nobara en s'avançant vers lui, le jaugeant de la tête aux pieds. T'as pété les plombs.

Sukuna lui adressa le genre de sourire qu'elle détestait le plus, celui qui voulait dire Je suis le capitaine et je fais ce que je veux.

— Pas du tout.

— Super, déclara Megumi. Je me casse.

Nobara secoua la tête et l'attrapa par le bras lorsqu'il passa devant elle.

— Non, désolé. Si je dois régler ce désastre, tu restes avec moi, grogna-t-elle à voix basse.

— Y'a pas moyen, répliqua Megumi.

— Je me fous que ton ex soit là. On ne vas pas le laisser –

— Il est très impoli de faire des messes basses, fit remarquer l'homme qui avait de toute évidence ensorcelé Sukuna. Si vous souhaitez êtes nos invités au même titre que Sukuna, vous devrez observer des règles basiques de bienséance.

Nobara lâcha le bras de Megumi en espérant qu'il n'en profiterait pas pour sauter par-dessus bord, et s'approcha de l'homme qui venait d'oser lui donner un ordre.

— Je peux savoir le nom de l'homme que je vais buter dans trois secondes ?

Sukuna se plaça devant l'exécrable capitaine et déclara :

— Il s'agit de Kamo Noritoshi, le pirate gentleman. Et si tu touches à un seul de ses cheveux, je te bute, ma poule.

Nobara jeta un œil au reste de l'équipage. La folle qui lui était tombée dessus fusillait Kamo du regard. Les autres les observaient avec un mélange de perplexité et de terreur. Okkotsu regardait Megumi comme s'il mourrait d'envie de se jeter à ses pieds pour implorer son pardon. Quant à Megumi, il regardait l'horizon d'un air dépité.


Après s'être fait connaître comme le pirate le plus terrifiant du siècle, Sukuna n'avait pas soupçonné une seule seconde qu'on pourrait encore lui apprendre des choses sur la piraterie.

Ses certitudes étaient parties en fumée lorsqu'il avait mis les pieds sur le Revenge. Durant les précédentes semaines, il avait abordé une dizaine de bateaux avec Noritoshi et son équipage, et le moins qu'on puisse dire était que chacune de ces escapades avaient été…surprenantes.

Sukuna n'aurait jamais pensé Kamo capable de tenir une épée, avec ses airs d'aristocrate précieux et ses livres de cinq cent pages qu'il qualifiait de "lecture du soir", et pourtant sa famille avait dû engager un bon précepteur, car il se battait diablement bien, pour un petit bourgeois ayant décidé du jour au lendemain de devenir pirate.

D'autre part, Kamo allait finir par le faire mourir de rire, par-dessus le marché. Sukuna avait failli se prendre une épée en pleine figure, car il était trop occupé à essayer de ne pas se pisser dessus après avoir vu Noritoshi détrousser un noble et le sermonner sur sa façon de nouer une cravate, ainsi que sur la décoration "piteuse" de son navire.

Et pour finir, Sukuna n'était aucunement pressé de partir car le cuisinier du Revenge, Kokichi, faisait de délicieux gâteaux, malgré sa coiffure ridicule.

Toutefois, si Sukuna passait les meilleures vacances de toute son existence, ce n'était pas le cas de ses loyaux équipiers.

Nobara se levait chaque matin avec la mission divine de lui casser les couilles, c'était un fait. Cette matinée-là ne fit pas exception.

Sukuna était attablé près de la baie vitrée, dans les quartiers de Kamo, en train de déguster un délicieux scone, lorsqu'elle était entrée comme une furie.

— On frappe avant d'entrer, l'avait sermonnée Noritoshi avant de reprendre une gorgée de son thé.

Nobara l'ignora royalement.

— Sukuna. Moi et Megumi, on a été plus que patients.

— Megumi et moi, corrigea Kamo.

Une veine se mit à pulser sur le front de Nobara. Sukuna reposa sa tasse avec un soupir.

— Barrez-vous, si vous êtes si malheureux que ça ?

— Est-ce que ça te dérangerait de penser à autre chose qu'à ta petite personne pendant deux secondes ? Je te laisse pas ici. T'es capable de ne jamais revenir.

— J'en ai marre de notre routine. On va pas se mentir, on se fait chier. Alors qu'ici, c'est très rafraîchissant. Hier j'ai appris à me servir d'un couteau à huître. Tu veux que je m'en serve pour te couper les oreilles ?

Sukuna avait du mal à dire si Nobara était plus en colère ou plus vexée, mais il devait avouer qu'il n'en avait rien à cirer. Pas alors qu'il prenait un petit déjeuner succulent aux côtés d'un homme qui dormait avec un petit bonnet en satin pour ne pas abîmer ses cheveux.

— Pense à Megumi. Il est tellement à bout de nerfs qu'il va finir par tuer quelqu'un si on rentre pas vite fait bien fait.

— J'ai bien vu qu'il boudait, ouais. Il faudrait qu'il discute avec Okkotsu, ça devient ridicule.

— Discuter de quoi ? Ce connard a déserté, Megumi lui en veut à mort, fin de l'histoire.

— Mouais, fit Sukuna en rajoutant une énorme cuillère de marmelade sur son scone.

— Okkotsu n'avait jamais fait mention de son passage dans votre équipage, dit Kamo. Il aurait dû, vu son expérience je lui aurais versé un meilleur salaire.

— Un salaire, répéta Nobara, avant de se masser les tempes.

— Il cache bien son jeu depuis qu'il est ici, dit Sukuna. Ce type est un bretteur né. Il pourrait combattre dix personnes à la fois et en sortir vainqueur. En fait, c'est déjà arrivé, je crois. Des espagnols ?

Nobara acquiesça.

— Exactement. Et ça commence à me manquer, de foutre des dérouillées à des nobles et de leur prendre tout ce qu'ils ont.

— C'est ce qu'on fait depuis qu'on est là, fit remarquer Sukuna. Simplement avec une vision différente.

— J'ai tué personne depuis UN MOIS, s'écria Nobara. T'es le prochain sur ma liste, ne viens pas pleurer si tu ne te réveilles jamais d'une de tes putain de "micro-siestes" espèce de demeuré !

Sur ces mots, elle partit en claquant la porte.

— Mai a essayé de me tuer, une fois, fit Noritoshi. Heureusement, nous avons pu en discuter avant le moment fatidique.

Sukuna acquiesça.

— C'était quand ?

— Six mois avant notre mariage.

— Dingue.


Nobara avait juré à Megumi qu'ils ne passeraient pas plus d'une semaine sur le Revenge.

Cependant, la vie de pirate étant caractérisée par son imprévisibilité, il passait à présent sa trentième nuit dans un hamac près des cuisines de l'infâme bateau gouverné par l'infâme Kamo. La mer était calme, la lune presque entièrement couverte par un tapis de nuages. Megumi aurait dû dormir comme un bébé. Mais il lui était impossible de trouver le sommeil sur ce bateau.

Il ne dormait déjà pas très bien sur le Queen Anne's Revenge, alors fermer les yeux en sachant que la personne qu'il haïssait le plus au monde se trouvait à peine à quelques pièces de lui était quasiment impossible.

Yuuta avait essayé à maintes reprises de lui parler, mais Megumi lui avait, plus ou moins poliment selon le nombre d'heures de sommeil qu'il avait à son actif, fait comprendre qu'il pouvait aller se faire foutre.

Il ne m'a pas dit un seul mot avant de partir, et maintenant il veut parler ? Pratique.

Megumi n'allait pas si mal avant qu'ils n'abordent le Revenge. Il n'allait pas bien non plus, mais le souvenir lancinant de Yuuta s'éloignait peu à peu, il pouvait le sentir. Et maintenant, il lui faudrait tout recommencer une fois sorti de ce maudit bateau. La simple idée d'être dans la même pièce que lui le faisait frissonner de dégoût.

Combien de nuits semblables à celles-ci avait-il passé à regarder la lune en se demandant ce qui avait bien pu pousser Yuuta à lui infliger un sort aussi cruel ?

Et maintenant qu'il avait l'opportunité de lui poser la question, il en était incapable. Contrairement à ses deux coéquipiers, Megumi connaissait ses limites. Il était impossible de prévoir ce qu'il ferait s'il entendait finalement, de la bouche de Yuuta, qu'il lui avait menti sur toute la longue et qu'il n'avait jamais représenté quoi que ce soit d'important à ses yeux.

Il n'avait pas vraiment besoin de l'entendre, de toute façon. Ses actes parlaient d'eux-mêmes.

C'est ainsi qu'après une nouvelle nuit passée à ressasser ses souvenirs les plus sombres, Megumi avait été réveillé, soixante-deux minutes après avoir finalement réussi à s'endormir, par Nobara.

— Quoi, grogna-t-il.

— Viens, dit-elle simplement. J'ai à te parler.

— Quoi, maintenant ?

— Oui, maintenant. Faut pas qu'on soit entendus.

Megumi s'était levé de mauvaise grâce pour la suivre jusqu'à l'extrémité du pont, où Mai les attendait en fumant une cigarette, adossée au bastingage.

— Bonsoir, répondit-elle en écrasant son mégot sur la rambarde vernie.

Megumi répondit par un vague signe de tête.

— Vous ne vous détestez plus ?

Nobara haussa les épaules, et un sourire étira les lèvres de Mai.

Ah, comprit Megumi.

— Disons qu'on a trouvé un terrain d'entente. Cette situation ne peut plus durer.

— Ouais, approuva Mai. J'en avais déjà marre de Kamo, mais devoir supporter votre demeuré de capitaine en plus de lui, c'est la goutte d'eau.

— On est d'accord. Il faut les séparer.

Megumi poussa un soupir.

— Et je suppose que vous avez un plan ? Je sais pas si vous avez remarqué, mais Sukuna l'aime beaucoup.

— Et c'est réciproque, soupire Mai. L'autre jour il a dit "c'est qui qui" et Kamo ne l'a même pas repris.

Nobara serra le poing.

— Bien sûr qu'on a un putain de plan. D'ici demain, on devrait atteindre la République des Pirates. Nous y trouverons un homme qui va très certainement rappeler à Sukuna qui il est, et lui faire reprendre ses esprits.

— Je descends pas du bateau, prévint Mai.

— Et pourquoi ? voulut savoir Megumi.

Mai s'alluma une seconde cigarette et lui souffla sa fumée à la figure.

— La République des Pirates, c'est pour les nazes. C'est un vrai trou à rats, pas fait pour une dame de mon rang.

— Tu fais ce que tu veux, pétasse. Megumi et moi on va passer boire un verre à la taverne de Spanish Maki et tu nous manqueras pas.

— Charmant, répond Mai. Me raconte pas ta vie, chérie.

Megumi s'éclaircit la gorge.

— Tu penses que voir son frère va aider Sukuna à se rappeler qu'il est un pirate ?

— Non, espèce de crétin. Je parle pas de Yuji. Je parle de Mahito.

— Oh, fit Megumi. On était peut-être pas obligés d'en arriver là.

Nobara croisa les bras.

— Tu veux rester sur ce rafiot ? Avec son putain de terrain de tennis et sa bibliothèque de mes deux ? Et Okkotsu ?

— Non, répondit Megumi en reprenant ses esprits. Je ferais tout ce que tu veux tant que tu nous sors de là. Allons chercher Mahito. J'espère qu'il n'a plus de poux.

Nobara lui répondit par un sourire carnassier.

— Je préfère ça.


Le Revenge était un bateau de toute beauté, équipé avec des meubles des plus raffinés et sans doute le seul à comprendre une bibliothèque entière. En revanche, il n'était pas fait pour accueillir une douzaine de pirates. Encore moins quinze. C'est pourquoi à l'arrivée de Sukuna, Megumi et Nobara, quelques compromis avaient été trouvés.

C'était donc la vingt-cinquième nuit où Kamo partageait son lit avec Sukuna. Il bougeait énormément dans son sommeil, mais sa présence n'était pas désagréable pour autant.

Kamo avait beau avoir beaucoup à apprendre comparé à un pirate comme lui, il n'était pas un idiot pour autant. Il savait que Sukuna ne resterait pas éternellement sur son bateau, et que leur entente n'était que temporaire. S'il semblait l'apprécier pour le moment, il n'était qu'une distinction pour le maître des fléaux, qui se trouverait sans doute un nouveau jouet bien assez tôt. Kamo l'avait compris à la seconde où il avait enfilé cette chemise lilas. Il était dans l'intérêt de tout son équipage de ne pas le contrarier.

Mais en attendant qu'il se désintéresse du Revenge et de Kamo, sa compagnie n'était pas si désagréable.

— Nobara m'a lancé un thon entier à la figure, ce matin, fit Kamo.

Sukuna se tourna vers lui. La bougie qui brûlait sur la table de chevet allumait des reflets dorés dans ses cheveux. Kamo avait bien fait de lui suggérer de les laver.

— Ah ouais ? Un gros ?

— Assez gros pour manquer de m'assommer.

— Quelle pute.

Kamo grimaça. Il n'avait pas tort.

— Elle ne m'apprécie pas beaucoup.

— Et alors ? Elle aime personne, celle-là. À part Spanish Maki. Cette bonne femme me fout les jetons.

— On arrive à la République des Pirates demain. Est-ce que…

Kamo n'avait en général pas de mal à s'exprimer. Pourtant, les mots lui venaient difficilement, cette nuit. Peut-être un effet secondaire du lancer de thon.

— Quoi, ricane Sukuna en se rapprochant de lui, tu veux savoir si je vais me casser ?

— Non, répond Kamo bien trop vite. Enfin, c'est comme tu veux. Les autres t'aiment bien, je crois.

— Sauf Mai.

— Mai n'aime pas beaucoup les hommes. Je doute que ça soit personnel.

C'est peut-être personnel. Mais Kamo n'a pas envie qu'il parte. Pas maintenant. Ce que pense Mai n'a pas d'importance.

— Ah bon ? Vous êtes pas mariés ? C'est ce que disait Yuuta l'autre jour.

Kamo se demanda distraitement ce qui avait bien pu donner à l'homme qui partageait son lit l'idée qu'il était marié à une femme.

— Enfin, pas que ça me dérange. Je m'en fous.

— Nous ne sommes pas mariés, soupire Noritoshi.

— Tant mieux, répond Sukuna, tout aussi rapidement. Enfin, je veux dire, tant mieux pour toi. Ça a l'air d'être une sacrée connasse.

— Elle n'a pas que des défauts, concéda Noritoshi.

— C'est vrai qu'elle est plutôt bonne.

— Tu trouves ?

— Ouais, répondit Sukuna, en souriant à Noritoshi d'un air parfaitement dénué de honte. Mais c'est pas vraiment mon genre.

— Hm, répondit Kamo avec beaucoup d'éloquence.

— Et alors, fit Sukuna en replaçant une des mèches de Kamo derrière son oreille sans cesser de le regarder avec assez d'intensité pour le faire fondre. Quelles sont ses qualités ?

— Elle est intelligente, répondit Noritoshi, qui est très doué pour faire des listes et moins doué pour résister aux pirates scandaleux. Courageuse. Débrouillarde. Quand nos familles ont voulu nous imposer un mariage arrangé, elle a immédiatement essayé de me tuer.

— Sympa, commenta Sukuna.

— Mais comme je ne suis pas né de la dernière pluie, j'ai refusé de boire son thé, et on a trouvé un terrain d'entente.

— En parlant de ça, demanda Sukuna. Comment vous êtes passés de riches nobles obligés de se marier à… des pirates ?

— Ma mère me lisait beaucoup d'histoires de pirates quand j'étais enfant. Et puis Mai et moi avions une somme conséquente à dépenser à nous deux. Nous avons donc fait construire ce bateau. J'admets que nous n'avons pas vraiment réfléchi à la suite.

— J'en reviens pas, s'esclaffa Sukuna, et bien que Kamo déteste que l'on rie à ses dépens, il sentait qu'il n'y avait pas une once de mesquinerie dans la voix de Sukuna. T'es un grand malade, Noritoshi.

— Je me suis dit que c'était toujours mieux que de me marier avec une femme. Enfin, cette femme.

— Hm. J'imagine que si Nobara et moi on avait été à vos places, on aurait fait pareil. Sauf qu'elle m'aurait vraiment buté, cette conne.

Noritoshi acquiesça.

— Je suis bien content qu'elle ne l'ait pas fait.


Noritoshi fut réveillé le matin suivant par des cheveux chatouillant son nez. Clignant des yeux pour en chasser le sommeil, il fut très surpris de constater qu'ils étaient trop longs pour appartenir à Sukuna, en plus de ne pas être de la bonne couleur. L'individu en face de lui avait le visage couvert de diverses cicatrices et de longs cheveux bleu turquoise emmêlés et qui empestaient le poisson.

— Salut, fit l'intrus qui s'était de toute évidence glissé dans son lit pendant la nuit. Mahito, enchanté.

Noritoshi n'était en aucun cas enchanté de faire sa connaissance.

— Sukuna, murmura Noritoshi. Est-ce que tu vois cet animal dans le lit toi aussi ?

— T'inquiètes, Noritoshi, baîlla Sukuna. C'est mon pote.

— Et son ex, précisa le dénommé Mahito avec un grand sourire, en pinçant la joue de Sukuna.

— Et comment Mahito a-t-il atterri entre nous ? demanda Kamo en les poussant tous les deux pour se lever.

— Il a débarqué hier soir sur une barque, ce pauvre bougre, dit Sukuna en s'étirant. Du coup Nobara l'a fait descendre ici. Pour une fois qu'elle a une bonne idée.

— Oui, susurra Mahito. Une femme délicieuse. Elle a compris que je dormirai bien mieux dans le même lit que Sukuna.

— Bien sûr, dit Kamo. Bienvenue à bord. Je vais faire ma toilette.

— Sa quoi ? s'esclaffa Mahito avant même qu'il ne sorte de la pièce.

— Aucune idée mec, répliqua Sukuna. On s'en fout, tu dois me raconter ce que t'as foutu pendant tout ce temps !

Kamo passa bien plus de temps que nécessaire dans sa salle de bains, simplement pour réfléchir à un plan pour se débarrasser de ce dégoûtant individu. La première étape serait bien sûr de brûler les draps dans lesquels il avait osé étaler son immonde chevelure.

Malheureusement, Noritoshi comprit rapidement qu'il serait compliqué de se débarrasser de Mahito pour une raison très simple et qui n'en finissait pas de l'exaspérer : Sukuna l'adorait.

La journée qui les séparait de leur escale à la République des Pirates passa à une lenteur insupportable, car Noritoshi la passa à tenter d'empêcher Mai de tuer Mahito pour avoir accidentellement détruit son vase préféré, puis à s'assurer que Sukuna ne boive pas plus de trois bouteilles de rhum (un échec complet).

À la fin de la journée, Mahito avait assez irrité sa patience pour le pousser à bout. L'agressivité passive n'était plus suffisante. Kamo devait l'étrangler de ses propres mains.

Bien qu'il ait nombre de points communs avec Sukuna (une aversion pour les bains et une fâcheuse tendance à se promener torse nu), Mahito était bien plus futé et sournois que ce dernier. Il savait pertinemment ce qu'il faisait à chaque fois qu'il passait un bras autour des épaules ou de la taille de Sukuna tout en regardant Kamo d'un air impertinent.

Noritoshi n'avait jamais tué personne. Mais il avait encore beaucoup de choses à apprendre sur la piraterie.

Après une si désagréable journée, Noritoshi pensait pouvoir survivre à tout. Ils arriveraient à la République des Pirates au petit matin, et il pourrait aller s'aérer l'esprit. Et avec un peu de chance, ils débarqueraient aussitôt Mahito. Il y mettrait un point d'honneur.

Cependant, la goutte d'eau fit déborder le vase au cours du souper.

— Et donc, à qui vous avez volé ce chandelier ringard ? lui demanda Mahito.

— En fait, il appartenait à ma mère, répondit Noritoshi.

— Oups, lâcha-t-il d'un air faussement désolé. Ceci-dit, quel genre de pirate accroche un chandelier dans sa salle à manger ?

— Pitié, Mahito, soupira Sukuna, qui n'aurait pas dû se resservir en rhum. Fous-lui la paix, tu veux bien ?

— Je peux très bien répondre tout seul, rétorqua Noritoshi, avec l'agacement cumulé d'une journée entière à le regarder faire l'imbécile avec cette catin aux cheveux turquoise.

— Ce que je veux dire, lâcha Sukuna en pointant Noritoshi du doigt, c'est que c'est tout sauf un pirate ! Alors arrête de t'étonner qu'il soit pas comme nous, mec. T'as vu ses livres, ses chemises et tout le reste de ses conneries ?

Sur ces mots, Sukuna et Mahito s'esclaffèrent – et ce furent bien les seuls, car le reste de la tablée jeta des regards gênés à Noritoshi. Finalement, Mai prit la parole.

— Vous dégagez, déclara-t-elle en se levant. Vous deux. Non, en fait, vous tous.

— Pardon ? s'offusqua Nobara. Pas avant d'avoir fini ce fraisier.

— Tu prends ton putain de fraisier et tu te casses, répèta Mai.

— Noritoshi, tu vas la laisser nous parler comme ça ? fit Sukuna.

Kamo refusa de le regarder dans les yeux. Il s'essuya les lèvres avec sa serviette en tissu et acquiesça.

— Vous avez bien assez abusé de notre hospitalité. Je ne vous retiens pas.

— Oh nooon, se moqua Nobara en prenant son assiette. Trop triste ! Dévastée de devoir m'en aller de ce rafiot de mes deux où il n'y a pas un seul vrai pirate ! Adios les poufiasses.

— Eh bien tant pis, grogna Sukuna en passant devant le fauteuil où était assis Noritoshi. Si le capitaine nous l'ordonne…

— Il faut qu'on aille chercher Megumi, lui rappella Nobara, il est encore en train de bouder dans sa cham-

— Barrez vous ! répéta Mai en sortant son pistolet. Si vous restez une seconde de plus, je vous troue le crâne. Vous prenez une putain de barque et vous vous tirez d'ici.

— Bon, tant pis pour lui ! ricana Mahito. Adieu !

Une fois qu'ils furent tous les trois sortis de la salle à manger, le silence se fit à nouveau.

— De rien, grogna Mai en direction de Noritoshi. T'aurais quand même pu virer cet enfoiré avant que j'ai besoin d'intervenir.

— Mai, intervint Yuuta. Pas la peine d'en rajouter.

— Tu veux peut-être aller chercher Megumi toi-même, Okkotsu ? On a cru comprendre que vous étiez en bons termes. Je peux aussi le balancer à la flotte.

Yuuta se leva et fusilla Mai du regard. Apparemment, la patience de Noritoshi n'était pas la seule à avoir été mise à l'épreuve par cette dure journée.

— Je pense qu'on ne te l'a pas assez dit, mais t'es une vraie connasse. C'est pour ça que tes tentatives de mutinerie ne fonctionnent jamais. Parce qu'on préfère encore avoir Noritoshi comme capitaine qu'une espèce de sorcière mesquine comme toi. Il est peut-être insupportable par moments, mais je pense qu'on se jetterait tous par-dessus bord au bout d'une seule journée avec toi comme capitaine.

— Tiens, tiens, ricana Mai. Tu sais te défendre en fait.

— Quand c'est nécessaire, répliqua Yuuta. Bonne nuit.

La salle se vida progressivement après cela. Miwa et Kokichi restèrent un long moment avec lui et tentèrent de le réconforter, ce qui était très étonnant, mais Noritoshi s'en souviendrait pour le restant de ses jours.


Megumi était en train de regarder la lune par la fenêtre de la cabine qu'il avait gagnée trois jours plus tôt en faisant une partie de cartes avec Inumaki, lorsqu'il entendit quelqu'un frapper.

Il soupira et se leva pour ouvrir la porte. Lorsqu'il découvrit nul autre que Yuuta Okkotsu sur le pas de sa porte, il tenta bien évidemment de la refermer immédiatement. Toutefois, ce dernier avait anticipé cette réaction car il bloqua la porte à l'aide de sa botte.

— Me cherche pas, grogna Megumi. Si je me pointe pas aux repas c'est uniquement pour ne pas voir ta gueule, alors c'est pas la peine de te ramener ici.

— Je m'en fous, répondit Yuuta. Tu vas écouter ce que j'ai à dire et après, je m'en irai.

— T'as une minute.

— Cinq.

— Trois.

— Ouvre cette porte, Megumi.

Megumi hésita un instant, avant de soupirer et de le laisser entrer.

— Qu'est-ce que tu veux ?

Yuuta referma la porte derrière lui.

— Tu veux bien me regarder pendant que je te parle ? soupira Yuuta.

Megumi s'exécuta de mauvaise grâce. Il y avait bien des raisons pour lesquelles il n'avait aucune envie de le regarder. La première était très simple: Yuuta avait beau lui avoir fait la pire crasse de la terre, il n'en restait pas moins le plus bel homme que Megumi n'ait jamais croisé de sa misérable vie. La seconde était stupide, mais tout aussi simple: il n'avait pas l'air méchant. Personne, en le regardant, ne se doutait qu'il était capable de faire croire à quelqu'un qu'il était amoureux de lui, pour ensuite l'abandonner sans crier gare.

Et pourtant.

— Parle, cracha Megumi. Et si tu me fais perdre mon temps, je suis encore assez en colère pour me battre contre toi.

— Arrête, soupira Yuuta. Je…Je voudrais juste que tu m'expliques.

Megumi s'attendait à tout, sauf à ça.

— Pardon ? Que moi, je t'expliques ? Tu te fous de moi ?

Yuuta fronça les sourcils.

— C'est toi qui n'a pas voulu venir avec moi. Alors certes, je suis parti, mais…

Megumi vit rouge presque instantanément, et traversa la pièce en une fraction de seconde pour le plaquer contre la porte.

— Répète un peu, pour voir ? Moi, j'ai pas voulu venir avec toi ? Mais , exactement ? T'as bu autant de rhum que Sukuna ou quoi ? T'as pas par hasard, oublié de me demander de venir ? s'écria-t-il, la voix vibrante de colère.

— Mais qu'est-ce que tu racontes ?

Megumi sortit son couteau pour le placer sous la gorge de Yuuta.

— Je crois que t'as passé trop de temps avec cet équipage de cinglés et que ça t'a attaqué le cerveau. Laisse-moi te rafraîchir la mémoire, parce que moi, je n'ai rien oublié. Tu (il appuya sa lame un peu plus fort.) es parti sans rien dire, et j'ai passé une année entière à me demander ce qui avait bien pu te pousser à faire une chose pareille, à me laisser seul sur ce putain de bateau après m'avoir fait croire que tu m'aimais –

— Mais je t'aime, l'interrompit Yuuta, et Megumi dût faire appel à tout son self control pour ne pas lui trancher la gorge sur le champ.

— Ferme la, murmure Megumi. Ferme la.

— Non, répondit Yuuta en posant une main sur le poignet de Megumi.

Il reprit, d'une voix plus douce :

— Megumi, tu as lu ma lettre ?

Megumi poussa un soupir excédé.

— De quelle putain de lettre tu parles ?

Yuuta secoua la tête, et ses yeux se remplirent de larmes.

— Ah, non, protesta Megumi en abaissant sa lame. Arrête.

Yuuta s'essuya les yeux d'un revers de manche.

— La lettre, murmura-t-il, que j'ai laissée bien en évidence dans ta cabine la veille de mon départ, dans laquelle je t'expliquais que je voulais quitter l'équipage de Sukuna parce que j'en avais assez de toute cette violence, et dans laquelle je te demandais de venir avec moi.

Megumi sentit tout son corps se figer.

— Mais, murmura-t-il. Pourquoi tu n'es pas venu m'en parler ?

— Parce que quelqu'un aurait pu nous entendre. Je voulais pas que Sukuna ou Nobara, ou quelqu'un d'autre – enfin, je voulais que tu puisses y réfléchir sans qu'on vienne essayer de t'influencer.

Megumi ne sut pas quoi répondre et contempla le sol pendant un long moment.

Merde. Merde.

— Je t'ai attendu aussi longtemps que j'ai pu, murmura Yuuta en lui prenant doucement la main.

Megumi releva les yeux vers lui.

— Je t'aurais jamais laissé comme ça. Je serais venu te le dire, même si j'avais décidé de rester.

Mais je ne serai pas resté.

— Et moi, répliqua Yuuta. Je ne serais jamais parti sans rien dire.

Megumi secoua la tête.

Merde.

— Je comprends pourquoi tu voulais pas me parler, ricana Yuuta. Putain, ça craint.

Ça ressemblait beaucoup à Yuuta d'arriver à rire et à ne voir que le bon côté de la situation. Megumi n'avait pas envie de rire. Il avait envie d'étrangler quelqu'un.

— Où est-ce que cette lettre est passée ? Elle a pas pu s'envoler.

Yuuta soupira.

— On le saura jamais. Et puis c'est du passé –

— Non, l'arrêta Megumi. Où est-ce que tu l'as posée, précisément ?

Yuuta fronça les sourcils.

— Sur ta table de chevet.

— À quelle heure ? le pressa Megumi.

— Euh, je sais plus, vers midi ?

Megumi avait repassé cette journée en boucle dans sa tête pendant des années. Il savait précisément qui se trouvait à quel endroit ce jour-là. Et il n'y avait qu'une seule personne qui se serait permise d'entrer dans sa cabine à cette heure-là, et qui aurait eu un quelconque intérêt à cacher la lettre.

— Putain, murmura-t-il. Je vais la tuer.

Les yeux de Yuuta s'arrondirent de stupeur.

— Nobara ?

Megumi hocha la tête. Bien sûr que Nobara aurait tout fait pour l'empêcher de partir. Tout comme elle était en train d'empêcher Sukuna de rester avec Noritoshi.

Je t'aime, avait dit Yuuta. Au présent.

Il ne l'avait jamais abandonné.

Megumi prit une longue inspiration. Il allait régler cette histoire immédiatement. Étrangler son ancienne meilleure amie. La jeter par-dessus bord. Foutre un coup de poing à Mahito et dire à Sukuna de rester avec cet abruti de Kamo si c'était ce dont il avait envie. Et ensuite, il allait embrasser Yuuta jusqu'à ne plus pouvoir respirer.

Il se baissa pour ramasser le poignard qu'il avait lâché auparavant.

— Je reviens, dit-il, parfaitement sérieux. Je vais la tuer.

Yuuta le prit par le bras avant qu'il n'esquisse un geste en direction de la porte.

— Tu ne veux pas la tuer demain, plutôt ?

Un sourire flotta sur ses lèvres, et force futde constater que cela faisait toujours le même effet au cœur de Megumi.

— Viens là, murmura-t-il, et Yuuta ne se fit pas prier.

Pendant un long moment, ils restèrent figés l'un contre l'autre, et Megumi savoura simplement la sensation de l'avoir à nouveau dans ses bras. La tête posée contre son épaule, il respira à nouveau son odeur et s'empêche de toutes ses forces de se mettre à pleurer.

— Je serais pas parti sans rien dire, répèta Yuuta, en posant son front contre le sien. Jamais. Je te promets.

Megumi acquiesça.

— Je serais venu avec toi. C'est la vérité. Je –

Il soupira. Il ne trouverait pas les bons mots ce soir pour expliquer à Yuuta qu'il n'aimait même pas particulièrement être un pirate, mais qu'il l'aimait lui.

C'est de toute façon le moment que Yuuta choisit pour poser ses lèvres sur les siennes.

Megumi put sentir qu'il avait manqué à Yuuta tout autant que l'inverse était vrai, simplement à la façon dont il prit son visage entre ses mains pour l'embrasser longuement.


Lorsque Yuuta se rendit dans les quartiers du capitaine le lendemain matin aux alentours de onze heures, Noritoshi ne semblait pas avoir fermé l'œil de la nuit. Drapé dans sa robe de chambre fushia, il observait l'horizon à l'aide d'une longue vue.

Allongée sur l'un des canapés à motifs floraux du salon, Mai arqua un sourcil en le voyant arriver. Yuuta avait déjà oublié qu'il lui en voulait.

— T'es pas descendue à la République des Pirates avec les autres ?

— C'est un putain de trou à rat, et je déteste cet endroit.

— C'est pas plutôt à cause de ta sœur ?

— Okkotsu, il est un peu tôt pour qu'on se remette sur la gueule, tu crois pas. Va plutôt t'occuper de lui.

Yuuta se tourna vers Kamo, qui marmonnait quelque chose dans sa barbe inexistante.

— Fascinant, que ces deux hommes aient pu survivre aussi longtemps dans la nature. Ils sont en train de se casser des noix de coco sur la tête.

— Ils ont peut-être soif, suggéra Yuuta.

— Comme les cheveux de Mahito, sans doute. Ça se voit qu'ils n'ont pas été hydratés convenablement depuis dix ans. Pathétique. Ce type ne s'est clairement pas lavé depuis trois mois.

– Sukuna non plus et pourtant ça t'empêche pas de dormir avec lui régulièrement, fit remarquer Yuuta. Vous voulez bien me donner ça ?

Noritoshi lui tendit sa longue vue de mauvaise grâce.

— Il n'y a rien d'intéressant à regarder, de toute façon. Deux types pathétiques qui vont très bien ensemble.

— Sukuna a l'air triste, fit remarquer Yuuta. Il mange sa noix de coco en pleurant.

Noritoshi voulut lui arracher sa longue-vue des mains, mais il tint bon.

— Non, dit Yuuta. Pas besoin de vérifier, vous l'avez dit vous-même, ça ne vous intéresse pas, capitaine. Et si on allait prendre l'air ? Megumi est parti, euh, discuter avec Nobara. Enfin il est parti, quoi. Vu qu'il est avec eux, et…

Mai se leva d'un bond.

— Je rêve, t'as réussi à le récupérer ! s'écria-t-elle. Pas possible.

— Pas possible, répéta Kamo. Comment tu t'y es pris ?

— Capitaine, ne nous égarons pas –

— Hm, t'as des cernes pas possibles, Yuuta, commenta Mai. Félicitations. Je t'ai mal jugé.

— Ça suffit ! cria Yuuta. Capitaine, avec tout le respect que je vous dois, habillez-vous. On va aller faire un tour.

Kamo soupira et se dirigea vers sa penderie avant d'en claquer la porte.

— Tu joues les Cupidon, maintenant ? ricana Mai.

— Ce qui s'est passé hier, c'était vraiment ridicule. Et si je peux les empêcher de tout gâcher, je vais pas me gêner.

— Tu vas me faire pleurer, bâilla Mai.

Yuuta hésita un instant, mais sa bonté le perdit.

— Megumi m'a dit qu'il allait tuer Nobara. Et je pense qu'il est sérieux. Alors si tu tiens un tant soit peu à elle –

— Premièrement, quoi ? Et deuxièmement, je vois pas ce qui te fait dire que je tiens à elle.

Yuuta leva son pouce en l'air.

— Cool. Fais ce que tu veux. J'ai dit ce que j'avais à dire.

Il se dirigea vers la penderie pour s'assurer que Kamo n'était pas en train de renifler une chemise qu'avait portée Sukuna ou quelque autre bêtise de la sorte. Un sourire étira ses lèvres lorsqu'il entendit Mai se précipiter hors de la pièce.

— Eh, fais gaffe où tu vas espèce de pauvre tâche ! s'écria t-elle en percutant quelqu'un de plein fouet.

— Pardon madame, répondit une voix bafouillante.

Yuuta fit volte-face, et pendant un court instant il pensa que Sukuna s'était miraculeusement téléporté jusqu'au bateau. Mais après une inspection plus minutieuse, il n'avait aucun tatouage sur le visage.

— Qu'est-ce que? bredouilla Yuuta.

Kamo choisit ce moment pour sortir de son placard. Lorsqu'il aperçut le nouvel arrivant, il ne sembla pas choqué le moins du monde.

— Vous devez être Yuji.

— Et vous Noritoshi. Sukuna m'a parlé de vous.

— Ah bon ? s'enquit Noritoshi.

Yuuta frappa dans ses mains.

— Quelqu'un peut m'expliquer ce qui se passe ? Et Noritoshi, pourquoi tu portes la chemise de Sukuna ?

Kamo ignora sa seconde question.

— Sukuna a un frère jumeau. Il vit à la République des Pirates.

Yuuta avait passé plusieurs années sur le bateau de Sukuna et il n'avait jamais mentionné son frère. Par contre, il en avait parlé à Noritoshi.

— Yuji, enchanté, se présenta-t-il. Je suis venu parce que… Sukuna s'est saoulé à la taverne de Spanish Maki toute la nuit et il n'a fait que parler de vous.

— Et pourtant il est en train de manger des noix de coco avec Mahito, répondit sèchement Noritoshi.

— En pleurant, rappela Yuuta.

— Mahito a une influence terrible sur lui. Mais il vous aime vraiment beaucoup.

Noritoshi observa Yuji un long moment. Il finit par soupirer.

— Et qu'est-ce que je suis censé y faire ?

Yuji le prit par le bras avec un grand sourire.

— Me suivre. Et lui laisser une chance de vous prouver qu'il n'est pas toujours un sombre connard.

Yuuta les regarda partir en souriant.

— Bon, j'imagine que j'ai le temps d'aider à Mai à empêcher le meurtre de Nobara, finalement.


Lorsque Yuuta parvint à la taverne de Spanish Maki, Megumi avait dégainé son pistolet. L'endroit était heureusement presque désert, et l'illustre Maki était elle-même absente, ce qui était dommage car Yuuta aurait volontiers pris un verre avec elle à la fin de cette sordide journée.

— Quoi, tu vas me tirer dessus ? s'offusqua Nobara.

— J'éviterai, si j'étais toi, commenta Mai en sortant de nulle part. Elle pointa son propre flingue sur la tempe de Megumi.

Qu'est-ce que tu fous là ? crachèrent Nobara et Megumi à l'unisson.

Yuuta décida de ne pas rester plus longtemps dans l'ombre – tout ça allait dégénérer s'il n'intervenait pas.

— Je n'ai pas de pistolet mais je peux te blesser gravement, Mai, fit-il en sortant son sabre de son fourreau.

— Super, tout le monde est là, commenta Mai. Plus on est de fous plus on rit.

— Sortez tous les deux, dit Megumi. C'est une affaire entre elle et moi.

— Oh tu sais, maintenant qu'ils sont là, fit Nobara. Quoi, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Que je t'ai empêché de faire une énorme connerie ?

— C'était pas à toi de décider, cracha Megumi. Tu te rends compte de ce que t'as fait ? Tu savais à quel point il comptait pour moi. On était amis, comment t'as pu faire un truc pareil ?

— On est avant tout des putain de pirates, Megumi. Et puis quoi encore, qu'est-ce que vous avez tous, en ce moment ? Vous commencez vraiment à me faire chier.

— C'est la meilleure, dit Megumi. Tu vas même pas t'excuser ?

Nobara poussa un soupir consterné.

— Qu'est-ce que ça changerait ? T'arrêterais de m'en vouloir, si je le faisais ?

— Aucune chance, murmura Megumi. Mais peut-être que je te buterai pas.

— Megumi, dit Yuuta. Laisse tomber.

— Ouais, c'est ça. T'as qu'à partir avec ton putain de petit-ami, exactement comme Sukuna. Comme ça je vais pouvoir dire à l'équipage que –

Megumi s'avança vers elle et lui jeta un regard méprisant.

— Que quoi ? Qu'il ne reste que toi pour les diriger ? Tu craches sur tout le monde, mais si t'avais le cran d'être capitaine tu le ferais.

— Fais attention à ce que tu dis, espèce de sale petit –

— Au bout d'une seule journée, tu verrais que c'est bien moins facile que de passer son temps à critiquer, parce que cette fois c'est toi, que les gens vont blâmer au moindre problème. Et crois moi, ils te détesteront encore plus qu'ils détestent Sukuna, et ça sera pas parce que t'es une fille, mais bien parce que t'es une connasse, Nobara. Alors trouve toi un putain de bateau et va te faire foutre.

Sur ces mots, Megumi rangea son pistolet et quitta la taverne sans un mot de plus pour Nobara.

Figée sur place, celle-ci ne prononçait plus un seul mot. Yuuta décida de la laisser à son sort. Avoir retrouvé Megumi lui suffisait. La vengeance n'avait jamais été son fort.


Cachés dans les buissons, au cœur de la forêt qui poussait sur l'île, Yuji et Noritoshi observaient Mahito. Ce dernier était en train de cueillir une sorte de champignon.

— Dingue. C'est de la bonne, celle-là, commenta-t-il.

— Et en plus il parle tout seul. Consternant, marmonna Kamo.

— Chut, fit Yuji. Il va nous entendre.

— Pour nous entendre, il faudrait que cet animal soit doué d'audition. Ce qui n'a pas l'air d'être le c-

— J'ai un plan. Vous retrouvez Sukuna, je m'occupe de lui. Il doit pas être loin.

— Et comment allez-vous le –

Yuji soupesa une noix de coco.

— Je suis très doué au lancer de poids.

Noritoshi le considéra un court instant, et décida qu'il aimait beaucoup le frère jumeau de Sukuna. Mais pas autant que Sukuna.

— Ne ratez pas votre cible.

— Jamais, ricana Yuji. Et vous, ne soyez pas trop exigeant avec mon frère. C'est la seule règle, avec lui.

— Je m'en souviendrai.

Sur ces mots, Noritoshi partit dans la direction opposée, en faisant le moins de bruit possible. Il ne s'arrêta pas lorsqu'un cri perçant se fit entendre, effrayant tous les volatiles aux alentours.

Lorsqu'il retrouva le chemin de la plage, Noritoshi poussa un soupir. Le soleil l'aveugla un court instant et il s'essuya les yeux. Il aurait sans doute dû regarder là où il mettait les pieds, car il trébucha sur ce qui ressemblait à première vue à un cadavre d'animal mort, et s'étala sur lui de tout son long.

— Ouille, fit Sukuna.

— Ah, fit Noritoshi. Je ne t'avais pas vu.

— Salut. Je te manquais trop ?

Noritoshi voulut se relever, mais Sukuna referma ses bras autour de lui.

Il oublia instantanément tous les bons conseils de Yuji. Il était bien trop exigeant pour cet homme.

— Pas du tout. Je passais juste par-là, mentit-il.

— C'est faux.

— Lâche-moi. Je suis toujours en colère pour hier soir.

— Hier soir ?

Noritoshi poussa un soupir excédé.

— Tu sais, quand tu as dit que je n'étais pas un vrai pirate, et que tu t'es moqué de toutes les choses que j'aime ?

Sukuna fronça les sourcils.

— Je n'ai jamais dit ça.

— Pitié, Sukuna. J'étais là. Tout l'équipage était là. Tu as peut être oublié parce que tu avais trop bu, mais –

— Non, poursuivit Sukuna. J'ai dit toutes ces choses mais…c'était pas ça que je voulais dire. Pas exactement.

— Ah bon ? Tu n'as pas voulu te moquer de moi pour faire rire ton ami, ex ou peu importe ce qu'il est, tu n'es pas resté un mois entier sur mon bateau juste pour tromper l'ennui, pour ensuite me laisser là pour te rouler dans la boue avec cet individu abject qui sent le rat d'égout?

— C'est toi qui m'a viré, lui rappela Sukuna. J'étais bien, avec toi.

— C'est Mai qui t'as viré.

— Peu importe, soupira-t-il. C'est vrai que Mahito n'est pas très fréquentable…

— Un misérable rat d'égout ayant pris forme humaine, ajouta Kamo.

— Certes, admit Sukuna. Et j'ai dit que tu n'étais pas un vrai pirate. Mais…

Il caressa la joue de Kamo du bout du pouce. Ce dernier détourna le regard, mais ne se dégagea pas pour autant.

— T'es autant un pirate que je suis une corbeille à fruits. Mais qu'est-ce que ça peut faire ? Tu sais pourquoi je suis resté si longtemps sur ton bateau ? Parce que ça se voit que t'en as rien à foutre de ce que les gens pensent, parce que tu ne fais que ce que tu veux, même quand t'as tort sur toute la ligne tu refuses de l'admettre et ça, j'adore. Alors certes, tu n'es pas un pirate, mais je préfèrerais que tu restes exactement comme tu es.

Noritoshi fronça les sourcils.

— J'ai pas voulu te blesser, soupira Sukuna. Et je suis…désolé.

Celle-là, Kamo ne s'y attendait pas. Pas du tout.

— Ne pas être trop exigeant, répéta Kamo.

— Hein ?

Noritoshi se pencha pour l'embrasser, et Sukuna sourit contre ses lèvres avant de lui rendre son baiser. Il le fit rouler dans le sable pour se retrouver au-dessus de lui et l'embrassa comme s'il en avait eu envie depuis trente-et-une nuits. Noritoshi en oublia de se plaindre pour la chemise qu'il allait devoir faire nettoyer.

— Je t'ai déjà dit que t'es un grand malade, Noritoshi ? murmura Sukuna.

— Oui. Inutile de te répéter.

— D'ac. C'était pour être sûr.

Kamo l'attira à nouveau contre lui, et enfin, enfin, Sukuna accepta de fermer sa grande gueule.


De l'autre côté de l'île, Nobara était assise sur la plage, les genoux ramenés contre elle. Lorsqu'elle entendit quelqu'un s'approcher, elle sut de qui il s'agissait avant même qu'elle ne se laisse tomber à côté d'elle sur le sable.

Pourquoi tu me suis partout, soupira-t-elle. Lâche moi.

Mai passa un bras autour de ses épaules. Elle sentait bon, pas comme le reste des connards à qui Nobara avait eu affaire aujourd'hui.

— Tu sais, ton pote Megumi a dit quelque chose d'intéressant, tout à l'heure.

Nobara se tourna vers elle d'un air furieux.

— T'es venue pour en rajouter une couche ? Vraiment ?

— Trouve toi un bateau, dit Mai. C'est ce qu'il a dit.

— Et alors ?

Mai désigna le navire amarré au ponton le plus proche. Le Revenge.

— C'est un beau bateau, non ? Et bien sûr, personne n'a songé à rester dessus pour le surveiller.

Nobara haussa les épaules. Même la perspective de voler le bateau de Kamo lui remontait à peine le moral.

— Y'a une putain de bibliothèque. C'est une idée de merde.

— Y'a aussi tout un tas d'objets précieux qu'on pourra revendre à un bon prix.

Nobara éclata de rire.

On ?

Mai leva les yeux au ciel.

— Attends, tu crois quand même pas que t'y arriveras toute seule ?

Nobara considéra la chose une minute et demie.

— Ok. Mais on change le drapeau. Personne arrive à lire ce qu'il y a écrit dessus.

— Ouais, c'est l'écriture d'Inumaki, ça. C'est écrit "Couscouscame".

Nobara fronça les sourcils.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Mai haussa les épaules.

— Aucune idée, mais apparemment, c'est une créature très effrayante. Son histoire n'était pas claire, t'as vu comment il parle…

— Ouais, c'est pas faux.


lou anne je taim e je t'aime je t'aime bisou bisous bisou

aeli