Bonjour Bonjour !
Vous avez de la chance, j'ai réussi à me motiver pour participer et à me trouver du temps (toujours, pour torturer Thatch X). Ce sera cependant le seul chapitre ce mois-ci.
/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité.
/!\ WARNING SPÉCIFIQUE À CE CHAPITRE : Agression sexuelle.
Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !
Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...
115ème Nuit du Fof, Thème N°1 : Cauchemar
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4# Cauchemar vivant
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Thatch chancèle sous sa fatigue. Il devrait dormir à cette heure, mais un riche client a exigé un gâteau au chocolat et l'un des gigolos de l'établissement est venu le secouer pour le réveiller. Luce ne peut évidemment rien refuser à ceux qui peuvent couler la réputation de sa maison d'une parole.
Au moins, maintenant qu'il l'a terminé et qu'il est venu le déposer à son destinataire, il peut retourner se coucher. Il rêve presque de son misérable oreiller et de son futon sur le sol froid de la cuisine, mais il garde le dos droit et le sourire. L'apparence compte pour son employeur et, même s'il n'est que le cuisinier, il ne lui est pas permis de paraître épuisé. Il ne tient pas à subir le sadisme de l'homme.
Au fil de ces six derniers mois, il a appris à faire profil bas.
Ses épaules s'affaissent dès qu'il quitte la grande salle où les corps sont une marchandise comme une autre. Il souffle et défait légèrement le foulard autour de son cou. Il a chaud et des gouttes de sueur coulent le long de sa nuque. Les températures élevées de ce milieu d'été rendent l'atmosphère moite et oppressante, lourde.
Il ne sait même pas s'il arrivera à se rendormir, finalement.
Une odeur d'alcool parvient néanmoins jusqu'à son nez et il le fronce, avant de sentir une présence derrière lui. Son sang se glace alors qu'une main baguée aux doigts boudinés se pose sur son épaule et l'enserre à lui faire mal. Ce n'est pas la poigne de Luce, ni celle d'un des pensionnaires de la maison. Aussitôt, il veut se défaire de l'emprise de l'inconnu sur lui et se retourne, posant sa main de jeune adolescent sur celle qui tient son épaule.
— Monsieur, veuillez me lâcher, s'il vous...
Il ne termine pas sa phrase alors que l'inconnu appose ses lèvres sur les siennes et glisse sa langue dans sa bouche. Le goût du vin emplit sa gorge et il s'étouffe à moitié alors que la langue parasite l'assiège. Son ventre se noue et ses yeux s'écarquillent. Dans la pénombre du couloir, il peine à discerner qui l'agresse.
Des mains arrachent son tablier, font sauter les boutons de sa chemise et il cherche à reculer. Mais l'homme qu'il devine grassouillet l'en empêche et le plaque contre le mur. Le brun ne peut plus fuir, alors il tente de se débattre, mais un ventre rond vint le coincer contre le papier-peint qui s'écaille.
La langue baladeuse ressort enfin de sa bouffe et il tousse, cherche de l'air, alors que les doigts se font baladeurs sur son corps. Thatch a soudain froid, son ventre se noue, son cœur bat la chamade contre ses côtes, s'emballe alors que la terreur s'empare de lui. Il veut hurler au secours, mais sa gorge est soudain sèche et des larmes viennent jusqu'à ses yeux. Même ses jambes et ses bras ne lui répondent plus, il est tétanisé alors que l'inconnu pétrit sa chair comme s'il est sa propriété.
— Tu aimes ça, hein, mon joli ?
L'haleine avinée le rend vert et il secoue frénétiquement la tête, incapable de comprendre sa situation. Il n'est que le cuisinier, alors pourquoi, pourquoi...
Soudain, l'inconnu s'écarte de lui et il s'écrase au sol, haletant, les yeux écarquillés. Un courant d'air lui rappelle qu'il est torse nu et il se recroqueville alors que des sanglots silencieux le secouent. Il ne veut pas, ne peut pas...
— Monsieur, ce jeune homme est le cuisinier de l'établissement, il ne peut pas vous proposer les meilleurs services de la maison.
Cette voix, il la connaît, et il ose relever la tête. Même dans la pénombre, il lui semble distinguer le maintien distingué d'Izou, qui tient par le coude le client aviné et potelé qui a tenté de… Son estomac se retourne et il plaque une main contre sa bouche pour retenir un haut-le-cœur. Comme dans un état second, il entend le prostitué se vendre auprès du client, l'encourageant à le choisir lui plutôt que de continuer avec Thatch.
Lentement mais sûrement, Izou se place entre lui et son agresseur et le cuisinier sait qu'avec plus de lumière, il verrait le sourire factice que l'adolescent offre aux clients de la maison. Le doux murmure du tissu du kimono fleuri et l'odeur d'amande l'apaisent doucement, comme une promesse d'échappatoire, jusqu'au moment où l'inconnu est convaincu.
— Thatch, va-t'en vite avant qu'il ne change d'avis, lui souffle Izou avant de se faire entraîner par son client.
Et il y a un sentiment d'urgence dans sa voix qui réveille le brun. Comme dans un état second, il se lève et marche mécaniquement jusqu'à la cuisine.
Quand il referme la porte derrière lui, il s'écroule en tremblant de tous ses membres.
Cette fois, il ne retient plus ses haut-le-cœur et il se penche sur le côté pour rendre son dîner. Il devra nettoyer avant que le jour ne se lève, mais il est à mille lieues de ces considérations alors que ses sanglots éclatent, ses bras serrés autour de son frêle corps.
Si Izou n'était pas intervenu, il se serait fait violer par un homme trop aviné pour s'apercevoir qu'il n'était qu'un simple cuisinier. Si ce simple fait l'aurait arrêté. Peut-être qu'il l'aurait fait en toute connaissance de cause en étant sobre. L'idée le terrifie un peu plus et il ignore comment il arrivera à mettre un pied en dehors de la cuisine maintenant. C'est le seul endroit sûr pour lui.
Un goût âcre persiste dans sa bouche, mais n'efface pas celui de l'alcool qui a imprégné ses muqueuses. Ses larmes tracent des sillons sur ses joues pâles alors qu'il a encore l'impression de sentir des mains sur son torse.
Il a beau faire chaud dans la cuisine, Thatch a l'impression d'être gelé à l'intérieur.
Il ignore combien de temps a passé quand la porte se rouvre derrière lui. Il sursaute, de peur qu'il ne s'agisse de Luce inspectant la cuisine, mais l'odeur d'amande lui fait deviner son visiteur nocturne.
— Izou ? Tu ne devrais pas être là, tu vas avoir des ennuis si Luce l'apprend...
Chaque mot râpe sa gorge et c'est une torture de parler. Le gigolo ne répond cependant rien. Un froissement de tissu résonne dans la pièce silencieuse et le cuisinier se retrouve soudain avec le kimono de l'adolescent sur ses épaules. Il veut protester, mais il a l'impression d'être en sécurité tant que le plus âgé est là et il n'a pas la force de poser des questions.
— Mon client a payé pour la nuit et s'est endormi. Je venais voir à quel point je devais ramasser tes morceaux.
Le ton est toujours aussi froid que d'habitude, mais ça réchauffe le cœur de Thatch. L'adolescent ne prendrait pas autant de risques s'il ne s'inquiète pas réellement, non ? Il saisit les pans du kimono et les rapproche en fermant les yeux, respirant l'odeur de son aîné pour se débarrasser de celle de l'alcool. Le goût dans sa bouche est toujours là, mais moins persistant.
— Merci. Je te le revaudrais, croasse-t-il.
— J'y compte bien.
Izou renifle, dédaigneux, et Thatch ricane nerveusement. Le prostitué ne lui a-t-il sauvé la mise que pour avoir une emprise sur lui ? Peut-être. Mais il est trop reconnaissant pour lui en vouloir. Il a quand même pris un client en plus pour l'aider, ce n'est pas rien. Il tourne légèrement la tête vers lui et à la lumière de la lune qui éclaire la cuisine, il ne voit rien que l'air neutre habituel sur le visage maquillé.
Mais le jeune homme est nu et les marques sur son corps lui sautent aux yeux. Des griffures ornent ses côtes, sur son cou reste une ombre de rouge à lèvres féminin, son ventre est maculé d'une substance blanchâtre dont il devine l'origine. Son regard ne descend pas plus bas alors que son estomac recommence à faire des siennes. Il plaque à nouveau sa main devant sa bouche mais cette fois, Izou est là et il pose délicatement ses doigts sur les siens pour les retirer.
— Tu devrais vomir autant que tu le peux. Demain, il faudra faire comme si de rien n'était avec Luce. J'ai récupéré ce qui restait de ton tablier et ta chemise. Je peux les réparer, mais tu me devras deux fraisiers en échange.
Thatch fixe son camarade avec des yeux ronds alors que sa nausée reflue finalement. Il n'a plus assez dans l'estomac pour vomir autre chose que de la bile et la voix du gigolo l'apaise. Il hoche mécaniquement la tête, soulagé de ne pas devoir expliquer l'incident à Luce pour expliquer qu'il ne lui reste qu'une seule chemise et un seul tablier.
— J'imagine que je te dois bien plus que deux fraisiers. Tu as… Tu n'avais pas à prendre ce client pour m'aider.
Parler est un peu plus facile alors que les souvenirs du début de soirée reculent avec la présence d'Izou. Il se lève, sortant le seau et la serpillère d'un placard pour nettoyer son propre vomi, donc l'odeur fétide commence à s'étendre avec la chaleur. Il devrait faire brûler du laurier pour chasser les effluves pestilentielles.
— Je n'allais pas le laisser te violer sur place. Le dernier cuisinier s'est déjà suicidé, je tiens à bien manger.
Le compliment voilé permet à Thatch de passer par-dessus le destin de son prédécesseur. Il ne tient pas à se rappeler l'impuissance qu'il a ressenti, et encore moins tout le reste. Il reste concentré sur son nettoyage, conscient du regard de l'adolescent sur lui, comme s'il essayait de savoir s'il allait s'écrouler.
Mais il ne peut pas se permettre de s'écrouler plus qu'il ne l'a déjà fait. L'heure tourne et bientôt, il devra préparer le petit déjeuner des employés comme si rien ne s'était passé. Il ne peut pas faire autrement et se laisser aller à la terreur sourde qui gronde dans son ventre. Et dire que pour Izou, c'est tous les jours qu'il subit ces attouchements indésirés et bien pire encore.
Il termine de nettoyer avant de saisir un torchon. Il l'humidifie légèrement, avant de le tendre à son camarade. Il n'a plus les rougeurs pudiques des premiers mois face à la nudité des corps, il en voit tous les jours. Les prostitués ne font guère dans la pudeur et certains descendent manger sans grand-chose sur le dos. Il a prit l'habitude.
Izou hausse un sourcil avant de s'en saisir et de nettoyer son torse et ses cuisses. Thatch s'assit à côté de lui, bâillant avant de laisser tomber sa tête sur l'épaule de son camarade par fatigue. Celui-ci lui adresse un simple regard vide, sans pour autant le faire bouger.
Le cuisinier prend ça comme une autorisation et ferme les yeux brièvement, inspirant à nouveau son odeur. Il ne remercierait jamais assez l'adolescent pour ce qu'il a fait pour lui cette nuit. Et après ça, il se demande comment il fait pour ne pas vomir, pour tout supporter avec son détachement habituel.
— Je ne sais pas comment tu fais pour tenir, lâche-t-il finalement. C'est… J'ai cru que...
— C'est facile de donner ton corps quand ton cœur est déjà mort, Thatch, le coupe son camarade d'un ton morne. Alors un conseil : garde-le en vie.
La dernière phrase résonne dans le silence de la pièce et le cuisinier ouvre de grands yeux ronds. Mais, avant qu'il ne puisse poser des questions, demander des explications, le prostitué s'aperçoit que l'aube pointe. Il se relève alors et ouvre la porte.
— Pour mon kimono, ça te coûtera une dizaine de cookies au chocolat. Par jour.
Et le brun jurerait qu'un micro-sourire étire les lèvres carmin alors que la porte se ferme. Quelques traces blanches parsèment le sol, là où Izou s'est tenu. Il les nettoie rapidement, vide le sceau et brûle comme prévu le laurier alors que les rayons du soleil s'infiltrent dans la cuisine, comme tous les autres matins.
Mais Thatch n'est plus comme tous les autres matins.
J'aime définitivement en faire baver à Thatch. Et je sais, leur relation avance lentement mais sûrement, à ces deux-là.
J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à donner votre avis dans une review et à peluche !
