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Et voilà donc le deuxième chapitre du jour !

/!\ RISQUE DE SPOILERS À PARTIR DU CHAPITRE 960

/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité.

Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !

Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...

116ème Nuit du Fof, Thème N°4 : Attacher


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6# Réflexions

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Face à face avec le miroir.

Izou trace d'une main sûre le contour de ses yeux au crayon noir, soulignant leur forme d'amande, avant de parachever son œuvre en ourlant ses lèvres d'un rouge mat. Il aime se maquiller, quoi que les gens en disent. Il sait aussi que c'est ce qui attire les clients. Son physique féminin alors que son corps est masculin.

Mais ce n'est pas que physique. Depuis quelques années, bien avant d'atterrir dans ce bordel, il se pose des questions sur ce qu'il est, sur ce qu'il ressent. Paradoxalement, il ne se sent jamais aussi vivant que maquillé et apprêté comme une femme, alors même que c'est à cause de cette apparence qu'il se retrouve ici, son cœur mort et enterré depuis longtemps.

La porte s'entrouvre légèrement et une ombre se glisse dans sa chambre. Il n'a même pas besoin de jeter un coup d'œil pour savoir qu'il s'agit de Thatch. Une semaine qu'il dort avec lui le matin et il se croit déjà permis d'entrer n'importe quand et sans frapper ! Enfin, au moins, il a meilleure mine.

Le cuisinier se glisse dans son dos, observant son reflet dans le miroir et Izou le salue d'un signe sec de la tête, avant de remarquer une lueur qu'il commence à connaître dans le regard noisette.

— Vas-y, lâche ta question, soupire-t-il en haussant les épaules.

Le plus jeune jette un regard au soleil qui illumine la petite chambre de ses rayons, estimant à sa position le temps qu'il lui reste avant de devoir redescendre. Dès qu'il le peut, il vient passer son temps libre auprès d'Izou, se faufilant discrètement dans les escaliers pour ne pas se faire voir des autres prostitués. Ils ne seraient que trop heureux de faire part de ses agissements à Luce en espérant une récompense.

Puis il s'accoude contre le dossier de la chaise, posant son menton sur le haut du crâne de son camarade, bien qu'il doive pour cela se mettre sur la pointe des pieds. Izou lui lance un regard peu dupe et son cadet fait la moue avant de reposer ses talons sur le sol. Il hésite un instant, avant de finalement ouvrir la bouche.

— Pourquoi tu te maquilles comme une femme ?

Le prostitué se fige soudain, incapable de répondre à la question. Même lui ne connaît pas la réponse. Il se sent juste plus complet, plus lui-même ainsi. Mais comment expliquer ça au brun ? Il le prendrait pour un fou, c'est certain. Il saisit sa brosse pour commencer à s'occuper de ses cheveux, réfléchissant à la meilleure façon de satisfaire la curiosité du plus jeune sans le faire fuir. Il sait déjà qu'il ne peut pas esquiver la question, son camarade ne lui permettra pas de fuir très longtemps. Il est têtu et tenace, deux traits de caractère dangereux en ces lieux de déchéance.

— Je me sens moi-même ainsi, lâche-t-il finalement, quelque peu tendu alors qu'il brosse vigoureusement ses cheveux d'encre.

Il s'attend à une réflexion du brun, mais un coup d'œil dans le miroir lui apprend que ce dernier semble réfléchir, une moue pensive sur ses lèvres. Izou termine de se brosser les cheveux quand il reprend la parole.

— Tu te sens toi-même... Quand tu es comme une femme, c'est ça ?

— On peut résumer ça comme ça, acquiesce le plus âgé.

Il est encore incertain des véritables pensées de son camarade et il s'attend au pire. Pourtant, le reflet du visage du cuisinier ne montre que de la curiosité et de la compréhension. Une pointe de chaleur traverse son ventre et il songe que parfois, Thatch ressemble à un ange tombé en Enfer. Tant d'humanité dans un seul être, ce n'est pas possible autrement. Ou alors ce sont des restes d'innocence, mais il en doute. Il ne doit pas lui rester beaucoup de candeur après les mois passés à La Rose en Fleurs.

— Tu penses que tu es une femme, au fond de toi ?

La question le surprend à moitié et il sait déjà qu'il n'a pas la réponse. Il ignore ce qu'est être une femme et il serait alors bien en peine de dire que oui, il se sent ainsi. Qu'il se ressent d'un sexe différent que la nature lui a attribué à la naissance.

— Je... Je l'ignore, Thatch.

Il jette un regard à leurs reflets et il attrape ses cheveux pour tenter de former un chignon, ses épingles à portée de main, alors que le cuisinier se redresse, sans doute avec l'intention de retourner aux cuisines.

Izou sent un pincement étrange au creux de son ventre alors que son cadet reste silencieux. Étrangement, l'idée que cette révélation entraîne un changement de dynamique dans leur relation le met mal à l'aise. Il sait déjà qu'il s'est trop impliqué avec lui, qu'il a brisé une des règles informulées du bordel. Ne pas se prendre d'affection pour quelqu'un d'autre.

— Ça... Est-ce que ça te gênerait, si c'était le cas ? risque-t-il.

Le brun se retourne, étonné, restant quelques secondes sur le pas de la porte pour l'observer. Leurs regards se croisent sans l'interface réfléchissante et la lueur amicale qui brille dans les yeux noisette le réchauffe de la tête aux pieds.

— Pour moi, c'est du pareil au même, répond-il en haussant les épaules. Ça changera pas ton caractère que tu te sentes homme ou femme, si ?

Izou secoue négativement la tête presque mécaniquement, avant que Thatch ne prenne congé. Il passe une main devant son visage maquillé, soupirant avec un rictus. Le cuisinier est mille fois trop bon et il se demande combien de temps cela prendra encore pour que l'ange devienne démon à son tour. Personne ne peut prendre quelque chose comme ça aussi facilement, non ?

— Idiot, lâche-t-il pour lui-même.

Intérieurement, il se jure à son reflet de protéger l'humanité de son camarade aussi longtemps que possible. Luce a peut-être réussi à lui retirer son honneur, sa raison de se battre et son cœur, mais il n'en fera pas de même avec l'idiot de cuisinier. ll se le jure sur les miettes de son honneur de samouraï.

Et dans ses yeux noirs, une flamme disparue se rallume.


Pour être sincère, je ne suis pas transexuelle et ne peux que m'imaginer le questionnement de ces personnes et du parcours qui les amènent à se révéler comme ils & elles sont réellement. C'est mon propre ressenti sur ce sujet, mes propres doutes et questions et, si jamais je dis quelque chose de choquant ou de blessant par ignorance, je demande pardon d'avance.

J'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas à donner votre avis dans une review et il y a un autre chapitre qui arrive sous peu, donc à tout de suite !