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Chapitre 5 : Une personne détestable.
Ce fut la sensation de chaleur qui réveillât Laki, le lendemain matin. Ici, son lit était placé face à la fenêtre, donc lorsque le soleil se levait, il tombait directement sur elle si elle oubliait de fermer les volets comme la veille. La jeune femme lézarda quelques minutes, profitant de la caresse de l'astre sur sa peau, avant de se décider à bouger. Il devait être dans les six-sept heures, et elle ne voulait pas perdre trop de temps avant de se mettre en route pour la récolte. On se savait jamais ce qui pouvait arriver et plus vite partis, plus vite revenus. Sans compter que Epixerus n'était pas du matin : Le faire bouger allait prendre du temps.
Elle ne vivait qu'avec Epixerus, donc elle ne savait pas vraiment si les viflies étaient des animaux diurnes ou nocturnes. Le fait est qu'Epixerus, lui, avait du mal à se lever le matin parce qu'il préférait traîner le soir avant de dormir. Laki ne savait pas ce qu'il fabriquait quand il ne dormait pas mais elle ne lui avait jamais demandé. Chacun avait besoin d'avoir son jardin secret bien à lui, et ce ne serait pas la mage de bois qui jetterait la pierre à qui que ce soit.
Laki sorti à pas de loup de la chambre pour ne pas déranger la boule de poils qui dormait dans son panier. Elle fut, encore une fois, prise de remords en remarquant que cette fois, le panier dans lequel roupillait le rongeur était placé devant la porte pour qu'il lui soit impossible de sortir sans le réveiller. La jeune femme se préparât un café dans le noir et le bruit qu'elle fit réveillât son petit compagnon.
— Bien dormi ?
— Oui, très bien et toi ? Désolée de t'avoir réveillé, s'excusa la mage. Allez debout ! Je te laisse te préparer et on y va. Je t'attends sous la véranda, lui dit-elle avant de sortir pour siroter son café à l'extérieur.
Il faisait un temps magnifique, ce jour-là sur la canopée. La mage de bois inspira profondément l'air frisquet du matin en s'asseyant sur les marches. Le temps était pourtant idéal pour aller crapahuter dans la forêt avec un écureuil magique. Il faisait beau, mais pas chaud. Frais, mais pas froid. Pourtant la jeune femme était contrariée pour elle ne savait quelle raison, et cela l'agaçait. Profitant encore du soleil en attendant un écureuil qui n'était pas du matin, Laki prit le temps d'analyser ses sentiments pour savoir quel était le problème précis.
Ce n'était pas la mission d'Ezielle qui lui posait problème, ni la crise que lui avait piqué Epixerus, alors quoi ? Encore le retour de l'équipe Tenrô ? Bon sang, il fallait vraiment qu'elle arrête de faire une fixation là-dessus, ça en devenait ridicule ! Était-t-elle si pitoyable que ça ? Il fallait croire que oui.
Pas le choix. Il faut que je trouve une solution pour ça, sinon ça va me pourrir.
En fait, la mage de bois savait pertinemment ce qui lui posait problème dans le retour des mages les plus forts de Fairy Tail : En revenant, ils reprenaient d'office leurs places, ce qui l'a remettait, elle, à la sienne : Une des mages les plus faibles de la guilde.
Sauf que j'ai changé. Je ne suis plus faible.
Vraiment ? Si elle était si forte que ça, elle n'aurait pas besoin de se comparer aux autres, et le retour de ses camarades ne lui prendrait pas autant la tête, si ?
Il faut que je travaille sur ce problème de confiance. Je suis pathétique.
La mage de bois repensât à ce qu'elle avait si crânement dit à Fried. Que ces sept années n'avaient pas été perdues pour tout le monde. Quelle blague. Elle se sentait toujours aussi inférieure à eux, même avec sept ans d'écart, en quoi était-elle devenue plus puissante au juste ? Mais le moment n'était pas à l'apitoiement sur soi-même. Le laïus d'Ezielle avait fait son petit effet, et Laki savait que l'apothicaire avait raison.
Il faut que je m'impose, se dit-elle les yeux perdus dans le vague. Mais comment ?
— En voilà une bonne question, intervint Epixerus, faisant sursauter la jeune femme qui lui lançât un regard agacé. Ben quoi ? Tu es tellement occupée à te morfondre que tu ne m'as pas entendu sortir ?
La jeune femme balaya d'un geste la remarque de son compagnon, avant de détourner le regard.
— Je suis pitoyable, hein...
— Disons que je trouve que tu t'apitoies un peu trop sur ton sort et que tu es un poil, trop sévère avec toi-même, répondit l'animal noir et blanc. Celui-ci épousseta la marche inférieure à l'aide de sa queue touffue avant d'y prendre place. De ce que tu m'as raconté, avant que tes camarades ne disparaissent, Fairy Tail était une guilde puissante et exubérante pour le moins, exposa-t-il pendant que Laki hochait la tête. Tu ne t'y sentais pas à ta place ?
— Disons que j'aime ma guilde et les personnes qui la composent, mais non, je ne me sens pas forcément en phase avec la majorité d'entre eux, si c'est ce que tu demandes.
— Pourquoi ?
— Je ne suis pas... La jeune femme essayait de trouver des mots adéquat sans résultats. Elle se borna donc à hausser les épaules en secouant la tête.
— Tu n'es pas quoi ? Allez Laki, essayes de mettre des mots sur ton malaise sinon il restera diffus. Je reformule ma question : Pourquoi te penses-tu faible ?
— Les gens ne me remarquent pas beaucoup, murmura la femme , mais c'était pire avant.
A son air, Laki comprit que le rongeur l'encourageait à poursuivre sa réflexion.
— Tu vois, commençât la jeune femme en s'installant plus confortablement, lorsque l'on parle de Fairy Tail, les gens pensent tout de suite : Maître Makarov, Gildartz ou Titania. Lorsqu'on parle de femmes, on prononce les noms d'Erza, Mirajane... Même Juvia ou Lucy sont plus connues que moi alors qu'elles sont arrivées bien après moi à la guilde. La jeune femme serra les dents en s'entendant parler, mais maintenant qu'elle avait commencé, elle était incapable de s'arrêter. Même ma magie ne retient pas l'attention des gens ! Magie de création plus Fairy Tail égal Grey Fullbuster ! Laki Olietta ? C'est qui ça ? Elle manie le bois ? Sérieux ? imita rageusement la jeune femme en posant brutalement sa tasse par terre.
— Je vois, comprit le vifly. Tu es jalouse, mais de quoi exactement ? Est-ce que c'est de leur renommée ou de leur puissance ? Est-ce que tu te sens en infériorité parce qu'ils sont célèbres ou est-ce parce qu'ils sont plus puissants que toi ?
— La puissance, ça s'acquière en travaillant d'arrache-pied, marmonnât la mage. Bien sûr, il y a toujours l'éternelle question entre l'inné et l'acquis, mais tu as raison.
— Je sais que j'ai raison, mais pour quelle partie exactement ? demanda le vifly en ignorant le regard moqueur que Laki lui adressait.
— Tu as raison dans le sens où, même si je devenais plus puissante qu'Erza, les gens se rappelleraient quand même beaucoup plus d'elle parce qu'elle est plus... Flamboyante, je dirais.
— Flamboyante ?
— Oui, enfin, je ne sais pas... Elle a une aura, elle est belle, puissante, rousse...Je sais pas. Elle flamboie quoi, s'emmêla la violette. Elle a un truc. Alors que moi, je suis discrète, je n'aime pas me faire remarquer, j'ai une toute petite voix et on ne m'écoute jamais, râla-t-elle. Remarques, Il faudrait déjà qu'on m'entende pour m'écouter, termina-t-elle d'un air découragé.
— Bon écoutes, je ne sais pas comment tu te vois toi, mais moi je trouve que toi aussi, tu as un truc, l'informa Epixerus. Tu ne marques pas les gens aux premiers abords, mais c'est ça ton style. C'est ta manière d'être avec eux qui les marque. Je ne crois pas qu'être « discrète avec une toute petite voix » soit un symptôme de faiblesse, au contraire, lui répondit justement son ami. Si tu ne flamboies pas, quelle importance ? Que tu brûle, rougeoie, fume, embrase, flambe, incendie, attise, chauffe ou immole, peu importe ! Pourquoi veux-tu juste flamboyer ? C'est à toi de décider ce que tu veux faire, mais quoi que tu fasse : Fais-le pour toi, pas pour les autres. Et peu importe ce que tu décides, fais en sorte d'être la meilleure, c'est aussi simple que ça.
— La prochaine fois, j'éviterai de laisser traîner mon dictionnaire... dit-elle pince-sans-rire. Tu auras bientôt plus de vocabulaire que moi...
— La recherche de mots appartenant au champs lexical du feu est un passe-temps comme un autre, mais n'essaies pas de détourner la conversation. dit le rongeur en plissant les yeux.
— Brasero, lançât la mage de bois sarcastique
— Crémation ! rétorqua le rongeur. Écoutes Lak', je ne prétends pas tout savoir, loin de là, mais je pense que si tu arrives à être toi, ça sera déjà pas mal. Crois-moi, rester fidèle à soi-même peut s'avérer être plus difficile que de suivre le mouvement.
Laki baissât piteusement la tête. Elle était là, à se plaindre comme une petite fille capricieuse qui tapait du pied, alors que la situation d'Epixerus était bien plus problématique que la sienne.
Rejeté pour la couleur de son pelage, son franc-parler et son goût pour l'aventure, il avait été ostracisé par ses congénères, qui avaient déjà essayé plusieurs fois de lui faire quitter la forêt de Telsyl. Le petit rongeur avait fait de sa mise à l'écart une force, mais Laki savait que cela l'avait profondément blessé même s'il n'en laissait jamais rien paraître. Sous ses airs débonnaires, il ne se sentait nulle part à sa place et il était difficile de l'approcher émotionnellement car celui-ci maintenait tout le monde à l'écart de peur de se faire encore rejeter. Elle-même avait eu du mal à s'en faire un ami, et le fait qu'elle l'ait abandonné la dernière fois devait lui avoir fait plus mal que ce que lui avaient fait les autres viflies.
— Je suis désolée, de t'embêter avec mes états d'âmes...
— Pourquoi ? C'est à ça que servent les amis, non ?
La phrase du rongeur la ramena brutalement quelques années en arrière et son dos se couvrit de sueur froide.
Cet homme lui avait déjà dit cela mot pour mot, elle s'en rappelait comme si c'était hier. Le timbre de sa voix, son parfum boisé jusqu'à la chaleur de sa main qu'il avait posé sur son épaule dénudée dans un geste qu'elle avait cru protecteur et affectueux.
… Bien sûr, c'est à ça que servent les amis, non ?
... Je n'aurais jamais cru que tu accepterai de m'aider...
… Ne t'inquiètes pas, je vais bien m'occuper de toi...
Si elle avait su.
— Laki, revient avec moi, s'il te plaît. Le rongeur lui posa une patte pelucheuse sur la même épaule que dans son souvenir et la jeune femme sursauta. Ce à quoi tu viens de penser, là... s'inquiétât Epixerus en voyant le visage blême de sa partenaire.
— Je... Je ne veux pas en parler, ni y penser pour l'instant s'il te plaît, éluda la mage qui, en se levant, donnât le signal du départ.
— Je suis désolé d'avoir... tu sais, tenta de s'expliquer le rongeur.
— Ne t'inquiètes pas, le rassura Laki. Un jour je t'en parlerai, mais pas aujourd'hui. C'est ce que font les amis, non ? lui sourit-elle. Allez, allons-y !
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Laki Olietta soupira de satisfaction en regardant les tas d'herbes épars qu'Epixerus et elle venaient de finir d'étaler au soleil, afin que la sève des végétaux sèche.
La variété des herbes qu'Epixerus et elle avaient récoltés n'étaient qu'une infime partie des trésors botaniques qui rengorgeaient dans cet endroit. C'était pour cela que la Forêt de Telsyl était si fameuse parmi les apothicaires et les mages qui savaient s'y rendre étaient peu nombreux et par conséquent, très demandés.
Dans ce lieu, les saisons n'avaient pas cours à cause de la quantité de chaleurs dégagée par la magie condensée en un même endroit, ce qui rendait possible une récolte pareille. Les matériaux demandés par Ezielle n'étaient disponibles qu'une fois par an pour la plupart, et en très faibles quantités s'ils n'étaient pas cultivés sciemment. Mais ici, ils étaient trouvables toute l'année et étaient de meilleures qualité qu'ailleurs parce que baignés de magie, de soleil, d'eau et protégé des pillards par la forêt elle-même et les viflies.
Afin de préserver cet écosystème, Ezielle avait empêché Laki de lui révéler comment elle avait réussi à s'introduire dans la Forêt, et veillait à ne jamais trop en demander à la mage. Mage qui de toute manière, l'apothicaire en était sûre, aurait refusé de prendre plus que la Forêt n'aurait pu donner sans mettre en péril la réserve naturelle.
L'heure du déjeuner était passée depuis longtemps mais Epixerus comme Laki avaient décidés de finir la récolte des herbes médicinales pendant qu'il ne ferait pas trop chaud dans la forêt. Certes la jeune femme avait un peu faim, mais Epixerus avait trouvé des baies comestibles et elle en avait mangé assez juste pour pouvoir tenir en attendant un véritable repas qu'ils feraient plus tard. En effet, manipuler des plantes fraîches, possédant des propriétés magiques demandait de la prudence et de l'attention. Il était si facile de porter les doigts pleins de sèves ou de spore à sa bouche ou ses yeux, et cela pouvait avoir des conséquences plus ou moins fâcheuses selon la plante que vous aviez en main.
La jeune femme hocha la tête à l'intention d'Epixerus, qui tenait dans ses pattes griffues la liste qu'Ezielle leur avait donnée.
Celui-ci commença l'appel avec un air concentré.
— Ail-des-bois?
— Là, indiqua la mauve en indiquant une botte de large feuilles vertes allongées dépourvues de fleurs qu'ils avaient attaché à l'aide d'une lanière en cuir.
— Aliboron ?
— Ici, répondit la mage en pointant du doigt une autre botte de plante aux petites fleurs violettes.
— Espic ?
— OK.
— Glouteron ?
— C'est bon.
— Ensuite, les herbes. Herbe à chat ? demanda Epixerus en montrant les dents à Laki qui agitait une branche de ladite herbe dans sa direction. Éloignes ça de moi, la gronda-t-il pendant qu'elle reposait la brassée en riant.
En effet, l'écureuil était allergique au pollen de ces fleurs. Voir son compagnon avoir une crise d'allergie provoquait à chaque fois chez elle un fou rire suivit immanquablement de pitié pour la pauvre bête exténuée et larmoyante.
— Herbe d'ivrogne ?
— C'est bon aussi.
— Jusque... J'arrive pas à lire, marmonna le vifly.
— Jusquiame, le corrigea la mage de bois. Elles sont là.
— Le neveux d'Ezielle écrit vraiment mal...Raisin-de-loup ?
— OK.
— Et enfin, Sariette ?
— On est bon.
— Super. On peut manger maintenant, se réjouit le rongeur dont le ventre laissât justement entendre un gargouillement retentissant.
Les deux acolytes s'installèrent sur les berges du marais où se trouvait leur cabane pour faire un pseudo pique-nique. Ils mangèrent en silence pendant une bonne partie du repas, mais Laki pensait encore à leur discussion de ce matin, notamment à la fin où le souvenir de Sanmuel avait refait surface sans crier gare.
— Dis, Epixerus ?
— Hum ?
— Tu sais... Ce que tu as vu, tout à l'heure ?
— Je croyais que le jour où tu m'en parlerai n'était pas aujourd'hui ? la raillât-il, montrant par là qu'il avait tout de même été un peu vexé qu'elle refuse de lui en parler sur le coup.
— Ah. Je peux te parler de Sanmuel un autre jour, si tu veux, le nargua-t-elle.
La jeune femme pouffa en voyant son ami s'installer en tailleur et braquer ses craquantes petites oreilles dans sa direction, tout ouïe. Elle le regarda en souriant pendant quelques instants avant de baisser la tête pour emballer le reste de son sandwich. Lorsqu'elle la releva, son sourire avait disparu et elle avait à présent un air grave qui rendit le vifly nerveux.
— Je l'ai rencontré dans une librairie de Magnolia, avant l'examen avancé des mages de rang S, commençât la jeune femme. Il semblait hésiter entre deux livres et je lui ai donné quelques conseils. Ensuite, on s'y est croisés plusieurs fois et avons finis par faire connaissance. Il aimait mes lunettes et lui me plaisait beaucoup, expliquait-elle à un Epixerus attentif. J'étais tellement naïve... J'aurais du me douter que pour qu'un homme mignon, cultivé, grand et fort s'intéresse à moi de cette manière, il devait y avoir anguille sous roche, mais je n'y ai pas fais attention et je me suis fait avoir en beauté.
Le vifly restait coi. Sa partenaire semblait perdue dans ses pensées et il n'osait pas bouger de peur de la couper dans ses confidences. Il voulait qu'elle poursuive, mais ne la pressait pas non plus. Il sentait que la laisser aller à son rythme était la meilleure solution, car il était persuadé qu'il n'allait pas du tout aimer ce qui allait suivre.
— Tu t'en doutes, mais lorsque nous avons commencé à sortir ensemble, tout était parfait, reprit-elle avec un sourire désabusé. Il était gentil, prévenant et affectueux. Il a même accepté de m'aider à augmenter ma puissance magique. Il avait accès à un endroit parfait pour que je puisse m'entrainer tranquillement et me prodiguait conseils et soins quand j'en avais besoin. Quand Erza et les autres ont disparus, il m'a soutenu et consolé. poursuivit la mage calmement, mais Epixerus n'était pas dupe, car il voyait sa mâchoire se crisper au fur et à mesure qu'elle parlait. Le temps a passé et il a commencé à s'éloigner, mais je n'avais pas compris pourquoi, alors je me suis accrochée à lui, continua-t-elle en dévisageant son ami. D'abord ça a été très subtil, tu sais. Il ne pouvait pas venir à nos rendez-vous parce qu'il était trop occupé, il semblait gêné quand nous étions ensemble que ce soit en public ou non. Les entraînements avec lui sont devenus de plus en plus durs et brutaux. Il n'arrêtait pas de dire que j'étais faible et le resterai. Que je ne méritais pas ma place à Fairy Tail et que de toute manière, maintenant que les plus forts avaient disparus, que la guilde allait péricliter, racontait la mage pleine d'amertume. Maintenant que j'y repense, il était évident qu'il cherchait à me quitter, mais comme une idiote, j'ai refusé de le laisser partir. C'est à ce moment que les choses ont vraiment dérapés.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
— Il a décidé de rester, et de me garder. répondit simplement Laki.
— Et je suppose que ce n'était pas dans le bon sang du terme...
— Non, tu supposes bien. Puisqu'il n'arrivait pas à se débarrasser de moi, il m'a utilisé comme faire valoir, souffre douleur, coursier et j'en passe. Je m'en veux, Epixerus. Si tu savais comme je m'en veux de l'avoir laissé se servir de moi comme une serpillière. Mais tu sais ce qu'a été le pire, pour moi ?
— Non ?
— Ce n'était pas qu'il invite des amis à nos séances d'entraînement pour qu'ils se moquent de moi. Ce n'était pas qu'il se pavane sous mon nez avec une fille de Magnolia, non plus. Ni même qu'il utilise Max pour me faire faire ce qu'il voulait.
— Cette espèce de sale petit coprolithe de bas étage ! jura le vifly en transperçant de ses griffes le croûton de pain qui lui restait dans la main.
— Le pire, dans tout ça, c'est que je me sentais coupable de lui faire ressentir ça, avoua la mage de bois.
— Pardon ? Epixerus n'en croyait pas ses oreilles. Coupable ?!
— Oui, c'est fou, n'est-ce pas ? confirma Laki en souriant à son compère pour le calmer. Mon cerveau est si bizarrement construit que je pensais que c'était de ma faute s'il me traitait comme ça et que je le méritais amplement.
— Bon sang, Laki... compatit le rongeur magique. Tu sais que ce n'est pas vrai, hein ? Tu le sais, ça ? insista-t-il. C'était lui le problème, pas toi.
— Oui, j'ai eu du temps pour y penser et maintenant, je le sais, le rassura-t-elle. Mais d'un côté, il avait raison : Je l'ai laissé me dégrader, me salir et me dénigrer. J'aurais pu l'arrêter, mais je ne l'ai pas fait.
La mage de Fairy Tail expira longuement et leva les yeux au ciel, ce qui rasséréna son camarade qui s'allongeât dans l'herbe à ses côtés.
— C'est bizarre, mais je ne regrette pas d'avoir rencontré Sanmuel, lui confiât-elle. Je ne sais toujours pas ce que je veux, mais grâce à lui, je sais parfaitement ce que je ne veux pas conclut-elle.
— Qu'est-ce qui t'a fait réagir ? interrogea son comparse.
Laki se tourna vers lui et lui offrit son premier vrai sourire depuis le début de cette désagréable confession.
— Ça a été la naissance d'Azuka, lui révéla-t-elle en s'allongeant dans l'herbe, elle aussi. C'était tellement beau, lui racontât-elle avec un magnifique sourire et les larmes aux yeux. Tellement fort. C'était presque trop de bonheur pour nous tous, alors que nous étions dans la mouise avec nos membres qui nous quittaient les uns après les autres et la guilde endettée jusqu'au cou. Un magnifique cadeau de la vie et une raison de sourire tous les jours malgré les difficultés que nous rencontrions.
— Une lueur d'espoir dans l'obscurité.
— Oui, c'est exactement ça, approuva la violette. Après, Bisca et Alzack m'ont demandé d'être sa marraine et là, ça a été trop, narra-t-elle en se rasseyant. J'ai pris la décision de me reprendre en main, parce qu'il fallait que je sois forte pour pouvoir protéger ceux que j'aime. Bisca et Alzack comptaient sur moi pour prendre soin de leur petite fille si jamais il leur arrivait quelque chose, alors je ne pouvais plus me complaire dans le marasme où je me trouvais. Je l'ai quitté et ai commencé à faire des missions solo pour m'endurcir et éviter de traînasser à Magnolia pour ne pas avoir à le croiser.
— Tu l'as revu depuis ?
— Une ou deux fois, mais jamais seul à seule. Honnêtement, je ne me pense pas capable de pouvoir lui adresser la parole sans qu'on en vienne aux mains et ce n'est pas mon style du tout, rit-elle.
— Un jour tu le seras, lui prédit son ami.
— Je pense aussi, opina-t-elle. Bon, il serait peut-être temps d'aller préparer nos affaires, qu'en penses-tu ? proposa-t-elle à l'écureuil qui la regarda d'un air éberlué. Quoi ? Tu ne veux plus m'accompagner, alors ?
— Bien sur que si, ne dis pas de bêtises ! s'offusquât-il, la faisant rire de bon cœur.
— Alors allons-y, mauvaise troupe !
Ce fut dans la bonne humeur que les deux acolytes préparèrent leur sac de voyage, ainsi qu'une petite carriole pour transporter le fruit de leur mission pour Magnolia. La nuit venue, il mangèrent sur la véranda, appréciant le calme et la fraîcheur bienvenue qui avait envahi la canopée. Ci et là, on entendait les cris des oiseaux nocturnes qui chassaient, un vifly criait au loin, et Laki glissa un regard scrutateur vers son voisin qui avait pour l'heure, un visage pensif.
— Tu es sûr que tout ça ne va pas te manquer ?
— Si, un peu, admit-il. Mais je veux voir le monde du dehors et je ne peux pas avoir les deux, il me faut donc choisir. Pour un temps, du moins.
— C'est très sage. Vu la tête que tu fais, je te pensais plus nostalgique que ça, expliqua la jeune femme.
— Oui mais non, je ne pensais pas à mon départ de la forêt mais plutôt à ce que toi, tu devrais faire en sortant...
— Moi ? s'étonna Laki.
— Oui. Tu veux gagner en puissance ou j'ai mal compris notre conversation de ce matin ?
— Oui, oui, bien sûr, mais tu m'as aussi fait comprendre que je devais prendre confiance en moi. A moins que ce ne soit moi qui ait mal compris notre conversation... s'amusa-t-elle.
— Bah, pour la confiance en toi, effectivement, y a du boulot, mais c'est pas quelque chose que tu peux apprendre directement de quelqu'un... Par contre...
— Par contre ? insista la mage créatrice devant le silence pensif de son interlocuteur.
— Par contre, tu dois bien connaître quelqu'un dans ta guilde de fou ou ailleurs qui pourrait t'aider à augmenter ta puissance, non ?
Laki pouffa. Effectivement, elle-même s'était fait cette même réflexion avant de parvenir à la conclusion que oui, elle connaissait bien quelqu'un qui pourrait l'aider. Mais bon, celui qui était avec elle, était aussi télépathe, donc rien d'extraordinaire à ce qu'il en ait saisi un bout.
— Au début, j'avais pensé à demander de l'aide à Grey Fullbuster, tu sais, le mage dont je t'ai parlé, mais je pense que ça ne va pas être possible.
— Pourquoi ?
— Nous ne sommes pas compatibles, éluda Laki.
— A quel niveau ?
— J'ai horreur des pervers et lui ne sait pas se battre sans se déshabiller... se lamenta-t-elle.
— Arf, il n'y aurait pas quelqu'un d'autre qui utilise la même magie que toi ?
— Si, il y a aussi Lyon. Lyon Bastia, mais il est trop loin.
— Dommage. Tu t'entends bien avec lui, il me semble.
— Oui, mais bon. Je ne vais pas passer ma vie à Lamia Scale non plus. Sans compter qu'il a du travail et que je ne veux pas les déranger. Il m'a déjà donné quelques conseils, mais je n'ai toujours pas réussis à les mettre en pratique...
— Quel genre de conseils ?
— Le genre sibyllin... marmonna la mage en se remémorant leur discussion.
— Mais encore ?
— « Parmi toutes les magies, la magie de création est celle qui offre le plus de liberté. Chaque création est unique. Sois dévouée et cherche ta propre forme. » répéta Laki qui avait fermé les yeux pour mieux s'en rappeler.
— Je ne vois pas en quoi c'est sibyllin, moi, tempéra Epixerus.
— Si tu es si malin, expliques moi, parce que moi, je ne comprends rien... s'énerva Olietta. « Cherches ta propre forme » ? ça veut dire quoi ça ? demanda-t-elle agacée que l'écureuil magique ose ricaner de son incapacité à comprendre.
— C'est à toi de trouver la réponse, je pense. lui répondit-il avec un grand sourire. C'est en trouvant ta propre forme que tu seras libérée !
— Délivrée, oui, c'est ça moques toi de moi. Bref, ça ne résout pas mon problème.
— Tu ne m'as pas dit que votre Maître était revenu, lui aussi ? Tu pourrais peut-être lui demander de t'aiguiller, non ? proposa l'animal.
— BON SANG, Pix , tu es génial ! s'exclama la manieuse du bois en le prenant dans ses bras. C'était tellement évident, comment j'ai pu passer à côté ? Heureusement que tu es là !
— Attends, là... l'arrêta Epixerus. Comment tu m'as appelé ? Pix ?
— Désolée, ça m'a échappé, s'excusa Laki. Mais ça te va bien, tu ne trouve pas ?
— Pas vraiment, bouda la créature.
— Epixerus... Pix... Pixie... Je trouve que ça sied parfaitement à un vifly qui va bientôt devenir une fée, tenta de le convaincre la femme aux cheveux lavande.
— Tu crois ?
— Oui, affirma-t-elle. De toute manière, je ne te laisse pas le choix, alors prends en ton parti !
