Il existe un archipel.

Par delà le ciel d'azur et les nuages cotonneux, il flotte au bout milieu de cet océan bleu et blanc, inconnu, invisible et impalpable pour tous ceux qui vivent sur cette terre.

Composé de trois îles suspendues dans l'immensité de ces couleurs pastels, il est peuplé d'êtres insolites qui n'apparaissent que dans les légendes.

Il porte le nom d'Îles aux Cupidons.Quand il passa les lourdes portes de la salle où se déroulait la réunion, tous les visages de l'assistance se tournèrent vers lui, mais il ne s'en formalisa pas, leur jetant même un regard assassin et prit place sur une des chaises restait libre dans le fond de la pièce.

- Bien, maintenant que Katsuki a daigné nous faire part de sa présence, nous pouvons commencer, déclara le seul homme debout.

- Tsk.

Personne ne releva cette "réponse" et l'homme reprit comme si de rien n'était.

- La St Valentin arrive et nous allons avoir du pain sur la planche. Je vais vous distribuer vos cibles pour cette année et je compte sur vous pour faire de cette journée une réussite. Je veux voir de l'amour, du romantisme et des couples à foison !

Ses ailes, d'un blanc immaculé, frémir et s'agitèrent dans son dos. Ce qui se répercuta sur son auditoire. Tout le monde était surexcité à la perspective de cette journée. Tout le monde ? Pas vraiment non. Le dénommé Katsuki leva les yeux au ciel (peut-on dire que c'est un pléonasme ?) et croisa les bras sur son torse, ses ailes se repliant dans son dos. De tous les Cupidons vivants sur cette maudite île, il était le seul à ne pas apprécier cette journée.

Même si leur travail d'entremetteur se faisait toute l'année, le 14 février, qu'avait décrété les humains comme étant la fête de l'amour, était la journée où se formait le plus de couples et par conséquent, la charge de travail grimper en flèche exponentielle. Et Katsuki détestait ça. Il ne comprenait même pas comment il avait pu naître en cet être tout mielleux de guimauve, prêt à décocher une flèche pour unir deux personnes. Il aurait largement préféré être un humain qui ne se soucierait pas de ce sentiment encombrant.

Perdu dans ses pensées, il ne répondit pas tout de suite quand l'homme l'appela une première fois. Celui-ci réitéra, haussant la voix envers lui, ce qui fit lever un sourcil interrogateur sur le visage de Katsuki. L'homme le fusilla du regard et leva le bras, tenant entre ses doigts ce qui ressemblait à une feuille.

Traînant des pieds, il se leva de sa chaise et avança vers l'homme qui lui tendit ce qui s'avérait être une sorte de tablette faite de nuage palpable. Dessus, s'affichait l'image d'un jeune homme aux cheveux noirs avec de beaux reflets verts, aux yeux semblables à des émeraudes et aux taches de rousseur qui parsemaient ses joues rebondies et son nez légèrement retroussé.

Plutôt pas mal, pensa-t-il, il doit pas avoir de problème à trouver quelqu'un. A quoi je vais servir ?

- Izuku Midoriya, ta cible pour cette année. Tâches de ne pas tout faire foirer encore une fois.

- Ouais ouais, dit-il en arrachant la tablette des mains, d'un geste rageur.

Avant de prendre la direction de la sortie, absolument indifférent à ce conseil.

.

Se débarrassant de son tablier, le jeune homme referma son casier d'un geste las, enfila son manteau et sortit des vestiaires. Sa patronne et amie finissait de compter la caisse quand il passa devant elle.

- Bonne nuit Momo, à demain.

- Merci, à toi aussi, Izuku. Rentres bien !

Il lui adressa un signe de la main, un petit sourire aux lèvres et sortit du bar où il travaillait, s'engouffrant dans l'obscurité de la nuit. Il était presque 5h du matin et ses yeux peinaient à rester ouverts. La soirée avait été mouvementée. Une bagarre s'était déclarée entre deux hommes et Momo et lui avaient dû appeler la police afin d'y mettre un terme. Une fois les perturbateurs embarqués, le calme était revenu et le reste de la soirée s'était bien déroulée.

A présent, Izuku remontait l'avenue quasi silencieuse et éclairée par les lampadaires, les mains dans les poches de son manteau, s'imaginant déjà se rouler en boule sous sa couette douillette pour comater jusqu'à midi.

En arrivant à son appartement, il défit ses chaussures et se dirigea directement vers la salle de bain afin de se déshabiller et se brosser les dents. Une fois fait, il éteignit la lumière et avança dans le noir vers son lit, baillant en s'en décrocher la mâchoire.

- C'est vraiment l'bordel chez toi, l'humain, fit une voix aiguë, dans l'obscurité de la chambre.

Effrayé, Izuku hurla de toutes ses forces, la main sur le cœur, reculant jusqu'à se cogner contre le mur derrière lui et tâtonna pour trouver l'interrupteur. Lumière allumée, il zieuta rapidement la pièce du regard, mais ne vit personne. Voilà qu'il s'imaginait des voix maintenant...

- Tu deviens fou mon pauvre Izuku, murmura-t-il dans un rire jaune, passant une de ses mains sur sa nuque.

- A parler tout seul, c'est clair qu'tu vas l'devenir, reprit la même voix fluette.

Izuku se figea et lentement, très lentement, releva la tête, tombant nez à nez avec une créature ailée, pas plus grande que la taille de sa main. C'était un tout petit homme, vêtu d'une toge de type grecque dont les broderies de couleur or et rouge s'accordaient avec ses cheveux cendrés et ses yeux rubis. Des ailes d'un blanc éclatant se mouvaient avec délicatesse dans son dos, ne provoquant pas le moindre son.

Les yeux écarquillés de stupeur, Izuku n'osa pas bouger. Il était comme statufié face à ce qu'il voyait devant lui. Il était définitivement fou.

- Respires, tu vas nous faire une syncope.

Ce fut l'électrochoc qui le sortit de sa torpeur. Il hurla de nouveau et fit demi-tour, s'enfermant à clé dans la salle de bain. La respiration saccadée, il recula, les yeux fixés sur la porte.

- J'hallucine. Oui, c'est ça. Je suis fatigué et j'ai des hallucinations, y'a pas d'autres solutions.

- T'es p't'être fatigué, mais je suis pas une hallucination, rétorqua de nouveau la voix.

La créature était à présent dans la salle de bain avec lui et virevoltait près de la porte, le fixant avec un sourire en coin. Izuku attrapa la première chose qui lui passa sous la main et lui jeta à la figure. La créature évita le rouleau de papier toilette avec facilité et dû continuer ce manège, car le jeune homme balançait vers lui tout ce qu'il trouvait. Bientôt, tous les objets se retrouvèrent au sol, sous la créature, et Izuku se rendit compte que plus rien ne pouvait lui servir comme projectiles pour garder cet être à distance.

- Ça y est, t'as fini ?

- Bordel, mais tu es quoi ? La fée des dents ? Je n'en ai pas perdu depuis des années !

La créature le regarda avec un air blasé. Il se foutait de lui ou quoi ?

- Sérieusement ? J'ai vraiment une gueule de fée ? J'suis un Cupidon et j'suis là pour t'aider à trouver l'âme-sœur.

Un silence prit place suite à cette déclaration qui fut vite coupé par le rire cristallin d'Izuku. Le doux son empli la pièce et timidement, il osa s'approcher puis le détailla.

- Toi, un Cupidon ?

- Bah ouais, pourquoi ça te fait marrer ? râla la créature, s'approcha aussi.

A présent, il était juste en face du visage de l'humain.

- Cupidon n'est pas censé être une sorte d'ange gentil et romantique ? Alors que toi, tu es...petit et tu parles mal. Tu ressembles plutôt à un grincheux nain de jardin.

L'instant d'après, Izuku se retrouva face à un homme plus grand que lui. La créature venait de grandir d'un seul coup pour devenir une vraie personne. Enfin, vraie personne, c'était vite dit. Il était exactement pareil à l'exception que ses ailes emplissaient l'espace de la salle de bain.

- Tu disais ? demanda-t-il en se penchant vers lui, leurs nez se frôlant presque.

Sa voix fluette avait disparu en même temps que sa petite taille et elle était à présent grave et profonde. Izuku rougit sous cette soudaine proximité et recula son visage, secouant la tête de droite à gauche.

- Rien, j'ai rien dis.

Le Cupidon se redressa et souleva un sourcil narquois.

- Mais bien sûr.

Un nouveau silence prit place entre les deux. Izuku ne savait plus quoi penser de cette situation. Il était parfaitement réveillé, car il grimaça sous la douleur que provoqua le pincement qu'il se fit au bras. Mais curieux de nature, il tendit le bras et appuya son doigt sur l'épaule de la créature en face de lui.

- Tu es vraiment réel ?

La pulpe de son doigt rencontra la peau douce de son interlocuteur et il se pinça les lèvres.

- Oui.

Il tourna autour du Cupidon, le détaillant de la tête aux pieds. Katsuki se sentait comme un objet à une vente aux enchères qu'on étudie sous toutes les coutures, mais il le laissa faire.

- Je peux toucher tes ailes ? demanda le vert en tendant le bras.

Le Cupidon se retourna vivement, repliant ses ailes dans son dos.

- Non !

- Pourquoi ? demanda de nouveau Izuku, la tête penchée sur le côté.

- Parce que...euh..., commença Katsuki, le rouge prenant de plus en plus de place sur ses joues. Tou-toucher les ailes d'un Cupidon...chez vous les humains, c'est comme...toucher...hum...votre...enfin tu vois quoi.

- Je vois pas non.

Perplexe, le vert le regardait toujours avec un air qui affirmait clairement qu'il ne comprenait pas où il venait en venir.

- Qu-quand...vous..vous êtes...excités quoi !

La réponse mit du temps à atteindre son cerveau mais lorsqu'il comprit de quoi parlait la créature, il devint aussi écarlate qu'une écrevisse.

- Oh ! Pardon ! Je suis désolé, je voulais pas...

- C'est...pas grave.

Izuku inspira et se frotta le visage avec les deux mains avant de les faire passer dans ses cheveux dans un geste nerveux.

- Bon, que tu sois réel ou non, pour le moment, je m'en fiche. J'ai eu une soirée compliquée et je veux juste aller dormir.

Il fit demi-tour et repassa la porte de la salle de bain.

- Tu peux t'en aller...comment tu t'appelles ? demanda-t-il une fois près de son lit.

- Katsuki.

- Ok Katsuki. Sans vouloir être méchant, tu peux retourner d'où tu viens. Je n'ai pas besoin de toi pour ce que tu es venu faire ici. Sur ce, bonne nuit.

Et il plongea sous la couette sous les yeux surpris de Katsuki. C'était la première fois qu'un humain ne souhaitait pas de son aide pour trouver son âme-sœur. Bon d'accord, toutes ses missions se sont révélées être des fiascos complets, mais quand même !

Il avisa la couette où dépassait seulement le visage enfantin de sa cible et rapetissa, créant un petit nuage afin de passer la nuit dans un coin de la pièce.Quand il se réveilla le lendemain, malgré la nuit d'une traite qu'il venait de faire, il se sentait encore fatigué. Son portable crachait cette insupportable musique comme chaque matin et, même s'il ne travaillait pas en ce lundi 3 février, il l'avait quand même activé afin de ne pas dormir toute la journée.

Déjà las à la perspective de quitter sa couette bien chaude, il tendit le bras et attrapa son téléphone qui affichait 12h05. S'étant couché vers 4h30, ça restait une nuit correcte. Il éteignit l'alarme et soupira, sa tête retombant dans les oreillers et ses bras le long de son corps, son portable toujours en main.

Il avait fait un drôle de rêve. Il ne saurait dire si l'approche de la Saint Valentin le titillait ou non mais son subconscient de célibataire avait imaginé la visite d'un cupidon prêt à lui trouver l'âme sœur. Et quel Cupidon ! Une fois à taille humaine, Izuku l'avait trouvé extrêmement sexy avec sa toge blanche s'arrêtant à mi-cuisses, laissant à vue ses jambes musclées ; ses bras aux biceps bien dessinés ; ses cheveux cendrés et ses yeux rubis qui lui donnaient un air provocateur et séducteur.

Honteux de ses pensées impures envers un angelot tout droit sortie de sa tête, il eut un rire nerveux. Non mais franchement ! Quelle idée d'imaginer un truc pareil !

Il se redressa sur les oreillers, plia les genoux sous la couette et se frotta le visage de ses mains, chassant les vestiges de sa nuit. Il tournait vraiment pas rond.

- Ça y est, t'es réveillé l'humain ?

Izuku se tendit subitement et quelques secondes plus tard, il vit la créature de ses rêves se poser sur le haut de l'un de ses genoux. Comme dans ses songes, il portait une toge blanche aux fines broderies et ses ailes d'un blanc éclatant étaient repliées dans son dos.

- La vache, t'es pas qu'un rêve alors !

- Nan. Et j'peux t'dire que tes ronflements, c'est pas qu'des rêves non plus !

D'abord surpris, Izuku plissa des yeux, suspicieux.

- Tu mens. Je n'ai jamais ronflé de toute ma vie.

- Qui sait, répondit le cupidon en haussant des épaules, ce qui fit frémir ses plumes.

- Tu es vraiment bizarre comme cupidon.

Il avait dû mal à croire ce qu'il avait devant les yeux. Ça dépassait tout bonnement l'entendement.

- Bon, sinon, qu'est ce que tu fais encore chez moi ? demanda Izuku en écartant les bras, paumes en l'air.

La créature en profita pour sauter de son genou jusque dans sa paume ouverte. Il croisa les bras et le toisa de sa petite taille.

- Je te l'ai dit. Je suis là pour te lier avec ton âme-sœur.

- Et tu ne comprends pas quoi dans la phrase "je n'ai pas besoin de ton aide" ?

- Tu sais qu't'es le premier humain à refuser l'aide d'un cupidon ?

- Il faut bien une première fois à tout.

- T'as toujours le dernier mot ?

- Et toi, tu es toujours aussi insistant ?

L'angelot le fusilla du regard, cet humain commençait à lui taper sur les nerfs.

- De c'que j'sais, t'as d'jà eu plusieurs relations. Qu'est-ce-qui foire à chaque fois ?

Le visage d'Izuku se ferma et ce fut à lui de fusiller la créature toujours installée dans sa main.

- Tu m'espionnes en plus ?

- C'est l'boulot des Cupidons de connaître les grandes lignes des relations de sa "cible".

- Oui et bien tu me feras le plaisir de ne pas revenir dessus !

- J'ai besoin de savoir pour pouvoir t'aider.

Enervé, Izuku se releva soudainement, balançant par la même occasion Katsuki contre la couette et sortit du lit.

- Mais j'ai pas besoin de toi ! cria-t-il. Je suis très bien tout seul ! Non, en fait, t'as raison, je vais te le dire, tiens. Tu vas peut-être me lâcher les basques comme ça !

Faisant les cent pas le long de son lit, il s'arrêta juste devant et toisa le petit Cupidon qui n'avait pas bougé de la couette.

- Tu veux savoir pourquoi je me fais larguer à chaque fois ? Apparemment, je suis trop gentil, trop naïf et j'aime trop passionnément.

La créature leva un sourcil surpris.

- Comment on peut aimer trop passionnément ?

- Ah bah ça ! s'exclama l'humain en levant les bras vers le ciel. Tu poseras la question à mes ex. Je suis quelqu'un qui tombe très vite amoureux et quand je le suis, c'est intensément. Je dois leur faire peur, je pense.

Katsuki lui lança un regard indéfinissable avant d'attraper son menton entre ses doigts, pensif.

- Hum, j'vois.

- "Hum, j'vois", c'est tout ce que tu as à dire ? Tu es vraiment nul comme Cupidon !

D'un pas énervé, il contourna le lit et sortit de la chambre. Katsuki s'envola de la couette et le suivit, ses petites ailes s'agitant dans son dos.

- Pour l'côté gentil, on repassera.

Avec délicatesse, il se posa sur l'un des tabourets de bar et zieuta Izuku qui avait ouvert le frigo afin de trouver quelque chose à déjeuner. Sans refermer la porte, le bouclé lui jetant un coup d'œil avant de lever les yeux au ciel.

- Ça me démange vraiment de sortir la tapette à mouche...

Sous la menace d'être écrabouillé, Katsuki prit sa taille humaine et s'assit correctement sur le tabouret.

- Tu f'rais presque peur, l'humain.

- Dit-il après avoir grandi, s'amusa Izuku.

Sa colère s'était apaisée aussi rapidement qu'elle était venue. Il ne savait pas rester énervé après quelqu'un, c'était plus fort que lui. Surtout si ce quelqu'un était un être de pure invention. Quoi que...il avait vraiment l'air réel là, assis sur son tabouret, en train de le regarder se préparer à manger.

- Tu as vraiment l'intention de me suivre jusqu'à me trouver la bonne personne ?

- Oui.

- Et tu as moyen de faire - il agita la main vers lui - disparaître tes ailes ? Parce que dans la rue, les gens vont faire une crise cardiaque en te voyant.

- T'inquiètes pas pour ça, l'humain. T'es et tu seras le seul à me voir. Mais t'as vite changé d'avis à mon sujet dis moi ?

Izuku haussa des épaules avant de placer son plat dans le micro-ondes. Il avait quelques restes d'hier qui lui suffirait amplement pour ce midi.

- De ce que j'ai compris, tu ne vas pas me lâcher, donc, autant l'accepter dès maintenant. Mais pour ta "mission", tu vas ramer, tu n'es pas au bout de tes peines.

- Laisses moi juger de ça, répondit simplement Katsuki en le regardant enfourner la fourchette dans sa bouche.

Et c'est sur cette dernière phrase que commença une colocation des plus étranges entre eux.

Le lundi étant son jour de repos, Katsuki pu suivre son humain, le découvrir évoluer dans son environnement et admirer son altruisme sans borne. Et il ne perdit pas de temps.

Après un déjeuner sucré/salé et une bonne douche, Izuku partit rendre visite à sa voisine du dessus, une dame âgée de plus de 90 ans et qui vivait encore seule. Avec la fatigue et l'arthrose l'a rattrapant, le bouclé s'était alors proposé de lui faire ses courses chaque début de semaine afin de la soulager un peu. Récupérant la liste chez elle ainsi qu'un peu de monnaie, il prit la direction du petit supermarché de quartier, Katsuki sur ses talons, sous sa taille humaine. Le Cupidon l'observa descendre et remonter les allées, suivre scrupuleusement la liste et mettre les articles au fur et à mesure dans le petit cadi. Il le vit également dire bonjour et répondre aux salutations de presque toutes les personnes qu'il croisait, un sourire éclatant toujours accroché aux lèvres.

Pendant le petit quart d'heure que dura les courses, Izuku crut qu'il allait pendre son Cupidon infernal. Katsuki n'avait cessé de lui demander si tel ou tel homme lui plaisait et de vouloir le caser s'il avait le malheur de dire "oui, il est pas mal". A la fin, il avait simplement arrêté de répondre surtout après que la caissière l'ait regardé bizarrement quand il avait scandé "mais tais-toi !" dans le vide. Oui, du point de vue de cette femme, Izuku parlait tout seul.

Les courses déposées chez sa voisine, ils se dirigèrent ensuite vers la voiture d'Izuku afin de se rendre dans le refuge animalier de la ville où le bouclé était bénévole depuis quelques années à présent. Izuku avait bataillé dur pour laisser le Cupidon à l'appartement, mais c'était s'en compter le caractère buté de la créature qui n'avait rien voulu savoir et l'avait suivi à la trace.

- Par contre, reprends ta petite forme, tes ailes ne vont pas rentrer dans l'habitacle.

Sans lui répondre, les excroissances du Cupidon se replièrent plus encore dans son dos, jusqu'à disparaître totalement. Maintenant, Izuku se retrouvait devant un homme qui avait une allure des plus normales, même s'il devait avouer qu'il était particulièrement sexy dans son jean bleu et son T-shirt rouge.

Secouant la tête pour chasser ses pensées dérangeantes, il ouvrit la portière et s'installa derrière le volant, Katsuki prenant place à ses côtés, sur le siège passager. Il ne devait pas s'imaginer le blond en autre chose que son Cupidon personnel car, même si celui-ci ne lui avait pas dit explicitement, une fois lié à son âme-sœur, le blond repartirait d'où il venait.

Durant le trajet, Izuku entreprit de poser des questions sur Katsuki et le monde des Cupidons, curieux d'en connaître plus sur cet univers qu'il pensait fictif. Le blond lui avoua tristement qu'il n'avait pas le droit de lui en parler et répondit aux questions par des oui et des non sans s'étendre plus sur le sujet. Déçu, mais compréhensif, Izuku lui parla alors de sa vie, de son travail de serveur qui lui prenait beaucoup de temps, mais qu'il trouvait gratifiant et passionnant, car il rencontrait tous les jours de nouvelles personnes, de ses amis avec qui il était proche...Katsuki l'écouta attentivement, lui posant parfois des questions auxquelles le bouclé prenait plaisir à répondre. Étonnement, pour l'un comme pour l'autre, c'était une conversation plaisante.

Ils passèrent toute l'après-midi au refuge et Katsuki put remarquer que non seulement sa cible était altruiste, mais faisait preuve également de gentillesse et de patience à toute épreuve, s'occupant des chiens et des chats sans perdre sa bonne humeur et son sourire éclatant. Il avait l'air aimé de tous et semblait sincèrement apprécier tout ce petit monde qui gravitait autour de lui. C'est pourquoi, il ne comprenait pas que cet humain soit encore célibataire. De son point de vue de Cupidon, Izuku avait tout pour plaire. Déjà sa personnalité et son caractère en faisaient quelqu'un d'attachant et physiquement, il était loin d'être repoussant avec ses beaux cheveux noirs bouclés aux reflets verts, ses grands yeux expressifs semblables à des émeraudes scintillant de mille feux, son visage potelé constellé de taches de rousseur lui donnant un air enfantin malgré ses 27 ans passés et son sourire aussi éblouissant qu'un phare en pleine nuit.

A le voir là, un chat dans les bras et en train de le papouiller avec amour, son cœur rata un battement. Sa main agrippa son T-shirt et son souffle se coupa. C'était quoi ça ? L'instant d'après, son rythme cardiaque était revenu à la normale. Il fronça des sourcils et secoua la tête. Il était trop resté sous sa forme "adulte", son corps lui faisait sans doute comprendre qu'il était temps de reprendre son aspect d'angelot.

Le reste de la semaine et la suivante se passèrent bien et dans une bonne ambiance. Katsuki essayait toujours de trouver celui qui correspondrait à Izuku même s'il s'était calmé dans sa façon d'aborder la question au vu de sa dernière réaction. Quant à Izuku, il apprenait à "cohabiter" avec son Cupidon. Bon, cohabiter était peut-être un bien grand mot, car l'angelot ne dormait pas vraiment - généralement, il se contentait de fermer les yeux et d'attendre le réveil de son humain - ne mangeait pas non plus même s'il était demandeur pour apprendre les bases de la cuisine. Il pu également s'apercevoir qu'il avait de l'humour et, faisant abstraction de son caractère explosif et grognon - même s'il aimait bien ce côté de sa personnalité - c'était quelqu'un d'appréciable. Il n'était pas rare qu'ils se retrouvent à avoir un fou rire pour quelque chose d'insignifiant mais ils leur étaient impossible de s'arrêter avant un moment.

De part pleins de petites choses, Katsuki montrait qu'il s'intéressait sincèrement à lui et, il le regrettait, son cœur commençait à basculer. Et ce, du côté de la mauvaise personne. Oui, ses ex avaient raison, il tombait trop facilement amoureux.

Les jours où Izuku travaillait, Katsuki s'installait dans un coin de la pièce principale, sous sa petite taille, et le regardait interagir avec les clients, scrutant les visages de l'assistance à la recherche de celui qui conviendrait à son humain, ses doigts triturant la flèche. Au fil des jours, le fait de penser à sa mission le rendait nerveux pour une raison qu'il ne s'expliquait pas. Il mettait ça sur la St Valentin qui était, à présent, le lendemain et qu'il détestait ce jour depuis...bah depuis qu'il était sorti de son cocon de nuages.

Quand ils rentrèrent à l'appartement ce jeudi soir là, le trajet se fit, pour une fois, dans un silence pesant. Chacun perdu dans ses propres pensées qui n'étaient pas si différentes. Posé sur l'épaule d'Izuku, Katsuki réfléchissait. Dans l'après-midi, il avait bien vu que le courant était bien passé entre le bouclé et un jeune homme venu boire un verre avec des amis. Clairement, Izuku lui avait tapé dans l'œil vu les regards qu'il lui lançait quand celui-ci avait le dos tourné. Il se dit alors que si le jeune homme revenait demain, ça serait la bonne occasion d'utiliser la flèche et de les lier lors de la St Valentin, quoi de plus romantique.

- Tu l'as trouvé comment le gars de cet aprèm ?

Une cuillère dans la bouche afin de goûter la sauce de son plat, Izuku fronça des sourcils.

- Quel gars ?

- Le blond avec les yeux bleus qui te lâchait pas du regard.

- Ah lui ! Oui, il est pas mal, répondit-t-il en posant l'ustensile sur le comptoir.

- J'pourrais faire en sorte que demain vous soyez liés.

- Pourquoi j'ai l'impression que ça ne te réjouit pas autant qu'au début ? demanda Izuku en s'approchant doucement du Cupidon.

Cette fois, ce fut à Katsuki de froncer des sourcils.

- J'vois pas de quoi tu parles. C'est mon taf de t'lier avec quelqu'un et j'aime juste pas la St Valentin.

- Hum hum..., répondit le bouclé en contournant le meuble pour se retrouver devant le blond, et dis moi, ça arrive souvent qu'un Cupidon perde ses plumes ?

Tout en disant cette phrase, il sortit de sa poche une grande plume blanche et la lui présenta, un sourcil levé. Il vit alors Katsuki blêmir soudainement, lui arracher la plume des mains et l'inspecter sous toutes les coutures.

- Où t'as trouvé ça ?

- Dans la chambre, hier. Tu m'expliques ?

Un silence répondit à sa question. Katsuki avait l'air complètement paniqué et carrément sous le choc, mais des petites rougeurs prenaient tout de même place sur ses pommettes. Izuku s'approcha encore un peu et se pencha vers lui. C'était quitte ou double à présent.

- Tu veux que je te donne ma théorie ? J'ai fait des recherches sur vous et surtout sur le pourquoi un Cupidon pouvait perdre ses plumes. J'avais peur que tu sois malade même si ça serait bizarre pour un angelot. Bref, j'ai trouvé une légende que j'ai beaucoup aimé. Tu veux savoir laquelle ?

- Non, répondit sèchement Katsuki parce qu'il savait exactement ce que ça voulait dire et il n'était pas prêt à l'admettre.

- Je vais quand même te le dire, persista Izuku en s'approchant encore un peu.

A présent, leurs visages étaient si proches qu'ils pouvaient sentir le souffle de l'autre caresser leurs peaux.

- Je pense que tu es tombé dans ton propre piège. Tu perds tes plumes, car tu es tombé amoureux de moi.

- C'est n'imp...

- Et c'est réciproque, Katsuki.

Sous cette déclaration, le Cupidon ouvrit de grands yeux surpris. Non, ils ne pouvaient pas, ce n'était pas possible.

- Vas-tu te voiler la face encore longtemps ? demanda Izuku en attrapant une des mains de Katsuki dans les siennes. Tu n'as pas besoin de me trouver l'âme-sœur, car c'est toi mon âme-sœur, on est fait pour être ensemble, tu ne penses pas ?

En apparence, il avait l'air sûr de lui, mais intérieurement, son cœur battait la chamade. Il savait qu'il jouait avec le feu. Un humain et un Cupidon ? Était-ce seulement possible ? Mais ces quelques jours lui avaient suffi pour qu'il le pense ardemment, il était tombé éperdument amoureux de cet angelot bien trop sexy.

Il pouvait clairement voir les pensées qui s'entrechoquaient derrière le regard rubis en face de lui. Son Cupidon était en pleine remise en question. Alors, prenant son courage à deux mains, il attrapa le visage de Katsuki en coupe et déposa ses lèvres sur les siennes. Le blond écarquilla les yeux avant de se laisser aller, passant ses bras dans le dos de son humain.

Taquin, la main d'Izuku dériva de la nuque au dos de Katsuki avant d'effleurer le haut de ses ailes du bout des doigts. Le Cupidon se tendit et se recula vivement, le visage aussi rouge qu'un coquelicot. Le doux rire de l'humain résonna dans la pièce et il leva les bras en signe d'excuses.

- Pardon, pardon ! C'était trop tentant. Je ne le ferais plus, promis !

Il se rapprocha de nouveau du blond, lui décroisa les bras et se coula contre son corps avant de planter ses yeux dans les siens. C'était le moment.

- Je t'aime, déclara-t-il. Tu as beau être l'entremetteur de l'amour, tu n'y connais pas grand-chose. Laisses moi t'apprendre à aimer et à être aimé, Katchan.

La respiration de Katsuki se coupa et son cœur fit une embardée. Pour la première fois de sa vie, quelqu'un venait de lui donner un surnom, un surnom rien qu'à lui. Un nom unique, agréable à ses oreilles et particulièrement sensuel prononcé par cette bouche.

Alors, il pensa à son monde, aux autres Cupidons qui y vivaient et qui s'excitaient pour tout ce qui se rapprochait de l'amour. Eux qui passaient leurs vies entières à former des couples, mais qui ne savaient pas ce qu'était la vraie définition de l'amour.

Quand il regardait Izuku, son cœur s'accélérait précipitamment et tambourinait tellement fort dans sa cage thoracique qu'il avait peur qu'il s'en échappe, ses mains devenaient moites et des rongeurs prenaient place sur ses joues.

Il adorait le voir se lever le matin, les yeux encore à demi clos, les cheveux en bataille - plus qu'à l'accoutumée - et les marques de l'oreiller imprimées sur une moitié de visage.

Même si au début cela l'avait énervé, maintenant, il adorait aussi le voir marmonner dans sa barbe pour tout et n'importe quoi, froncer du nez face à une odeur qu'il n'aimait pas. Il adorait l'éclat dans ses yeux quand il découvrait ou redécouvrait quelque chose.

Non. Il n'adorait pas. Il aimait. Il aimait toutes ces petites choses qui faisaient de lui l'être humain le plus incroyable qu'il lui fut donné de rencontrer. Alors, si c'était ça être amoureux, il voulait bien l'être avec lui.

- D'accord, répondit-il simplement avec un sourire.

Voilà, il l'avait accepté. Mais maintenant, que se passait-il ?

La question avait à peine effleuré ses pensées que ses belles ailes immaculées disparurent dans un bruissement de plumes, le laissant avec un sentiment de vide.

- Tu es devenu humain ?

- Je crois oui.

C'était étrange de ne plus rien sentir dans son dos, mais quelque chose devant lui fit froncer des sourcils.

Perplexe, il tira sur la ceinture de son jean, zieuta vers le bas, avant de la relâcher précipitamment, les joues rouges.

- Ouais, j'suis définitivement un humain.

Le visage d'Izuku afficha un air perdu avant qu'un éclat de compréhension traverse ses émeraudes et qu'un sourire en coin apparaisse sur ses lèvres.

- Je vais me faire un plaisir de t'apprendre pleins de trucs là-dessus aussi, déclara-t-il malicieux, avant de fondre une nouvelle fois sur la bouche de son amoureux, nouvellement humain.Sur l'île aux Cupidon

Les yeux rivés sur sa tablette de nuages, un sourire ravi fendit le visage de l'homme aux cheveux blonds. Il était heureux pour lui. Depuis sa naissance, Katsuki n'avait eu de cesse de chercher une place dans leur monde qui ne lui correspondait pas. A présent, il l'avait trouvé auprès de cet humain.

Cupidon est tombé amoureux.

FIN.