Re !

Et voici une dose un peu plus douce, pour alterner ^^

/!\ RISQUE DE SPOILERS À PARTIR DU CHAPITRE 960

/!\ WARNING : Prostitution, travail des enfants, maltraitances, violences, meurtres... Et dans un autre registre, Transidentité.

Cet OS a été écrit pour les Nuits du Fof, le but étant d'écrire en une heure sur un thème donné. Vous pouvez m'envoyez un MP pour plus d'informations, je ne mords pas !

Disclaimer : One Piece appartient à Eichiiro Oda, je ne fais que maltraiter ses personnages...

130ème Nuit du Fof, Thème N°2 : Fille


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10# Danse des serpents

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― Thatch… J'aurais une faveur à te demander.

Le cuisinier offre un regard suspicieux à Émilia, une prostitué trentenaire dont la beauté commence à se faner, malgré ses formes rondes et généreuses. Peut-être que quelques mois plus tôt, il aurait rougi à l'idée qu'une des prostituées les plus importantes du bordel lui demande quelque chose.

Mais maintenant, seule la lumière dans les yeux d'Izou l'intéresse.

― Ça dépend de ce que c'est, tu connais la rengaine.

Il hausse les épaules, continue de surveiller le feu dans le poêle pour éviter qu'il ne s'éteigne. La dame sourit et un frisson le traverse, tandis qu'un mauvais pressentiment tort son ventre. Émilia est l'une des prostituées favorites de Luce, car elle joue sans vergogne et sans regrets son sale petit jeu de manipulation et d'oppression. Un mot d'elle peut faire de la vie d'un des employés un enfer.

Et soudain, il a peur d'être sa prochaine cible. Qu'a-t-il fait pour attirer sa colère ? Il a pourtant veillé à lui servir tout ce qu'elle aime et à se plier à ses envies parfois saugrenues. La crainte serre son ventre et sa gorge, mais il reste impassible et joyeux. Il refuse de lui donner trop d'emprise sur lui.

― Traite Izou comme une femme.

― Pardon !?

La voix de Thatch se remplit de colère et d'incompréhension, claque dans l'air. Mais Émilia ne perd pas son air carnassier et son mauvais pressentiment grandit d'autant plus.

― Je sais que tu te glisses dans sa chambre, petit profiteur, susurre-t-elle.

Le sang de l'adolescent se gèle dans ses veines alors qu'elle rican, l'air triomphant de celle qui a gagné d'avance. Une goutte de sueur froide coule le long de la nuque pâle, tandis que la colère se change en peur. Elle se penche et effleure sa joue du bout des doigts, comme s'il était un enfant. Il esquisse une grimace de dégoût alors qu'il a l'impression que la pulpe laisse une trace poisseuse sur sa peau.

Il ne peut nier que si Luce apprend leurs rencontres secrètes, Izou et lui risquent beaucoup.

― Qu'est-ce que tu as à y gagner ?

Il tente de gagner du temps, de comprendre et d'anticiper la prochaine morsure de cette vipère pour l'éviter. Il sait déjà qu'il se pliera à son infâme chantage, mais il veut comprendre les tenants et les aboutissants pour jouer cette danse où chaque pas peut lui prendre le peu qu'il lui reste.

Même s'il se marre intérieurement. Émilia ne se fie qu'aux apparences, mais ses discussions avec Izou l'ont mené vers une conclusion bien différente de la sienne. Il sait que celui qu'il veut protéger se maquillait déjà avant d'atterrir au bordel, qu'il se sent mieux sous des apprêts féminins. Il a déjà compris ce sur quoi celui qu'il aime n'a pas encore mis les mots, mais il s'en fiche bien.

Il aime son âme meurtrie et pourtant brillante, comme un diamant enfermé dans une gangue de charbon. Il se fiche que son corps soit celui d'un homme et son esprit celui d'une femme. Il l'aime et peu importe les détails, rien ne pourra ébranler cette certitude.

― Depuis ton arrivé, monsieur a pris en assurance, au point de me voler des clients. Je n'aime pas ça du tout. Alors je veux qu'il te déteste. Traite-le comme une femme, comme s'il n'est que ce qu'on l'oblige à l'être. Et je ne dirais rien au patron.

Une ombre se glisse à cet instant dans la cuisine. Izou chantonne, perdu dans ses pensées, avant de s'arrêter brusquement quand son regard rêveur tombe sur Émilia. Aussitôt, son visage se referme et perd toute émotion, ou presque. La vie dans ses yeux noirs est revenue et ce n'est pas le genre de choses qu'on peut voiler.

Thatch esquisse un sourire amusé alors qu'il s'approche du prostitué. Comme il l'a déjà vu faire par certains gentlemans, lorsqu'il était encore libre, il saisit sa main et pose délicatement ses lèvres dessus.

― Madame, c'est une plaisir de vous voir.

Une légère coloration rouge s'étale sur les joues démaquillées d'Izou alors que ses yeux s'écarquillent de surprise. Émilia ricane, s'attendant sans doute à une claque, mais elle s'étouffe avec sa propre salive quand le jeune adulte se penche, écarlate, pour poser ses lèvres contre la joue de Thatch, chastement.

Le cuisinier ignore s'il vient de déclencher quelque chose chez celui qui détient son cœur. Mais il sait qu'il a déclenché une crise cardiaque ou presque chez l'autre putain et il s'en réjouit presque.

― Vous deux… éructe-t-elle. Luce va le savoir, je vous jure qu-

― Il le sait déjà, Émilia. Mais j'ai prouvé que notre relation ne nuisait pas à mon travail. J'imagine que tu l'as remarqué ?

Izou relève la tête et Thatch ne le trouve que plus beau avec ce sourire de chat satisfait, même s'il est surpris qu'il ne l'ait pas prévenue que Luce était au courant. Sans nul doute, il a donné encore plus de sa personne pour satisfaire leur patron et que celui-ci passe l'éponge.

La tentenaire quitte la cuisine en quittant la porte, et Izou niche son nez dans le cou de l'adolescent.

― Redis-le moi encore.

― Madame, que vous êtes belle aujourd'hui, lui chuchote-t-il à l'oreille.

Même au fin fond de l'Enfer, les plus belles fleurs peuvent éclore si un soleil arrive à les éclairer.


J'espère que ça vous a plu !

Normalement, un autre chapitre devrait arriver demain, et un mercredi ^^