« J'ai des doutes sur cette histoire d'amour dénué de tout intérêt, commenta James en tapant sur son clavier pour mettre un point final à la dernière phrase qu'il avait écrite.

- Comment peux-tu avoir un doute là dessus ?! s'exclama Lily, passablement scandalisée.

- Parce que... commença James avant de soupirer et de s'enfoncer un peu plus dans sa chaise. Je ne sais pas, j'ai l'impression qu'elle tombe amoureuse de Pemberley avant de tomber amoureuse de Darcy.

- Oh alors tu crois qu'elle commence à l'aimer seulement quand elle découvre où il vit ? le questionna t-elle en arquant un sourcil. Sérieusement, James ? On va vraiment partir sur un débat sur la prétendue cupidité des femmes ?

- Ce n'était clairement pas là où je voulais en venir, réfuta t-il aussitôt. »

C'était la quatrième fois qu'il verbalisait des interrogations sur leur leçon ce soir là alors qu'ils l'avaient terminée, et Lily commençait à le suspecter de faire traîner leur dernier tutorat. Elle aurait aimé ne pas se laisser aller à espérer que c'était exactement ce qu'il faisait, mais c'était comme s'il n'essayait même plus de se cacher quand il évoqua ce point là de l'histoire qui était pour elle sans équivoque.

« Je sais qu'Elizabeth aime Darcy, c'est clair, reprit-il, mais pour moi, il y a une part d'intérêt là dedans.

- Est-ce que tu cherches à me gâcher mon roman préféré ? le questionna t-elle en croisant ses bras contre sa poitrine.

- Non, sérieusement Lily, répondit-il en laissant échapper un rire. Il est clair que Lizzie est une femme intelligente et je... il s'interrompit en la voyant lever les yeux au ciel et ouvrir la bouche pour protester. Je sais ce que tu vas dire, mais laisse moi terminer. »

Elle demeura muette et lui lança un regard de défi. Elle l'attendait au tournant et il avait beau être à couper le souffle à ce moment précis, elle allait n'en faire qu'une bouchée.

« Je dis juste qu'une fois qu'elle commence à bien aimer Darcy, elle sait clairement que le domaine de Pemberley est un bonus. Et je sais, je sais, insista t-il comme s'il s'attendait à ce qu'elle le contredise sur ce point précis, qu'elle ne l'aurait pas épousé si elle ne l'aimait pas. Je dis juste que Pemberley a clairement aidé notre bon vieux Darcy dans l'affaire.

- Tu me dégoûtes, souffla t-elle simplement en secouant la tête d'un air désapprobateur avant de se lever de sa chaise pour aller se servir à boire pendant qu'il riait.

- Oh allez Lily, tu peux admettre que le passage où elle découvre Pemberley est crucial.

- Lizzie n'est pas ce genre de fille, réfuta t-elle en secouant la tête.

- Je ne dis pas qu'elle est avare, je dis juste...

- Qu'elle est avare, mais amoureuse, termina t-elle en lui lançant un regard mauvais. Qu'est-ce que tu veux boire ?

- La même chose que toi, du moment que tu ne mets pas de cyanure dedans.

- Un chocolat chaud sans cyanure, donc ?

- Parfait, répondit-il en fermant l'écran de son ordinateur. »

Elle n'avait même pas besoin de se retourner pour voir le sourire sur son visage. Les séances de tutorat s'étaient éternisées ces derniers jours, comme s'ils essayaient l'un comme l'autre de grappiller plus de temps sur les derniers moments qu'ils pouvaient passer ensemble avant qu'il ne parte. Ce n'était pas comme s'il ne reviendrait jamais. Il ne restait à Newcastle qu'un mois, mais plus la fin de la semaine s'était approchée, et plus l'idée de ne pas le voir pendant trente jours lui avait semblé invraisemblable.

Elle savait qu'elle était dramatique. Elle l'aurait au téléphone régulièrement pour poursuivre les explications sur les cours qu'elle lui enverrait en avance afin qu'il puisse suivre plus facilement, mais ce ne serait pas pareil. Il ne serait plus là, derrière la porte d'en face, ou dans le gymnase d'à côté, et elle détestait le fait d'y penser autant.

Elle avait dit à Marlène qu'elle n'était pas prête à accepter une nouvelle relation dans sa vie, et cette affirmation était toujours d'actualité, mais ses raisons lui semblaient bien obscures quand il était là. Aussi claires qu'elles l'étaient quand il n'était pas là. Parfois, elle se disait qu'elle romançait trop leur relation et que pour lui, elle n'était probablement que la fille d'à côté qui l'aidait avec ses cours, mais elle ne pouvait simplement pas s'arrêter de douter de ses intentions.

« La maison de tes parents est super belle, donc si je suis ton raisonnement, tes petites-amies étaient toutes cupides mais amoureuses, c'est ça ?

- Toutes ? l'interrogea t-il, mi amusé, mi ennuyé. Je suis curieux d'avoir ton estimation sur le nombre en question.

- Je n'en sais rien, capitaine, répondit-elle en versant du lait dans l'une des tasses qu'elle avait sortie, je tablerais au moins sur cinq ou six. Peu importe, à vrai dire, je ne veux même pas savoir, j'essaie juste de retourner ton raisonnement contre toi.

- Essaie-toujours, Evans. Je ne sors pas avec des filles. »

Elle renversa un peu de lait sur la table et poussa un juron avant de s'emparer rapidement d'une éponge. Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ? Est-ce qu'elle avait mal lu les signes ? Son cerveau était au bord de la surchauffe quand elle pivota pour poser les tasses dans le micro-onde en priant pour qu'il ne lui lance pas une nouvelle bombe à la figure parce qu'elle savait que cette fois, elle devrait repayer de la vaisselle à Mary.

« Qu'est-ce que tu veux dire par là ? reprit-elle, un peu prise au dépourvue.

- Lily, je ne suis pas en train de te faire mon coming-out, expliqua t-il après avoir pouffé.

- Quoi ?

- J'essayais juste de te dire que je ne sors avec personne. Je n'ai jamais rien eu de sérieux avant. »

Avant ? Avant quoi ? Pourquoi est-ce qu'il ne disait jamais clairement les choses ? Ou était-ce elle qui ne le comprenait jamais ? Elle déglutit et sursauta quand le « ding » du micro-onde retentit dans son dos. Elle se saisit des deux tasses et traversa la cuisine ouverte de l'appartement de Mary pour aller poser celle de James sur la table du salon juste devant lui.

Sa meilleure amie lui avait confié un peu plus tôt dans la journée qu'elle ne rentrerait pas parce qu'elle avait rendez-vous avec cette fille qu'elle avait rencontrée sur une application de rencontre avec qui le courant semblait bien passer. Lily avait donc proposé à James de faire le tutorat chez elle plutôt que dans son appartement occupé par trois autres personnes dont une qui en valait bien une dizaine à elle toute seule.

« Je plains cette première pauvre fille cupide mais amoureuse qui réussira à te mettre le grappin dessus, commenta t-elle avec un sourire en coin.

- Tu déformes mes propos, lui dit-il en lui rendant son sourire.

- Tu sais ce qu'on va faire ? reprit-elle en se rapprochant du meuble en bois sur lequel était installée la télévision. On va lancer le film, et on verra si tu tiendras les mêmes propos quand tu auras regardé l'amour droit dans les yeux.

- Maintenant ? s'étonna t-il en se levant de sa chaise, tasse à la main. »

Il était près de vingt-trois heures et ils avaient déjà largement dépassé leurs horaires de travail habituels, mais elle ne voulait pas qu'il parte. Elle savait à quel point elle était ridicule d'essayer de trouver une excuse pour le garder ici avec elle mais il avait déjà déployé tant d'efforts à lui poser des questions sans queue ni tête pendant toute la soirée qu'elle se devait de prendre le relais. D'autant plus que le film lui serait utile pour mémoriser l'histoire, et cette excuse là était de loin la meilleure.

« Tu peux rentrer, s'il est trop tard pour toi, lui confia t-elle en fouinant frénétiquement dans le meuble, mais moi j'ai besoin de réconfort après tes propos odieux. Et même si ça n'en aura clairement pas l'air, ça reste du travail.

- Très bien. Allons-y. Je veux voir l'émerveillement sur le visage d'Elizabeth quand elle verra Pemberley pour la première fois, la provoqua t-il en s'asseyant sur le canapé gris.

- Tu ferais mieux de retirer les coussins de mon côté si tu ne veux pas que je t'étouffe avec, répliqua t-elle avant de brandir glorieusement un Blu-ray, ignorant son rire. Ah, voilà ! Je savais que Mary l'avait ! »

Elle l'inséra dans le lecteur puis éteignit la lumière avant de trottiner pour aller s'asseoir dans le canapé, télécommande en main. Elle lança le film après avoir jeté un rapide coup d'oeil vers James. Ses jambes étaient tendues devant lui, croisées au niveau des chevilles, et ses deux mains entouraient sa tasse qu'il tenait juste au dessus de son ventre. Il allait partir pendant un mois, et la seule réflexion qu'elle fut capable de se faire à cette seconde précise fut qu'elle avait besoin d'une étreinte. Une seule. Une minuscule. Certainement avant qu'il ne quitte l'appartement. Si toutefois il ne passait pas la nuit là. Non. Non il ne passerait pas la nuit là.

« Il est possible que je m'endorme à un moment, le prévint-elle. »

- Il est possible que moi aussi, dit-il de la même façon, mais j'imagine qu'il y a pire que de passer ma dernière nuit ici avec toi. »

Elle déglutit puis reporta directement son regard sur l'écran en face d'elle en se félicitant intérieurement de ne pas avoir laissé la lumière allumée parce qu'elle jura que son visage était en feu. Elle aurait dû répondre quelque chose. N'importe quoi. Ou rire parce qu'il s'agissait définitivement d'une blague. Il ne pouvait pas être sérieux. Pas maintenant, pas juste avant de partir. Elle ne prononça pas un mot et elle trouva rapidement qu'elle n'avait jamais eu autant de mal à se concentrer sur un film.

Elle était juste perpétuellement tentée de tourner la tête vers lui pour voir chacune de ses réactions, et bon sang elle l'adorait dans ce sweat rouge qu'elle n'aurait définitivement jamais dû lui rendre. Elle tira sur le plaid qui était sur le dossier du canapé jusqu'à le faire tomber sur elle et bascula contre les coussins qu'il avait eu la bonté (ou l'inconscience) de laisser à sa portée.

« Tu vois, elle n'a d'yeux que pour lui, pointa t-elle au moment où l'héroïne rencontrait Darcy.

- Attends seulement qu'elle débarque dans son palace, répliqua t-il en évitant le coup de pied qu'elle envoya dans sa direction. »

Elle fit mine d'ignorer le petit rire qu'il laissa échapper et reporta son attention sur l'écran en face d'eux. Du moins autant qu'elle le put. Le portable de James vibra dans sa poche et elle le vit le sortir et envoyer rapidement un message avant de l'éteindre complètement.

« Pourquoi est-ce que je déteste déjà Wickham ? lui demanda t-il après une trentaine de minutes en posant sa tasse à côté de celle que Lily avait abandonnée sur la table basse.

- C'est ton instinct de survie, répondit-elle en relevant juste assez la tête pour lui adresser un sourire malin. Si tu m'avais dit le contraire, je t'aurais définitivement fichu à la porte.

- Tu es trop polie pour faire ça.

- J'ai essayé de te donner un coup de pied il y a une demie heure, pointa t-elle.

- C'était maladroit, réfuta t-il avec un sourire amusé avant de tourner une nouvelle fois la tête vers l'écran sur lequel l'on pouvait voir Elizabeth Bennet se promener avec George Wickham. Est-ce que tu crois qu'elle est attirée par sa terrible personnalité ou par son argent ? »

Elle pouvait entendre la provocation dans sa voix, et elle tendit une nouvelle fois sa jambe pour lui donner un coup de pied mais il l'attrapa par la cheville et l'immobilisa en ricanant. Elle ne se débattit pas beaucoup, pas autant qu'elle l'aurait pu, ni autant qu'elle l'aurait voulu, et quand il bloqua ses pieds sur ses cuisses, elle abandonna la bataille avant de l'avoir menée.

« Ah ! Ose me dire qu'il n'y a aucune tension sexuelle dans cette scène ! lui dit-elle en pointant du doigt le passage où Elizabeth dansait avec Darcy.

- Tension sexuelle certainement renforcée par le fait qu'elle soit au courant qu'il possède un énorme domaine, rétorqua t-il et elle entendit son sourire sans avoir à se tourner vers lui.

- Maintenant tu fais juste exprès pour m'énerver, bredouilla t-elle.

- Hm hm, répondit-il simplement, et elle sentit son pouce glisser sur sa cheville entre son pantalon et sa chaussette. »

Elle frissonna sans savoir si c'était à cause de la sensation de sa peau sur la sienne, ou du fait qu'il soit en train de la caresser comme si de rien n'était. Elle sut qu'il l'avait senti parce qu'il tourna la tête vers elle. Elle le vit du coin de l'oeil alors qu'elle s'efforçait toujours de rester concentrée sur le film, et elle hésita pendant une seconde à se dégager de son étreinte. Elle en fut toutefois incapable. Tout lui paraissait soudainement très léger, et elle n'avait pas ressenti cela depuis un moment.

« Qu'est-ce que tu fais de Brenda ? Est-ce que les garçons s'en occupent ? demanda t-elle subitement pour créer une diversion qu'elle savait vaine.

- Sirius me tuerait si je l'emmenais. Quand je pense qu'il n'en voulait même pas, et maintenant il boude littéralement quand elle vient dormir sur moi plutôt que sur lui, répondit-il en dessinant des formes sans queue ni tête sur sa cheville. »

Lily pouffa et remonta un peu plus le plaid sur ses épaules. Est-ce que c'était bizarre qu'elle pense à Severus maintenant ? Est-ce que c'était bizarre, qu'elle se dise qu'ils n'avaient jamais partagé ce genre de moment ? Est-ce que c'était bizarre qu'elle ne puisse se rappeler avec exactitude que des mauvais passages de leur relation ? Il y en avait eu des bons, elle le savait, elle se souvenait avoir ri, ou au moins avoir souri. Elle se rappelait aussi avoir songé qu'ils partageaient quelque chose d'unique, et c'était certainement vrai. Elle aurait seulement aimé savoir avant à quel point cette chose unique pulvériserait sa confiance en elle.

« A chaque fois que je regarde ce film, je me dis que je suis contente de ne pas avoir vécu à cette époque, soupira Lily. Je n'aurais pas supporté toutes ces pressions autour du mariage.

- Tu ne veux pas te marier ?

- Je n'en sais rien, je trouve que c'est beaucoup d'efforts pour arriver à un divorce, répondit-elle en esquissant un sourire malin.

- Je n'avais aucune idée que tu étais aussi cynique, pointa t-il après avoir éclaté de rire.

- J'imagine qu'il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas l'un sur l'autre, souffla t-elle.

- Au risque de te décevoir Evans, je ne suis rien de plus qu'un sportif sans histoire.

- Oh arrête, tu es une énigme ambulante, lui dit-elle en levant les yeux au ciel.

- Une énigme ambulante ? répéta t-il en lâchant un petit rire incrédule.

- Tu as trop de qualités pour ne pas avoir un énorme défaut derrière tout ça, le provoqua t-elle en retenant un sourire alors que sur l'écran, Elizabeth Bennet rencontrait la tante de Darcy.

- Tu parles probablement de mon meilleur ami, répondit-il sur le même ton et elle ravala difficilement un rire. »

Ils reportèrent tous les deux leur attention sur le film pendant un long moment. Elle commençait à s'habituer à ses caresses sur sa cheville qui étaient presque devenues machinales, et elle redoutait déjà le moment où il arrêterait. Paradoxalement, elle savait que dès qu'il partirait, elle se sentirait nauséeuse d'avoir apprécié le contact autant que sa compagnie.

« Voilà ! Tu vois, elle vient de dire qu'elle ne voulait pas s'arrêter à Pemberley parce qu'elle ne veut pas voir Darcy parce qu'il est trop riche ! C'est presque une insulte, pour elle, reprit-elle en faisant un geste vers l'écran.

- D'accord, d'accord, admit-il, étonnement docile. »

Elle s'apprêtait à répliquer quelque chose mais elle referma la bouche, prise au dépourvu qu'il ne trouve aucune remarque intelligente et bien placée dont il avait le don à lui répondre. Cependant, quand il se racla la gorge avec exagération quelques secondes plus tard au moment où l'héroïne visitait la demeure de M. Darcy tout en admirant les somptueux tableaux et les élégantes statues, Lily lui envoya un regard mauvais.

« C'est mal retranscrit. Dans le livre, elle se fiche de tout ça. Elle n'écoute rien de la visite, elle pense juste à lui, protesta t-elle sans qu'il n'ait dit quoi que ce soit.

- Hm hm...

- James. Je t'interdis de penser ce que tu penses.

- Oh alors maintenant je n'ai plus le droit de penser ? lui dit-il en esquissant un sourire amusé.

- Pas quand tu penses du mal de Lizzie.

- Je ne pense aucun mal de Lizzie.

- Je le vois dans tes yeux, réfuta t-elle.

- Tu ne vois rien, la lumière est éteinte.

- Tu la juges.

- Je n'ai rien dit ! protesta t-il en riant.

- Mais tu le penses si fort que je t'entends.

- Je te jure que je lui laisse le bénéfice du doute.

- Tu me le jures ? répéta t-elle en lui jetant un regard plein d'espoir. »

Il acquiesça avec un sourire malin, les yeux toujours rivés sur la télévision. Elizabeth et M. Darcy étaient à présent en train de discuter devant le parc et Lily sentait son cœur se serrer dans sa poitrine en songeant que le film allait bientôt se terminer, qu'il rentrerait chez lui à ce moment là et qu'elle ne le reverrait pas avant le mois suivant.

Elle savait qu'elle ne ferait rien de plus pour le retenir. Elle n'en était pas capable. C'était peut-être une grossière erreur, mais elle ne pouvait pas faire autrement. Elle était tétanisée à l'idée de plonger dans une relation intime basée sur la confiance, une confiance qu'elle n'était plus sûre de parvenir à offrir, et l'éventualité qu'elle puisse n'être pour lui que l'une de ces filles avec qui il « ne sortait pas » la glaçait encore plus.

« Tu aurais pu me prévenir qu'ils s'embrassaient à la fin, je ne suis pas sûr que mon âme chaste va s'en remettre, déclara t-il d'un air sarcastique lorsque le générique de fin défila sur l'écran.

- Je suis sincèrement navrée, j'attendais que tu avoues que tu t'étais trompé sur les intentions de Lizzie et j'ai perdu le fil, répondit-elle en se levant d'un bond pour aller allumer la lumière et éteindre la télévision.

- Je crois que je vais camper sur mes positions.

- Sérieusement ? soupira t-elle. C'est donc ça, ton gros défaut ? Tu n'avoues jamais que tu as tort ?

- Je n'ai définitivement pas tort, affirma t-il en se levant à son tour du canapé pour s'emparer des deux tasses vides qui traînaient sur la table basse et les poser dans l'évier avant de commencer à les nettoyer.

- Laisse, je m'en chargerai.

- Je ne vais pas partir en te laissant la vaisselle, Lily.

- J'aurais un mois pour ruminer ma colère, plaisanta t-elle en se rapprochant du plan de travail pour mieux pouvoir le regarder. »

Elle l'entendit lâcher un léger rire mais rien ne pouvait à présent détourner son attention du sentiment désagréable qu'elle avait au creux du ventre. Elle se souvenait avoir ressenti quelque chose de semblable avant, quand elle était petite et qu'elle détestait l'école parce que ses camarades se moquaient systématiquement de ses cheveux roux.

C'était cette lourdeur, qu'elle avait au creux du ventre le dimanche soir quand elle savait qu'elle devrait retourner leur faire face le lendemain. Elle avait toujours la sensation qu'on l'arrachait à sa famille le lundi matin quand elle devait y aller, et là, au milieu de la cuisine de l'appartement de Mary, elle eut soudainement la sensation qu'on l'arrachait à James.

« Bon. Voilà, dit-il finalement lorsqu'il eut lavé et essuyé les tasses plus méticuleusement qu'elle ne l'avait jamais fait. Il est presque une heure du matin, je devrais y aller. »

Retiens-le, Lily. Retiens-le. Retiens-le. Son nez la piquait drôlement, ses yeux un peu aussi. C'était sûrement la fatigue. Rien de plus. Certainement pas le fait qu'elle soit triste de n'être capable que de le regarder récupérer ses affaires sur la table du salon dans le silence le plus total.

« Merci pour ce soir. C'était parfait, reprit-il en se rapprochant de la porte. »

Elle acquiesça et s'empressa d'aller lui ouvrir en se mordant la lèvre. Elle osait à peine le regarder dans les yeux, elle en était venue à les aimer un peu trop sans toutefois savoir à quel moment cela lui était tombé dessus.

« Oh, j'allais oublier, dit-il en plongeant sa main dans la poche de son jean noir pour en sortir la clé de sa voiture.

- Tu peux toujours changer d'avis, tu sais, lui rappela t-elle en parvenant au prix d'un grand effort à lui adresser un sourire.

- Prends-les et tais-toi, Lily, répondit-il en riant légèrement. »

Il lui attrapa la main et posa la clé dans sa paume avant de refermer son poing. Elle eut l'impression que ses doigts étaient restés un peu plus longtemps que nécessaire sur les siens, mais elle n'en dit rien, et elle le regarda lui tourner le dos, immobile et triste.

« Bonne nuit Potter.

- Bonne nuit Evans. »

« Tu vas me manquer, James ». Les mots résonnaient dans sa tête et quand elle ouvrit la bouche pour les prononcer, il avait déjà refermé la porte de l'appartement des garçons derrière lui, non sans lui avoir accordé un dernier sourire qui lui avait semblé un peu morose. Il allait lui manquer.