C'était la première fois depuis deux semaines que Lily parvenait à se concentrer sur un cours. Elle ne savait pas si c'était parce que Minerva McGonagall était passionnante, parce qu'elle parlait des sœurs Brontë, ou parce que la relation qu'elle entretenait avec James était redevenue strictement professionnelle et qu'il ne cherchait même plus à engager la conversation après leurs séances de tutorat, ce qui lui permettait de se focaliser d'avantage sur ses cours que sur la distraction qu'il constituait.

Elle avait été un peu perturbée au début par le fait qu'il n'insiste pas plus, sûrement parce qu'elle avait été habituée au harcèlement de Severus (ce qui était terrible à avouer), et elle avait réalisé à ce moment là que même la façon dont ils avaient rompu avait été toxique. Elle n'avait plus de nouvelle de lui depuis la dernière fois, fort heureusement, mais elle continuait à recevoir des messages d'un numéro inconnu, lui envoyant principalement des insultes. Elle ne répondait jamais et se contentait de les effacer en faisant l'autruche.

C'était devenu machinal, et Mary et Marlène s'en alarmaient plus qu'elle. Elle avait d'autres choses en tête. Elle était finalement rentrée dans l'équipe de basket et, bien qu'elle soit totalement dévouée à ses études de littérature, elle se surprenait perpétuellement à être impatiente de pouvoir retourner s'entraîner avec les filles. Tout n'était pas parfait, Doris et Gladys lui en faisaient toujours voir de toutes les couleurs, mais les autres lui avaient un peu redonné foi en l'être humain.

Évidemment, les garçons d'à côté avaient aidé. Rémus et Marlène n'avaient toujours rien officialisé, mais elle ne les voyait jamais plus l'un sans l'autre, et elle aimait à quel point ils semblaient tous les deux heureux ensemble. Elle ne croisait Sirius qu'occasionnellement, mais elle l'avait vu dans l'ascenseur la veille et il lui avait demandé ce qu'il se passait avec James, lui apprenant qu'il était confus et triste. Elle avait changé de sujet, ignoré la façon dont son cœur s'était serré, et lui avait adressé un sourire accompagné d'un geste de la main avant de saisir ses clés de voiture dans son sac et de le laisser.

A chaque fois qu'elle pénétrait à l'intérieur de l'automobile noire, un profond sentiment de malaise s'emparait d'elle jusqu'à ce qu'elle n'en sorte. Elle avait dit à James qu'elle passerait déposer les clés chez eux et qu'elle s'arrangerait avec Mary pour aller à la fac, ou qu'elle prendrait le bus, mais il avait refusé et leur discussion s'était arrêtée là.

« Je ne suis pas un oiseau et aucun filet ne me prend au piège », cita le professeur McGonagall alors qu'un élève, probablement en retard, s'asseyait à côté de Lily qui était penchée sur son cahier, soucieuse de noter le moindre mot prononcé par son professeur.

« Je suis un être humain libre et ayant une volonté indépendante que j'exerce maintenant pour vous quitter », chuchota une voix qu'elle connaissait bien à côté d'elle. »

Il y eut une seconde de battement avant qu'elle ne lève la tête de son cahier, et quand elle le fit et que ses yeux tombèrent sur James, elle eut la même sensation que lorsque Gladys avait profité de son inattention pour lui faire une passe sèche en plein dans le ventre quelques jours plus tôt.

Il était assis à côté d'elle comme si de rien n'était, les yeux rivés sur le professeur McGonagall qui continuait à déclamer son cours, et pendant un moment, Lily se demanda si elle était devenue tant obsédée par lui qu'elle commençait à avoir des hallucinations visuelles et auditives. Puis il déglutit et tourna la tête vers elle.

« Salut. »

Il était vraiment là, et elle ne savait pas qu'il était possible d'être à la fois profondément euphorique et complètement dévastée. Elle n'avait même aucune idée qu'il avait déjà ce pouvoir sur elle, celui de la renverser émotionnellement et de lui donner l'impression que c'était la première fois qu'elle respirait vraiment depuis qu'il était parti. Elle se découvrit un tout nouvel attrait pour l'air maintenant que son discret parfum y flottait.

Tout était plus intense quand il était là. Le vieux bois de sa table était plus rugueux contre les doigts de sa main gauche, son stylo était plus froid dans sa main droite, sa respiration était plus saccadée, erratique, mais paradoxalement, les chuchotements des autres élèves qui n'accordaient aucune attention à leur professeur lui semblaient démesurément lointains.

« Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda t-elle à voix basse.

- Sirius m'a écrit hier en fin d'après-midi pour me dire que ma mère était à l'hôpital, répondit-il de la même manière. Les formateurs m'ont donné la journée et j'ai pris le premier avion ce matin parce que mon abruti de meilleur ami m'a laissé croire qu'elle n'était pas en forme. »

Elle vit sa mâchoire se serrer et en même temps, il passa sa main dans ses cheveux. Ils avaient poussé depuis la dernière fois, et elle eut tout à coup vraiment, vraiment envie de les toucher, mais il y avait plus important.

« Comment va t-elle ? osa t-elle lui demander.

- Oh elle va très bien, j'ai passé la journée avec elle. C'était juste un rendez-vous de routine, mais il a visiblement oublié de le préciser dans son message, ironisa t-il et elle vit à quel point il était contrarié que son meilleur ami lui ait fait une telle frayeur. Est-ce que tu sais que Sirius, Peter, Mary, Marlène, et Rémus ont une discussion de groupe sur Whatsapp ? l'interrogea t-il subitement.

- … Quoi ? bredouilla t-elle.

- Ils l'ont appelée « Opération Jily ».

- « Opération Jily » ? répéta t-elle, à deux doigts de s'étrangler avec sa salive.

- Parce que d'après Sirius, « Objectif Lames » était voué à l'échec, continua t-il sur un ton étonnement égal. »

Elle aurait ri en toute autre circonstance, mais elle était juste trop stupéfiée pour réfléchir correctement, et elle avait aussi quelques envies de meurtre envers ses deux meilleures amies. Le professeur McGonagall avait perdu toute son attention mais l'amphithéâtre était plein et elle savait que leur petite discussion passerait inaperçue. C'était probablement sa seule consolation.

« Le plan était de me faire revenir ici pour que je parle avec toi, et j'imagine qu'ils ont réussi, lui expliqua t-il alors que ses doigts tapotaient nerveusement la vieille table en bois qu'ils partageaient avec toute la rangée.

- Je suis désolée, je n'en avais aucune idée, je... Je te jure que je vais tuer les filles.

- Peut-être que ce n'est pas plus mal, parce que maintenant je peux te dire en face que je vais changer de tutrice. »

Le flegme avec lequel il avait prononcé la phrase la souffla. Ses yeux étaient à présent rivés sur le professeur McGonagall et elle savait que si elle tournait la tête dans leur direction, elle aurait l'illusion qu'il l'écoutait. Elle découvrit à ce moment là qu'il était aussi doué qu'elle pour arborer un masque devant les autres.

« Pourquoi ? fut le seul mot qu'elle parvint à prononcer tant sa gorge était nouée.

- Est-ce que tu plaisantes ? répliqua t-il à voix basse. Tu as été claire sur le fait que tu ne voulais plus avoir affaire à moi, et je n'ai aucune intention de t'ennuyer plus longtemps. »

Elle entendit à peine le professeur McGonagall annoncer la fin du cours, mais elle vit les autres élèves ranger leurs affaires et sortir de l'amphithéâtre, alors elle fourra son cahier dans son sac avant de se tourner vers James.

« Ça n'a rien à voir avec toi, je te l'ai dit, j'ai beaucoup de travail, mentit-elle en se haïssant instantanément quand il lui jeta un regard qui lui indiqua clairement qu'il n'était pas dupe.

- Raison de plus, lui dit-il. Je vais te soulager. »

Elle le vit commencer à descendre les marches de l'immense salle de classe et ne comprit ce qu'il allait faire que quand ses yeux verts se posèrent sur le professeur McGonagall. Elle s'élança aussitôt derrière lui et le tira par le bras avant qu'il n'ait pu atteindre la responsable de la promotion.

« Est-ce que tu veux changer de tutrice ? lui demanda t-elle en bas des marches.

- Tu sais que non, répondit-il en la regardant droit dans les yeux, mais il s'est clairement passé quelque chose entre nous qui ne t'a pas plu et...

- Il ne s'est rien passé entre nous, le coupa t-elle, et elle sut à la façon dont ses yeux s'assombrirent qu'il avait entendu la déception dans sa voix et qu'il était aussi surpris qu'elle. »

Les autres élèves passaient devant eux et Lily ne remarqua même pas le regard curieux de Dorcas dans leur direction quand James la tira vers l'extérieur de l'amphithéâtre pour éviter qu'ils ne se retrouvent bizarrement seuls avec le professeur McGonagall comme unique témoin de la tension qui régnait d'avantage sur eux qu'entre eux depuis qu'ils s'étaient rencontrés.

« Il va falloir que tu commences à parler, tu sais, lui dit-il alors qu'ils s'étaient arrêtés dans un renfoncement qui menait vers les toilettes des filles. »

Les autres élèves de leur promotion avaient déjà tous désertés vers le parking, ou vers la bibliothèque pour les plus courageux, et il ne restait plus grand monde à cette heure tardive, mais il y avait encore de la lumière dans l'amphithéâtre à côté duquel ils se trouvaient. Les yeux de Lily restèrent bloqués sur la porte pendant un moment sans vraiment la voir.

Elle n'avait aucun droit de lui reprocher sa proximité avec d'autres filles, et elle n'avait pas envie de le faire. Elle aurait voulu être capable de trouver un mensonge rapidement, mais elle savait qu'il ne l'aurait probablement pas avalé. Il était plus intelligent que cela.

« Je ne peux pas, admit-elle finalement.

- Comment ça, tu ne peux pas ?

- Je ne peux pas te parler de ça. Ce ne serait pas juste.

- C'est moi qui te le demande, déclara t-il, et elle remarqua à ce moment là à quel point ils étaient proches, et à quel point elle avait de plus en plus de mal à s'empêcher de bloquer sur sa bouche.

- Ce ne serait pas juste, répéta t-elle, parce que je ne suis pas prête. »

C'était bizarre, de l'avouer à quelqu'un d'autre qu'à Mary ou à Marlène, et quand elle vit le visage de James se radoucir, elle se rappela que la sincérité n'était jamais, jamais une mauvaise chose. Ils demeurèrent silencieux pendant quelques secondes, et puis James se massa nerveusement la nuque avant de reprendre.

« Merde, Lily, je suis désolé.

- Tu es désolé ? s'étonna t-elle.

- Je n'avais pas réalisé que... il s'interrompit, semblant chercher ses mots, et puis il reprit. Sirius m'a parlé de ton ex, il m'a dit ce qu'il s'était passé devant la bibliothèque, et... Je suis désolé, c'est sûrement compliqué pour toi, et je suis un imbécile. »

Elle déglutit alors qu'il semblait prêt à s'arracher les cheveux. Elle ne pouvait décemment pas laisser une telle chose se produire. Elle lui devait toute la vérité, pas seulement une moitié, même s'il lui paraissait absolument irrationnel de la lui donner maintenant.

« Non, c'est... Enfin oui, bien sûr, il y a ça, mais... J'ai juste du mal à flirter avec toi quand je sais qu'il y en a d'autres, reprit-elle en esquivant son regard quand il tomba de nouveau sur elle. Je veux dire... Je n'attendais rien de sérieux quand je t'ai écrit l'autre jour. Je sais que ce n'est pas ton truc, tu as été très clair là dessus, je m'imaginais juste qu'on passerait une nuit chez toi quand tu rentrerais et que cette tension bizarre entre nous disparaîtrait, bafouilla t-elle, mais j'ai la sensation de slalomer entre tes autres copines et je...

- … Quoi ? Mes autres copines ? l'interrogea t-il après avoir légèrement secoué la tête comme pour se remettre les idées en place.

- James, vraiment, tu n'as pas de compte à me rendre, c'est exactement pour ça que je ne voulais pas aborder le sujet, je suis désolée, c'est...

- Je n'ai pas d'autres copines, trancha t-il en la fixant comme si elle était absolument folle d'avoir pu imaginer une chose pareille. Qu'est-ce qui a pu te faire penser que... Attends, est-ce que... Est-ce que c'est par rapport aux dernières photos que j'ai publiées ? »

Elle grimaça pour toute réponse, et réajusta légèrement son sac sur son épaule quand il plongea sa main dans la poche de son jean pour se saisir de son téléphone portable. Il sembla chercher quelque chose dessus pendant plusieurs secondes, et puis il tourna l'écran dans sa direction et elle vit la même jeune femme brune qu'elle avait vue dans ses bras sur ses publications. Elle était habillée d'une somptueuse robe de mariée et tenait la main d'un homme qui apparaissait aussi sur une publication de James.

« J'habite chez la cousine de Sirius, Andromeda, qui est mariée avec Ted, et je les aime beaucoup, mais certainement pas au point de dormir en cuiller entre eux, expliqua t-il avec un sourire espiègle. Quoique... Il fait froid en ce moment, je vais y réfléchir. »

Elle se sentit soudainement très stupide, et elle se demanda comment elle avait fait pour passer à côté de la ressemblance entre Andromeda et Sirius. Ils avaient cette même noblesse sur le visage qui l'avait impressionnée la première fois qu'elle avait rencontré Sirius, quand elle ne savait pas encore qu'il passait le plus clair de son temps à manger des chips en caleçon sur son canapé et qu'il n'y avait rien de très intimidant là dedans.

James rangea son portable dans sa poche alors qu'elle le fixait en se répétant inlassablement qu'il n'y avait personne, qu'il n'y avait aucune autre fille, qu'il n'y avait qu'elle, et il y avait cette partie d'elle qui n'avait plus qu'une envie : le prendre par le col de ce stupide pull qui lui allait particulièrement bien et le jeter contre le mur des toilettes les plus proches pour le lui retirer. Seulement il y avait l'autre partie, celle qui lui murmurait vicieusement à l'oreille qu'il fallait qu'elle arrête d'être naïve et de croire que le capitaine de l'équipe de basket-ball était vraiment intéressé par elle. Il lui prendrait tout, comme Severus l'avait fait avant.

« Je n'ai pas terminé ma journée, lui dit-elle après une seconde d'hésitation. Est-ce que tu veux rester avec moi ? »

Il hocha la tête, et lui emboîta le pas quand elle passa à côté de lui pour se diriger vers sa voiture. Il lui jeta un regard interrogateur quand elle troqua son sac de cours contre son sac de sport, et elle ne lui répondit que par un sourire avant d'actionner la fermeture automatique des portes et de se diriger vers le gymnase.

« Je croyais que tu avais encore des cours, pointa t-il curieusement alors qu'elle poussait la porte de la salle de sport devant eux.

- Non, j'ai juste dit que je n'avais pas terminé ma journée, lui répondit-elle avant d'adresser un signe de main aux filles qui étaient déjà arrivées.

- James ! s'exclama Emmeline, en trottinant vers eux. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

- Longue histoire, répondit-il avant de l'étreindre brièvement alors que les autres filles se pressaient pour le saluer, mais je ne reste pas. Tout va bien pour vous ? Madame Bibine n'est pas arrivée ?

- Elle doit encore être en train d'attendre qu'une famille d'escargots ne traverse la route devant sa voiture, ou que son chat fasse des selles parfaites qu'elle pourra prendre en photo pour la partager au milieu de ses images de bégonias sur Facebook, lui répondit Matilda en levant les yeux au ciel. »

Lily profita du fait que les filles étaient toutes rassemblées autour de James pour aller se changer dans les vestiaires, et quand elle le retrouva, ils étaient toujours en train de discuter. Elle entendit Alice lui demander comment la formation se passait, et il ouvrit la bouche pour répondre, mais au même moment, Lily laissa lourdement tomber son sac sur la première marche des gradins, attirant son attention sur elle. Il sembla perdre ses mots en la voyant en tenue d'entraînement et les filles lui jetèrent toutes un regard perplexe.

Sa stupéfaction était risible et elle eut du mal à ne pas laisser filtrer ne serait-ce qu'un sourire alors qu'elle les rejoignait sur le côté du terrain. Il finit par retrouver ses esprits et par répondre à Alice, puis il frappa deux rapides coups dans ses mains.

« Puisque je suis là, on va commencer avant que Mme Bibine n'arrive. Dix minutes de tour de terrain, et on enchaînera avec des pompes.

- Dix minutes ?! s'écria Daisy en esquissant une grimace scandalisée qui fit rire les autres.

- Allez, Daisy, l'encouragea Glenda en l'entraînant avec elle alors que Lily suivait.

- Oh non, pas toi, on a des choses à se dire tous les deux, souffla James en tirant habilement sur son maillot noir pour la retenir, et son cœur fit une pirouette dans sa poitrine.

- La dernière chose dont j'ai besoin, c'est que Gladys et Doris m'accusent d'avoir une relation privilégiée avec le coach, répondit-elle en se dégageant de son étreinte avec un sourire amusé quand elle le vit prendre une profonde inspiration comme si la simple vue d'elle dans un maillot de basket le rendait fébrile. »

C'était le cas. Elle le savait. Du moins elle en fut certaine après son deuxième tour de terrain, quand elle constata que ses yeux étaient toujours solidement vissés sur elle comme s'il lui était impossible de les détourner. Elle avait éprouvé la même chose en le regardant jouer. Il n'y en avait visiblement pas un pour rattraper l'autre, et elle sentait déjà qu'ils étaient dans de beaux draps, mais elle n'avait aucune motivation pour se sortir de là.

Quand elles eurent terminé de courir et qu'elles se mirent en rang pour faire des pompes, James prit un malin plaisir à passer entre elles pour rectifier leurs positions.

« Oh non Alice, pas sur les genoux, dit-il à la jeune femme blonde qui soupira d'un air désespéré. Glenda, c'est parfait, continue, on va faire cinq séries de vingt. Doris, sérieusement ? Baisse tes fesses. On ne s'arrête pas, Lily.

- Je n'avais aucune idée que je signais pour un camp militaire, chuchota t-elle à Emmeline qui gloussa et s'effondra sur le ventre.

- Emmie, la prochaine fois c'est un tour de terrain en sprint, la prévint-il. »

Elles parvinrent toutes plus ou moins à terminer leurs séries, non sans quelques tricheries dès que James jetait un coup d'oeil à son portable et que son attention n'était pas entièrement tournée vers elles, et il leur accorda une pause le temps d'aller boire. Lily récupéra sa gourde dans son sac et elle remarqua les quelques nouveaux messages qu'elle avait reçus. Mary lui demandait si elle voulait prendre à emporter chez l'indien du quartier, et quand elle ouvrit le deuxième qui venait bizarrement de James, elle sentit son visage s'enflammer.

James Littérature : S'il te plaît dis-moi que tu veux avoir une relation privilégiée avec le coach.

Elle jeta un coup d'oeil dans sa direction alors qu'il était en train de sortir les ballons du coffre avec Matilda, et elle tapa rapidement une réponse en s'efforçant de ne pas y réfléchir plus que nécessaire. Elle avait besoin que ce soit simple, que ce soit léger, que ce soit amusant et excitant. Du moment que ce n'était pas sérieux, c'était exactement ce qu'il lui fallait.

Lily : Tu sais que j'ai encore besoin de vérifier cette théorie.

Elle ajouta un émoji qui souriait à la fin du message, l'envoya, et se hâta au centre du terrain pour rejoindre Emmeline et Matilda qui avaient terminé de boire et étaient en train de discuter de leurs plans du week-end. Elle ne les écouta pas tellement parce qu'elle était occupée à surveiller James du coin de l'oeil, et quand elle le vit sortir une nouvelle fois son portable et braquer des yeux noirs sur elle, plus rien n'exista pendant l'espace d'une seconde.

« Désolé ! Désolé ! C'est à cause du changement d'heure ! s'exclama Mme Bibine en faisant claquer la porte du gymnase derrière elle, ramenant immédiatement Lily sur terre.

- C'était le mois dernier, pointa Gladys en haussant les sourcils.

- Mon horloge n'en avait aucune idée, répondit la femme aux cheveux gris. Oh, Potter ! Qu'est-ce que tu fais là ? Peu importe ! Parfait, tu as commencé ! J'avais prévu quelques exercices de shoot pour aujourd'hui, est-ce que tu restes pour m'assister ?

- Avec plaisir, lui dit-il en souriant. »

Elle sépara l'équipe en deux groupes, attribuant à chacun une moitié de terrain, et Lily fut soulagée de se retrouver avec Emmeline, Matilda, et Alice. Mme Bibine s'occupait du groupe de Glenda, Daisy, Gladys, Doris, et Agatha, et forcément, James était coincé avec elle.

« J'ai placé des plots de couleurs différentes à plusieurs endroits. L'objectif est de marquer cinq paniers sur les plots bleus, dix sur les rouges, et vingt sur les verts, et seulement là vous pourrez aller boire. C'est un concours, et c'est individuel, alors que le meilleur gagne, leur expliqua Mme Bibine avant de donner le coup d'envoi.

- Je vais vous atomiser ! Joyeux Hunger Games ! lança Matilda en se mettant en place près d'un plot rouge. »

Les ballons volaient en tout sens, et si Lily s'était réjouie de l'exercice parce qu'elle connaissait ses avantages et qu'elle était relativement précise, elle déchanta quand elle vit Matilda enchaîner les paniers.

Elle savait qu'elle n'était pas loin derrière, qu'elle se débrouillait bien, mais elle avait envie de gagner cette fois. Elle voulait être la meilleure, et ça n'avait rien à voir avec le fait que James soit en train de les observer. Non. Rien. Définitivement rien.

Elle le vit s'arrêter à côté d'Emmeline du coin de l'oeil, et elle n'entendit pas l'ânerie qu'il prononça, mais elle vit la jeune femme éclater de rire avant de faire semblant de lui lancer son ballon en pleine figure. Quelques secondes plus tard, il aida Alice à corriger son geste en l'encourageant à tirer plus haut pour palier au fait qu'elle mettait toujours trop de force dans son lancer.

Il resta avec elle un moment avant de se rapprocher de Matilda qui avait ralenti la cadence et qui était coincée sur un plot bleu. C'était l'un des plus compliqués sur la ligne des trois points, tout comme l'autre qui toutefois était en face de la planche, ce qui permettait de compter sur le rebond si le ballon ne rentrait pas tout rond dans le panier.

Elle sembla l'écouter attentivement alors qu'il lui donnait des conseils que Lily était trop loin pour entendre, et elle réalisa à ce moment là à quel point les filles de l'équipe avaient confiance en lui. Elle comprenait maintenant pourquoi elles refusaient de jouer sans lui et pourquoi aucun potentiel remplaçant ne leur allait. James semblait savoir capter leur attention, et plus que cela, elles le respectaient.

« Aligne tes hanches avec tes pieds, Lily, lui conseilla t-il alors qu'elle s'apprêtait à marquer son vingtième et dernier panier sur le plot vert sur lequel elle avait commencé.

- Hm hm, répondit-elle simplement sans pour autant changer sa position. »

Elle tira, et manqua. Quand elle récupéra son rebond, il lui fit remarquer qu'elle n'avait pas bougé d'un pouce, et elle se contenta de hausser les épaules avant de rater un nouveau tir. Cette fois, lorsqu'elle se repositionna à côté du plot vert, il lui jeta un regard curieux avant de s'approcher un peu plus d'elle.

« Est-ce que tu le fais exprès ? »

Elle aurait dû lui dire non pour leur bien à tous les deux, mais la réponse la plus honnête était oui. Elle choisit simplement de lui adresser un sourire sans remarquer qu'Emmeline était passée au plot rouge qui était le plus près d'eux.

« Je ne vais pas survivre à cet entraînement, Evans, lui dit-il en passant derrière elle et en posant ses mains sur sa taille. »

Elle se retourna juste assez pour qu'il entende le bref rire qu'elle ravala dès que sa main descendit sur son short et qu'il tapota doucement sa jambe droite pour qu'elle la rapproche de la gauche. Le geste lui aurait paru innocent s'il ne lui avait pas fait cette confession. La simple pression de ses doigts à travers le jersey réveilla en elle une sensation qu'elle avait oubliée et dont elle n'était même plus très sûre d'avoir fait la connaissance un jour. Elle attendit qu'il s'écarte pour tirer de nouveau, prit une seconde pour rassembler ses esprits, et le ballon fila droit dans l'anneau.

Elle croisa le regard amusé d'Emmeline après avoir récupéré la balle pour aller se mettre en place sur un nouveau plot non loin d'elle, et elle fit du mieux qu'elle put pour ignorer le sourire narquois qu'elle lui lança quand elle passa devant elle.

Il était visiblement temps qu'elle se concentre de nouveau sur l'entraînement en lui même plutôt que sur le coach parce que leur discrétion laissait à désirer et qu'elle commençait à avoir violemment envie de se défouler autrement qu'en lançant un ballon dans un panier.

Après une bon quart d'heure de lutte, elle termina deuxième derrière Matilda, et elle passa le reste de l'entraînement à éviter James. Elle fut surprise, mais positivement ravie de constater qu'il faisait de même. Ils en étaient au même point. Elle en aurait mis sa main à couper. L'envie de se jeter l'un sur l'autre commençait à le ronger autant qu'elle la rongeait.

Elle récupéra son sac rapidement à la fin de l'entraînement, plus rapidement qu'elle ne l'avait jamais fait à vrai dire, et quand elle salua les filles, Emmeline lui donna une petite tape sur les fesses en riant et en se penchant à son oreille.

« Ça reste entre nous, lui glissa t-elle avec un sourire qui en disait long sur leur discrétion. »

Lily esquissa un demi-sourire pour toute réponse, ignorant du mieux qu'elle le put le rouge qui lui montait aux joues alors que James discutait encore avec Mme Bibine. Il lui jeta un bref regard en biais avant de faire un discret signe de tête vers Gladys et Doris, et elle comprit aussitôt. Elle ne voulait pas faire d'histoire au sein du groupe. Elle était nouvelle, et se montrer avec le coach n'était pas une bonne tactique pour se faire accepter, au contraire. C'était la meilleure façon de ruiner une cohésion d'équipe.