Bonjouuuur !

Ce recueil réunira les OS sur le même UA de My Hero Academia, un UA où Tenko et Hana Shimura sont adoptés par Inko Midoriya au lieu de suivre leur destin du canon.

Ce premier OS a été écrit pour les Nuits du Fof, c'est-à-dire sur un thème en une heure (bon, j'ai mis plus de temps sur celui-là, je l'avoue)

N'hésitez pas à venir en MP pour plus d'informations ^^

142ème Nuit du Fof, Thème n°4 : Mort

Avertissements : Familicide, mais rien qui n'est pas dans le canon.

Disclaimer : Tout appartient à Horikoshi, je ne fais qu'explorer les "et si"


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1# Réparer les âmes brisées

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Inko observe la porte de la chambre d'hôpital, Izuku tranquillement endormi contre elle, dans l'écharpe de portage qui laisse ses mains libres. Elle les tord, tandis que le représentant de la Commission - Mera, il lui semble, elle n'a pas tellement fait attention à son nom lorsqu'il s'est présenté - vérifie une liasse de papiers, avec une telle lenteur qu'elle a envie de le secouer.

Il y a deux enfants derrière la porte qui attendent d'apprendre ce qu'il va advenir d'eux. Il y a son neveu et sa nièce derrière ce portant de bois qui doivent mourir d'inquiétude et de haine envers eux-même. Elle n'a pas le temps pour les petits jeux psychologiques de l'homme. Elle a déjà fait son choix ou elle ne serait pas là.

― Vous êtes sûre de vous ? Ces enfants… L'aîné a tué leur famille.

― Je connais… Je connaissais assez bien leur père pour savoir par quoi ils sont passés. C'était un accident.

Inko ne croit pas elle-même à ses propres mots. Elle a deviné ce qui se passait dans cette maison. Elle connaît Kotaro depuis qu'il a été placé dans la même famille qu'elle, il était presque comme un frère ; elle sait alors quelle haine envers les héros l'animait. Et elle travaille avec assez d'enfants à l'école maternelle où elle officie pour savoir que l'amour des héros se transmet entre eux comme une maladie infantile.

Elle a essayé de le raisonner. Il n'a pas voulu l'entendre.

Il n'a jamais voulu l'écouter, cette tête de mule. Et il en a payé le prix. Ils en ont tous payé le prix. Elle soupire, passant une main devant son visage, alors que le dénommé Mera arrive petit à petit au bout de sa patience. Pourquoi tant de chichis, enfin ? La seule chose intelligente que Kotaro a faite, c'est de la nommer comme tutrice potentielle s'il venait à disparaître et que sa femme n'aurait pas été en mesure de s'occuper de leurs enfants. Alors, pourquoi tente-t-on tant de la faire changer d'avis ?

Inko ne préfère pas savoir. Elle a le pressentiment que mettre son nez dans les affaires de la Commission - déjà, pourquoi est-ce eux qui traitent le dossier et non le service de protection de l'enfance ? Cette histoire pue - ne lui apportera que des ennuis.

― Ce sont mes neveu et nièce. Votre avis, je m'en contrecarre. Ils ont besoin de quelqu'un pour les soutenir ; osez m'affirmer qu'ils seront mieux dans le système. Osez.

Mera se fige un instant et une ombre de sourire fleurit sur ses lèvres avant de faner, si rapidement qu'Inko a l'impression de l'avoir rêvé.

― Je ne fais que mon travail, Madame. Signez là et ce sera bon.

Inko se saisit du stylo que lui tend Mera et vérifie tout de même ce qu'elle est censée signer, avant de parapher. L'homme s'incline légèrement en la saluant, avant de tourner les talons et de s'en aller. Elle garde les yeux rivés sur sa silhouette jusqu'à ce qu'il disparaisse au coin du couloir aux larges fenêtres, pour être certaine qu'il ne fasse pas demi-tour au dernier moment.

― Ma' ? Ma !

Son petit garçon babille contre son torse et gigote, visiblement peu heureux d'être ainsi retenu depuis presque une heure maintenant. Elle espère qu'elle pourra bientôt le déposer sur le sol propre de l'appartement, avec ses cubes en bois qu'il aime tant. Elle a déjà réaménagé comme elle a pu la chambre d'enfant pour accueillir les deux plus âgés, mais elle songe à déménager.

L'appartement risque d'être trop petit pour eux trois quand Izuku sera plus grand. Mais au moins, elle a un peu de temps encore pour trouver un bon endroit pour ses petits. Elle cligne des cils, se surprenant elle-même à cette pensée. Elle évoque déjà Tenko et Hana comme ses petits. Elle ignore si c'est une bonne ou une mauvaise chose.

De toute façon, elle ne peut pas vraiment le changer, alors autant faire avec.

Inko se rapproche de la porte, toquant pour prévenir de sa présence avant d'entrer. Son regard tombe sur Hana, translucide et flottant au-dessus de son lit d'hôpital, comme un fantôme. Est-ce son Alter ? L'adulte comprend mieux comment elle a réussi à échapper à l'Alter de Tenko. C'est déjà une mort de moins qu'aura à porter l'enfant.

Il a déjà trop de morts sur la conscience.

Kotaro, qu'as-tu fais ?

L'autre lit est vide ; Tenko est-il aux toilettes, ou se cache-t-il dans un recoin de la pièce ? Elle espère qu'il n'est pas sorti de la chambre pour s'enfuir et errer seul. Elle ne pourrait pas le retrouver alors, ou difficilement. Elle ne pourrait pas le protéger.

― Bonjour, Hana. Je suis heureuse de voir que tu vas bien. Où est Tenko ?

― Tante Inko !

La fillette retrouve son corps tangible alors qu'elle pose pied au sol, se ruant dans ses jambes pour un câlin. En silence, Inko pose une main dans ses cheveux, alors que la petite agrippe les plis de sa jupe et éclate en sanglots. Elle a mal au cœur. Personne ne devrait jamais vivre ça, encore moins à leur âge. Est-ce qu'Hana déteste Tenko ? Ou est-ce qu'elle lui a pardonné ? Est-ce qu'elle a peur de lui ou au contraire, souhaite l'aider de tout son cœur ? À quel point la cohabitation sera difficile ?

― Je suis là, Hana. Je suis là. Je ne partirais pas.

― Je, je, s'il te plaît, je veux rester avec Tenko ! Tout ça, c'est de ma faute ! Si j'avais pas mis Papa en colère, si j'avais pas menti… Tout ça, c'est à cause de moi…

Elle sanglote et chaque larme creuse un trou à l'acide dans le cœur d'Inko. Pourquoi Kotaro s'est-il entêté ? Pourquoi a-t-il fini par faire souffrir les siens en voulant les protéger ? Imbécile. Il les a brisés, comme l'abandon de sa mère l'a brisé lui. Si seulement il avait bien voulu lui prêter une oreille attentive. Peut-être aurait-elle dû insister. Non, pas peut-être ; elle aurait dû. Elle aurait dû faire tellement plus, elle aurait dû agir dès son premier soupçon.

Elle n'a rien fait et les regrets la dévoreront sans doute jusqu'à son dernier souffle.

― Il n'y a pas de coupable ici, il n'y a que des victimes. Tenko et toi avez souffert de la répression de votre père, Tenko a souffert de son Alter imprévisible. Si on avait vu les signes plus tôt…

Un soupir. Ce n'est pas le moment de rêver à des si et des peut-être. Ça ne sera plus jamais le moment ; c'est déjà trop tard.

― Tu ne m'as pas dit où était ton frère.

Hana désigne d'un doigt tremblant le coin de la pièce, derrière le second lit d'hôpital ; Inko devine qu'elle y trouvera sans doute son neveux prostré, roulé en boule sur lui-même de peur de toucher quelque chose et de le détruire. Ce n'est pas le premier enfant qu'elle voit avec un Alter dangereux. Elle est formée pour les affronter au quotidien, pour les prendre en charge et pour les mener vers une belle vie où ils ne mettront en danger ni les autres ni eux-mêmes.

― On va aller le voir, d'accord ?

― Mais tu risques d'être blessée ! Il… Il va avoir peur de te faire du mal, alors il va paniquer et ça va empirer.

― Tu l'approches bien, toi.

― Mais il peut pas me faire de mal, sous ma forme de fantôme. Je veux plus qu'il souffre. S'il te plaît. Ne l'approche pas.

― Tout va bien se passer. Je te le promets.

― Tu n'as pas peur ?

― Non. J'ai peur de ne pas réussir à le rassurer. J'ai peur de le blesser avec mes mots. J'ai peur de vous faire faux-bond, encore une fois.

Inko hausse un peu la voix, pour être certaine que Tenko l'entende. Elle n'a pas peur de son pouvoir. Elle craint plutôt d'échouer à le sauver de lui-même. Même si elle n'a qu'une infime chance de lui faire surmonter cette épreuve, elle s'en saisira à pleines mains. Elle ne le laissera pas sombrer sans tout tenter. Elle lui a déjà fait faux bond une fois, pas deux.

― Mama ! s'impatiente Izuku, avant de pointer son doigt vers Hana. Qui !

― Dis bonjour à ta cousine, Izuku.

― Cousine ? Izuku ? C'est… C'est vraiment Izuku ?

Hana a des étoiles dans les yeux ; il est vrai qu'elle n'a encore jamais eu l'occasion de le rencontrer. Avec un sourire, elle se baisse à sa hauteur et le bébé gazouille en voyant le visage de la petite fille. Elle lui adresse un sourire tremblant, des larmes étoilées dans les yeux, avant qu'un air déterminé ne traverse son visage.

― Tenko ! Viens voir cousin Izuku ! T'as même pas besoin de te rapprocher, donc ça craint rien !

Il y a du mouvement, derrière le lit. Une tignasse noire méchée de blanc apparaît, avant que Tenko ne dépasse le pied de lit. Il a encore la peau sèche sous ses yeux et des bandages sur sa gorge, signe qu'il a gardé la manie de se gratter. Kotaro lui avait juré que ça lui avait passé. Menteur. Avait-il peur qu'elle ne mette le nez dans ses affaires de famille ? Ou ne voulait-il juste pas l'inquiéter, avec son petit Izuku à la santé fragile ses premiers mois ?

Inko ne sait même plus quoi croire de sa part.

― Bonjour, Tenko. Ça fait longtemps.

Elle lui sourit ; des larmes apparaissent dans ses yeux bruns.

― Pourquoi… Pourquoi t'es pas en colère ? Pourquoi tu m'en veux pas ? Je les ai tués ! Je… Je l'ai voulu, pour Papa.

Sa voix d'enfant se brise en même temps que le cœur d'Inko. Si Kotaro était encore en vie, elle lui donnerait un coup de poing dans sa tête pour tenter de lui remettre les idées en place. Qu'a-t-il fait pour que son propre fils veuille sa mort ? Tenko tourne la tête vers le sol, ses bras serrés autour de lui. Elle doit trouver un moyen pour qu'il desserre sa prise, ou il risque de se tuer s'il perd le contrôle de son Alter.

― Tenko, relève la tête, s'il te plaît. J'ai prévenu Kotaro du mal qu'il risquait de vous faire. Je ne cautionne pas ses actes, ni ne dis que tu as bien fait. Mais je ne suis pas surprise que ç'ait fini comme ça. Alors, non, je ne t'en veux pas. Jamais. Ou je n'aurais pas demandé votre garde.

― Je suis dangereux !

― Pas plus qu'un autre enfant dont l'Alter serait incontrôlable. D'ailleurs, j'ai quelque chose pour toi, à ce sujet.

Inko sort de sa poche une paire de gants qu'elle sait un peu étrange, avec l'emplacement pour le pouce et l'index inexistants. Mais l'Alter de Tenko est du type Activation à cinq doigts ; il ne pourra pas l'utiliser s'il ne touche pas la cible de tous ses doigts. Les gants empêchent l'activation, mais elle a préféré un modèle où il ne serait pas entièrement dépourvu de sa sensation de toucher habituelle.

Il y a des larmes étoilées aussi, dans le regard rouge de son neveu, alors qu'il s'approche pour s'en saisir. Il les enfile, irradiant d'espoir, avant de poser sa main droite sur le rebord du lit. Deux secondes suspendues. Ou peut-être même dix, ou trente, sans que rien ne se passe.

Tenko redouble de pleurs alors qu'il comprend que son Alter n'est plus hors de contrôle, et il hésite à peine avant de se ruer vers elle, venant se glisser contre son flanc pour s'y pelotonner. Inko ferme brièvement les yeux, soulagée que son neveu soit moins farouche qu'attendu ; un sourire fleurit même sur ses lèvres alors qu'elle entend Izuku babiller gaiement.

― 'Enko !

Lorsqu'elle soulève les paupières, Izuku essaye d'attraper une mèche blanche de Tenko, sous le rire clair de Hana. Rien ne sera facile. Mais elle se jure de tout faire pour que les trois enfants grandissent pour devenir des adultes heureux, pour qu'elle entende leurs rires jusqu'à son dernier souffle.

Silencieusement, elle prie pour ne jamais devenir comme Kotaro.

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