Chapitre Trois
James avait jeté un coup d'œil surpris à sa montre lorsqu'il avait vu Harry revenir.
Voyant l'expression sur le visage de son frère, il n'avait fait aucun commentaire. Visiblement, les menottes n'avaient pas été bien accueillies.
Comme promis, Harry envoya un message à Elisabeth le lendemain et il ne reçut de réponse que tard dans l'après midi. Un message court, bref et froid.
Harry soupira. Au moins elle avait répondu.
Ils ne se revirent pas avant une bonne semaine.
Lorsqu'Harry lui proposa de se revoir, la jeune fille accepta mais dans un lieu public, faisant grimacer le jeune homme.
La seule fois où elle avait exigé un endroit de ce genre était pour leur premier rencard. Retour à la case départ.
Quand Harry arriva sur la place, Elisabeth était déjà là, assise à une table de café, vêtue d'un jean ample et d'un pull des plus classique. Il y a peu, elle faisait beaucoup d'efforts vestimentaires pour paraître désirable aux yeux de son petit ami. De toute évidence ce n'était plus d'actualité.
La conversation fut moins froide qu'Harry l'avait craint mais peu cordial quand même.
Elisabeth donna néanmoins son accord pour un autre rendez vous.
L'incident des menottes ne fut plus jamais mentionné mais il fallut plus de deux mois pour que la jeune fille accepte de nouveau son petit ami dans son lit.
Ce fut un de ces soirs de rendez vous qu'Harry rentra chez lui, le visage pensif.
Il s'engagea dans sa chambre, ferma la porte derrière lui, s'assit sur son lit et poussa un profond soupir.
Comme prévu, il avait rejoint Elisabeth chez elle. Ses parents étaient sortis pour la soirée, ils avaient donc pu tranquillement profiter du salon pour finir par faire l'amour dans la chambre de la demoiselle.
Cela avait mis du temps mais leur relation était de nouveau au beau fixe. La jeune femme était redevenue charmante et entreprenante. Ils se voyaient à nouveau régulièrement et passaient par la case "lit" dés qu'ils en avaient l'occasion. Tout était redevenu normal.
Du moins en apparence.
La jeune femme semblait avoir retrouvé la relation qui lui convenait. Mais ce n'était pas le cas d'Harry.
La première fois qu'Elisabeth lui avait donné l'autorisation de reposer les mains sur elle, le jeune homme ne s'était jamais senti si excité. Il faut dire que les deux mois d'abstinence y étaient certainement pour quelque chose. Mais à peine avait-il touché cette peau douce qu'il se rendit compte qu'il y avait un soucis.
Alors que la jeune femme semblait prendre beaucoup de plaisir, Harry lui était comme détaché de la réalité et il dut se faire violence pour se re-concentrer sur le moment présent.
Lorsqu'elle jouit, il parvint à la suivre mais au pris de beaucoup d'effort.
Même si cela le choqua un peu sur le coup, il se rassura en se disant que ce n'était que la fatigue.
Mais cela perdura dans le temps.
En fait, si ce n'était pas Elisabeth elle-même qui lui proposait de rejoindre son lit, ça ne lui viendrait même pas à l'esprit de le proposer.
Son désir pour la jeune femme semblait s'éteindre peu à peu et il commençait à redouter le jour où il se retrouverait au lit avec sa petite amie sans pouvoir bander tellement il était peu excité.
James voyait bien que son petit frère allait de plus en plus mal.
Un jour qu'Harry se morfondait dans sa chambre, il vint le voir et s'assit près de lui.
- Tu veux en parler? lui demanda-t-il.
- Pas vraiment, non. Répondit son frère d'une petite voix.
- C'est à cause des menottes, c'est ça?
Harry jeta un coup d'œil vers sa commode dans laquelle la fameuse boîte était cachée.
- Oui et non, s'exclama-t-il. C'est bien cela qui a provoqué une rupture dans notre relation mais... je ne sais pas...j'ai brusquement l'impression qu'Elisabeth ne me fait plus aucun effet. Bordel! La dernière fois que je me suis retrouvé au lit avec elle, c'est à peine si je ne pensais pas que j'était pressé que ça se finisse!
James hocha la tête.
- Tu aspires peut-être à autre chose? proposa-t-il.
- Comme quoi?
- Je ne sais pas, déclara très franchement James, mais peut-être que cette "rupture" t'a fait comprendre que tu voulais autre chose que cette relation.
Harry rigola légèrement.
- Tu es en train de me dire de rompre avec Elisabeth?
- Je ne suis pas en train de te dire de rompre, le corrigea son frère. Juste que ton mal être vient de quelque part et qu'il faut que tu mettes le doigt dessus avant que ça n'empire et que ça ne te pourrisse la vie.
Harry hocha à son tour la tête. Les paroles de son frère étaient sensées.
Jetant un nouveau coup d'œil vers la commode, il se leva et sortit les menottes qu'il tendit à James.
- Quoi qu'il en soit, je n'en ai plus l'utilité maintenant.
- Tu ne veux pas les garder au cas où?
- Non, répondit Harry catégorique. Je crois que j'aurai toujours peur que ça ne remette de l'eau dans le gaz.
James acquiesça mais ne prit pas la boîte pour autant.
- Merci petit frère, reprit-il, mais moi ce n'est pas mon truc d'attacher ma partenaire.
Le ton était moqueur et rieur en même temps. Harry eut un petit rire.
James se leva et rejoignit son frère.
- Ce serait sans doute mieux que tu les rapportes au magasin.
Nouveau hochement de tête.
Oui, c'était la meilleure solution.
...
Le lendemain, Harry se présenta seul à l'entrée du magasin en question.
Il n'avait plus aucune anxiété à venir. Non pas qu'il était devenu un habitué mais il se sentait tellement mal, tellement vide en ce moment que même le fait de remettre les pieds dans cet endroit le laissait de marbre.
D'un pas lent, le jeune homme se dirigea vers le caissier comme un automate. C'était le même jeune homme que la dernière fois. Il se mit à sourire en reconnaissant Harry mais celui-ci disparut bien vite en avisant son expression lugubre.
Harry lui expliqua rapidement le motif de sa visite et le caissier hocha la tête.
- Il n'y a aucun soucis, lui répondit-il d'une voix posée. Nous reprenons tous les articles qui n'ont pas été ouverts. Je vous laisse patienter quelques instants, j'appelle mon patron pour qu'il vienne s'occuper de vous.
Harry hocha la tête et patienta un peu à l'écart tandis que le caissier se saisissait de son téléphone.
A peine quelques minutes plus tard, le jeune homme blond qui avait convaincu Harry d'acheter les menottes arriva et parla à voix basse avec son collègue.
Puis il se dirigea vers Harry, un petit sourire sur les lèvres.
- Bonjour, lui dit-il, on me rapporte que vous souhaitez retourner votre article?
Harry hocha la tête.
- Bien, suivez-moi.
Les deux jeunes gens traversèrent le magasin jusqu'à une petite porte sur laquelle un panneau "sens interdit" était visible.
Le blond passa l'entrée et invita Harry à s'asseoir.
C'était un petit bureau tout en simplicité. Des papiers, un ordinateur, une chaise pour s'installer devant le pc et deux autres chaises pour s'installer derrière le bureau.
Harry sortit les menottes de sa poche et les posa sur le bureau, puis il prit place sur l'une des chaises.
Le jeune blond baissa le regard sur la boîte tout en s'asseyant puis reporta son attention sur Harry.
- Vous n'avez pas réussi à la convaincre ou bien vous ne lui avez même pas proposé?
Pendant une brève seconde, Harry se sentit insulté par l'insinuation de l'homme en face de lui. Pour qui le prenait-il? Un débutant? Il croyait vraiment qu'il n'avait pas eu les couilles d'en parler à sa petite amie?!
Harry le foudroya du regard.
Le jeune vendeur leva aussitôt les mains en signe de paix.
- Pardon, dit-il, je ne voulais pas vous insulter.
Harry se força au calme en soupirant et déclara:
- Disons que pour certaines personnes, parler "menottes" fait parti des pires défauts du monde.
Le blond grimaça légèrement.
- Je vois, murmura-t-il.
Il se saisit de la boîte et se mit à taper sur son clavier.
Il demanda bientôt à Harry la carte de crédit avec laquelle il avait réglé son achat puis la lui rendit quelques instant plus tard en lui disant que la somme serait créditée sur son compte dans les 48 heures.
Harry le remercia, rangea la dite carte et se leva pour prendre congé lorsque le vendeur reprit:
- Vous êtes toujours avec elle?
Le brun se retourna vers lui, surpris. Pourquoi lui posait-il cette question?
- Euhhhh...oui, répondit-il malgré tout.
Le blond fronça les sourcils et dit:
- Pourquoi?
Cette fois la surprise laissa place à un début d'énervement. Mais de quoi il se mêlait celui-là!?
- Je peux savoir en quoi ça vous regarde? demanda-t-il sur un ton sec.
- J'aimerai comprendre la logique, déclara le blond nullement impressionné par le timbre de voix de son interlocuteur. Vous faites part d'un de vos fantasmes à votre petite amie et elle vous rejette en vous disant que cela est une tare à ses yeux. Et malgré ça, vous restez avec elle?
- Ce n'est pas un de mes fantasmes! s'insurgea Harry, piqué au vif. C'était juste de la curiosité!
Le blond ricana.
- A d'autres! s'exclama-t-il. Avez-vous vu la tête d'enterrement que vous tirez depuis que vous avez passé les portes du magasin pour rendre les menottes? Vous donnez l'impression que cela est la chose la plus dur à faire au monde!
Il y eut un instant de blanc puis le vendeur reprit:
- Vous voulez peut-être vous voiler la face mais il est plus qu'évident que ce n'était pas de la simple curiosité pour vous! Et votre petite amie a répondu à cela par du mépris en vous insultant! Excusez-moi de me demander pourquoi vous êtes encore avec une personne qui ne vous respecte même pas! Vous êtes peut-être bien amoureux mais cela n'explique pas tout. Elle est si douée que ça au lit pour effacer tout le reste de votre esprit?
Un flash de sa dernière entrevue sexuelle avec la jeune fille traversa l'esprit d'Harry.
Il revit le corps nu allongé sur les draps, les gémissements d'Elisabeth qui emplissaient la pièce...et le fait que ces bruits le gênaient au point qu'il avait envie de lui dire de se taire et que son sexe avait réagit plus par réflexe que par envie.
Le jeune homme secoua la tête pour revenir à la réalité.
Alors qu'il s'apprêtait à engueuler vertement le fouineur en face de lui quelques secondes plus tôt, ce souvenir sembla le laisser brusquement vidé.
C'était peut-être ça le problème au fond: le jeune homme avait découvert une nouvelle facette de sa personnalité qui ne pouvait plus être ignorée à présent. Son esprit voulait autre chose que la jeune femme ne voulait pas lui donner. James avait raison et ce vendeur aussi d'une certaine manière: il devrait peut-être penser à arrêter de fréquenter Elisabeth.
Harry poussa un soupir à fendre l'âme.
- Alors? lui demanda son vis-à-vis.
- Alors quoi?
- Elle est si douée que ça?
La colère re-pointa brusquement le bout de son nez et Harry grogna sans même y réfléchir:
- Pas spécialement non.
Le blond eut l'air franchement étonné et s'exclama:
- Vous êtes si éperdument amoureux?
- Non!
Cette fois, il avait presque crié faisant lever les sourcils de son interlocuteur.
Harry se pinça l'arête du nez, agacé. Mais pourquoi avait-il cette conversation avec un parfait inconnu?!
- Ecoutez, reprit-il, cela ne vous regarde en rien et...
Et rien. Il ne savait tout simplement plus quoi dire. Cette étrange conversation l'avait vidé de toute son énergie.
Il n'aspirait plus qu'à rentrer chez lui et oublier toute cette histoire.
Secouant la tête, il poussa un nouveau soupir.
- Je peux m'en aller maintenant? demanda-t-il doucement.
Le jeune homme blond se leva pour lui ouvrit la porte et lui tendit la main.
- Sans rancune? murmura-t-il presque timidement.
Harry le fixa quelques secondes puis lui serra la main.
Ce n'était pas la faute de cet homme s'il avait mis le doigt là où ça fait mal.
- Sans rancune, répondit-il.
Il commença à s'éloigner dans le magasin lorsque la voix du blond retentit dans son dos.
- Vous savez, tout le monde n'est pas aussi obtus qu'elle.
Harry stoppa et se retourna.
Le vendeur n'avait pas bougé de devant la porte du bureau et le fixait d'un regard indéfinissable.
- Que voulez-vous dire? demanda Harry.
- A propos des menottes... et autres. Il y a des gens que ça ne choquent pas. Bien au contraire.
Harry ne sut pas quoi dire. Où voulait-il en venir en lui disant cela?
Son incompréhension dut se lire sur son visage car le jeune homme blond sourit et reprit:
- Si jamais l'envie vous reprenait de vouloir ...expérimenter de nouvelles choses,...eh bien... vous savez où me trouver.
Harry resta bouche bée.
En cet instant, son esprit semblait être sur pause.
Il rêvait ou bien cet homme lui faisait des avances?
Ce dernier n'attendit aucune réponse. Il adressa un sourire charmeur à Harry puis retourna dans son bureau.
Harry mit plusieurs secondes à retrouver ses esprits et il fit demi tour pour s'en aller.
C'est à peine s'il enregistra le trajet de retour tant son cerveau restait bloqué sur la dernière phrase du jeune homme blond.
A suivre...
