« Ouuuh... On stalke aujourd'hui ? J'adoooore ! s'exclama Marlène. »
Lily sursauta et verrouilla son téléphone portable par un ridicule réflexe qui fit rire la jeune femme blonde derrière le canapé. Ses genoux étaient repliés contre elle alors qu'elle avait passé les dix dernières minutes à faire défiler les publications Instagram de James sans vraiment savoir ce qu'elle cherchait.
Elle soupira alors que Marlène s'asseyait à côté d'elle. Mary dormait encore malgré l'heure tardive et Lily avait hésité pendant une bonne partie de la nuit à aller se glisser sous ses couvertures ou sous celles de Marlène qui avait squatté le canapé. Elle avait besoin de compagnie, et par dessus tout, elle avait besoin d'arrêter de penser.
« Je suis étonnée que tu ne sois pas allée dormir en face cette nuit, dit-elle à Marlène avec un faible sourire.
- Oh non tu ne vas pas t'en tirer comme ça, Evans. Montre moi ces photos, il n'y a pas de raison que tu en profites toute seule, répondit-elle en tapotant le portable de la jeune femme rousse avec son index.
- Ce n'est pas ce que tu crois, se défendit-elle. Je... J'essayais juste d'apprendre à le connaître un peu mieux.
- Évidemment. Et j'imagine que c'était aussi ce que tu faisais hier soir quand tu matais son postérieur.
- Je n'ai pas maté son postérieur ! protesta t-elle en esquissant une moue boudeuse. Du moins pas plus que toutes les autres parties de son corps, termina t-elle, faisant rire Marlène. »
Elle déverrouilla son téléphone et elle fit défiler ses photos sur son écran. Il était avec les garçons sur la plupart, seul de temps en temps, avec des filles qu'elle ne connaissait pas trop souvent à son goût. Emmeline était sur plusieurs d'entre elles.
« Rémus me disait hier soir que c'est l'ex petite-amie de Peter, comme une cousine pour eux, précisa Marlène comme si elle lisait en elle comme dans un livre ouvert.
- Elle avait l'air chouette.
- Lily...
- Non, sincèrement, insista t-elle.
- Je sais, affirma Marlène, tu fais tout le temps ça. Tu es gentille et admirative des autres et tu crois qu'en comparaison, personne ne te voit mais crois-moi, je te vois, et il te voit aussi, termina t-elle en faisant un signe de tête vers la photo de James et Emmeline sur son portable. »
Elle déglutit et se frotta pensivement le front avant de passer sa main dans ses cheveux roux, songeant sérieusement à se les arracher parce qu'elle ne savait pas comment exprimer l'angoisse qui grandissait en elle.
« Il faut que j'aille m'habiller. Je mange chez mes parents ce midi, reprit-elle un peu soudainement en se levant du canapé.
- Lily, chérie, j'ai vu la façon dont il te regardait hier et...
- Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas imaginer ne serait-ce qu'une seconde que je me fiche qu'il me regarde ? la coupa t-elle abruptement. Je... Je ne veux même pas qu'il le fasse je veux juste... Laisse tomber. »
Elle avait été si froide, si étrangère à elle-même tout à coup que Marlène resta figée dans le canapé alors que Lily se dirigeait vers la salle de bain. Elle s'en voulut dès qu'elle ferma la porte derrière elle. Elle s'y adossa et laissa échapper un nouveau soupir avant de s'appuyer sur le lavabo et de s'éclabousser le visage d'eau froide.
Elle s'observa brièvement dans le miroir et elle détesta la peur qu'elle vit dans son regard. Le sentiment était à la fois familier et complètement inédit. En tout cas, il n'était pas le bienvenu. Elle n'avait jamais trop su gérer la peur, encore moins quand elle prenait cette forme.
C'était trop tôt. Trop tôt, se répéta t-elle sans quitter son reflet des yeux. Elle voyait encore l'ombre de Severus par dessus son épaule. Il n'y avait qu'une raison à cela : Elle traînait encore derrière elle les lourdes conséquences que leur histoire avait eu sur elle et elle se demandait si elle serait un jour capable de s'en débarrasser. Comment guérissait-on d'une relation toxique ?
La blessure cicatrisait-elle un jour ? Ou restait-elle passivement ouverte au cas où quelqu'un passerait pour la creuser encore plus profondément ? Elle se vit ravaler ses larmes dans le miroir et elle s'empressa de se glisser sous la douche, incapable de se faire face plus longtemps. Elle n'avait pas besoin de se voir faible.
Elle avait besoin de s'en remettre, d'être sa propre héroïne, de se rappeler qu'elle était la seule à pouvoir se sauver. Elle pouvait compter sur ses amies, mais elle ne devait jamais, jamais se laisser croire qu'elle était ce stupide reflet triste et tremblant dans le miroir, comme un lapereau hors du nid. Elle n'était pas un lapereau. Elle était une biche. Une grande, une majestueuse, une puissante et impétueuse biche.
« Tu es meilleure que ça, souffla t-elle pour elle-même. »
Ne jamais s'arrêter. C'était le secret. Redire les mots, une fois, deux fois, trois fois, cinquante fois, autant de fois qu'il le fallait pour les imprimer. C'était un combat contre elle-même, l'un de ceux que l'on n'est pas certain de gagner un jour. Elle ne voulait pas que James la regarde. Elle ne voulait pas son attention. Elle ne voulait pas se mettre dans une situation où ils deviendraient trop proches, où il pourrait l'atteindre. Elle ne voulait pas lui donner l'occasion de la toucher une seconde fois là où elle avait déjà été touchée.
Et paradoxalement... Paradoxalement, elle entretenait tout ce qu'elle craignait. Elle rêvait de tout ce qu'elle craignait. Elle voulait l'attention et la proximité. Elle voulait retrouver la force de s'élancer. Elle aimait les moments qu'elle passait avec lui. Elle aimait l'extraordinaire façon qu'il avait de lui faire sentir qu'elle était la personne la plus brillante qu'il ait jamais rencontré. Elle avait discuté avec ses parents, elle savait que c'était faux, et pourtant...
Quand elle lui parlait de littérature, il la regardait comme s'il n'avait jamais entendu quelqu'un d'autre prononcer des mots avant et c'était terrifiant. Ça l'était d'autant plus quand elle s'arrêtait pour y réfléchir parce qu'à chaque fois qu'il posait des yeux admiratifs sur elle, elle défaillait un peu plus. Elle pouvait repousser l'idée autant qu'elle le voulait, c'était un fait. Il la rendait nerveuse. Elle espérait le rendre nerveux, et en même temps elle ne le voulait pas. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ?
Quand elle émergea de la salle de bain dans un nuage de buée, une serviette nouée autour de ses cheveux roux, elle fut soulagée de constater que Marlène était encore là. Elle regardait la télévision tout en jouant sur son téléphone portable, et lorsque Lily croisa son regard azur, elle lui adressa une grimace navrée.
« Excuse-moi. J'ai été nulle, souffla t-elle.
- Non, Lily, c'est moi, réfuta aussitôt Marlène en se redressant sur le canapé. C'était stupide, je... Je n'ai même pas grand chose à dire pour ma défense.
- C'est moi qui suis stupide, la corrigea t-elle. J'ai... Je ne crois pas être prête pour tout ça.
- Tu n'es pas stupide, et peu importe la direction que tu veux prendre, tu sais que je serai toujours à tes côtés, n'est-ce pas ? lui demanda son amie avant de poursuivre quand elle acquiesça avec un sourire. Maintenant, est-ce que tu veux que je te dépose chez tes parents ?
Lily hocha la tête et disparut une nouvelle fois dans la salle de bain pour se coiffer pendant que Marlène griffonnait un petit mot à Mary. Une dizaine de minutes plus tard, elles étaient dans la voiture de Marlène à écouter de la pop en chantant à tue tête comme si rien ne s'était passé. Leur amitié n'avait jamais souffert de leurs disputes. Elles savaient passer l'éponge dessus comme personne d'autre.
Elles se quittèrent devant chez les Evans et bientôt, Lily sentit un nouveau malaise l'envahir. Elle aimait la maison de son enfance, mais les derniers souvenirs qu'elle y avait n'étaient pas les meilleurs. Elle avait passé le plus de temps possible à la fuir ces derniers temps malgré le fait que deux des personnes les plus importantes de sa vie y résidaient. Dès qu'elle mit les pieds chez elle et que son père l'enlaça en la saluant chaleureusement, le stress retomba un peu. Cela faisait trop longtemps qu'elle ne l'avait pas vu pour qu'elle ne s'autorise à songer à tous les problèmes relationnels qu'ils avaient.
« Je suis contente de t'avoir ici ma puce, lui confia sa mère. Ce n'est pas la même chose de se parler au téléphone.
- Bien sûr maman, mais avec Pétunia...
- Tu sais que nous pouvons vous aider, Mary et toi, avec le loyer de l'appartement, n'est-ce pas ?
- Tu me l'as déjà proposé au moins trois fois, lui répondit Lily en souriant. Mary refuse. Je paye les courses et elle ne veut pas que je touche au loyer, tu sais comment elle est des fois... Et ce n'est pas la peine de me proposer de revenir vivre ici non plus, nous savons tous les trois que ça ne fonctionne plus.
- Lily, si c'est juste à propos de ta sœur...
- Pétunia et Vernon vont se marier, lui annonça son père de but en blanc en mettant la table. »
Lily cligna des yeux plusieurs fois, debout au milieu de la salle à manger, elle devait avoir l'air d'un poisson hors de l'eau. Elle jeta un coup d'oeil vers sa mère qui grimaça pour toute réponse à la question qu'elle n'avait pas besoin de prononcer.
« Je préférai arracher le pansement rapidement, dit-il à sa femme en haussant les épaules alors qu'elle lui lançait un regard lourds de reproches.
- Tu étais sérieux ?
- Il était très sérieux, confirma Rose. Ce sera au printemps et...
- Peu importe, je ne serai pas conviée.
- Lily...
- Ils ne me veulent pas là bas et je ne veux pas vraiment y aller non plus.
- Ce n'est que dans plusieurs mois, qui sait comment la situation aura évoluée ?
- Je ne pense pas que Vernon Dursley devienne soudainement sympathique, maman, pointa Lily et son père approuva d'un signe de tête discret derrière Rose. »
Il transforma un léger rire en toux, et bizarrement, l'atmosphère s'allégea considérablement après cette conversation. Ils discutèrent de la fac, des livres qu'elle étudiait en ce moment, et des nouvelles des quelques membres de la famille qu'elle n'avait pas vus depuis l'année précédente, et pendant l'espace de quelques heures, elle eut l'impression que tout était redevenu aussi simple que quand elle n'était encore qu'une enfant.
Ils se promenèrent dans le parc à côté de chez eux et elle écouta son père lui raconter toutes les histoires qu'elle avait déjà entendu cent fois sur son enfance et le temps qu'il passait ici avec ses parents. Elle n'en avait jamais assez. Elle pouvait presque les réciter de mémoire, mais il ajoutait régulièrement un détail qu'elle n'avait jamais entendu et d'une manière ou d'une autre, elle finissait toujours par être passionnée par ses mots.
Il y avait un moment où elle en avait voulu à l'un et à l'autre, de ne pas être capable de faire fonctionner leur mariage et de la rendre malheureuse, mais ces derniers temps, à chaque fois qu'elle se trouvait en leur compagnie, elle se demandait s'ils n'étaient pas plus tristes ensemble qu'ils le seraient séparément. Elle évita d'en parler, comme toujours, et elle se concentra sur les histoires de son père.
L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'elle vit l'écran de son portable s'allumer sur la table du salon. Elle s'en saisit et constata qu'elle avait un message de Dorcas qui lui proposait qu'elles déjeunent ensemble le lendemain, et un autre de Mary lui demandant si elle avait besoin d'un chauffeur pour venir la chercher. Elle répondit positivement aux deux propositions, et soupira en se tournant vers ses parents.
« Est-ce que vous avez une idée du temps que le garagiste va mettre à réparer ma voiture ? »
Ils se jetèrent un coup d'oeil équivoque que Lily ne manqua pas. Ils étaient amis avec le mécanicien du coin depuis des années alors, naturellement, elle lui avait confié sa voiture en sachant qu'il ferait tout ce qu'il pourrait. Compte tenu de la tête que faisaient ses parents, l'heure du décès avait été prononcée. Elle les fixa d'un air incrédule puis soupira lourdement.
« Sérieusement ? Elle est complètement fichue ?
- C'est le moteur, lui apprit sa mère. Rick dit que ça te coûterait moins cher d'en racheter une nouvelle.
- Parfait, souffla Lily en grimaçant. Ce n'est pas grave. Le bus est plus écologique. »
Elle n'avait pas l'argent nécessaire pour se racheter une voiture maintenant et tant pis s'il fallait qu'elle affronte le monde extérieur tous les matins. Elle n'aurait qu'à enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles et compter sur ses chansons préférées pour l'emmener à l'université sans encombre.
Elle décida de ne pas s'attarder sur cette mauvaise nouvelle, et entreprit d'aider sa mère à faire ses muffins préférés en attendant Mary. Ils sortaient tout juste du four lorsqu'elle entendit la voiture se garer devant la maison, et elle s'empressa de les fourrer dans une boîte, criant « J'arrive ! » lorsque l'on frappa à la porte. Elle ne s'attendait pas à retrouver James au milieu du salon à peine deux minutes plus tard, et encore moins à le voir rire avec son père.
« Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna t-elle en restant figée à l'entrée de la cuisine.
- Mary et Sirius sont en train de faire un beer pong contre Peter et Rémus et elle ne voulait pas abandonner la partie alors elle m'a envoyé, lui expliqua t-il en haussant les épaules avant de se tourner vers Rose et de la saluer poliment.
- Est-ce qu'ils n'ont pas tous assez bu hier ? l'interrogea t-elle en arquant un sourcil, ce à quoi il répondit par un rire approbateur, et elle pivota également vers sa mère. C'est James, notre voisin, lui dit-elle. »
Elle leva les yeux au ciel lorsque sa mère lui jeta un rapide regard espiègle avant de le saluer chaleureusement. Bien sûr qu'elle avait remarqué qu'il était à couper le souffle et que sa fille était absolument pressée de le voir sortir de cette maison avant que les questions gênantes ne commencent à pleuvoir.
« Bon, je suis désolée, mais Mary m'attend. Bonne semaine à vous deux. »
Elle enlaça brièvement ses parents, attrapa James par le bras, et fonça vers la porte, soulagée quand elle l'eut refermée derrière eux. Il lui lança un curieux regard auquel elle ne répondit que lorsqu'ils furent assis dans sa voiture et qu'elle eut posé la boîte de muffins à l'arrière.
« Crois-moi, tu ne veux pas être mêlé à ça, lui dit-elle.
- Ils ont l'air sympa.
- Ils le sont. Séparément, en tout cas. Mais ce n'est pas le problème. De quoi est-ce que vous étiez en train de rire, mon père et toi ?
- Il me montrait la photo de toi qui est sur la cheminée, répondit-il avec un sourire narquois en mettant le contact.
- Sérieusement ? Est-ce qu'il ne pouvait pas attendre plus d'une minute avant de m'humilier ? bougonna t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine. »
Son rire la détendit légèrement, mais elle se promit d'envoyer un message à son père dans la soirée pour lui dire que cette photo d'elle après une chute à la montagne, face contre neige, devait disparaître. Tout comme d'autres qui étaient bien pires et qui, fort heureusement, étaient bien cachées dans les vieux albums photos du grenier.
« Tu es partie tôt hier, lui fit-il remarquer.
- Je sais, soupira t-elle. Ma semaine a été assez intense, j'étais fatiguée et je ne voulais pas gâcher la fête d'anniversaire de Peter. »
Il hocha mécaniquement la tête, les yeux rivés sur la route devant lui, il avait l'air un peu ailleurs. Cornelia Street de Taylor Swift passait à la radio et Lily surprit James à fredonner. Cela lui rappela une brève discussion avec Peter et elle se mit à sourire.
« Tu as définitivement déjà écouté cette chanson avant. Tu connais les paroles, lui fit-elle remarquer sur un ton espiègle.
- Ne le dis pas aux autres sinon je vais en entendre parler pendant des mois.
- Peter m'a dit l'exacte même chose quand je l'ai surpris à siffler Shake it off dans la cuisine l'autre jour, s'amusa t-elle.
- Peter n'a pas sifflé Shake it off, nia t-il sur un ton incrédule en tournant rapidement la tête vers elle pour voir si elle était sérieuse.
- Oh que si, confirma t-elle, je reconnais du Taylor Swift lorsque j'en entends. »
Il lâcha un rire, reporta son regard sur la route, et le silence les enveloppa de nouveau brièvement. Elle observait le paysage par la vitre avec un sentiment étrange. Il y avait comme un malaise, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
« Au fait, merci d'avoir accepté de venir me chercher. Je suis désolée que Mary t'ait envoyé.
- Je me suis proposé à vrai dire. lui avoua t-il en s'arrêtant à un feu, tapotant son volant en rythme avec la musique. je voulais te parler de quelque chose hier soir, mais tu es partie peu après la partie de billard puis Emmeline est arrivée et j'ai complètement oublié de... Bref, s'interrompit-il. »
Ce n'était pas son imagination qui lui jouait des tours. Il y avait vraiment quelque chose qui n'allait pas, et elle sentit l'angoisse commencer à monter. Elle s'imaginait tout et n'importe quoi sans toutefois avoir une idée de ce qu'il allait réellement lui dire. Est-ce qu'il avait réalisé qu'ils passaient beaucoup trop de temps ensemble pour des gens qui ne se connaissaient pas quelques semaines plus tôt ? Est-ce qu'il avait quelque chose à redire par rapport à leur tutorat ? Est-ce qu'il préférait qu'ils s'en tiennent à une relation strictement professionnelle plutôt que de laisser s'épanouir l'amitié qu'ils commençaient à construire ?
Ce n'était pas comme s'ils avaient énormément échangé, il y avait tellement de choses basiques qu'elle ne savait pas sur lui... Elle n'arrivait même pas à comprendre comment elle pouvait passer autant de temps avec lui et ne même pas connaître sa couleur préférée. Et pourtant, elle avait envahi sa vie autant qu'il avait envahi la sienne. Ses amies traînaient avec les siens et elle s'entendait très bien avec les garçons. Est-ce que c'était trop pour lui ?
« L'équipe de basket de Newcastle organise un stage de recrutement et de formation pour les futurs joueurs, et pour les nouveaux entraîneurs et coachs de leurs équipes de jeunes. Les deux postes m'intéressent, j'y ai postulé cet été et je pensais que je n'aurais plus de nouvelle, mais Kingsley a reçu un appel du recruteur il y a quelques jours disant qu'il voulait me voir là bas, lui annonça t-il sur un ton qu'elle trouva bien monocorde compte tenu de la bonne nouvelle.
- C'est génial ! le félicita t-elle avec un entrain qu'il ne sembla même pas remarquer. Quand est-ce que tu pars ?
- La semaine prochaine, répondit-il, le visage toujours impassible. Le stage dure un mois. »
L'enthousiasme de Lily retomba légèrement. Newcastle se trouvait à l'autre bout du pays et il était évident que James n'allait pas rester habiter dans l'appartement d'en face. Elle était contente pour lui, mais elle savait qu'elle n'aurait pas dû ressentir cette infime détresse à l'idée de le voir s'en aller, et la culpabilité l'empêcha de prononcer le moindre mot.
« Kinglsey en a parlé avec le doyen de l'université ainsi qu'avec la responsable de la promotion de littérature et ils sont tous les deux tombés d'accord sur le fait que c'est une opportunité à côté de laquelle je ne peux pas passer, continua t-il. Je t'avoue que je n'avais pas tellement envie de laisser mes parents pendant un mois, mais ils m'ont menacé de changer les serrures si je n'y allais pas, et les garçons m'ont assuré qu'ils passeraient tous les jours en plus de l'infirmière.
- Je peux y aller aussi, je n'aurais qu'à emprunter la voiture de Mary, proposa t-elle. »
Les mots avaient dévalé le seuil de ses lèvres sans qu'elle n'ait pu les retenir, et elle ne réalisa qu'une fois qu'ils avaient tous été prononcés que la suggestion était peut-être inappropriée. Elle ouvrit la bouche pour essayer de rattraper le coup, mais elle se stoppa net quand elle le vit sourire pour la première fois depuis qu'il avait évoqué le stage.
« Ils seraient certainement ravis de te revoir, déclara t-il, et il y avait quelque chose d'espiègle dans ses yeux, comme s'il pensait à une blague particulièrement drôle qu'il n'avait toutefois pas l'air de vouloir partager.
- Et pour le tutorat ? demanda t-elle finalement.
- Je pensais qu'on pourrait continuer par téléphone, ou en visioconférence ? Si tu es d'accord avec ça, lui dit-il en jetant un rapide coup d'œil dans sa direction avant de tourner dans l'angle de la rue où se trouvait leur appartement. Si tu ne veux pas, le professeur McGonagall était prête à m'envoyer exceptionnellement les cours juste pour la durée du stage, mais je lui ai dit que je préférais continuer avec toi si tu... Si c'était bon pour toi.
- Tu as osé rembarrer McGonagall ? lui demanda t-elle en riant.
- Elle savait dès notre premier rendez-vous que ce serait platonique entre nous, répondit-il en haussant les épaules, la faisant pouffer de plus belle. Alors ?
- Ça me va, affirma t-elle en esquissant un sourire qu'il lui rendit. »
Elle était soulagée quand ils se garèrent dans le parking, même si une désagréable sensation au creux de son ventre persistait à la simple idée qu'il puisse ne plus être à un pas de chez elle, et qu'ils ne rentrent plus ensemble le soir. Quelque chose dans le fait de ne plus l'avoir physiquement près d'elle la rendait nauséeuse.
« Tu veux connaître la deuxième bonne nouvelle ? la questionna t-il juste après qu'ils aient tous les deux claqué les portières de la voiture noire.
- Il y en a une deuxième ? s'enquit-elle, et son cœur bondit dans sa poitrine quand il lui accorda un nouveau sourire.
- Je pars en train, et ma voiture déteste la solitude, lui dit-il en secouant ses clés devant son visage. »
Elle lui jeta un regard incrédule qui le fit rire alors qu'ils pénétraient dans l'ascenseur et elle continua à l'observer comme la folle qu'elle était avant de secouer la tête.
« Je ne peux pas prendre ta voiture ! protesta t-elle.
- Pourquoi pas ?
- Et si je la raye ou que je fonce dans... Je ne sais pas, un poteau ?
- Tu ne la rayeras pas, réfuta t-il en roulant des yeux, et si toutefois tu fonçais dans un poteau, je serais plus inquiet pour toi que pour elle. »
Il y avait des moments comme celui-ci qu'elle aurait voulu enregistrer pour pouvoir les réécouter plus tard parce qu'elle était certaine que cette dernière phrase ferait des miracles quand son anxiété viendrait la narguer... Ce qui était fortement stupide parce qu'il n'avait rien fait d'autre que de statuer que les dégâts matériels étaient mineurs, mais après tout, elle n'avait été habituée qu'aux mots doux de Severus Rogue et il n'avait jamais été connu pour être un grand romantique.
« Et si ce sont les éventuelles réparations d'un accident hypothétique qui t'inquiètent, j'aurais de quoi les payer alors ne t'en fais pas pour ça, continua t-il.
- Je m'en fais pour ça, insista t-elle en lui jetant un rapide regard avant de réaliser qu'aucun d'eux n'avait appuyé sur le bouton du troisième étage.
- Si tu ne la prends pas, elle va juste rester là, dans ce parking triste et sombre, déclara t-il sur un ton faussement abattu en appuyant sur le bouton comme s'il avait lu dans son esprit.
- Les garçons pourraient en avoir besoin.
- Ils ont déjà chacun la leur. Ce serait stupide que tu ne la prennes pas. Au moins jusqu'à ce que tu puisses récupérer la tienne.
- Je ne risque pas de la récupérer, le moteur est en miettes, marmonna t-elle.
- Oh bon sang, Lily, je te jure que tu vas me rendre dingue, répliqua t-il sur un ton un peu autoritaire en la regardant droit dans les yeux et elle eut l'impression que son corps était tranquillement en train de prendre feu devant lui. Je te laisserai les clés vendredi. »
