Re !
Et voilà le deuxième texte de cette nuit !
/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité.
Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !
Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...
114ème Nuit du Fof, Thème N°5 : Banque
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2# Bienvenue en Enfer
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La rencontre avec le sol est brutale. La poussière terreuse emplit sa bouche et Thatch se redresse sur un coude en crachant. Du sang se mêle à la glaire alors qu'un soupir agacé parvient à ses oreilles sifflantes.
— Debout, bon à rien ! Tu dois travailler pour rembourser les dettes de ton père ! Tu devrais me remercier, tu n'as pas rejoins mes petits protégés...
Le jeune garçon de quinze ans serre son poing droit mais ne répond rien, conscient de sa position. Il ignore jusqu'où il peut se rebeller avant que Luce, à la tête de la maison close où il doit désormais officier, ne décide de le mater en vendant sa virginité au plus offrant. Il a déjà de la chance qu'il ait besoin d'un cuisinier et qu'il ait hérité ce talent de sa mère, ou il aurait fini comme d'autres, à écarter les jambes pour le premier venu.
Un haut-le-cœur le secoue à cette idée et il met sa main devant sa bouche pour le retenir, faisant fi de la terre sur ses doigts. S'il recroise un jour son géniteur, il le frappera jusqu'à ce qu'il crève pour l'avoir mis dans cette situation. Après avoir été interdit d'emprunt à la banque, voilà que le vieux a été assez con pour contracter une dette avec un proxénète. Et forcément, c'est lui qui trinque, comme toujours.
Thatch se relève en oscillant, essuyant le liquide carmin au coin de ses lèvres du revers de sa main. Il baisse la tête en signe de soumission, mais tout son corps tremble de rage. Il peut presque deviner le sourire de Luce et cela ne fait qu'exacerber davantage sa colère. Mais il plie, impuissant. Il ne peut rien faire d'autre qu'obéir et il a en a trop douloureusement conscience. Son cœur tambourine dans sa poitrine alors que l'homme aux cheveux noirs le laisse seul, au milieu de la cuisine qu'il doit désormais occuper.
Il lâche un cri et frappe dans le mur le plus proche. Il se raccroche à la douleur qui traverse son bras comme une onde, maudissant son géniteur et Luce. Il trouverait un moyen de partir d'ici. Peut-être pouvait-il s'enfuir ? Embarquer clandestinement sur un bateau au port et partir loin, très loin de La Rose en Fleur ?
— Tu parles à haute voix, idiot.
La voix sèche et monotone claque dans l'air. Thatch tressaille et se maudit intérieurement avant de se retourner. Pour une fois, il n'est pas contre l'emploi d'un adjectif tel qu'idiot. Si Luce l'avait entendu… Ses yeux s'écarquillent, tandis qu'une jeune fille qui doit avoir à peine plus que son âge prend une pomme dans un tonneau. Elle croque dedans, rejetant ses cheveux noirs en arrière, tandis que son kimono rose pâle trop grand pour elle dévoile des épaules fines et une nuque gracile. Il flotte autour de son corps, masquant ses courbes qu'il imagine à peine formées. Son visage est lourdement maquillé, sans doute trop, ce qui ne fait qu'accentuer son air fragile.
Le brun se sent rougir et il détourne le regard, à la fois pris de curiosité pour la nouvelle venue et tourmenté par un sentiment qu'il n'a jamais connu jusque-là. Malgré sa jeunesse, elle est belle, bien plus que la plupart des femmes qu'il a déjà rencontré. Elle dégage une délicatesse déconcertante qui rend ses mains moites, sa gorge serrée et son cœur battant. Il relève les yeux et son sang se glace soudain dans ses veines quand il croise ses iris.
Vide, sans vie.
Un frisson de malaise le parcourt et il déglutit. Les orbes noires semblent totalement dépourvues d'émotion. Elle ressemble encore plus à une poupée et un instant, il se demande si elle n'en est pas réellement une. Il recule d'un pas, avant de se reprendre et de lui offrir un timide sourire.
— Tu ne répéteras rien à Luce ? demande-t-il doucement.
La nouvelle venue n'aurait pas pris la peine de l'apostropher si elle comptait le dénoncer, du moins l'espère-t-il. Il sursaute lorsqu'elle lui lance le trognon de la pomme qu'elle vient de manger à la figure, comme vexée par son propos. Mais aucun émoi ne transparaît sur son visage fardé de poudre de riz. Thatch est à la fois partagé entre l'envie que la coquille vide parte et qu'elle reste. Il veut comprendre, tenter de savoir si ce n'est qu'apparences, mais il ne peut nier que sa froideur le trouble profondément.
— Aucun intérêt. Mais abandonne. Personne ne peut partir d'ici.
Sa voix est tout aussi apathique qu'elle et le plus jeune trouve plus intelligent de ne rien répliquer. Qu'importe ce que pense celle qui devait être une prostituée, il doit bien exister un moyen pour partir. Elle le fixe un moment en silence, avant de faire demi-tour avec une grâce que beaucoup lui envierait. Il hésite un instant, puis, poussé par un désir de ne pas être seul dans cet enfer qui lui tendait les bras, la rattrape au moment où elle s'apprête à passer la porte menant aux étages. Sa main attrape son kimono pour la retenir et elle tourne lentement la tête vers lui. À nouveau, les orbes sans vie l'observent. Un frisson le parcourt, mais il soutient quand même le regard de son vis-à-vis.
— Attends. Comment tu t'appelles ?
Elle soupire alors, penchant sa tête sur le côté. Est-elle… Agacée ? C'est la première véritable émotion qu'il peut deviner chez elle et il retient à grand peine un sourire.
— Izou, souffle-t-elle finalement.
Izou... Ce n'est pas banal, pour une jeune fille, songe Thatch en passant une main dans ses courts cheveux bruns. Un nouveau soupire s'échappe des lèvres de la prostituée et elle baisse la tête, comme lasse. Le plus jeune rougit alors en songeant qu'il a encore parlé à voix haute et ouvre la bouche pour s'excuser.
Mais rien ne sort alors que la jeune fille défait son kimono qui glisse sur le sol. Le temps se suspend, alors que le cuisinier se rend compte de son erreur. Ses mots lui échappent, il reste bouche bée tandis qu'Izou se rhabille et part.
Un garçon. Izou est un garçon et il ne s'en est même pas aperçu. Un haut-le-cœur le secoue à nouveau et il plaque la main sur sa bouche alors que des sanglots coulent sur son visage choqué. Il n'a pas imaginé une seule seconde que…
L'Enfer est sur lui et il prend douloureusement conscience que, s'il n'est pas un des acteurs principaux, il devra les côtoyer sans cesse et accepter leur déchéance comme normale. Comme si un garçon à peine plus âgé que lui, grimé comme la plus belle des adolescentes, est acceptable.
Et ses larmes glissent sur ses joues, emmenant avec elle son innocence et ses restes de naïveté d'enfant à tout jamais perdus, enterrant sa dignité et celle des autres damnés.
Bienvenue en Enfer, Thatch.
J'avais prévenu, joie et bonne humeur sont au rendez-vous X)
J'espère que ça vous a plu et que vous avez envie de lire d'autres passages de leur vie, à ces deux-là (ils vont en baver, moi j'vous l'dis...). N'hésitez pas à donner votre avis dans une review et à peluche !
