Chapitre 29

Alana venait de récupérer sa valise dans le hall de l'aéroport de Bangkok. Elle avait dormi une grande partie du vol ayant perdu l'habitude des longs vols depuis qu'elle était sortie du système des Marshall.

— J'y crois pas ! s'exclama une voix féminine dans son dos.

— Tante Clara !

Alana enlaça cette dernière, enfouissant son visage dans ses cheveux, savourant de la retrouver. L'adolescente avait toujours admirée sa tante, elle la trouvait si généreuse, sensible et brillante. Et puis elle aussi était membre du FBI, de l'unité sans frontière très exactement.

— Que tu as grandi ! Je n'en reviens pas.

— J'ai l'impression que ça fait une décennie qu'on ne sait pas revue…

— On a tout le temps pour rattraper ça. Mais comment ça se fait que tu traverses le globe pour venir me voir ?

Le visage d'Alana s'assombrit subitement alors que quelques secondes avant il était lumineux, ce qui inquiéta fortement sa tante.

— On… on peut parler ailleurs que dans cet aéroport ? murmura Alana en fixant ses mains tremblantes.

— Bien sûr ma puce, suis moi, je connais un petit coin sympa dans le coin.

Clara enlaça sa nièce, l'attirant un peu plus contre elle, un mauvais pressentiment trouvant sa place au fond de son ventre. Comme si son instinct lui indiquait que quelque chose de grave c'était déroulé, ou allait se dérouler…

Elles s'installèrent dans un petit café typique de la région, et Alana laissa sa tante lui commander une boisson locale se fiant à ses connaissances. Elle mit quelques minutes à prendre son courage à deux mains, et tout raconter depuis le commencement, depuis le moment où les Marshall à ses côtés ont été tués, jusqu'au moment où elle est montée dans l'avion l'emmenant ici. Elle n'omit rien, aucun détails, ni ressentit. Sa tante n'avait pas de mot pour décrire ce que sa nièce lui apprit. Jamais elle n'aurait imaginé ça. Elle aurait pensé que sa sœur l'aurait appelé, même si elle était partie en voyage suite à son congé sabbatique. Elles sont proches. Mais d'un autre côté, Clara sait qu'Isobel est quelqu'un d'introvertie, qui craint de déranger les gens, et préfère garder ses sentiments secrets. Cependant, elle était triste de savoir sa frangine traverser tout ça seule… Comment son équipe n'a pas pu voir qui était vraiment derrière tout ça, remettre en doute sa parole… Et ce Jubal qui dit l'aimait et qui ne la croit même pas. Elle aura une discussion avec lui.

Tout d'abord sa nièce, rien qu'à sa posture, elle savait que cette dernière souffre.

— Finis ton verre ma grande, on va passer déposer ton sac. Et ensuite découvrir quelques coins sympas.

— Tu n'as pas repris le travail ? s'étonna Alana.

— Si, mais on vient de boucler l'affaire quand j'ai reçu ton message. Jack m'a dit de venir te rejoindre et profiter de ta venue. Au faite, quelqu'un sait que tu es ici ?

— Euh…

— Alana Clara Isobel Castille !

— Tu le prononces comme maman, plaisanta amèrement Alana qui savait qu'elle était sur le point de se faire remonter les bretelles.

— Qui sait que tu es ici en Thaïlande ?!

— Personne. J'ai dit à Jubal que je voulais venir te voir. Disons que j'ai omis de lui dire où tu te localisais…

Comme l'adolescente s'en doutait, sa tante lui passa un savon pour avoir manipulé et joué de la confiance de l'agent Valentine.

— Tu as vu un spécialiste pour ton stress ?

— Non. Jo m'a dit d'en consulter un, mais… je n'ose pas.

— Jo, la Lieutenant de police avec qui tu as travaillé ?

— Oui, s'il te plaît ne l'engueule pas. Elle a été super.

— Je n'y comptais pas, mais elle a raison tu dois te faire aider. Ce que tu as vécu est traumatisant, cette affaire et ce qui est arrivé à ta mère… Tu l'as trouvé inerte dans son sang et tu l'as sauvé mais ça va te hanter. Il faut absolument que tu en parles à quelqu'un, qu'une personne t'aide à surmonter ça car Izzy va bien. Elle respire le même air que nous.

— D'accord…

— Super. Et je vais t'aider d'accord ? On va profiter du temps qui nous est accordé ici pour découvrir un peu, je vais t'apprendre à parler Thaï, puis on va rentrer à New-York, enfin d'abord à Washington avec l'avion et on se rendra à New-York. On trouvera un bon spécialiste, et je m'occuperai aussi de ta mère et de régler les comptes avec son équipe, expliqua calmement Clara en caressant les cheveux de sa nièce.

Jess rentrait des courses avec Tali et Sarah, ils avaient pris toute la matinée et Sarah avait suggéré qu'ils mangent en ville.

— Il y a une voiture dans la cour, Jess tu attendais quelqu'un ? demanda Sarah en désignant un SUV.

— Non.

Mais après quelques minutes à observer le véhicule, il sut qui était là.

— On n'a rien à craindre. Vous pouvez décharger la voiture sans moi ? demanda-t-il.

— Bien sûr.

Il traversa le jardin, s'enfonça dans les broussailles direction d'un petit ruisseau. Il l'a trouva là, les bras croisés sur sa poitrine, perdue dans ses pensées.

— Isobel.

Cette dernière sursauta avant de se tourner vers son ami.

— Hey, je suis désolée je ne voulais pas déranger…

— Non tu as bien fait. Je suis content que tu sois là. Tout va bien ? s'inquiéta-t-il.

— Pas vraiment… J'ai… je voulais m'éloigner un peu de New-York, de tout ça…

— Tu as bien fait de venir ici. Viens on va à la maison, je suis sûr que tu n'es pas contre un bon café.

— Volontiers, sourit Isobel.

Un sourire qui n'était pas grand, mais un sourire quand même. Jess savait ce qui s'était passé à New-York, la position d'Isobel. Et savait que si elle était venue se réfugier ici, c'est qu'elle n'allait pas bien.

— Viens là, souffla-t-il avant de l'attirer dans un câlin.

Bien qu'un peu tendue, Isobel se laissa aller contre lui.

— Je suis content que tu sois là. Et tu es mon invitée pour aussi longtemps que tu en as besoin. Tali va être heureuse de te voir.

Ils marchèrent vers la maison, les deux filles continuaient de décharger la voiture.

— Regardez ce que le facteur nous a ramené ! déclara Jess.

— Tante Isobel ! s'exclama Tali en se précipitant vers la femme.

— Salut ma grande ! Tu as grandi dis-donc ! Tu seras bientôt plus grande que ton père ! plaisanta Isobel.

— Heureusement j'ai encore de la marge, commenta Jess faisant rire les filles.

— Sarah ! Contente de vous voir, salua Isobel en étreignant la femme.

— On peut se tutoyer ! Que nous vaut le plaisir de ta visite ?

Isobel perdit rapidement son sourire.

— Isobel va rester quelque temps chez nous, intervint Jess

— Cool tu restes en vacances ici ! Je vais pouvoir te montrer tout ce que papa m'a appris ! s'extasia Tali.

— Avec plaisir.

— Tali doucement quand-même, ne lui bourre pas le crâne. Elle a le droit de simplement se reposer aussi, sans que tu lui casses les oreilles, prévint son père les mains chargées de briques de lait.

Isobel s'en alla pour prendre un sac de course mais Sarah la devança lui disant de laisser. Qu'elle ne voulait pas qu'elle se blesse ou ne rouvre une de ses plaies, missionnant Tali pour lui montrer la chambre d'ami.

— Tu ne m'avais pas dit qu'elle a une fille ? Elle est venue sans elle ?! souffla Sarah à Jess.

— Si elle en a une, Alana. Ecoutes, la situation à l'air compliqué. Pour qu'Isobel vienne se réfugier ici sans que je l'invite c'est que vraiment ça ne va pas. Concentrons-nous d'abord à prendre soin d'elle. Je vais me renseigner pour sa fille. Jubal doit savoir.

— Je te laisse voir avec lui, je vais aller voir les filles. Préparer la chambre si Isobel a besoin de quelque chose en particulier, déclara Sarah en s'éloignant à l'étage.