Lily n'avait pas cours cet après-midi là alors, après avoir déjeuné avec Marlène, elle se trouva une place tranquille dans la bibliothèque pour faire ses devoirs en attendant que l'élève avec laquelle elle avait programmé une séance de tutorat n'arrive. C'était une fille de sa promotion qui était souvent absente et qui lui avait avoué quelques semaines auparavant que ses problèmes de santé l'empêchaient d'assister à tous les cours. Parfois, quand elle ne se sentait pas assez bien pour la rejoindre à la bibliothèque, Lily lui envoyait juste ses notes et l'appelait plus tard pour s'assurer qu'elle avait tout compris.
Elle adorait ces moments où la pluie tombait à verse à l'extérieur et où elle pouvait se caler à une table près des grandes fenêtres pour entendre le clapotis des gouttes contre la vitre pendant qu'elle travaillait. Elle avait toujours trouvé cela particulièrement relaxant, et quand elle termina son tutorat, elle se contenta d'observer le dehors, pensive.
Le campus était un endroit agréable et la faculté était presque collée à la bibliothèque universitaire. Elles étaient simplement séparées de quelques mètres par un espace vert sur lequel étaient dispersées plusieurs tables en bois. D'un côté se trouvait un immense parc dans lequel elle aimait se promener quand elle avait du temps à tuer entre ses cours, et de l'autre, elle pouvait apercevoir le toit du gymnase.
Elle se demanda vaguement si James avait écrit à Dorcas. Il ne lui avait rien dit pendant leurs séances de tutorat et sa camarade de classe ne lui en avait pas reparlé non plus, mais Lily n'en était pas vraiment surprise parce qu'elle l'avait revue au bras de Bertram. Peut-être qu'il avait enfin cessé de se comportement comme un horrible porc. Elle l'espérait fortement, autant pour Dorcas que pour elle.
« Je sais que tu ne veux pas m'écouter mais laisse-moi juste cinq minutes. »
La voix traînante au dessus d'elle la cloua à sa chaise pendant une seconde, et elle eut l'impression soudaine et inattendue que l'on venait de lui renverser un seau d'eau sur la tête. En même temps, ce fut comme si deux mains emprisonnaient son cou, l'empêchant momentanément de prononcer le moindre son, et dans ses veines, son sang s'était transformé en un torrent de glace douloureusement figé.
« Bien, lui dit Severus Rogue en pensant à tort que son mutisme signifiait qu'elle acceptait de lui parler. »
Une fois le choc passé, elle se leva maladroitement de sa chaise qui bascula en arrière, rassembla précipitamment toutes ses affaires qu'elle fourra à la va vite dans son sac, et trottina jusqu'au hall de la bibliothèque pendant qu'il lui intimait de l'attendre.
Elle entendait ses pas s'accorder sur les siens derrière elle, et son cœur taper brutalement contre sa poitrine de la pire des façons. Elle jeta un coup d'oeil à l'horloge de la bibliothèque qui était accrochée au dessus du grand tourniquet d'entrée et retint sa respiration quand elle réalisa que Marlène et Mary étaient toutes les deux toujours en cours. Elle était seule, sa stupide voiture était toujours chez le garagiste, et elle ne voulait pas prendre le bus parce qu'il la suivrait et elle redoutait plus que tout qu'il découvre l'adresse de Mary. Alors, dans un élan de courage qu'elle avait oublié posséder, elle s'arrêta net au milieu de l'espace vert entre le bâtiment de la faculté et celui de la bibliothèque, et se retourna vers lui.
Ce fut si soudain qu'il manqua de la percuter et elle le repoussa des deux mains. La pluie tombait encore à grosses gouttes mais elle la sentait à peine. Elle essuya rageusement une larme de rage au coin de ses yeux et lui envoya un regard si hostile qu'il bafouilla pendant plusieurs secondes.
« Lily, je... Tu ne m'as même pas répondu, je...
- Quand est-ce que tu comprendras, Severus ?! Je. Ne. Veux. Plus. Te. Voir, articula t-elle avec colère. Et ce que tu fais, ça s'appelle du harcèlement.
- Je t'ai accordé du temps ! On ne peut pas arrêter définitivement de se voir à cause d'un malentendu, on se connaît depuis trop longtemps. Je te demande juste de me laisser m'expliquer et tu ne veux pas faire le moindre effort pour essayer d'arranger les choses ! s'indigna t-il.
- Oh c'est tout ? Alors vas-y, je t'écoute, parce que je suis curieuse de savoir comment tu vas justifier tes propos ignobles et ces photos qui passent sur les réseaux sociaux sur lesquelles toi et tes copains participez à des rassemblements à vomir. »
Elle ne se reconnaissait plus. Elle crachait les mots sans même y réfléchir, les laissant dévaler le seuil de ses lèvres comme si elle les avait retenus trop longtemps, comme si Severus, par sa simple présence, réveillait cette part d'elle qui brûlait de colère et la consumait de l'intérieur.
« Ce n'est pas... Je ne voulais pas critiquer Mary personnellement, je...
- Oh ce n'était que pour tous les autres ? Alors tout va bien ! ironisa t-elle en levant les bras en l'air, ignorant les regards soucieux des étudiants qui passaient à côté d'eux.
- Cette photo que tu as mise sur ton profil instagram juste après... Juste après la soirée. Je... »
Lily n'eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour comprendre de laquelle il voulait parler. Quelques jours seulement après sa rupture avec Severus, Mary et Marlène l'avaient entraînée dans un bar où elles avaient bu plus que de raison et où elle avait monté la plus belle vengeance de sa vie grâce à ses deux acolytes.
C'était elle qui avait eu l'idée, et elle n'en était pas peu fière. Elle l'avait soumise à Mary qui avait accepté en riant aux éclats, et une seconde plus tard, après quelques tentatives avortées à cause de leurs gloussements respectifs, Marlène avait pris une photo de ses deux amies en train de s'embrasser.
« Je... ? l'interrogea t-elle en croisant les bras contre sa poitrine.
- Je voulais te dire que je peux quand même continuer à être ami avec toi. »
Il prononça la phrase comme s'il était en train de lui faire une énorme faveur, peu conscient qu'il venait d'attiser un feu qui menaçait déjà de tout brûler autour de lui. Dans son cerveau, tout devint blanc pendant une seconde, puis elle se délesta de son sac qu'elle laissa tomber à ses pieds et se rua sur lui.
Elle eut juste le temps de lui envoyer un coup en plein dans le nez avant de se sentir soulevée et tirée en arrière par une force contre laquelle elle put difficilement lutter. Elle se débattit quand même en ignorant les jurons que poussait Severus et ses demandes incessantes qu'elle se calme.
Elle n'eut aucune idée du temps qu'elle mit à redescendre sur terre, il y eut juste un moment où ses doigts se crispèrent un peu plus sur les deux bras qui l'entouraient au niveau du ventre, et où la voix derrière elle attira son attention plus que son ancien ami qui était en train de battre en retraite. La pluie s'était calmée.
« Je pense que tu devrais partir, mon vieux.
- J'ai compris. C'est bon. C'est bon, j'ai compris, répéta Severus, les deux mains devant lui comme s'il essayait d'apaiser un lion enragé. Je suis désolé Lily. Je... Je suis désolé, conclut-il avant de s'enfuir. »
Elle le regarda s'en aller alors que la colère l'animait encore comme elle ne l'avait jamais animée avant. Ce fut l'un des pires moments de sa vie, quand sa fureur se calma progressivement et qu'elle réalisa qu'elle venait littéralement de sauter à la gorge de celui qui était autrefois son plus grand ami.
« On se détend, Mike Tyson, lui dit le jeune homme derrière elle en desserrant progressivement son étreinte autour d'elle.
- Sirius ?
- Tu es trempée, dit-il en retirant sa veste en cuir pour la poser sur ses épaules. »
Elle ne reconnut pas sa propre voix. Elle tremblait, était plus enrouée que d'ordinaire, et aussi légèrement plus aiguë, et cela la perturba presque autant que de savoir que le meilleur ami de James venait de l'empêcher de refaire le portrait de Severus.
« Tu vas venir avec moi et me raconter à quel point j'aurais dû te laisser démolir la tête de ce sale type, reprit-il en lui faisant un signe de tête vers l'allée de pommiers qui menait vers le gymnase. »
Elle déglutit et acquiesça, mais il lui fallut quelques secondes avant de reprendre ses esprits et de pouvoir lui expliquer, dans les grandes lignes, ce qu'il s'était passé entre Severus et elle. Ils erraient lentement et les mots dévalaient de sa bouche sans qu'elle n'ait besoin de faire le moindre effort pour les laisser sortir et quand elle eut finalement terminé, elle s'excusa.
« Wow, attends Evans. Je viens de voir un match de boxe sans payer ma place ! De quoi tu t'excuses, exactement ? intervint-il avec un sourire en coin.
- Je ne suis pas comme ça normalement, lui confia t-elle. Je suis calme et polie et... Je...
- Ce gars n'a eu que ce qu'il méritait, la coupa t-il. Qu'est-ce qu'il croyait gagner, à venir te traquer jusqu'ici ? Qu'est-ce qu'il fait comme études ?
- Chimie, mais je...
- Oh évidemment, les chimistes sont toujours complètement cintrés, alors que les sportifs... »
Il s'interrompit, ouvrit la porte du gymnase devant elle, et lui lança un regard lourd de sous-entendus quand ils se retrouvèrent tous les deux à l'intérieur.
« … Sont bien foutus et parfaitement sains d'esprit, termina t-il en s'asseyant sur la première marche des gradins et en tapotant la place vide à côté de lui alors qu'elle levait les yeux au ciel. »
Contrairement à la dernière fois, James la remarqua immédiatement, mais cela avait probablement beaucoup à voir avec le sifflement sonore que Sirius émit et qui attira l'attention d'absolument tous les joueurs dans leur direction. Il se contenta de faire un signe de la main à son meilleur ami pendant que les autres levaient les yeux au ciel et soupiraient, irrités d'avoir été interrompus.
Lily, elle, esquissa un sourire gêné. Elle était certaine que Sirius répéterait mots pour mots à James ce qu'elle lui avait confié et qu'il lui décrirait avec exactitude la scène irréelle qui s'était jouée devant ses yeux, et il n'y avait rien à faire pour l'en empêcher. Elle avait la même relation avec les filles, et elle ne voulait même pas se fatiguer à essayer de lui demander de ne pas lui en parler. Elle espérait juste que James garderait en tête que la véritable Lily était celle qu'il voyait pendant leurs séances de tutorat, pas la fille qui laissait sa colère prendre le dessus sur elle.
Ce n'était peut-être pas si important, après tout, elle avait juste défendu des valeurs qui lui importaient, mais elle avait envie qu'il le sache. Elle remarqua à ce moment là que sa main la faisait un peu souffrir. Probablement rien d'anormal quand on s'en servait pour taper dans un nez proéminent.
Elle s'emmitoufla un peu plus dans la veste de Sirius, ignorant les gouttes d'eau qui dévalaient encore de ses cheveux et humidifiaient d'avantage son jean, et puis elle bascula légèrement contre l'épaule du jeune homme qui posa ses yeux surpris sur elle.
« Merci, souffla t-elle en esquissant un sourire un peu triste.
- Ne me remercie pas. S'il était resté une minute de plus, j'aurais commencé à prendre les paris, répliqua t-il, la faisant éclater de rire. »
Elle pensa brièvement à demander à Mary de venir la chercher pendant quelques secondes, et puis Sirius lui tendit l'un de ses écouteurs en lui adressant un sourire qu'elle était certaine qu'elle n'oublierait jamais. Il était à la fois amical et admiratif et si on lui avait dit quelques semaines plus tôt qu'elle serait en train d'écouter les Eagles avec un garçon populaire avec qui elle venait de créer un lien étroit grâce à un accès de violence, elle aurait simplement ri jusqu'à s'en décrocher la mâchoire.
Il replia son genou contre lui et tendit son bras dessus pendant que son autre jambe reposait avec désinvolture sur la marche la plus basse. Sa manche remonta un peu et Lily put apercevoir le début d'un tatouage. Il remarqua son regard et il découvrit aussitôt son bras pour lui montrer le dessin qui s'étendait jusqu'à son coude. Il y avait une longue phrase dans un langage qu'elle ne comprenait pas, et des petits symboles tout autour.
« C'est un truc entre les gars et moi, lui confia t-il avec un sourire espiègle. Ça dit « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises. »
- Vous l'avez tous ? le questionna t-elle, et il éclata de rire avant de répondre.
- Certainement pas. Rémus n'est pas fan des tatouages, Peter dit que le risque d'infection ne vaut pas le coup, et James a peur des aiguilles.
- Il a peur des aiguilles ? répéta t-elle en riant.
- Hmmm. S'il ne t'écoute pas pendant le tutorat, déplie un trombone et menace le avec, tu verras que ça ira beaucoup mieux, lui confia t-il d'un air malin.
- J'ai l'impression que c'est du vécu.
- Disons que j'ai mes méthodes... »
Elle pouffa et reporta son regard sur le terrain sur lequel James et son équipe se démenaient depuis un bon moment. Ils étaient en train de faire des exercices de musculation et cela semblait plus facile pour certains que pour d'autres. James avait l'air de détester cela, et elle entendit Sirius rire à côté d'elle quand il s'effondra au milieu d'une série de pompes.
« Il pourrait tirer de la main gauche pendant un match entier et être quand même le meilleur marqueur, mais les pompes, c'est sa hantise.
- Les pompes et les aiguilles, donc... souffla Lily.
- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu fais une liste, Evans ? Est-ce que tu es en train de préparer ton plan machiavélique pour nous voler nos vinyles ?
- Est-ce que Rémus était obligé d'en parler à tout le monde ?! s'indigna t-elle.
- Ne blâme pas le pauvre garçon, il essaie juste de garder ses colocataires sains et saufs.
- Hé, ce n'est pas moi qui ai fait graver sur mon bras que mes motivations sont obscures.
- « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », Lily, la corrigea t-il. Et ce n'est pas ce que tu penses.
- Ça a l'air très suspect de là où je me tiens, le taquina t-elle.
- Tu es une emmerdeuse Evans, mais je t'aime bien, conclut-il. »
Elle fit mine d'être offusquée et lui donna une petite tape sur l'épaule alors que les dernières notes de Try and love again résonnaient dans son oreille gauche. Quand il se mit à siffloter distraitement sur l'air de la chanson qui suivait, elle se pencha pour ouvrir son sac et récupérer son téléphone portable. Son père lui avait envoyé une photo de M. Podgy en train de dormir sur les genoux de sa mère, et elle sourit en lui tapant un message leur demandant si elle pourrait passer manger avec eux dimanche midi dans l'éventualité où Pétunia ne serait pas là.
Elle ouvrit ensuite son groupe de discussion avec les filles et répondit aux quelques messages avant de leur raconter ce qu'il s'était passé avec Severus. Quand elle eut terminée, elle ouvrit son appareil photo, puis donna un petit coup de coude à Sirius qui esquissa une grimace pile au bon moment. Elle trouva cela profondément injuste qu'il soit quand même terriblement beau. Ces garçons étaient désespérants. Elle l'envoya sur la groupe de discussion et la publia sur instagram en le taguant sous une série de hashtags un peu douteuse qui la fit pouffer.
« #JeJureSolennellementQueNosIntentionsSontMauvaises, vraiment, Evans ? lut il en riant. Est-ce que tu cherches à rendre mes colocataires fous de jalousie ?
- Tu n'auras qu'à leur dire que je ne suis qu'une fille avec qui tu partage un écouteur quand ils ne sont pas disponibles, répondit-elle sur le même ton.
- Ce n'était certainement pas ce que je voulais dire par là, souffla t-il avec un sourire amusé, mais elle était trop occupée à regarder les réponses scandalisées des filles pour l'écouter. »
Marlène : Est-ce qu'il te reste des affaires à lui chez tes parents ou est-ce qu'on a déjà tout brûlé l'été dernier ?
Marlène : Dis-moi que oui. Je veux encore brûler ses trucs.
Mary : Est-ce que tu vas bien Lily ?
Mary : Tu veux que je vienne te chercher ?
Lily : C'est bon, ça va, je suis avec Sirius.
Marlène : Rémus me dit de te dire de dire à Sirius que sa veste te va mieux qu'à lui.
Marlène : Ps : Je viens ce soir parce que je veux te faire un câlin.
Lily tourna légèrement son écran de portable vers le jeune homme à côté d'elle qui poussa une exclamation outrée avant de sortir le sien et d'envoyer un message à son ami. Elle jeta un dernier coup d'oeil vers le groupe de discussion pour voir que les filles lui avaient envoyé plusieurs cœurs. Elle leur répondit de la même façon et rangea de nouveau son téléphone dans son sac.
Elle n'avait même pas remarqué que l'entraînement s'était terminé. Un des garçons de l'équipe adressa un bref signe de main à Sirius qui lui répondit par un clin d'oeil, et Lily le vit le fixer avec insistance jusqu'à ce qu'il ne disparaisse de son champ de vision. James était en train de discuter avec Kingsley de l'autre côté du terrain pendant que ses autres coéquipiers marchaient vers les vestiaires et lorsqu'il eut terminé, il se dirigea vers eux. Ses yeux bruns croisèrent les siens avant de s'arrêter sur Sirius à qui il ébouriffa affectueusement les cheveux.
« Vous traînez ensemble, maintenant ? les questionna t-il.
- Pur hasard, lui répondit mécaniquement Sirius avant de lever la tête quand les filles du volley-ball commencèrent à courir autour du terrain pour s'échauffer.
- Tu pourrais au moins faire semblant de ne pas les fixer, le taquina James.
- Elles font la même chose ! s'indigna Sirius en adressant un petit signe de main à un groupe de filles qui regardaient dans leur direction.
- Je porte ta veste, Sirius. Elles doivent croire que nous sommes ensemble. Ce n'est pas toi qu'elles fixent, lui fit remarquer Lily avant de jeter un coup d'oeil équivoque à James. »
Le concerné se retourna brièvement vers les joueuses de volley-ball qui s'étaient arrêtées de courir pour boire, et l'une d'entre elles lui adressa un sourire radieux qui ennuya un peu Lily... Du moins jusqu'à ce que James ne pose son sac à côté de Sirius, ne fouille dedans pour en sortir son fameux sweat rouge sur lequel figurait le logo de l'équipe, et qu'il ne le lui tende en la fixant droit dans les yeux.
« Mets ça à la place.
- Quel gentleman, se moqua Sirius alors que James lui jetait un coup d'oeil dissuasif.
- Si ça peut rendre service... souffla t-elle en essayant de toutes ses forces d'avoir l'air déçue d'abandonner la veste de Sirius.
- Je vais prendre ma douche. Ne faites rien que je ne ferai pas.
- Il n'y a pas grand chose qu'il ne ferait pas, confia Sirius à Lily quand James eut disparu. »
Ils passèrent les vingt minutes qui suivirent à écouter de la musique tout en regardant les volleyeuses s'entraîner. Lily devait admettre qu'elles avaient un sacré physique. Elles sautaient et couraient partout et étaient si douées qu'elle en oublia rapidement sa première impression. Quand James réapparut, elle ôta l'écouteur de Sirius de son oreille pour le lui rendre et ils entamèrent un mouvement pour quitter tous les trois le gymnase. Arrivés devant la porte, l'une des volleyeuses les arrêta et glissa quelque chose dans la main de Sirius en lui adressant un sourire radieux. Une seconde plus tard, il brandissait le numéro de téléphone d'une certaine Amy.
« Parfait, chantonna t-il. James, tu viens de rencontrer ma future femme.
- Il dit ça à chaque fois, murmura discrètement James à Lily qui marchait à côté de lui. »
Elle pouffa et roula les yeux alors qu'ils avançaient vers le parking. Instinctivement, elle suivit James alors que Sirius se dirigeait vers sa propre voiture dans une allée différente, mais aucun des deux garçons n'eut l'air d'y prêter attention.
« Tu choisis la musique aujourd'hui ? lui proposa t-il en lui lançant un sourire qui lui donna l'impression d'avoir bu un petit peu trop de gin.
- Je peux connecter mon compte Deezer ? »
Il acquiesça et elle lança sa playlist du moment alors qu'ils traversaient la ville. Ils avaient fait la moitié du chemin, discutant de tout et de rien mais profitant principalement de la musique lorsque le téléphone de James, posé sur son support chargeur, sonna en affichant « Manoir ». Elle lui jeta un coup d'œil curieux et le vit froncer les sourcils en décrochant. Il mit le haut parleur et bientôt, une voix féminine parvint aux oreilles de Lily.
« M. Potter ? C'est Greta, pourriez-vous venir maintenant ?
- Est-ce que tout va bien ?
- Votre père refuse de prendre ses médicaments et votre mère est tombée tout à l'heure. J'ai appelé le médecin mais je...
- J'arrive, la coupa t-il avant de raccrocher. »
Ils étaient à un feu rouge et Lily remarqua que ses doigts tapotaient nerveusement le volant et qu'il semblait réfléchir à toute allure. Au bout de quelques secondes, il tourna la tête vers elle.
« Est-ce que ça te dérange si on fait un gros détour ?
- Non, pas du tout, est-ce que ça va ? s'enquit-elle.
- Tu es sûre ? Mes parents habitent du côté de Golders Hill Park, ça fait une quarantaine de minutes en voiture, lui demanda t-il après avoir acquiescé. Je peux te déposer rapidement et repartir ensuite.
- L'appartement se situe littéralement de l'autre côté de Londres, c'est stupide, je viens avec toi. Sauf si... Si tu préfères y aller seul auquel cas tu peux me déposer n'importe où et je trouverai bien un bus.
- Je ne vais pas te lâcher je-ne-sais-où après la journée que tu as passée, nia t-il, et elle lui lança un regard stupéfait.
- Comment est-ce que tu sais que...
- Sirius ne prête jamais ses vêtements, la coupa t-il. La seule fois où je l'ai vu le faire, c'est quand Peter nous a annoncé que ses parents divorçaient. On était dehors, il faisait froid, et il lui a passé son écharpe, expliqua t-il, les yeux rivés sur la route. Est-ce que tu veux m'en parler ?
- Sirius te fera un compte rendu bien assez tôt. Et toi ?
- Moi ? s'étonna t-il.
- Tes parents. Qu'est-ce que... »
Elle s'interrompit et déglutit. Elle n'avait aucune idée de la manière dont elle devait s'y prendre. Elle ne savait pas si elle pouvait poser des questions ou si la limite se trouvait là. Il lui en avait posées sur elle, mais elle avait été trop occupée à être anxieuse à l'idée de faire sa connaissance et celle de ses amis pour faire de même.
« Ils sont malades, déclara t-il d'une voix neutre, et Lily vit son visage se fermer un peu.
- Je suis désolée, je ne voulais pas te...
- Je suppose que je te dois bien ça, la coupa t-il en esquissant un bref sourire. Je suis en train de te faire faire le tour de la ville.
- Tu rigoles ?! C'est moi qui devrais te payer pour la visite, je sors rarement de ce côté là, plaisanta t-elle, et elle s'en réjouit quand il pouffa.
- Ce n'est pas comme si je voulais le cacher, reprit-il plus sérieusement. C'est juste... Je n'en sais rien. Je suppose que je n'ai pas envie que les gens se sentent désolés pour moi.
- On parle toujours de tes parents, n'est-ce pas ? Parce que s'il y a une chose pour laquelle les gens devraient être désolés, c'est d'avantage pour tes cheveux, le taquina t-elle alors qu'ils tournaient dans l'angle d'une grande avenue. »
Il y eut un court silence et elle s'insulta mentalement d'avoir osé faire une blague au moment même où il était en train de commencer à se livrer, et puis il s'arrêta à un nouveau feu rouge, laissa échapper un long soupir, et se tourna vers elle, lui adressant le sourire le plus radieux qu'elle ait vu sur son visage jusque là.
« Redis-moi ça au retour, Lily, et je te jure que j'arrête la voiture sur le premier parking que je trouve et que je... »
Il ne termina pas sa phrase, mais elle vit sa main se crisper un peu plus sur le volant alors qu'il passait l'autre dans ses cheveux noirs, ceux même qu'elle avait délibérément insultés alors qu'ils l'obsédaient depuis le premier jour, et elle sentit une tension insoutenable entre eux à ce moment là, aussi bizarre que cela puisse paraître.
« Que tu me découpes en morceaux et que tu me jettes dans le premier point d'eau que tu trouves ? compléta t-elle en arquant un sourcil.
- Il faut bien nourrir les poissons, répondit-il avec un flegme qui la fit rire. Est-ce que tu peux écrire à Sirius pour lui dire que je ne vais pas rentrer tout de suite ? Dis-lui aussi de ne pas s'inquiéter, que je l'appellerai tout à l'heure. »
Elle hocha la tête et envoya un message au jeune homme sur instagram, et elle remarqua qu'il avait laissé un commentaire sous leur photo sur lequel était juste écrit : Million Dollar Baby, accompagné d'un émoji gant de boxe qui la fit à la fois sourire et soupirer.
« Est-ce que je rajoute un cœur à la fin du message ?
- Un cœur ? répéta t-il en arquant un sourcil.
- Je n'en sais rien, j'ai l'impression que vous avez ce genre de relation, répondit-elle en haussant les épaules.
- Non, bien sûr qu'on a ce genre de relation, confirma t-il aussitôt, je voulais juste dire, un seul cœur ? Est-ce que tu veux qu'il me coupe encore l'eau chaude ? Mets en cinq. »
Elle secoua la tête, pouffa, et rajouta rapidement les cinq cœurs au message qu'elle avait précédemment envoyé à Sirius, précisant avec humour qu'il manquait déjà atrocement à James.
« Alors... A propos de tes parents, reprit-elle après quelques minutes.
- Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Je n'en sais rien, tout ce dont tu es assez à l'aise pour me parler.
- Ma mère a un cancer, sans rentrer dans les détails, le genre qui ne se guérit pas, et mon père a des problèmes de cœur, lui confia t-il avec un détachement qu'elle savait feint. Ils m'ont eu tard, c'était une grossesse à risque, et ils étaient si heureux d'enfin réussir à avoir un enfant qu'ils ont tout fait pour moi. Sirius est arrivé dans la famille plus tard, l'histoire est compliquée, mais ils l'ont élevé au même titre que moi et... »
Elle se rappelait brièvement qu'il lui avait dit qu'il travaillait avec ses parents quand ils s'étaient rencontrés, et elle comprit ce jour là ce qu'il n'avait pas voulu lui confier quand ils n'étaient encore que des étrangers l'un pour l'autre. Il ne travaillait pas avec eux à proprement parlé, il s'occupait d'eux. Il n'y avait aucune chance pour qu'il renonce à se rendre chez eux tous les jours pour les aider à faire le ménage, la cuisine, ou à entretenir le jardin, même si cela signifiait sacrifier son avenir dans l'équipe de basket. Tout prenait sens à présent.
Elle l'écouta parler pendant tout le trajet, lui raconter des histoires sur les combats féministes de sa mère, la façon dont son père l'avait toujours soutenue dans l'ombre, sur l'amour du sport qu'il avait hérité autant d'Euphemia que de Fleamont, puis sur quelques moments où Sirius et lui leur en avaient fait voir de toutes les couleurs, et elle but tant ses paroles qu'elle fut presque déçue quand ils se garèrent devant une grande demeure en briques rouges, jusqu'à ce qu'elle ne réalise qu'elle allait se retrouver en face d'eux.
« Maintenant, je suis intimidée à l'idée de les rencontrer, lui confia t-elle en descendant de la voiture.
- Ne le sois pas, ils adorent recevoir de la visite, la rassura t-il en lui faisant signe de le suivre. »
Il poussa une énorme porte arrondie en bois et ils traversèrent un vaste hall d'entrée dont le motif carrelé lui rappela celui du couloir qui séparait l'appartement des garçons de celui de Mary. Lorsqu'ils eurent atteint le salon dans lequel se trouvaient ses deux parents accompagnés d'une femme d'une trentaine d'années, Lily se stoppa net, soucieuse de leur laisser de l'intimité.
Les parents de James étaient assis l'un à côté de l'autre sur un gros canapé rouge, Lily les reconnut immédiatement grâce à la photo qu'elle avait déjà vue sur l'ordinateur portable de James. Quelques années seulement s'étaient écoulées depuis qu'elle avait été prise, mais la maladie les avait changé et ils paraissaient plus vieux qu'ils ne l'étaient en réalité.
Euphemia tenait une tasse de thé dans sa main alors qu'un livre reposait sur ses genoux. Son air paisible contrastait avec celui inquiet de l'infirmière qui était debout devant eux, les bras croisés contre sa poitrine. Fleamont, lui, regardait un documentaire animalier à la télévision. Il le pointait du doigt en martelant à Greta qu'elle devait absolument se retourner pour voir ces adorables oursons jouer dans la rivière.
Dès qu'ils remarquèrent James, Lily vit leurs visages s'éclairer. Il s'avança vers eux et arriva à leur hauteur au moment où ils se levaient pour l'étreindre chacun leur tour. Euphemia lui tapota la joue et Fleamont tenta vainement de lui aplatir les cheveux en lui reprochant de ne pas utiliser le bon shampooing.
« J'ai amené une amie, leur dit-il en se décalant légèrement pour leur montrer Lily qui leur adressa un timide signe de main du bout de la pièce. C'est Lily.
- Oh c'est la charmante jeune femme qui t'aide avec tes cours ? s'empressa de demander Euphemia avant de se tourner vers Lily quand James acquiesça en enfonçant ses mains dans ses poches. C'est vraiment gentil à vous, ma petite. Prenez donc un gâteau, lui dit-elle avec un sourire bienveillant en lui indiquant une jolie boîte à fleurs remplie de cannelés sur la table basse en bois lustré.
- C'est à Lily qu'elle parlait, intervint Fleamont quand James en fourra un dans sa bouche. Venez donc vous servir, nous les avons fait tout à l'heure, ils sont encore tièdes !
- Merci beaucoup, souffla t-elle lorsque James lui tendit la boîte en souriant. »
La première bouchée la rendit nostalgique. Sa mère adorait les cannelés. Elle en faisait tous les dimanches lorsque Pétunia et elle étaient à l'école primaire, et Lily se rappelait de la divine odeur qui s'échappait de la cuisine alors qu'elle était en train de lire dans le salon.
« Je crois que ce sont les meilleurs que j'ai mangés, les complimenta très honnêtement Lily. Ne répétez pas ça à ma mère si vous la croisez un jour, elle le prendrait très mal. »
Euphemia et Fleamont pouffèrent tous les deux et cela rassura considérablement Lily qui se sentit légèrement plus à l'aise qu'une minute plus tôt.
« Greta m'a dit que tu étais tombée, reprit James en posant les yeux sur sa mère qui était seulement un peu plus petite que lui.
- Greta s'inquiète pour rien, le rassura Euphemia en lui tapotant l'épaule avant de se rasseoir. J'ai juste trébuché en voulant ranger mon bureau et je me suis rattrapée à mon fauteuil.
- Je vous rappelle que Greta est juste ici, intervint la jeune femme avec un sourire mi amusé, mi inquiet, et Euphemia lui lança un regard d'excuse.
- Maman, si je viens tous les jours, c'est pour que tu n'aies plus à fournir ce genre d'effort.
- Tu sais que je n'aime pas que tu perdes ton temps à nettoyer notre propre bazar, lui dit-elle avant de s'arrêter pour se tourner vers Lily et lui intimer de reprendre un cannelé.
- Le docteur doit passer tout à l'heure, glissa Greta à James.
- Et il dira qu'il n'y a aucun problème, leur assura Euphemia. Parlez plutôt de cette tête de mule qui refuse de prendre ses médicaments. »
Elle se tourna vers Fleamont dont l'expression faussement scandalisée fit rire Lily. Aussitôt, Euphemia lui sourit et l'encouragea à prendre un troisième cannelé. James s'empara de la petite boîte de médicaments et l'agita devant son père.
« Tu sais que si tu ne les prends pas, tu ne pourras plus aller faire de moto avec Sirius, n'est-ce pas ? l'interrogea t-il d'un air innocent. »
Lily vit la défaite sur le visage de Fleamont et l'instant d'après, il avalait les pilules non sans avoir bougonné un peu. Greta remercia James d'un simple signe de tête avant de ramasser son sac pour partir voir ses patients suivants, mais Euphemia l'arrêta pour lui fourrer un petit tupperware de cannelés dans les mains avant de lui adresser un signe d'au revoir.
« Asseyez-vous donc, ma petite, dit-elle à Lily en lui indiquant un fauteuil à côté d'elle. Est-ce que je peux vous servir quelque chose à boire ?
- Je vais le faire, ne bouge pas, répondit James avant de disparaître dans une pièce adjacente.
- Tu es au courant que nous pouvons encore nous déplacer, n'est-ce pas ?! s'écria sa mère, à la fois amusée et ennuyée.
- Alors Lily, racontez nous. D'où venez-vous ? l'interrogea Fleamont. »
La conversation commença de cette façon, et ne s'arrêta que des heures et des heures plus tard, après un long, délicieux, et impromptu dîner lors duquel elle apprit à connaître les parents de James autant qu'ils apprirent à la connaître. Ils avaient l'air passionné par tout ce qu'elle disait, autant qu'elle l'était quand ils parlaient, et elle ne remarqua que la nuit était tombée que lorsque James poussa un long bâillement alors qu'ils prenaient le thé dans le salon.
« Si on ne décolle pas dans les cinq minutes, je vais m'endormir, les informa t-il en se frottant les yeux.
- Oh déjà ?
- Maman, il est presque vingt-deux heures et Lily et moi étions censés travailler, lui dit-il en se levant.
- Très bien, très bien, je vous laisse vous en aller, mais prenez des cannelés pour la route. Et donnez-en aux garçons !
- Ce fut un immense plaisir, ma chère Lily, lui dit Fleamont en lui donnant un accolade juste après Euphemia.
- Pour moi aussi, répondit-elle en leur adressant un sourire poli. Merci pour les gâteaux et pour le dîner. Pour la discussion aussi. J'ai passé un très bon moment.
- N'hésite pas à la ramener par ici, ajouta t-elle en étreignant son fils. »
James roula les yeux, leur intima une dernière fois de ne pas entreprendre de faire le ménage quand il aurait le dos tourné, et le cœur de Lily manqua un battement quand il l'attrapa par la main pour la guider vers l'extérieur.
Elle ne s'attendait pas à cela. Elle ne s'attendait pas du tout à cela. Elle ne s'était attendue à absolument aucun moment de cette journée. Elle n'avait pas pensé, en prenant son petit déjeuner dans l'appartement de Mary le matin même, qu'elle verrait Severus, ni qu'elle lui mettrait un crochet du droit et que Sirius la féliciterait pour la beauté du geste dans tous les sens du terme. Elle grimaça un peu à cette pensée qui réveilla la faible douleur dans ses jointures.
Elle avait encore moins pensé qu'elle finirait à des kilomètres de chez elle, dans la charmante maison des parents de James, avec son sweat sur le dos, et qu'elle s'entendrait si bien avec Euphemia et Fleamont qu'elle avait même songé à leur proposer de revenir les voir un autre jour avant de réaliser que c'était probablement un peu étrange.
« Je suis désolé. Je ne pensais pas qu'ils nous garderaient en otage aussi longtemps, déclara t-il quand il eut refermé la lourde porte en bois derrière eux.
- J'espère que tu rigoles. J'ai créé plus de lien avec tes parents en quelques heures qu'avec mes camarades de classe en trois mois, répondit-elle mi amusée, mi penaude, et son rire lui fit oublier les fâcheux événements de l'après-midi. Tu veux que je prenne le volant ? Tu as l'air exténué.
- Ça ne te dérange pas ?
- J'adore conduire. Donne moi tes clés, Potter, lui ordonna t-elle en lâchant sa main pour agiter ses doigts devant lui.
- Merci, soupira t-il lorsqu'ils furent installés dans la voiture. Tu sais quand la tienne sera réparée ?
- Pourquoi ? Tu en as marre de me ramener presque tous les jours ?
- Au contraire, lui dit-il en lui lançant un sourire espiègle, je veux me préparer mentalement pour le moment où je ne t'aurais plus avec moi.
- Est-ce que tu es en train de me dire que les trajets en voiture avec moi vont te manquer ? le taquina t-elle en lui rendant son sourire.
- Toi non. Ta musique, oui, la provoqua t-il délibérément alors que sa playlist Deezer reprenait là où ils l'avaient abandonnée. »
Lily leva les yeux au ciel, un sourire toujours figé sur son visage alors qu'elle lançait le GPS, et bientôt, la voiture filait à toute allure en direction de Londres.
