Re !

Le dernier thème de la Nuit m'ayant finalement inspiré, vous aurez le droit à un dernier texte ce mois-ci !

/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité.

Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !

Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...

114ème Nuit du Fof, Thème N°8 : Idiot


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3# Victoire au goût de miel

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Thatch travaille à la solde de Luce depuis un mois maintenant. Entre les murs de la cuisine qu'il n'a pas le droit de franchir, il étouffe. Trente jours sans sentir les doux rayons du soleil sur sa peau, sans que le vent n'ébouriffe ses cheveux et ne le rafraîchisse. Le froid lui manque terriblement. Son lieu de travail devient vite une fournaise et il n'est pas rare qu'il passe sa tête sous l'eau du robinet pour tenter de diminuer sa température. Sa chemise est souvent humide de sueur et ses cheveux sans cesse mouillés.

Cela fait rire les prostitués quand ils descendent manger. Sauf Izou. Lui se contente de le fixer quelques instants de ses yeux sans émotion avant d'avaler rapidement et silencieusement son repas. Le cuisinier sait qu'il ne devrait pas espérer plus de la poupée vide que l'adolescent semble être, surtout qu'il ne s'est pas excusé pour l'avoir pris pour une fille.

Mais il s'inquiète pour lui, étrangement. Il est le plus jeune du haut de ses quinze ans, d'après une des filles de joie de la maison. De ce fait, il est en proie à toutes les brimades et récupère souvent les pires clients, les plus indélicats, les plus violents. Thatch a déjà vu des marques sombres sur sa peau claire, des traces de doigts profondément imprimées dans la chair pâle.

D'autres prostitués lui ont déjà dit qu'à La Rose en Fleur, il n'y a pas de place pour l'entraide et la compassion. C'est manger ou être mangé. Pourtant, le cuisinier n'est pas d'accord. Luce rend déjà leur vie assez pénible pour qu'ils ne s'attaquent pas entre eux. Mais cette atmosphère de compétition implacable plaît trop au proxénète pour qu'il cesse de l'encourager.

Il soupire et s'étale un peu plus sur son futon, repoussant la couverture. La maigre lumière de la lune empêchant la cuisine de sombrer dans les ténèbres tandis que ses yeux se fixent sur le bois décrépi du comptoir derrière lequel il dort. La musique et les rires gras de la grande salle lui parviennent sans peine, tout comme quelques gémissements simulés des chambres juste au-dessus de la pièce. Il lui semble qu'un notable de la ville a réservé la maison pour son anniversaire et c'est particulièrement bruyant, plus que de coutume. Le sommeil le fuit et il sait déjà qu'il devra éviter Luce le lendemain. S'il a l'air fatigué, le proxénète risque de le frapper. Il a fait l'erreur une fois, pas deux.

Un éclair de douleur traverse son dos à ce souvenir et il se tourne sur le ventre, enserrant son oreiller rembourré de paille entre ses bras. Une toux sèche étouffée par la porte perce alors le calme ambiant relatif et il se redresse d'un bond, manquant de se cogner la tête contre le comptoir. Normalement, à cette heure-là, personne n'est censé se trouver à la cuisine, sauf lui. Pourvu que ce ne soit pas un client qui ait subitement exigé un plat particulier et complexe.

Il se saisit de son haut qui traîne sur une chaise et l'enfile rapidement, alors que la porte s'ouvre dans un grincement. Ses yeux s'écarquillent quand la fine silhouette d'Izou passe le chambranle en chancelant. Son kimono a perdu sa ceinture et l'adolescent le tient fermé en serrant les pans dans sa main. À la lueur lunaire, Thatch croit apercevoir quelques tâches sur le tissu sombre, tandis qu'un liquide blanc macule encore le haut du torse du plus vieux.

Visiblement, le prostitué semble aussi surpris que lui de le trouver dans la cuisine. Son corps est tendu, un de ses sourcils couvert de poudre de riz se hausse, mais ses orbes noires sont toujours aussi ternes que d'habitude.

Une quinte de toux le fait soudain se plier en deux et le cuisinier secoue la tête pour se reprendre. Izou est visiblement malade et, si Luce l'apprend, le jeune homme prendra cher. Aussitôt, il cherche le pot de miel avant de le tendre à l'adolescent avec une cuillère. C'est tout ce qu'il peut faire pour apaiser sa gorge et diminuer la toux, mais c'est mieux que rien.

Pourtant, le garçon ne s'en saisit pas, son regard mort le fixant. Seule sa posture crie la méfiance : un pas en arrière, prêt à repartir, et son corps reste tendu comme la corde d'un arc. Thatch penche la tête, étonné.

— Prends donc, t'as l'air d'en avoir besoin. C'est mieux que rien, l'encourage-t-il. C'est bien pour ça que tu es venu ici, non ?

— Non. J'avais oublié que tu vis là, maintenant, réplique-t-il froidement.

Un petit sourire crispé plisse les lèvres du plus jeune. Oh. D'accord. Izou avait vu la cuisine comme un refuge. Enfin, cela ne change rien, au fond. Il continue de lui tendre le pot de miel et la cuillère, l'enjoignant d'un signe de tête à s'en saisir. Et dans les yeux noirs passe une lueur qu'il ne connaît que trop bien pour l'avoir déjà vue dans les yeux de sa mère battue.

La peur. Pour une fois qu'il peut lire une émotion dans les yeux du prostitué, c'est de la peur. Le plus âgé le craint, ou craint son geste, pour une raison qu'il ignore. Ses bras tremblent à force de rester tendus dans les airs et il les abaisse, posant le pot sur le comptoir derrière lui.

— Personne ne le saura, tu...

— Donne-moi ton prix, le coupe brutalement Izou, avant qu'une nouvelle quinte de toux ne le secoue.

Thatch le fixe avec des yeux ronds. A-t-il bien entendu ? L'adolescent pense vraiment qu'il lui propose de l'aide pour obtenir quelque chose en échange ? En fait, ça ne devrait pourtant pas l'étonner. Tout ici se marchande, les corps, les faveurs, les services et surtout, le silence. Il pourrait très bien dénoncer le jeune homme à Luce et gagner ainsi son approbation.

Il soupire. Il est assez à l'écart de l'activité tournant de la maison pour se permettre d'oublier ce détail, mais pas Izou. Bien évidemment qu'il a peur. Le cuisinier peut lui demander à peu près tout et n'importe quoi en le menaçant de dévoiler son état à leur employeur. Il a le pouvoir de faire des prochains jours du prostitué un enfer bien pire que d'ordinaire.

Mais il n'est pas du genre à profiter de la faiblesse des autres.

— Tu veux me baiser, c'est ça ? souffle Izou avec lassitude. C'est ce qu'ils demandent tous...

L'adolescent lâche les pans de son kimono et le plus jeune devient écarlate, avant de les rattraper et de les maintenir ensemble. Il a vu une fois le corps de son camarade et cela lui a suffi. Il ne tient pas à recommencer et surtout pas pour profiter de lui. Il est à l'âge des premiers émois, des premiers désirs, mais ce n'est pas pour autant qu'il sautera sur la moindre occasion qui se présente. Surtout si cela implique d'abuser de quelqu'un. Il réfléchit rapidement à une solution, avant que son visage s'illumine lorsqu'il trouve un moyen de ménager le brun et lui-même.

— Non. Je veux que tu acceptes mes excuses pour t'avoir confondu avec une fille, la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je suis désolé si je t'ai offensé.

Une lueur de surprise anime trop rapidement les orbes noirs qui redeviennent vite ternes. Mais un sentiment de joie et de ravissement l'envahit tandis que le visage de son camarade redevient froid. Izou reprend les pans de son kimono et passe derrière Thatch, se saisissant du pot de miel en silence alors que le brun attend sa réponse.

— Il n'y a rien à excuser, idiot, lâche sommairement le prostitué.

— Et fier de l'être ! s'exclame Thatch avec un sourire joyeux qu'il n'a pas arboré depuis longtemps.

Il esquisse une courbette, tandis que l'adolescent ouvre le bocal et plonge la cuillère dedans, avant de l'avaler sans dire un mot. Il le referme ensuite et son regard se pose sur le cuisinier qui s'est redressé. Il s'avance d'un pas, le surplombe de sa dizaine de centimètres de plus. Leurs yeux se croisent et le plus jeune écarquille les siens en voyant ceux d'Izou briller étrangement.

La bouche carmin se pose soudain sur la sienne et le brun vire à l'écarlate alors que le goût du miel se dépose sur ses lèvres. Il a à peine le temps de comprendre ce qu'il lui arrive que déjà l'adolescent se redresse et se dirige vers la porte, lâchant un froid :

— Pour ton silence, idiot.

Thatch fixe la silhouette fine fermer la porte tandis que tout son corps brûle, à la fois de gêne et de quelque chose qu'il n'arrive pas à identifier. Izou a dû vouloir protéger ses arrières en lui accordant une faveur en échange de son service. Mais pour le cuisinier, les quelques émotions qu'il a réussi à provoquer chez l'adolescent valent toutes les récompenses.

Sur ses lèvres, sa petite victoire du jour a un goût de miel.


J'ai été plus gentille avec eux, cette fois... N'en prenez pas l'habitude X)

J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à donner votre avis dans une review et à peluche !