Chapitre 16

Jubal ouvrit les volets de sa maison ainsi que les fenêtres afin d'aérer un peu après plusieurs jours d'absence à cause de l'enquête et de la protection d'Isobel. Il fit couler du café frais et s'en servit une tasse, Isobel était dans la salle de bain voulant se laver et se changer, tandis qu'Alana s'était isolée dans la chambre d'ami. Jubal avait le sentiment que les prochains mois seront un peu compliqués pour les filles. Après tout elles venaient de se retrouver, chacune avait vécu l'une sans l'autre, elles devaient retrouver leurs marques, apprendre à se connaître. Ça lui paraissait évident qu'il serait là pour les aider. Jamais il n'abandonnerait Isobel, son Izy.

Nerveusement, Jubal se passa une main dans sur sa barbe et toqua à la porte de la chambre, et entra. Alana était assise sur le rebord de la fenêtre admirant la ville de l'autre côté.

— Hey. Je dérange ?

— Non, entre. Et puis tu es chez toi.

— Ouais mais tu es mon invité. Comment… comment tu tiens le coup ?

Alana haussa les épaules tournant son regard noir vers la rue. Il s'assit sur le lit face à elle et prit délicatement sa main dans la sienne.

— Hey, j'imagine que ça doit être compliqué pour toi.

— J'ai… j'ai sans arrêt changé de place, de localisation par sécurité. Jamais eu vraiment d'attache, ou… ou de personne proche… Je n'ai jamais eu de vrai chez moi. Maman me manquait énormément. Tout ça… tout ça est nouveau pour moi, et je t'avoue que ça me fait peur. Même l'école… je n'ai jamais été dans une vraie, je faisais les cours à distance. Qui dit que maman aimera la fille que je suis devenue.

— Elle t'aime, je l'ai vu quand on a su qu'il t'avait enlevé, quand elle m'a parlé de toi et vos retrouvailles. Isobel t'aime Alana, vous allez juste avoir besoin d'un peu de temps. Mais tu es sa fille, et peu importe quoi tu le resteras. Et tu nous as prouvé que tu es aussi intelligente qu'elle. Lui mettre ton collier pour qu'on la retrouve, ton idée pour qu'on le piège sans risquer la vie de ta mère. On n'y avait même pas songé.

Alana sourit pauvrement.

— J'ai juste eu de la chance. Et entraînée au cas où si un jour ma protection était compromise.

— Je ne crois pas, tu es intelligente Alana. Aussi intelligente et courageuse que ta mère, déclara Jubal en lui remontant le menton d'un doigt.

— Non, je ne suis absolument pas courageuse. Je n'oserai jamais faire ce qu'elle a fait par rapport à ce Vargas pour s'assurer qu'Elise retrouve sa fille le soir. Elle était même prête à mourir avec son agent pour qu'elle ne reste pas seule. C'est un héros, pleura doucement Alana mal dans sa peau.

Jubal tira doucement sur le poignet d'Alana l'attirant dans un câlin. Elle laissa ses larmes couler sur l'épaule de Jubal. Elle était terrifiée de cette nouvelle vie, bien qu'ayant enfin retrouvé sa douce et courageuse mère.

Isobel avait malencontreusement entendu tout l'échange. C'était sans le faire exprès, elle rejoignait le salon quand les voix de Jubal et Alana lui était parvenu. Le ton vibrant et triste de sa petite sorcière lui avait serré le cœur. Qu'est-ce qu'elle avait fait subir à sa fille…

Jubal la fit sortir de sa torpeur en posant ses mains sur ses épaules.

— Tu as besoin de quelque chose ? lui demanda-t-il.

— Hmmm est-ce que tu aurais du scotch pour mon pansement ?

— Bien sûr, viens par là je vais m'en occuper.

Isobel s'installa sur un tabouret de la cuisine, laissant Jubal désinfecter de nouveau la plaie avant de la couvrir délicatement. Il savoura le contact de ses doigts sur sa peau douce, son regard noisette le couvrant.

— Merci, souffla-t-elle un joli sourire au visage.

— Je t'en prie, toujours un plaisir. Comment tu te sens ?

— Ca va. Je t'avoue que toute la pression retombe, je me rends compte à quel point je suis fatiguée.

— Va te détendre dans le canapé alors, je m'occupe du repas ne t'en fais pas.

— Merci Jubal, mais tu n'es pas obligé de faire tout ça.

— Ca me fait plaisir Izy.

Elle aimait sa façon de la surnommer de la sorte. Ses yeux s'éclairaient en la regardant. Isobel l'enlaça, enfouissant son visage dans le creux de son épaule.

— J'ai de la chance de t'avoir à mes côtés Jubal. On a une super équipe mais tu y es pour beaucoup, murmura-t-elle

Son parfum l'apaisait, elle se sentait vraiment en sécurité, et ses bras forts autour d'elle…

— On a une excellente directrice qui ne cloue pas nos têtes dès qu'on se rebelle un peu, plaisanta Jubal.

Ils se séparèrent après quelques minutes, Jubal déposant un baiser sur le front d'Isobel.

— Je…Je t'ai vu avec Alana, elle va bien ? s'inquiéta Isobel.

— Avec le temps elle ira bien.

— C'est ma faute…

— Non, non Isobel, ne fait pas ça. Ce n'est en rien ta faute, et en rien la sienne. Tu ne pouvais pas prévoir qu'il se passerait ça qui te séparerait d'elle. Ne te culpabilise pas. C'est juste une question de temps pour qu'elle se réajuste, et que vous retrouviez un équilibre. Mais votre amour l'une pour l'autre est forte. Et tu as une fille très intelligente, expliqua Jubal en posant une main sur la joue de celle qu'il aime secrètement.

Elle lui sourit, ses yeux pétillants. Qu'est-ce qu'il mourrait d'envie de l'embrasser, là tout de suite. Mais pouvait-il ? Il craignait de la vexer et briser leur amitié.

— Tu nous cuisines quoi de bon ce soir ? souffla Isobel

— Je pensais faire un risotto poulet champignon.

— Ça sonne parfait, tu veux de l'aide ?

— Non toi, tu vas dans le canapé.

— Et si je ne veux pas ? le taquina-t-elle.

Jubal l'attrapa tel un sac à patate, tout en faisant attention à sa blessure, et l'emmena vers le canapé où il l'installa, l'enroulant dans un plaid.

— Voilà, de la sorte tu n'auras pas envie de bouger, rigola-t-il.

— Tu me le payeras ! menaça Isobel en souriant.

— Ah ! et mon sous-chef vient d'arriver ! s'exclama Jubal en désignant Alana.