Chapitre 31
Isobel jardinait avec Tali dans le fond du jardin, concentrée dans sa tâche elle n'entendit pas la voiture arriver dans la cour avant. Jess alla accueillir le visiteur importun.
— Merci de me recevoir.
— Je t'en prie, c'est toujours un plaisir Clara. Et puis il faut qu'elle se ressaisisse, le FBI n'acceptera aussi longtemps son absence. Comment va Alana ? demanda Jess.
— Elle tient le coup, je veille sur elle. Mais Isobel lui manque, ce qui est normale c'est sa mère. Elle a passé des années seule loin d'elle et maintenant que c'est terminé, Isobel la snobe…
— Oui, mais Izzy n'allait pas bien non plus. Vargas la hante… Il a réussi à briser quelque chose en elle.
— Je sais. Vous savez Jess, je connais ma sœur par cœur, pour qu'elle agisse comme ça c'est que ça ne va pas. J'ai lu entièrement le dossier sur l'affaire, ainsi que les précédentes sur Vargas. Où est-elle ? demanda Clara.
— Dans le jardin à l'arrière avec Tali. Vous avez parlé avec Jubal ? s'enquit Jess
— Oui, je lui ai remonté les bretelles aussi à celui-là. Maintenant je m'occupe de ma sœur.
— Allez-y doucement quand-même…
— C'est ma sœur. Je sais quoi faire. L'équipe ne devrait pas tarder à arriver, quand c'est le cas vous pourriez les faire attendre devant ? Et préparer une chaise ?
Clara n'attendit pas de réponse et se dirigea aussitôt vers la direction indiquée préalablement. Isobel était agenouillée, les mains dans la terre, la jeune fille lui passant des plantes. Clara eut un pincement au cœur de devoir ruiner ce moment, sa sœur avait l'air plutôt bien. Mais sa place allait être remise en jeu si elle ne revenait pas, si elle ne reprenait pas les choses en mains, sans parler d'Alana. Si ça continue, Clara n'est pas sûre de pouvoir contenir la colère qu'éprouve la jeune envers sa mère…
— Bonjour, lança Clara en s'approchant du duo.
— Bonjour, répondit Tali.
— Clara ?! s'exclama Isobel surprise.
— Tali, pourrais-tu nous laisser un moment s'il te plaît ? J'ai besoin de parler à Izzy.
— Bien sûr.
— Merci ma grande, remercia Clara alors qu'Isobel se relevait essuyant ses mains sur son tablier de jardinage que Sarah lui avait prêté.
Les sœurs gardèrent le silence un moment, se fixant toutes les deux attendant de voir qui allait prendre la parole en première.
— Ca ne t'intéresse même pas de savoir comme va ta fille ? Tu préfères passer du temps avec les enfants des autres, commença Clara irritée.
— Ce n'est pas…
— QUOI CE N'EST PAS VRAI, ISOBEL TU NE PRENDS AUCUNE NOUVELLE D'ALANA ! TU SAIS QU'À CAUSE DE TON ATTITUDE ELLE A TRAVERSÉ LE GLOBE POUR ME TROUVER ! QUE TU NE PARLES PAS À TON EQUIPE OK, ET ON VERRA ÇA APRES MAIS TA FILLE PUTAIN ISOBEL ! TU AS PASSÉE COMBIEN D'ANNÉES SANS ELLE CAR ELLE ÉTAIT DANS LE SYSTÈME DE PROTECTION, À ME DIRE QUE TU AIMERAIS LA VOIR !? DES CENTAINES DE FOIS ET MAINTENANT QUE TU PEUX, TU L'ABANDONNES ! JE SAIS QUE CE VARGAS T'A BRISÉ MAIS CE N'EST PAS UNE RAISON POUR REJETER TOUT LE MONDE, AU CONTRAIRE TU AS BESOIN D'EUX TU AS BESOIN D'ÉTRE ENTOURÉE ! TA FILLE À BESOIN DE TOI, TU N'AS PAS LE DROIT DE L'ABANDONNER ! LE JUBAL JE M'EN SUIS OCCUPÉE, IL REGRETTE SINCÈREMENT MAIS IL N'A PAS L'OCCASION DE TE LE DIRE. IL VEUT ETRE LA POUR TOI, POUR T'AIDER ! COMME CETTE FILLE, ELISE QUE TU AS SAUVÉE LA PREMIERE FOIS DE CE MONSTRE. PUTAIN ISOBEL TU AS DES GENS QUI TIENNENT À TOI ET TU REJETTES TOUT LE MONDE !
Clara continua d'hurler sur sa sœur en venant même par moment à la prendre par les épaules et la secouer. Sarah demanda à Jess s'il ne fallait pas intervenir pour les séparer, mais il lui répondit que non, qu'Isobel avait besoin d'entendre ça. Isobel essuya discrètement ses larmes, sa sœur avait fait mouche, lui faisant comprendre qu'elle avait été égoïste…
— Viens là, souffla Clara s'étant radoucie.
Elle l'entraîna dans un câlin, frottant le dos d'Isobel et déposant un baiser sur sa joue.
— Tu n'es pas toute seule Izzy, je suis là, même si je suis à l'autre bout du monde tu sais bien que je décrocherai toujours pour ma grande sœur. Je veux juste te protéger et t'aider. Je sais comment ils sont à Washington, aucune compassion ils ne font pas notre boulot sur le terrain. Et je ne veux pas que tu te morfondes seule.
— Je suis désolée, murmura Isobel
Ceux sont les seuls mots qui arrivaient à franchir la barrière de sa gorge nouée.
— Je me doute, tu as bon cœur Izzy. Viens.
Clara l'entraîna à l'avant de la maison, elle lui ordonna de fermer les yeux. Elle lui banda pour être sûre et la guida jusqu'à la chaise installée par Jess. L'équipe se tenait à quelques mètres, Maggie prit la parole en première après avoir consulté les autres du regard.
— Isobel, la première fois que je vous ai vu au JOC vous m'avez forte impression tout de suite. J'ai immédiatement su, qu'après Dana nous avions une autre directrice talentueuse. Tu es tellement intelligente, humaine. Tu te soucis de nous, et même si on dérape parfois tu nous confortes ou nous soutiens. Je ne serai pas aussi bonne dans mon travail sans toi, et ces dernières semaines sans toi au bureau ont été les plus dur, ton absence creuse un grand vide. Tu es notre cheffe, notre directrice mais surtout tu es la tête de la famille qu'on forme, et sans toi ça n'a plus de sens. J'attends toujours de te voir apparaître de ton bureau pour nous donner une information, ou te trouver avec nos analystes quand on revient du terrain, et j'ai toujours un pincement au cœur quand je ne t'y vois pas.
Le cœur d'Isobel s'était serré douloureusement en reconnaissant la voix de Maggie, et son discours n'avait fait qu'empirer les larmes coulantes le long de ses joues. Elle jouait nerveusement avec ses bagues. Tiffany prit la relève donnant sa version, suivit par Scola, Oa et Hobbs. Isobel ne pensait pas qu'ils aient tous tant d'estime pour elle. Elle se trouvait froide, ne sortant jamais avec eux, les réprimant… Bien qu'elle soit moins dure que Rina l'était.
— Je ne sais pas vraiment par où commencer, je ne suis pas à l'aise avec les discours mais quand votre sœur nous a dit ça, il était évident que je devais être là. Isobel vous m'avez sauvé la vie… Sans vous, je ne pourrai plus border ma fille tous les soirs. Vous ne vous êtes même pas soucier des répercussions sur votre carrière comme d'autres pouvaient le faire. Vous l'avez juste fait pour moi. Et c'est comme ça qu'on reconnait les meilleurs chefs. Vous êtes extraordinaire, et je vous admire tellement. Vous avez toujours un petit mot ou un petit geste, sourire pour nous. On n'est pas que des simples analystes à vos yeux, et vous devez savoir que vous n'êtes pas simplement que notre directrice. Vous êtes une part importante de notre équipe, de notre famille. On ne serait rien sans vous.
Le cœur d'Isobel se brisa un peu plus en entendant le discours d'Elise. Ce fut encore pire lorsque Jubal prit la parole. Elle l'imaginait tellement faire des gestes avec ses mains ou peut-être jouait-il avec un élastique.
— Izzy… je ne sais pas par où commencer, mais je vais essayer d'être court sinon dans une semaine on sera encore là. La toute première c'était quand l'équipe de Jess est intervenu, tu as tenu cette conférence, tu étais tellement sûre de toi, confiante dans nos équipes… Et puis tu es devenue notre directrice, tu es arrivée comme ça dans le JOC, ordonnée que c'est nous qui menions l'enquête et ensuite tu t'es présentée. J'ai trouvé cette introduction tellement… puissante. Et puis il y a eu ses regards échangés, ces fois où tu étais prête à sacrifier ta carrière et je ne pouvais absolument pas me résoudre à perdre une si formidable supérieure et amie…
Jubal continua son discours, parlant de leur amitié qui s'était muée en début de relation amoureuse. Il plaisanta en disant qu'elle continuait de le surprendre, une fille, une sœur… avant de s'excuser sur son comportement combien il s'en voulait et souhaitait se rattraper, son amour pour elle…
Isobel sanglotait à chaudes larmes, la tête dans les mains, toujours le bandeau posé sur ses yeux.
— Nan je ne veux pas faire ça…
C'était Alana, même si sa voix était faible et brisée Isobel pouvait la reconnaitre malgré ses propres sanglots. L'adolescente pleurait, bouleversée de voir sa mère comme ça.
Jubal s'approcha d'Isobel lui ôtant délicatement le bandeau, il l'aida à se lever. Délicatement, il lui releva le menton et l'embrassa brièvement gagnant un regard noir de la part de Clara. Jubal entraîna Isobel dans un câlin, elle enfoui son visage dans le creux de son épaule et pleura à chaudes larmes bouleversée par les discours de tout le monde. Scola s'approcha d'eux et s'ajouta dans le câlin suivit par les autres. Bien qu'inconfortable, Isobel apprécia le geste et le moment. Pour autant ça ne calma pas ses larmes, bien au contraire.
Clara sourit face à la scène, les prit en photo avant de rejoindre sa nièce qui était partie s'isoler au niveau des voitures.
