Chapitre 03: Allez du nerf !

La boutique d'Ezielle ne se trouvait pas dans le centre-ville de Magnolia, mais dans le quartier des artisans, situé à l'est de la ville. Laki Olietta y avait souvent été, durant les sept ans d'absence des autres membres de la guilde, pour y chercher des potions et des onguents qu'ils gardaient alors à la guilde pour soigner les mages blessés quand il revenaient de mission, ou tout simplement quand ils rentraient à la guilde amochés à la suite d'une altercation quelconque dans la ville marchande.

La mage de bois aimait l'ambiance qui y régnait. Les marchands hélaient les passants en leur vantant chacun leur produit. Les marchands d'épices y avaient leurs étals à même la rue, ce qui donnait au quartier des artisans son odeur si particulière que Laki adorait. Magicienne maniant le bois, matériau souvent utilisé dans les constructions de la ville, elle était souvent appelée ci et là, pour réparer et reconstruire des maisons qui ne tenaient plus debout, ou celles qui avaient été détruite à la suite de mauvaises farces des mages de la guilde prépondérante à Magnolia : Twilight Ogre. C'était pour cette raison que souvent, peu importe le lieu exact où elle se promenait dans Magnolia, elle s'y sentait comme chez elle, et ce, bien avant la disparition des membres de sa guilde.

La mauve fronçât les sourcils en serrant les poings, mais elle se dérida bien vite en arrivant dans la ruelle qui menait aux Secrets de l'apothicaire que tenait la famille d'Ezielle depuis maintenant plusieurs générations, Fabrizio en étant l'héritier tout désigné lorsque sa tante prendrait sa retraite. La mage de Fairy Tail jeta un regard furtif au garçon qui l'accompagnait.

Fabrizio était un jeune homme d'un naturel tranquille et posé. Plutôt grand pour son âge, ce n'était pas un garçon qui aimait particulièrement parler, sauf pour discuter plante, dans ce cas, on ne l'arrêtait plus. Il s'était lié d'amitié avec Laki lorsque celle-ci les avait aidés pour la reconstruction de leur boutique, détruite au cours d'un énième combat entre mages. Laki avait tout de suite apprécié la tante et le neveu pour leur naturel gentil et désintéressé, et la destruction de leur boutique ayant particulièrement marqué Ezielle, Laki en avait été touchée et avait donc naturellement proposé d'aller elle-même chercher les herbes rares nécessaires à la préparation de potions pour que l'Apothicaire puisse redémarrer. D'abord gratuitement, la boutique avait repris petit à petit le dessus et Ezielle, reconnaissante, réservait depuis, toutes les missions de recherches d'herbes aromatiques et/ou médicinales pour Laki, ce qui n'était connu que des membres de la guilde de Fairy Tail, pour éviter que certaines personnes crient au favoritisme.

Le tintement familier de la clochette accrochée à la porte d'entrée retentit lorsque que Fabrizio lui ouvrit la porte pour la faire entrer devant lui. Férue de roman historiques à l'eau de rose, Ezielle avait élevé son neveu pour en faire un mage respectueux de la nature, qui aimerait les femmes et les respecterait en tant qu'égales. Laki les avait souvent taquinés à ce propos, ce à quoi le principal intéressé répondait que la politesse et les attentions envers son prochain que lui avait enseigné sa tante lui avaient valu de ramener beaucoup de clients à la boutique, ce à quoi Laki n'a rien trouvé à redire sous l'œil goguenard de la propriétaire de ladite boutique.

— Bonjour Laki ! la salua la propriétaire des lieux, Ezielle Namica. Fabrizio, occupes-toi de Yukani-san s'il te plait, demanda-t-elle à son neveu en désignant une femme d'âge mur qui patientait en regardant les étagères surchargés de plantes.

— Bonjour Ezielle, ça m'a l'air d'aller, dis-moi, lui répondit Laki avec un sourire enjoué en saluant d'un sourire les clients qui attendaient leur tour.

— Oh, lui répondit Ezielle avec un geste de la main, je n'ai pas à me plaindre. Voilà monsieur, ça vous fera 853 jewels s'il vous plait. Laki, j'ai fait du thé dans l'arrière-boutique, si tu en veux.

Laki hocha la tête et passa derrière le comptoir pour aller attendre sa cliente dans l'arrière-boutique où celle-ci préparait ses potions et divers onguents dont Laki connaissait maintenant l'efficacité redoutable. La patronne et son assistant étant occupés, Laki se servit une tasse de thé avant de chercher un endroit où elle pourrait s'assoir sans déplacer quoique ce soit dans le fouillis de feuillages qui trainait çà et là.

Quelques minutes plus tard, Ezielle la rejoignit en ôtant le bandana qui serrait son épaisse chevelure, qu'elle portait pour éviter que ses cheveux ne trempent dans ce qu'elle faisait.

— Je suis heureuse que tu aies pu venir malgré ce qu'il se passe en ce moment, commença-t-elle en se servant une tasse de thé, avant de s'assoir en face de la mage de bois qui avait l'air surprise. Je parle de la réapparition de tes amis à la guilde et tout ça, expliqua la brune en faisant les gros yeux.

— Oh ça, soupira Laki, son visage se fermant inexplicablement.

— Tiens ? ça n'a pas l'air de t'enchanter plus que ça… remarqua Ezielle, qui prit un air entendu lorsque que la violette soupira encore une fois en regardant ses mains. Attends deux secondes. FABRIZIO !

Le jeune passa sa tête dans l'entrebâillement de la porte.

— Pourquoi tu cries ? lui demanda-t-il, les sourcils froncés. Je suis juste là et tu vas faire peur aux clients.

— Ah, désolée, s'excusa sa tante. Est-ce que tu peux t'occuper de la boutique, le temps que je discute un peu avec Laki ?

— Euh… débuta le jeune avant de poser les yeux sur Laki, qui elle, continuait de regarder ses mains. Oui bien sûr, reprit-il en souriant. Prenez votre temps, si j'ai un souci, je viendrais te chercher, dit le jeune homme à sa tante avant de repasser côté boutique.

Laki se sentait un peu embarrassée de les déranger en plein travail, et elle s'apprêtait à couper court lorsqu'Ezielle reprit sa place en face d'elle et lui fit signe de la main de ne pas s'en faire.

— C'est un grand garçon et il connait la boutique aussi bien que moi, donc tu n'as pas à t'en faire, la rassura-t-elle. Alors, dis-moi ce qui te tracasse, l'encouragea-t-elle.

— Rien de bien important, ni de très glorieux, dit seulement Laki avant de prendre une gorgée de son thé pour éviter le regard scrutateur de la femme qu'elle avait en face d'elle.

— Ezielle n'était pas une idiote et le peu de fois où elles avaient parlé d'autres chose que du travail, celle-ci avait fait preuve d'une grande finesse dans sa manière d'appréhender les gens.

— Ecoutes, commença Ezielle, je sais que nous sommes avant tout des relations de travail. Mais quand nous en avons eu besoin, tu as toujours été là pour nous donner un coup de main et je te considère comme une amie de la famille, poursuivit-elle en posant sa main sur celle de la violette. Alors je veux que tu saches que s'il y a quelque chose que je peux faire pour toi, je le ferai. Et s'il y a quelque chose que tu ne peux pas dire aux membres de ta guilde, je peux certainement écouter ce que tu as à dire sans te juger, termina-t-elle avec un sourire encourageant.

Une fois de plus, Laki se sentit fautive d'inquiéter les personnes de son entourage, et elle retira sa main de celle d'Ezielle pour la serrer dans un poing rageur.

— C'est si grave que ça ? reprit Ezielle, faisant relever la tête à la mage.

— Hein ? Je ne… Non, s'embrouilla Laki. Ce n'est pas grave du tout, mais pour répondre à ta question : Je ne sais pas vraiment comment réagir, tenta-t-elle de s'expliquer.

— Développe.

— Leur retour, précisa Laki. Je ne sais pas comment réagir, précisa la violette.

Ezielle commençait à comprendre le problème, car elle avait rencontré Laki le jour où elle avait perdu sa boutique une première fois.

Ce jour-là, Laki et un de ses amis mage qui maniait le sable, étaient venus leur acheter des onguents pour soigner des brulures. En sortant de la boutique, ils avaient rencontrés des mages de la guilde rivale et un combat s'était engagé à la suite de paroles malheureuses lancées par les mages de l'autre guilde. Sa boutique avait fini en un monceau de bois et l'ami de Laki avait terminé grièvement blessé. Ezielle et Fabrizio avaient alors pris sur eux de soigner Max avec ce qui leur restait de produit, tandis que Laki leur avait promis de réparer leur boutique en échange.

Elle avait tenu parole, mais au prix de presque tout son pouvoir magique, car ce n'était pas une mage très puissante comme le laissait penser le fait qu'elle soit toujours à Magnolia et donc, qu'elle n'ait pas participé à l'examen avancé des mages de rang S de sa guilde.

Mais Ezielle se rappellerait toujours de la vision qu'elle avait eue de la jeune femme après qu'elle ait fini de remettre le bâtiment sur pied.

Dépenaillée, entaillée en plusieurs endroits, échevelée, avec un mélange de douleur, tristesse, rage et détermination sur son visage maculé de saletés.

Ce fut aussi ce jour que la violette se présenta à eux sous le nom de Laki Olietta, Mage de Fairy Tail. Sur sa guilde, elle leur promis qu'elle irait chercher de quoi remettre leur boutique sur pied et ce fut ce qu'elle fit durant toute l'année qui suivit. L'apothicaire se rappelait qu'elle s'était fait beaucoup de souci pour la jeune femme. Celle-ci allait dans des endroits dangereux et reculés pour aller leur chercher du matériel qui avait été détruit avec la boutique et quand elle revenait avec sa besace pleine, elle semblait de plus en plus en mauvais point. Vidée, fatiguée, amaigrie et aigrie.

Mais malgré tout ce qu'elle ou Fabrizio avaient pu lui dire, elle se bornait toujours à leur demander une autre liste de plante ou essence à leur ramener.

Jusqu'au jour où Ezielle avait décrété que la jeune femme leur avait remboursé les dégâts subits par la boutique et que si elle voulait encore travailler pour eux, elle devrait être payée. C'était le moins qu'ils puissent faire pour cette jeune femme courageuse qui endurait remontrances, moqueries, fatigue et la situation précaire dans laquelle était sa guilde, sans jamais faillir ni se plaindre, mais qui gardait toujours un mot gentil et un sourire pour les gens qu'elle côtoyait.

La seule chose changeant au fil du temps étant la lueur farouche qui se mit de plus en plus à briller dans son regard brun.

Une fois, Ezielle lui avait demandé pourquoi elle ne quittait pas la guilde pour une autre guilde ou se mettre à son compte. Ainsi elle n'aurait plus à supporter ce que leur faisait subir les mages de Twilight Ogre ou les habitants oublieux de ce que Fairy Tail avaient fait pour eux dans le passé. Le regard que la violette lui avait adressé lui avait tout de suite fait regretter d'avoir demandé.

Je n'abandonnerai pas mes camarades. A Fairy Tail, Camarade n'est pas qu'un mot, c'est notre cœur, lui avait-elle dit le visage grave.

Revenant au présent Ezielle réfléchissait ce qu'impliquaient ses paroles pour Laki.

— Arrêtes-moi si je me trompe, se lançât la brune. Le fait que tes camarades soient revenus te laisse un sentiment partagé ? supposa la tante de Fabrizio qui sut qu'elle avait raison lorsqu'elle vit le visage attentif de son amie. Tu es heureuse qu'ils soient revenus sains et saufs mais du coup, tu te demandes ce que tu dois faire, continua Ezielle car elle sentait qu'elle tenait le bon bout. Je ne t'ai connu qu'après leur disparition, mais je connaissais ta guilde bien avant et elle ne brillait pas par sa discrétion, ni sa finesse, n'est-ce pas ?

— Oh non, ça c'est on ne peut plus vrai, lui répondit Laki qui se surprit à sourire.

— Donc, poursuivit Ezielle, tu y étais déjà mais on ne devait pas trop te prêter attention, je suppose, poursuivait Ezielle en voyant le hochement de tête de Laki. Enfin, c'est compréhensible, dit-elle en souriant. Tu es gentille et discrète, donc facile de te louper dans cette guilde de gueulards. Mais du coup, le fait que les gueulards en question aient disparus t'as fait devenir plus visible et tu as peur que ça ne redevienne comme avant maintenant qu'ils sont de retour n'est-ce pas ?

— Ezielle se retint d'éclater de rire devant les yeux ronds de la manieuse de bois.

— Allons, ne me regarde pas comme ça ! Connaissant la réputation de ta guilde d'avant et ayant appris à te connaitre, pas la peine d'être mage pour deviner ce qui se passe dans ta tête à l'heure actuelle, rit Ezielle. Par contre, avant de te dire ce que j'en pense vraiment, laisses-moi te demander une chose : Penses-tu vraiment être la seule dans ce cas ?

— Ce cas ? Quel cas ?

— Je veux dire, penses-tu vraiment être la seule des mages de ta guilde à ressentir ça ? En as-tu parlé avec ton ami, là, comment s'appelle-t-il… Le mage de sable, tu sais ?

— Max ?

— Oui voilà. Est-ce que tu en as parlé avec lui ? Je suis sure qu'il peut comprendre ce que tu ressens, lui assura-t-elle. Lui aussi a gagné en puissance pendant ce temps et est devenu important pour votre guilde.

— J'avoue que non, je ne me suis pas posée cette question, avoua Laki.

— C'est bizarre tout de même non ? demanda la brune avec espièglerie devant l'air d'incompréhension totale de sa vis-à-vis. Ben quoi ? Vous êtes censé être des camarades et tu ne parles même pas de tes soucis avec un ami ? la taquina-t-elle.

— Et qu'est-ce que je fais là, d'après toi ? grommela la violette.

— Non, là tu te fais tirer les vers du nez, c'est pas pareil que de vider son sac, la détrompa la non-mage.

— Oui bon… accorda Olietta. J'ai un problème et oui j'aurais dû partager le poids qui pèse sur mon cœur à Max, tu as raison, admit-elle.

— Oui tu as un problème de communication, mais ça tout le monde le sait. Ceci dit, le problème que tu as n'est pas difficile à résoudre et il y a un moyen très simple d'y remédier, mais seule toi pourras le faire…

Fabrizio toqua contre le battant de la porte avant de passer sa tête dans l'arrière-boutique.

— Excusez-moi, Ezi-nee, j'ai un client étranger au comptoir et son accent est tellement haché que je n'ai aucune idée de ce qu'il veut, s'excusa-t-il.

— J'arrive, répondit Ezielle avant de se tourner vers Laki qui faisait une mine désappointée que leur discussion s'arrête là. Laki, pour que tu retrouves ta tranquillité d'esprit, il n'y a pas trente-six solutions. Il faut que tu t'assures d'avoir fait tout ce que tu as pu pour résoudre ton problème de confiance en toi !

— Je n'ai pas saisi un traitre mot de ce que tu viens de me dire, regretta la violette.

— En gros, secoues-toi les puces ! asséna Ezielle en remettant son bandana. Tu ne veux pas être invisible ? Bats-toi ! Continues d'augmenter ta puissance, apprends des choses, fais des missions, imposes-toi, lui ordonna l'apothicaire qui commençait à s'échauffer. Fairy Tail est une guilde bordélique et braillarde ? Qu'à cela ne tienne, imposes ton style de telle manière qu'on ne puisse plus jamais t'ignorer ! termina la jeune femme les yeux flamboyants en pointant un doigt vengeur sur Laki qui changea machinalement de posture en lui souriant avec confiance.

— Tu t'enflammes un peu trop vite, mais tu as parfaitement raison ! Je dois donner le meilleur de moi-même pour ne plus perdre contre qui que ce soit ! Que ce soit contre des ennemis, mes camarades ou moi-même, se dit Laki en se levant.

— Voilà ! approuva Ezielle en mettant ses poings sur les hanches avec fierté. ÇA, c'est la Laki que je connais ! Celle qui a rebâtit ma boutique et qui la fait tourner à bout de bras sans enlever sa jupe!

Fabrizio repassât la tête à la porte.

— Dites, on vous entend dans tous le magasin et le client s'impatiente Ezi-nee, chuchota-t-il. Ceci dit, ajouta-t-il en se tournant vers Laki, je suis d'accord avec tout ce que ma tante t'a dit. Laki-nee Fight ! lâchât-il en levant le pouce, avant de disparaitre sans autre forme de procès.

— Je ressens une intense émotivité à votre encontre, là tout de suite, dit doucement Laki en rougissant pendant qu'Ezielle repassait côté boutique elle aussi avant de faire machine arrière pour repasser la tête par la porte comme l'avait fait son neveu.

— Nous aussi on t'aime ! La liste et la localisation des herbes qu'il nous faut, est accrochée à gauche des gousses d'ail. Bon courage, il faut que je file !

_T_T_

C'est une Laki souriante et ragaillardie qui repassa la porte de la boutique pour rentrer à la guilde, sous les regards curieux des clients qui attendaient leur tour et ceux satisfaits des deux apothicaires.

Déterminée, la jeune mage refit le chemin qu'elle avait fait en sens inverse pour bientôt se retrouver dans une des rues principales de Magnolia. Ce faisant, elle avisa, devant son marchand de journaux habituel, un homme blond de haute stature qui prenait à lui seul une bonne partie de la devanture du minuscule kiosque à journaux. Elle qui pensait pouvoir acheter au moins un livre avant de partir pour l'occuper durant le voyage en train, c'était loupé si l'inconnu ne se dépêchait pas… En attendant qu'il ait fini, la violette se mit à le détailler.

Son manteau cachait sa corpulence, mais même sans le voir de face, Laki savait que cet homme n'était pas gros, mais plutôt baraqué comme une armoire à glace. La jeune femme s'était toujours demandé ce qui poussait certains hommes à vouloir être le plus musclé d'entre tous ? Surtout que la plupart du temps, le résultat était plus effrayant qu'autre chose pour la gente féminine. Cet homme par exemple, n'avait pas besoin d'avoir les épaules aussi larges, vu la taille qu'il avait. Il devait faire dans les un mètre quatre-vingt-dix, se disait-elle en évaluant sa taille par rapport à son manteau qui devait être fourrée d'une fourrure blanche quelconque vu ce qu'elle voyait dépasser des manches et du col qui pendait dans le dos de son propriétaire…

Mais attends… Grand blond baraqué avec un manteau fourré…

Lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était en train de détailler sans vergogne le dos de Laxus Drear, Laki eu envie de se mettre des baffes. Et bien sûr, comme toujours dans ce genre de situation, c'est à chaque fois quand la personne prend conscience de son erreur que l'autre se retourne. Lorsque Laki pu voir la cicatrice qui barrait son œil droit, elle sut qu'elle devait prendre la poudre d'escampette.

— Tu es… commença Laxus.

— Partie ! s'exclama rapidement la mage de bois avant de prendre ses jambes à son cou, toutes idées de livres envolées de son esprit.

Bon sang, c'est bien ma veine. De tous les hommes dont j'aurais pu détailler le dos, il fallait que ce soit justement celui qui m'intimide le plus ! Et que fait-il là d'ailleurs ? Quand je suis partie de la guilde, tout à l'heure, il était là-haut avec Bixslow et Fried !

Chassant cette pensée de son esprit, elle se concentra sur la route pour rentrer à la guilde. La route était en pente raide, et par temps de pluie, difficilement praticable. Elle ne comptait plus les fois où elle avait terminé sur les fesses, que ce soit en montant, aussi bien qu'en descendant cette fichue pente. A chaque fois qu'elle la gravissait, elle pensait demander à Max s'il ne pouvait pas faire quelque chose pour ça, mais dès qu'elle arrivait au sommet comme maintenant, elle oubliait tous ses problèmes de route en voyant apparaitre sa guilde branlante adorée.

Certes, le bâtiment n'avait plus sa splendeur d'antan, mais Laki le préférait comme ça. C'était la guilde dans laquelle elle avait vécue durant sept ans, avec son toit qui fuyait, sa volaille qui se trouvait partout dans la guilde sauf dans le poulailler. Les jouets oubliés d'Azuka qu'elle ou Kinana passait leur temps à ramasser derrière la petite fille, les planches de bois que Roméo avait brulé un jour, quand il avait voulu montrer ses progrès en magie du feu à la guilde. C'est donc avec le sourire qu'elle entra dans la guilde pour y retrouver Macao, Wakaba, Makarov, Mirajane et Kinana.

Mirajane et Kinana étaient occupées derrière le bar à essuyer la vaisselle de la veille et à discuter pendant que les vieux discutaient à voix basse au comptoir sur lequel était un Makarov qui était en train de la dévisager attentivement. Laki avait rapidement repris l'habitude de balayer la salle du regard, cherchant où étaient les serials fighters, comme elle les appelait in petto : Gajeel Redfox, Natsu Dragneel et Grey Fullbuster. Se prendre une table/chaise/parpaing/lance-flamme, rayez la mention inutile ne se trouvait pas dans la liste de choses à faire de la mage.

A son grand soulagement, ne restaient dans la salle que ceux qu'elle avait vus, les autres ayant dus s'absenter pour une raison ou une autre.

— Re-bonjour Laki, la salua Macao, bientôt reprit pas les autres qui firent de même. Comment ça va depuis tout à l'heure?

— Bien merci, répondit Laki en se dandinant, son sourire s'étant envolé devant le visage fermé de Maître Makarov.

La voyant faire, Macao chercha la cause de sa gêne et remarqua lui aussi le regard dont la couvait Makarov du haut de son comptoir.

— Maître ?

Le Maître ne répondit pas, continuant de dévisager la jeune femme qui se tenait devant lui. Pourtant il l'avait vue hier et ce matin même, mais il n'avait pas fait attention.

Comme d'habitude, je suppose.

Laki Olietta. Une jeune femme qui avait grandi dans la guilde, depuis presque toute petite. Elle avait été élevée avec Levy par la responsable de la pension de filles de Fairy Hills. Elle avait toujours été une mage calme et gentille avec un pouvoir magique certes remarquable, mais hélas faible. Discrète jeune femme qui semblait transparente à côté des autres mages de la guilde dont la plupart avec un caractère plutôt flamboyant. Elle avait toujours été là dans les bons, comme dans les mauvais moments et elle avait fini par faire partie des meubles, ce que le troisième Maître de Fairy Tail trouvait dommage.

Mais la jeune femme qui se tenait devant lui la mine interrogative était différente de l'adolescente qu'il avait laissé en quittant le port d'Hargeon, il y avait de cela sept ans. Elle avait grandi, bien sûr, mais c'était son pouvoir magique qui s'était considérablement développé si l'on comparait celui qu'elle avait avant qu'ils ne disparaissent et Makarov en était heureux pour elle.

Heureux mais pas idiot.

Le vieil homme se doutait que pour atteindre un tel accroissement de pouvoir, la jeune femme avait dû travailler dur et combattre, ce qu'elle ne faisait pas ou rarement au temps de l'âge d'or de Fairy Tail, car les mages désireux de se frotter à sa guilde étaient peu nombreux alors. Elle n'avait pas gagné assez de puissance pour être mage de rang S, il ne fallait pas exagérer, mais le rang A lui était clairement accessible, et si elle continuait sur cette voie, qui sait ? Si ce constat impressionnait le grand-père de Laxus, il l'attristait tout autant.

— Mon enfant, dit-il à Laki. Tu as dû passer par des moments difficiles pendant que nous n'étions pas là, n'est-ce pas ?

Laki eu un hoquet de surprise et ouvrit plusieurs fois la bouche pour démentir les paroles du Maître, mais le regard peiné de celui-ci l'en dissuada.

— Oui Maître, mais c'est passé maintenant, tenta de le rassurer la mage de bois avec un sourire.

Sourire qui n'atteint pas ses yeux. Le sentant, la violette détourna le regard en serrant dans sa main le bout de papier où Ezielle avait noté l'intitulé de la mission qu'elle lui avait confiée. Makarov attendit qu'elle relève la tête pour poursuivre.

— Je suis désolé, lui dit Makarov d'une voix grave chargée de tristesse.

La gorge serrée, elle ne voyait vraiment pas ce qu'elle aurait pu ajouter qui ne soit pas un mensonge. Elle se contenta de hocher la tête, les larmes aux yeux. Macao, Wakaba se taisaient, la tête baissée, eux aussi, tandis que Mirajane et Kinana les regardait en souriant. Un ange passât et Laki releva la tête avec un vrai sourire, cette fois.

— J'allais oublier ! dit-elle en se dirigeant sur la portion de comptoir qui se trouvait à côté de Makarov. Je suis venue vous prévenir que je pars en mission, ajouta-t-elle d'un ton enjoué.

— Oh ? s'étonna Macao. Namica-san a déjà besoin de toi ?

— Oui, s'enthousiasma la mage de bois. Sa boutique marche vraiment très bien, et c'est normal vu le soin qu'elle et Fabrizio mettent dans la confection de leurs produits. Maître, vous devriez y passer à l'occasion, l'encouragea encore la mage, car elle était peiné de l'air qu'affichait le vieil homme bourru qu'elle avait toujours connu.

Reconnaissant la manœuvre de Laki pour noyer le poisson pour ce qu'elle était, il laissât filer.

— C'est une idée, lui accorda-t-il, en se tournant tout de même pour la regarder encore une fois. Mais ne crois pas que j'en ai finis avec toi jeune fille, la prévint-il.

La jeune femme se permit un petit rire et posa une main apaisante sur l'épaule du vieillard.

— Nous parlerons une prochaine fois, Master, je dois vraiment filer parce qu'en venant j'ai oublié de me prendre un passeport pour le train, se justifia-t-elle avant de se diriger vers la porte.

Arrivée devant celle-ci, elle se ravisa et fit demi-tour pour serrer Makarov dans ses bras.

— Je suis heureuse que vous tous soyez de retour, lui chuchota-t-elle avant de partir pour de bon.

_T_T_

Libérée, étrangement sereine et toute à sa hâte de partir en mission pour mettre son plan à exécution, la jeune fille faillit rentrer dans Roméo Combolt qui entrait au même moment dans la guilde.

— Houla Laki-nee, attention ! Bonjour ! la salua le fils de Macao. Où coures-tu comme ça ? lui demanda-t-il pendant qu'elle l'étouffait dans une brève étreinte avant de se précipiter dehors.

— En mission ! Je te raconterai en rentrant ! lui cria-t-elle en évitant une mère poule et ses petits qui picoraient tranquillement sur le chemin.

— HEIN ?! Mais on devait faire la prochaine ensemble ! râla Roméo. Attends-moi ! LAKI-NEE !

— Désolée Méo-chan ! lui cria encore la mage tout en courant. Passe le bonjour à ton professeur ! Cette mission est pour moi, mais la prochaine promis je t'em-*OUTCH* !

Laki recula d'un pas chancelant et allait tomber sur les fesses quand on lui retint le bras d'une poigne douce mais ferme.

Bon sang, depuis quand il y a un mur à cet endroit ?! Attends…les murs n'ont pas de mains…

— Oy. Ça va ? demanda un homme avec une voix grave et rocailleuse et qui sentait le bois de santal.

Qui ?

— Sérieux, ça va ? Tu vas pas tomber si je te lâche ? lui demanda-t-il encore.

Encore étourdie, mais tenant à peu près sur ses jambes, Laki leva la tête en se frottant le nez.

Forcément, qui d'autre ?

— Oui ça va merci, Laxus. Désolée, mes yeux étaient occupés ailleurs, s'excusa-t-elle en ramassant son sac.

— Tu devrais regarder où tu mets les pieds…. Au moins quand tu cours comme une dératée… lui dit-il calmement pendant que la violette cherchait comment se débarrasser du blond avant que Roméo ne les rattrape.

— Je devrais regarder où je mets les pieds tout court tu veux dire… bougonna la jeune femme.

— LAKI-NEEEE ! l'appelât Roméo qui courrait vers eux.

— Mince ! s'affola la violette. Je n'ai pas le temps de discuter grammaire avec toi !

Sans paroles de plus, Laki se mit à dévaler la pente qu'elle avait mis tant de temps à gravir il y avait quelques minutes, plantant là un dragon slayer abasourdi et un mage de feu dépité.

— Merci, c'est gentil, raillât Laxus à l'intention de Laki avant de se tourner juste au bon moment pour stopper le fils Combolt qui allait s'élancer à la poursuite de la mage. Je crois que cette mission, elle veut la faire seule, si tu veux mon avis, p'tit gars.

_T_T_

Plus tard dans la guilde :

Roméo était avachi sur le comptoir, occupé à fusiller du regard le dos de Laxus tout en buvant un verre de jus avec une paille.

— Si tu ne te redresse pas pour boire, tu vas renverser ton verre, Roméo, lui dit gentiment Mirajane qui s'amusait de le voir comme ça.

Roméo tourna un regard maussade vers elle avant de soupirer, faisant par là même, des bulles dans son verre.

— S'il ne m'avait pas arrêté, râla encore Roméo, j'aurai pu la rattraper…

Attendrie par la moue enfantine du plus jeune mage de la guilde, Mirajane posa le verre qu'elle avait dans les mains pour se pencher vers Roméo et lui caresser les cheveux dans un geste de consolation qui fit grogner le fils de Macao. L'ainée des Strauss étouffa un rire.

— Tu fais souvent des missions avec Laki ? lui demanda-t-elle dans l'espoir de le dérider.

— Ouais, répondit Roméo. J'en fais aussi avec Alzack et Bisca mais je préfère aller avec Laki-nee, lui avoua le jeune mage en se redressant pour finir son verre.

— Ah bon ? Pourquoi ? continua la blanche en reprenant l'essuyage de la vaisselle.

— Alzack et Bisca me traitent comme un bébé, grommela Roméo avant de se mettre à imiter Alzack et Bisca. Ne t'éloigne pas Roméo ! Viens ici Roméo ! Non Roméo, tu attends qu'on ait latté tous les méchants et après tu pourras sortir de ta cachette !

— Rho, ils font ça parce qu'ils ne veulent pas que tu te blesse, tu le sais ça, hein ?

— Oui je sais, admit le jeune homme avant de pousser en énorme soupir, mais ça reste casse-pied tout de même.

— En quoi les missions avec Laki sont différentes, alors ? se renseigna encore Mirajane avant d'adresser un sourire de bienvenue à Erza et Levy qui venaient d'arriver.

— Laki-nee, elle, elle ne m'empêche pas de faire les choses. Elle s'assure juste que j'ai bien réfléchis à ce que je veux faire avant, lui expliqua-t-il. Ensuite on en discute et on décide ensemble, mais bon. Quand c'est un peu dangereux, on essaye toujours de ruser pour éviter de se battre.

— Je vois, sourit Mira.

Roméo se tourna vers la porte en frottant sa joue sur le comptoir pour ne pas avoir à lever la tête.

— Avant d'aller avec elle, je pensais que se battre, c'était ce qu'il y avait de plus cool, lui apprit-il en souriant à présent.

— Et maintenant ? lui demanda Makarov qui entrait dans la conversation comme si rien n'était.

— Bah maintenant je trouve que réfléchir avant d'agir, c'est mieux…

— Si Natsu et Grey pouvaient entendre ça… chuchota Erza à Levy qui pouffa.

— … et voir un ennemi tomber dans un piège qu'on lui a tendu, c'est encore plus cool, termina le jeune avec un sourire solaire qui rappelait aux autres, celui de la salamandre.

Les membres présents éclatèrent de rire en acquiesçant.

— Alors tu as fait beaucoup de missions quand on était pas là, Roméo ? demanda Levy.

— Pas autant que je l'aurais voulu, dit Roméo en fusillant son père du regard. Et puis, on avait pas tant de missions que ça, ici…

— Je m'en doute, dit Makarov d'un air pensif. Twilight Ogre raflait toutes les missions, non ?

— Pas au début, non, le détrompa Macao, la mine sombre. Au début, ça allait, mais c'est quand le temps a passé…

— Oui, continua Wakaba, voyant que Macao avait du mal à poursuivre. Le temps a passé, et vous ne reveniez pas. Ensuite, nous avons appris par les journaux ce qui s'est passé avec Acknologia, et du coup, des mages ont commencés à nous quitter, leur raconta Wakaba.

— Plus notre nombre diminuait, moins les missions arrivaient, reprit Macao. A un moment, nous n'avons plus réussis à nous acquitter de ce que nous avions sur le tableau d'affichage. Trop de missions dangereuses et pas assez de mages pour les prendre… et les mages continuaient de nous quitter pour rejoindre d'autres guildes mieux cotées, les sirènes, les tigres, les Blue Pegasus, les chiens. Ensuite, ne sont restés que les irréductibles.

— Cette vielle branche, indiqua Wakaba en montrant Macao, Max, Warren, Laki, Nab, Reedus, Vista, Jett, Droy et Kinana.

— Mais le peu de missions que nous faisions, ça n'était pas assez pour nous maintenir à flot, c'est pourquoi j'ai dû emprunter à Twilight Ogre en espérant pouvoir les rembourser petit à petit en faisant des missions, mais malheureusement… expliqua Macao avant de baisser la tête, vaincu.

— Je vois, le rassura le Maître. Ça n'a pas dû être facile et tu as fait ce qu'il fallait, Macao. Relève la tête, lui intima-t-il. Sans vous, nous n'aurions plus eus d'endroits où rentrer, et nous vous en sommes reconnaissants.

Sur ces entrefaites, arriva un dragon de feu très en forme qui entra dans la guilde en ouvrant les portes battantes en grand à coups de pied. Portes qui ne résistèrent pas et tombèrent en synchronisation parfaite de chaque côté avant que le drapeau de Fairy Tail qui trônait au milieu ne se pose doucement sur la tête de l'homme aux cheveux roses en l'enveloppant comme un voile.

— NATSU ! s'écrièrent-ils tous en cœur.