Plop bonjour !
Cet OS a été écrit à l'occasion de l'Event de la Saint Valentin 2022 du Forum Francophone de My Hero Academia. Un thème est donné chaque jour du 14 au 20 février et nous pouvons écrire sur tous les fandoms possibles et sans forcément que ce soit sur un couple, donc je me suis fait plaisir ^^
(J'adore Peggy Carter, Ana & Edwin Jarvis. Encore plus l'idée qu'ils ont aidé Tony à grandir)
Le thème pour cet OS est "S'habiller pour l'occasion", bonne lecture !
DISCLAIMER : Aucun personnage ne m'appartient
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Lorsque Peggy toque à la porte de la chambre d'hôtel, elle a un doux sourire sur ses lèvres, quand bien même elle doit s'appuyer sur sa canne pour supporter le poids de sa jambe blessée. Dire qu'il y a fallu qu'elle se mette dans le même état que l'Agent Sousa pour songer à se retirer du terrain. Le poids de l'âge ne l'épargne pas, malheureusement, et si elle ne compte pas abandonner le SHIELD pour l'instant, elle a bien conscience que la retraite ne tardera pas.
Mais au moins pour aujourd'hui, elle a mis en pause son travail ; le premier qui l'appelle pour une affaire qui ne relève pas de la sécurité nationale ou mondiale, elle lui imposera un entraînement qu'il ne sera pas près d'oublier. Elle a beau avoir dédié sa vie au SHIELD, elle a bien le droit à des congés lorsque cela concerne ses proches.
Il y a de l'agitation derrière la porte et le sourire de Peggy s'agrandit lorsqu'elle s'ouvre sur le visage familier d'Edwin, qui écarquille les yeux en la voyant avec sa canne.
— Dieu du Ciel, Madame Carter, teniez-vous donc à ressembler à l'Agent Sousa pour la cérémonie ?
— Allez dire ça à celui qui m'a tiré dessus, Monsieur Jarvis, je crois qu'il n'a pas reçu le mémo.
Edwin esquisse un sourire, avant de se décaler pour la laisser entrer. À peine a-t-elle mis un pied dans la suite qu'Ana se dépêche de venir la rejoindre pour l'étreindre fortement, avant de reculer pour l'observer.
— J'ai cru que vous n'arriveriez jamais ! Venez, j'ai prévu quelque chose pour vous.
— Ana, il ne fallait pas !
— Faites-moi croire que vous avez préparé une meilleure tenue que celle que vous portez actuellement.
Évidemment que non, Peggy connaît Ana depuis le temps ; elle sait qu'elle n'aurait pas pu échapper à son envie d'habiller tout le monde, surtout pour une occasion aussi spéciale que celle d'aujourd'hui. Elle se contente de lui sourire avant de la suivre dans la salle de bains, sous les commentaires d'Edwin qui leur demande de se dépêcher, de peur d'être en retard.
— Fichue canne. C'était bien la semaine pour me faire tirer dessus.
— Je suis sûre que Tony voudra l'améliorer dès qu'il la verra, rit doucement Ana.
— Raison supplémentaire de m'inquiéter !
Peggy sourit un peu plus, à en avoir mal aux joues, et enfile tant bien que mal le tailleur qu'Ana a préparé pour elle. Elle espère que Tony appréciera qu'elle porte du rouge – la couleur préférée de son neveu de cœur – à défaut d'avoir ses parents à ses côtés pour sa remise de diplôme.
Cette pensée fait vaciller son sourire. Si elle s'écoutait, la Directrice du SHIELD irait secouer Howard pour qu'il fasse au moins acte de présence, mais cela fait bien longtemps que son ami s'est égaré dans sa quête sans issue de Captain America. Elle, elle a accepté la perte de Steve et a fini par avancer, mais les manipulations du Docteur Fennhoff ont laissé des fissures dans l'esprit de Howard, qui n'ont fait que s'aggraver au fil des ans. Elle a parfois envie de lui hurler de s'occuper des vivants plutôt que de se tuer à chercher des morts.
Howard tient à Tony, mais il n'arrive pas à lui montrer et la douleur dans les yeux de son neveu de cœur détruit un peu plus Peggy à chaque fois qu'elle s'en aperçoit. Tout ce qu'elle peut faire, c'est être là pour lui et lui offrir les compliments que ses parents ne lui donnent pas. Elle n'a pas d'avis sur Maria, ou pas celui qu'elle aimerait avoir. Elle peut comprendre que le travail déborde sur la vie de famille – elle n'a jamais été aussi présente pour ses enfants qu'elle aurait dû, elle est la première à le reconnaître – mais pas au point de manquer des moments-clés de leur vie.
Tout ce qu'elle peut faire, c'est veiller à la sécurité des Stark par le biais du SHIELD et tenter d'être le plus présente pour lui. Il est dommage que l'intelligence de Tony effraie ses propres enfants et qu'ils ne soient pas aussi proches du jeune garçon que Peggy le voudrait, mais au moins répondent-ils toujours présents lorsque ce dernier a besoin d'aide.
Elle ne compte plus le nombre de fois où Alice et Daniel sont venus veiller sur Tony après une bagarre, lorsqu'elle-même ne peut pas venir à son chevet. Elle sait qu'il a un ami qui veille farouchement sur lui ; elle est ravie que la cérémonie de remise des diplômes lui permette de rencontrer cette perle rare qui défend son neveu contre les élèves plus âgés jaloux de son talent.
Si seulement elle pouvait légalement s'en occuper ! Mais elle n'a aucun lien de sang avec Tony. C'est déjà un miracle qu'elle soit acceptée avec Edwin en tant que personne à contacter en cas d'urgence. Et Howard juge que cela forge le caractère de son fils ; Peggy se dit qu'un poing dans son visage adoucirait peut-être le sien. Quel crétin, vraiment. Tous les génies sont-ils aussi compliqués lorsqu'il s'agit des émotions des autres ?
Ana ajuste finalement un foulard autour de son cou, avant de juger le résultat satisfaisant ; Edwin les presse, de peur de manquer le début de la cérémonie. Peggy rit doucement quand le chauffeur se met à énumérer toutes les causes possibles d'un retard et que sa femme ouvre la porte pour venir l'embrasser. Elle est heureuse de les voir encore si amoureux après tout ce temps. Edwin ne l'aide certes plus sur ses missions depuis longtemps – et parfois, le majordome lui manque – mais il y a mille et une raisons pour que l'amour périclite avec les ans.
Eux s'aiment au contraire plus fort à chaque fois qu'elle les retrouve.
— Dépêchons-nous, alors, sourit-elle en récupérant sa canne.
Peggy espère que cela n'inquiètera pas trop Tony de la voir ainsi. Elle est encore vaillante, au point d'impression le médecin du SHIELD qui la suit, mais son neveu ne le verra sans doute pas de la même façon. Sans doute craindra-t-il de perdre une des rares personnes qui tiennent visiblement à lui. La directrice soupire ; si seulement Howard ne se noyait pas dans des chimères depuis longtemps disparues dans l'océan.
Si seulement ce jour-là, elle avait su réagir plus rapidement pour éviter qu'il ne tombe entre les mains du Docteur Fennhoff.
Ana babille le long du trajet vers la voiture, demande des nouvelles de son époux, des enfants. (Peggy n'a plus le cœur qui se serre en sachant que c'est sa faute si Ana n'a jamais pu avoir d'enfants. Elle n'a plus de larmes au bord des yeux. C'est vieux, cette histoire et sa culpabilité a fini par s'apaiser, quand bien même elle ne se le pardonnera jamais). Son amie lui parle de nouveautés au cinéma ou au théâtre qu'elle n'a pas eu l'occasion d'aller voir ; c'est une occasion de sortir ensemble, peut-être pourra-t-elle prendre une soirée pour l'y accompagner ?
Le trajet lui semble à la fois trop court et trop long. Peggy a hâte de revoir Tony, de le serrer dans ses bras et de le féliciter pour sa réussite. Elle sait qu'elle devra faire la tante rabat-joie qui lui dira de ne pas trop boire pour fêter ça, de ne pas conduire s'il est bourré ; son neveu râlera, mais son sourire trahira la bouffée de joie qu'il ressentira à cette démonstration d'affection. Sans doute Ana remettra-t-elle droite la cravate de l'adolescent avant de serrer ses mains dans les siennes, la gorge serrée par la fierté ; Edwin lui rappellera de l'appeler si le besoin d'un chauffeur se fait ressentir et ses yeux brilleront de larmes retenues.
Peggy songe parfois qu'Ana et Edwin sont bien plus les parents de Tony que Howard et Maria ; cela lui fend le cœur de les voir retenir des gestes d'affection envers le fils de leur employeur, qu'ils considèrent pourtant presque comme le leur.
Edwin l'aide à s'extirper de la voiture – maudite canne – et lui offre son bras pour qu'elle puisse marcher sans être bousculée par les personnes présentes sur le campus du MIT. Ana cherche des yeux la direction de la salle où aura lieu la remise des diplômes, partant un peu au-devant d'eux pour trouver l'itinéraire le plus praticable.
— Vraiment, quelle indélicatesse de la part de votre assaillant. Il aurait pu viser votre bras au lieu de votre jambe.
— Il souhaitait m'échapper, Monsieur Jarvis, pas m'inviter à prendre le thé.
— Il aurait dû, votre compagnie est des plus agréables.
Peggy éclate de rire et quelques têtes se tournent vers elle. Elle imagine très bien la scène qu'elle forme avec Edwin et Ana quelques pas devant, mais elle s'en fiche. Cela fait bien longtemps qu'elle ne cherche plus à correspondre à ce que la société attend d'une femme et désormais d'une personne âgée. Elle ne compte pas se forcer à être ce qu'elle n'est pas, cela ne lui a jamais réussi.
Parfois, elle se dit que si son frère Michael n'était pas décédé, elle n'aurait jamais eu le courage pour briser les chaînes qu'elle s'était imposée pour devenir une femme convenable. Bien que son frère lui manque toujours autant malgré les années écoulées – plus de quarante ans, que le temps file vite – elle lui sera toujours reconnaissante de l'issue de secours qu'il lui a offerte.
Ils finissent par arriver dans l'auditorium déjà bondé et Peggy joue des coudes – et de sa canne – pour atteindre les premiers rangs, les plus proches de l'estrade. Edwin sort alors de son sac un appareil photo, prêt à mitrailler Tony pour avoir un souvenir de ce jour. L'espionne se pince les lèvres et il y a le fantôme de Howard qui plane un instant autour d'elle. Son ami devrait être là et non pas en plein océan Atlantique. Elle a essayé de le convaincre de suspendre ses recherches, ne serait-ce que quelques heures, mais Howard a toujours été un homme têtu sur lequel elle n'a aucune emprise.
Pourvu que Tony ne laisse pas cette absence gâcher cette journée magnifique.
Les étudiants finissent par arriver et, après le discours barbant du directeur, c'est Tony qui monte sur l'estrade. Il est le major de sa promo et, un bref instant, Peggy s'inquiète qu'il n'ait rien préparé et soit venu les mains dans les poches. Ce serait tellement lui, à vrai dire, qu'elle se sent rassurée lorsque Edwin se penche à son oreille.
— Ne vous inquiétez pas, je l'ai aidé à le préparer et son ami Rhodey l'a convaincu de bien faire.
Tony a même sa cravate bien mise et ses cheveux ramenés en arrière avec du gel. Il paraît si petit en comparaison des autres étudiants, mais elle le sait si grand, à la fois d'âme et de cœur. C'est un enfant qui a grandi et mûri trop vite ; elle regrette de ne pas avoir vu plus tôt l'absence de Howard et Maria, de ne pas s'être impliquée un peu plus dans sa vie pour qu'il se sente moins seul. À cet instant, son regard brun parcourt la foule et, lorsqu'il les trouve, Tony écarquille les yeux et ses épaules s'affaissent.
Son neveu est heureux autant qu'il est déçu. Peggy le comprend et lui adresse un sourire, qu'elle espère suffisant pour lui permettre de reprendre contenance. Tony ferme les yeux, avant de se lancer dans son discours – un peu trop policé pour être totalement le sien, elle reconnaît la patte d'Edwin – de façon convaincante pour celles et ceux qui ne le connaissent pas. Puis, une fois terminé, il fuit presque l'estrade pour retourner auprès d'un jeune homme qui doit être son ami Rhodey.
Peggy maudit la foule et les convenances qui la retiennent de rejoindre son neveu pour le serrer dans ses bras et lui jurer qu'il est un jeune homme admirable, brillant, qu'il fera de grandes choses (qu'il mérite d'être aimé, que jamais il n'aura à douter de son affection pour lui, que Howard est un idiot fini malgré son génie). Elle observe Rhodey l'enlacer, lui murmurer quelque chose à l'oreille avant de relâcher. Tony paraît soudain plus détendu, mais elle ne s'y fie pas. Elle jugera son état seulement lorsqu'elle pourra enfin le rejoindre et Dieu, que cette cérémonie semble longue !
— Il a l'habitude, Peggy, aussi terrible que ce soit, chuchote Ana. Mais il nous a et il a son ami. Nous arriverons bien à lui faire oublier leur absence.
— Je l'espère, Ana, je l'espère.
Enfin, le dernier étudiant de la promotion reçoit son diplôme sous les applaudissements ; les chapeaux volent en l'air et la foule se disperse pour que les familles se réunissent avec leur rejeton. Peggy reste cependant à sa place, tout comme Edwin et Ana ; Tony ne tarde pas à les rejoindre, passant nerveusement sa main dans ses cheveux.
La directrice du SHIELD sourit, avant de s'appuyer sur Edwin pour lever sa canne et écarter la main de Tony de la tonne de gel qu'il a dû utiliser pour maintenir sa chevelure.
— N'espère même pas me faire un câlin avec les doigts pleins de gel, Tony.
— Moi aussi, j'suis heureux de te voir, tante Peggy. Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
— J'ai glissé dans les escaliers. Je suis la risée de toute l'équipe, actuellement !
Tony éclate de rire et Peggy repose sa canne sur le sol, avant de s'avancer pour l'étreindre. Son neveu niche sa tête dans son cou et elle lui frotte le dos, alors qu'il resserre ses bras sur elle. Des gouttes humides glissent le long de sa peau pour venir se perdre dans son foulard, mais Peggy ne fait pas remarquer l'évidence.
— Je suis si fière de toi, mon petit génie. Essaye de ne pas rester coincé dans ta lampe, à partir de maintenant, je veux te voir plus souvent !
Le trait d'humour tire un rire humide à son neveu alors qu'il se redresse et Ana s'avance pour remettre la cravate du jeune homme correctement. Et comme Peggy l'a prédit, Ana n'arrive pas à dire à Tony à quel point elle est fière de lui ; Edwin se propose comme chauffeur s'il fait trop la fête dans la soirée, avec tant d'émotions dans les yeux qu'elle en est presque gênée.
— Merci d'être venus. Ça me touche. Vraiment. Beaucoup. Oh et il faut que je vous présente Rhodey, vous allez l'adorer, oh, et tante Peggy, est-ce que je t'ai parlé de Dumm-E ? Évidemment que je l'ai fait, je n'aurais pas pu oublier quelque chose d'aussi important. Il faut que je te le montre !
Tony babille, tente d'échapper à l'affection qu'ils lui prodiguent, mais Peggy n'est pas dupe ; malgré l'absence de ses parents, l'adolescent est heureux qu'ils soient là, qu'ils ne l'aient pas laissé tomber. Et elle prie pour qu'elle arrive à garder ce sourire sur ce visage encore rond de l'enfance, qu'elle puisse apporter le soutien dont son neveu a besoin et dont ne peuvent pas se permettre les Jarvis.
La vie est injuste. Howard ne mérite pas d'enfant, encore moins quelqu'un d'aussi brillant que Tony ; Ana et Edwin mériteraient toute une ribambelle de bambins, qu'ils aimeraient de toute leurs forces. Mais Peggy a l'habitude de se battre contre les injustices et, tant qu'elle respirera, continuera de le faire.
Tant qu'elle sera en vie, elle fera tout pour que son petit génie ne se renferme pas sur lui-même et profite de la présence d'Ana et Edwin à ses côtés.
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