Lily était assise sur le siège passager de la voiture de James, en tenue de basket, son portable entre les mains, et elle attendait impatiemment qu'il la rejoigne. C'était un curieux mélange de bon stress et d'une angoisse qu'elle ne connaissait que trop bien pour avoir vécu avec elle toute cette dernière année, et elle avait besoin de ses meilleures amies pour l'aider à gérer l'alliage des deux sentiments qui commençait à la rendre folle.
Lily : Opération Jily, hein ?
Lily : N'essayez même pas de nier, je suis au courant, et on va certainement avoir une discussion là dessus, mais pas aujourd'hui.
Mary : Ça ne me dit rien.
Marlène : Jamais entendu parler d'une chose pareille.
Lily : Tu ferais mieux de prier pour que je ne lance pas le hashtag Marlus.
Mary envoya plusieurs émojis qui riaient et Lily laissa échapper un sourire alors que Marlène répondait avec un gif d'un enfant qui boudait.
Lily : James est venu avec moi à l'entraînement.
Lily : J'en sors et je l'attends dans la voiture et il se peut que je lui ai plus ou moins tendu la perche au sujet de cette théorie, et maintenant je panique.
Lily : SOS.
Lily : Je suis en hyperventilation.
Marlène : Quelle théorie ? QUELLE THEORIE?!
Mary : OH MON DIEU.
Mary : Lily pense que si elle couche avec James, elle n'aura plus envie de coucher avec James.
Marlène : Pardon ?
Marlène : Lily ?
Lily : C'est un raccourci ! Je dis juste que je suis attirée par lui et que je suis obnubilée par ça.
Lily : J'ai l'impression d'être une folle.
Lily : Je veux me débarrasser de ça.
Marlène : Tu dis ça comme s'il s'agissait d'une famille de morpions.
Mary : Et Marlène sait de quoi elle parle.
Lily gloussa lorsqu'elle vit le nouveau message de Marlène arriver. Il ne contenait qu'un glorieux doigt d'honneur auquel Mary répondit par un émoji avec un sourire en coin.
Marlène : Tu sais quoi ? fais-le, Lily. Un peu de spontanéité n'a jamais tué personne.
Lily : Tu crois ?
Marlène : Tu en as envie ?
Lily : Est-ce que tu l'as bien regardé ?
Mary : J'aime les filles et j'en ai envie aussi.
Elle ricana une nouvelle fois et envoya plusieurs émojis en même temps que les deux autres filles. Au moment où elle s'apprêtait à répondre, la porte côté conducteur s'ouvrit et elle sursauta quand James s'assit à côté d'elle.
« Tu aurais pu me prévenir, commença t-il.
- Quoi ?
- Toi. Dans mon équipe de basket. Sérieusement ? dit-il en secouant la tête avant de reprendre. Ne te méprends pas, je suis totalement pour, mais comment est-ce que je suis censé me concentrer sur quoi que ce soit ?
- Tu aurais dû voir ma tête quand elles m'ont dit que tu étais le coach, répliqua t-elle alors qu'il démarrait la voiture. »
Il se contenta de sourire, et elle se mordit la lèvre en reportant de nouveau son attention sur son portable. Les filles avaient envoyé plusieurs messages.
Mary : Qu'est-ce qui te retient ?
Marlène : A part ta ceinture de sécurité ?
Mary : Hilarant.
Lily : Je le connais à peine !
Marlène : Tu le connais plus que toutes les filles avec qui Mary a couché.
Mary : Je ne peux rien dire, c'est vrai.
Lily : Je vais le faire.
Lily :Je vais vraiment le faire.
Lily :J'ai envie de le faire.
Mary : Je vais dormir chez Marlène, je te laisse l'appart'. S'il te plaît, faîtes le partout SAUF sur le canapé.
Mary : Il y a des préservatifs dans la salle de bain. Sur l'étagère au dessus des serviettes.
Mary : Je les ai achetés parce que je savais que ça arriverait un jour.
Marlène : C'est bon à savoir.
Lily : D'accord mais qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je lui dis de venir après ma douche ?
Lily : Mary tu es une reine.
Marlène : Oh non chérie, tu lui dis de venir PENDANT ta douche.
Mary : DANS la douche.
Mary : Avec toi. Au cas où ce n'était pas clair.
Lily : C'était très clair.
Lily : Et s'il refuse ?
Mary : Je viendrai dans la douche.
Marlène : Je n'ai rien contre le fait de passer aussi.
Elle ravala un rire lorsqu'elle vit la dizaine de clins d'oeil que les deux filles envoyèrent, puis elle verrouilla son téléphone, ouvrit son sac, et le lança dedans avant de resserrer nerveusement sa queue de cheval pendant que son autre main était figée sur sa cuisse.
Ils n'avaient jamais été autant silencieux dans la voiture. James semblait concentré sur la route, et les doigts de Lily tapotaient nerveusement ses jambes alors que ses yeux jonglaient entre le visage de son coach, la route, et le compteur de vitesse qui lui indiqua qu'il ne respectait clairement plus les limites. Elle ne l'en blâma pas, elle adorait la chanson de Coldplay qui passait à la radio, mais elle avait envie de rentrer le plus vite possible.
« Quand est-ce que tu dois repartir ? lui demanda t-elle alors qu'ils se garaient dans le parking souterrain.
- J'ai un vol à six heures et quart demain matin.
- Quel aéroport ?
- Celui de la city. »
Il partirait logiquement une heure et demie ou deux heures en avance si elle se fiait aux derniers vols qu'elle avait pris, et elle fit rapidement le calcul dans sa tête. Ils avaient facilement six heures devant eux et c'était plus qu'assez pour tester sa théorie.
Elle le remercia quand il attrapa son sac de cours dans le coffre alors qu'elle enfilait son sac de sport sur son dos, et son cœur se mit à battre à toute vitesse quand ils se retrouvèrent tous les deux dans l'ascenseur spacieux qui lui paraissait toutefois soudainement étroit. Le silence la tuait.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire ou dire, elle était absolument nulle dans ce domaine, elle n'avait jamais essayé de ramener qui que ce soit chez elle, et elle savait qu'elle réfléchissait trop mais elle aurait voulu que Marlène et Mary soient dans sa tête et qu'elles puissent lui dire quoi faire. Des talkies walkies. Il fallait qu'elle investisse. Quoique cela manquait peut-être un peu de discrétion. Des oreillettes alors ? Et puis merde, pensa t-elle finalement.
« Est-ce que tu veux prendre ma douche avec moi ?
- Est-ce que tu veux dîner avec moi ? »
Les deux questions avaient été posées simultanément, et à la façon dont James se tourna vers elle, les yeux ronds comme le ballon de basket qu'elle avait eu entre les mains quelques minutes auparavant, elle réalisa qu'il ne s'attendait définitivement pas à ce qu'elle soit aussi directe.
Il y eut un moment de flottement, et elle fut profondément soulagée quand il s'approcha rapidement d'elle et que sa bouche s'écrasa contre la sienne comme s'il ne pouvait plus tolérer une seconde de plus qu'ils soient aussi loin l'un de l'autre.
Pendant une durée qu'elle était incapable d'estimer, elle oublia qu'elle venait de faire deux heures de sport et que son maillot collait à son dos autant que ses cheveux roux collaient à son front. C'était comme s'il venait d'anéantir le monde qu'elle avait construit autour d'elle.
Elle ne sut à quel moment ils émergèrent de l'ascenseur, ils se retrouvèrent simplement à bout de souffle devant sa porte à chercher frénétiquement ses clés dans son sac. Elle les trouva dans la plus petite poche et parvint à les enfoncer maladroitement dans la serrure après deux pathétiques tentatives.
Elle fit un pas dans l'appartement et elle sentit directement ses mains la pousser à l'intérieur. Les sacs tombèrent quelque part dans l'entrée mais le bruit sourd des livres contre le parquet ne détourna pas son attention de ses yeux, à seulement quelques centimètres des siens.
« Désolée, je suis trempée, je...
- Dans quel monde est-ce que tu crois que ça me pose problème, Evans ? chuchota t-il à son oreille après lui avoir retiré son maillot d'entraînement. »
Elle aurait aimé répondre autrement que par un rire étouffé, elle aurait définitivement voulu avoir une meilleure répartie, mais elle était trop occupée à essayer de se souvenir du chemin vers la salle de bain qu'elle avait pourtant effectué cent fois.
Ses mains nues étaient enfin sur sa peau, sur sa taille, à essayer de la garder contre lui alors qu'elle voulait juste qu'il retire ses vêtements, mais il était indéniablement plus habile qu'elle pour la déshabiller et elle manqua de trébucher sur son short de basket quand il le fit adroitement tomber à ses pieds.
« Tu n'imagines même pas le nombre de fois que j'ai voulu faire ça, lui confia t-il en l'embrassant sur chaque centimètre de peau qu'il pouvait atteindre. »
Elle laissa échapper un soupir d'aise et se laissa faire pendant un moment juste parce que c'était étonnement beaucoup plus tendre que tout ce qu'elle avait connu auparavant. Elle attendit qu'il desserre son étreinte pour se retourner dans ses bras et ouvrir le robinet de la douche, laissant couler l'eau jusqu'à ce qu'elle soit chaude. Un frisson courut le long de sa colonne vertébrale quand ses doigts dévalèrent son épaule jusqu'à ses fesses, et elle devina que c'était exactement ce qu'il cherchait parce qu'elle le sentit sourire contre sa nuque.
Elle pivota, le repoussa doucement juste pour pouvoir enfin lui retirer son pull et son tee-shirt, et elle recommença à l'embrasser. Ils pouffèrent quand elle essaya d'attraper à tâtons la boîte de préservatifs que Mary avait laissée là et qu'elle leur tomba dessus, et bientôt, tout devint plus pressant et plus sérieux, et elle se sentit invincible. Quelques instants plus tard, son dos heurtait la paroi de la douche, ses doigts laissaient des marques rouges sur ses épaules nues, et elle remerciait le ciel d'avoir écouté Marlène, Mary, et cette partie d'elle-même qu'il avait conquise dès qu'ils s'étaient rencontrés.
Il était presque deux heures du matin quand elle réalisa que sa théorie était erronée, et qu'elle était absolument inculte en matière de sexe malgré sa longue relation avec Severus. Cela l'avait frappée un peu brutalement quelques minutes plus tôt. Elle avait cru que James s'arrêterait après avoir pris son pied parce que c'était tout ce qu'elle avait connu, et tout ce que la culture populaire lui avait montrée : le paroxysme du plaisir des hommes marquait la fin d'une relation sexuelle.
C'était sans compter sur James. Encore une preuve, s'il en fallait une, qu'ils ne se connaissaient pas assez, parce qu'il l'avait portée jusqu'à sa chambre avec l'idée précise de lui rendre la pareille. Elle avait été un peu surprise sur le coup, perdue sans savoir pourquoi, perturbée par l'attention, mais il l'avait attendue, il lui avait posé des questions sur ce qu'elle aimait, et puis elle avait compris l'injustice de sa relation passée avec Severus. Rien n'était normal.
Allongée sur le côté, elle fixait son réveil comme si elle était possédée, comptant mécaniquement les minutes qu'il lui restait avec lui sans trop s'en rendre compte. Elle regrettait son corps tiède contre le sien. Il dormait de l'autre côté du lit, beaucoup trop loin d'elle, et alors que ses yeux verts tombaient sur le verre d'eau qu'il lui avait ramené de la cuisine juste après leur deuxième round, elle se surprit à lâcher une larme.
Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu'elle comprenait que ce qu'elle avait vécu pendant plusieurs mois en sortant avec Severus était invraisemblable, et qu'elle n'arrivait pas à savoir lequel d'entre eux avait été le problème. Elle savait que Mary et Marlène auraient une réponse catégorique à lui apporter à ce sujet, mais elles n'étaient pas impartiales.
C'était comme si elle avait passé des années à tomber d'un immeuble de vingt étages, et que la chute, bizarrement lente, avait été plus violente que l'atterrissage. Elle ne voulait pas de l'une de ces stupides prises de conscience nocturnes qui ne la hantaient habituellement que lorsqu'elle avait descendu la moitié d'une bouteille de gin, mais elle avait l'impression qu'elle n'avait de toute façon pas le choix. Elle s'imposait à elle sans qu'elle ne puisse rien y faire alors que son être semblait se déchirer en deux moitiés bien distinctes.
Il y avait celle qui était allongée dans son lit avec James et celle qui était perdue quelque part entre Severus et le néant, dans un endroit sans lumière qu'elle aurait voulu ne jamais avoir visité, où l'extase n'était qu'un vague concept insaisissable.
Elle détestait celle là. Elle lui donnait la nausée, lui serrait la gorge, lui brûlait les yeux et l'emmenait dans un coin de son esprit où elle n'avait plus très envie d'errer. Elle avait toujours su qu'être avec quelqu'un d'autre que Severus aurait un drôle d'impact sur elle parce qu'elle s'était trop habituée à lui, qu'il avait été le premier, qu'elle avait construit un douteux apprentissage de l'amour avec lui, et que leur relation l'avait marquée au fer rouge, mais elle ne s'attendait pas à ce contrecoup, comme une dernière bassesse qu'il avait orchestrée sans même le savoir.
L'autre moitié était incandescente et tellement inespérée qu'elle ne savait pas exactement comment l'accepter. Elle avait peur qu'elle reparte aussi vite qu'elle était arrivée et elle ne savait pas ce qu'elle ferait à ce moment là, parce qu'il était impensable qu'elle se laisse de nouveau avaler par les ternes souvenirs d'un amour qui n'était plus.
Elle essuya l'unique larme qui avait tracé un sentier pâle quasi invisible sur sa joue et se retourna. James était dos à elle, et elle hésita quelques secondes avant de se rapprocher assez pour sentir la chaleur de son corps contre le sien contre son épaule. C'était supposé n'être que l'affaire d'un soir, comme une espèce de carte joker qu'elle avait sortie pour se prouver qu'elle n'était émotionnellement pas attachée à lui, et elle ricana intérieurement en songeant qu'elle n'était certainement pas aussi intelligente que tous ses bulletins scolaires le laissaient supposer.
Elle adorait sentir son parfum dans son lit. Elle n'avait jamais autant voulu s'endormir que cette nuit là, seulement il lui semblait démesurément stupide de ne pas profiter tant qu'elle le pouvait. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il se retourne et que son bras ne retombe machinalement sur son ventre. Elle posa sa main dessus, et elle fronça les sourcils quand elle le sentit frémir contre elle.
« Pourquoi est-ce que tu ne dors pas ? lui demanda t-il après avoir posé son front contre sa tempe.
- Parce que je réfléchis.
- A deux heures du matin ?
- Je me demandais si j'aurais couché avec toi si je n'avais pas vu la maison de tes parents avant, murmura t-elle en esquissant un sourire narquois qu'il ne pouvait pas voir dans l'obscurité de la chambre. »
Elle éclata de rire quand il l'insulta contre son oreille, resserrant toutefois son étreinte autour d'elle comme s'il savait déjà à quel point elle en avait besoin.
« Est-ce que tu cherches à me blesser maintenant que tu m'as mis dans ton lit ?
- Non. Je voulais juste vérifier que tu avais bien changé d'avis à propos de Lizzie et Darcy, répondit-elle alors que ses doigts pianotaient distraitement sur son bras.
- Très habile, commenta t-il contre son oreille. Continue à me chercher, et tu vas cirer le banc de touche pour ton premier match, Evans.
- Ce n'est pas très professionnel, coach.
- On a quitté cette sphère là quand tu m'as invité dans ta douche.
- Touché.
- Hmmm. »
Elle pouffa quand il se cala d'avantage contre elle, et encore plus quand il posa paresseusement sa main sur sa bouche pour la bâillonner.
« Je ne pensais pas que tu étais du genre à faire des câlins, pointa t-elle avec un sourire sarcastique après avoir retiré sa main et l'avoir gardée dans la sienne à côté de sa tête sur son oreiller.
- Moi non plus, répondit-il de la même façon. »
Elle savait qu'il ne voulait pas aborder maintenant la question qui les taraudait tous les deux. Elle ne le souhaitait pas non plus. Ils dansaient bizarrement autour, et il était temps de chercher le sommeil avant de trouver les ennuis. Ils discuteraient plus tard parce qu'elle voyait mal comment ils pouvaient reprendre le cours de leur vie normalement après ce qu'il s'était passé entre eux ce soir là.
Elle ne parlait pas du sexe en lui même, elle parlait de ce qu'elle avait ressenti pendant, et de ce qu'elle était persuadée qu'il avait ressenti aussi. Il n'était pas du genre à sortir avec qui que ce soit, et elle ne voulait rien de sérieux, mais à cet instant précis, alors qu'il était lové contre elle et que la tendresse du moment l'enivrait, les limites se brouillaient.
Quand elle se réveilla ce matin là, la première chose qu'elle remarqua fut l'absence de James à ses côtés. Le matelas était froid là où il avait dormi, signe qu'il était parti depuis un moment, et elle en eut la confirmation lorsqu'elle constata qu'il était presque neuf heures. Elle avait raté son premier cours, mais elle ne s'en formalisa pas, ses yeux restèrent figés pendant un long moment sur la place cruellement vide qu'il avait occupée, avant qu'elle ne se décide enfin à se lever.
Elle grimaça quand elle se leva de son lit, ne sachant pas bien si ses courbatures étaient dues à l'entraînement ou à ses prouesses plus ou moins inattendues de la veille, puis elle ouvrit paresseusement son armoire. Elle saisit le premier tee-shirt qui lui tomba sous la main, enfila un vieux jogging qu'elle avait depuis ses seize ans, et poussa la porte de sa chambre.
Elle se frotta les yeux en se dirigeant vers la cuisine, ouvrit le frigo pour attraper une brique de jus d'orange, manqua de faire tomber une pile de verres en essayant d'attraper son préféré, un vieux verre à moutarde avec la panthère rose dessus, et sursauta violemment quand elle fut enfin assez réveillée pour voir Mary, assise sur le canapé, en train de la fixer avec un large sourire.
« Tu viens de me faire la peur de ma vie ! s'exclama t-elle en portant une main à son cœur avant de se servir à boire.
- J'adore faire ça, lui apprit-elle fièrement.
- Tu as des problèmes, MacDonald. »
Mary haussa les épaules et reporta son attention sur les dessins animés à la télévision, mais dès que Lily s'assit à côté d'elle, elle reprit la parole.
« J'ai croisé James ce matin. »
Son ton était si innocent et sa voix si douce que si elle ne la connaissait pas autant, Lily n'aurait pas pensé une seule seconde qu'elle allait lui demander un compte-rendu détaillé de ce qu'il s'était passé sous son toit. Elle n'était pas loin d'être aussi intrusive que ses parents. A vrai dire, les trois se valaient.
« Est-ce qu'il est parti tard ou est-ce que tu es rentrée tôt ? lui demanda Lily après avoir bu une gorgée de jus d'orange.
- Je suis rentrée autour de quatre heures parce que Marlène ronflait. Tu sais qu'elle n'a qu'un lit. J'ai cru que j'allais la tuer, mais enfin, ce n'est pas le sujet, répondit-elle en esquissant un large sourire. J'ai demandé à James si tu l'emmenais à l'aéroport, et il m'a dit qu'il avait hésité à te le proposer, mais que tu avais l'air de bien dormir et qu'il n'avait pas le cœur à te réveiller.
- Hmmm, fit-elle en braquant à son tour ses yeux sur les dessins animés devant elles.
- C'était ADORABLE ! s'écria Mary, faisant sursauter Lily qui pesta quand une goutte de jus d'orange tomba sur son jogging.
- Ou alors, il ne voulait pas rendre les choses bizarres dans la voiture, parce que ce n'était que pour un soir. »
Mary lui jeta un regard outré comme si elle venait de lui annoncer qu'elle résiliait leur abonnement Netflix, et puis elle secoua frénétiquement la tête et lui donna une petite tape sur la cuisse.
« Pourquoi est-ce que tu dis des choses comme ça ?! Est-ce que c'était nul ?
- Non, non, définitivement pas, répondit Lily après avoir terminé son verre et l'avoir posé sur la table basse. Au contraire, c'était... Disons juste que je comprends avec un peu de retard pourquoi les gens en font tout un plat.
- Tu dis ça comme si tu venais de découvrir un truc de malade, pouffa Mary qui savait bien que Severus avait été le premier avec qui elle était passée à l'acte.
- Crois-moi, c'est un peu comme ça que je l'ai ressenti, lui confia Lily en inspirant profondément. C'était un peu une première fois. Sans le passage désagréable. Mais après tout, peut-être que le passage désagréable a été désagréable parce que la personne avec qui je l'ai fait à l'époque était désagréable.
- Ne me lance pas là dessus, dit Mary. Pourquoi est-ce que je te sens triste malgré tout ? »
Lily soupira. La main de sa meilleure amie se posa sur son épaule qu'elle pressa doucement. Elle l'était, bien sûr qu'elle l'était, il était parti et c'était fini, ils avaient eu leur chance, elle avait utilisé son joker, ils avaient testé sa théorie, et maintenant le meilleur était derrière elle. Comment pouvait-elle ne pas être triste ?
Le contrat était clair. Une fois. Un soir. Une nuit. Rien d'autre. Rien de plus. Elle n'était pas prête, et il ne se lançait dans aucune relation sérieuse. Le deal fonctionnait de cette façon. C'était ses termes, ceux qu'il avait acceptés sans broncher et sur lesquels il n'était pas revenu. C'était comme ça.
« Ma théorie, commença t-elle, est une vraie connerie.
- Je suis désolée Lily... Est-ce que je dois faire semblant d'être étonnée ?
- Non, non, bien sûr que non, lui répondit-elle en riant malgré tout.
- Tu sais que tu n'en mourras pas si tu lui laisses une chance d'être plus que ça, n'est-ce pas ?
- Ce n'est pas son genre, réfuta t-elle aussitôt en secouant la tête.
- Tu es son genre.
- J'étais son genre jusqu'à cette nuit. Il me l'a dit l'autre jour. Il ne sort avec personne, et ce n'est pas comme si j'étais prête à me lancer dans quelque chose de sérieux.
- Il sortira avec toi, affirma t-elle avec une détermination qui amusa Lily.
- Parce que tu vas le forcer ? ricana t-elle.
- Ne sous-estime pas l'opération Jily.
- Je vais vous tuer pour ça.
- Tu ne pourras pas payer le loyer toute seule, pointa Mary avec un sourire satisfait.
- Très bien, tu vis, mais les autres vont payer, affirma Lily en ramenant ses jambes contre sa poitrine. Tu n'avais pas cours ce matin ?
- Bien sûr que si, mais je ne voulais pas manquer ta tête après ta nuit de folie, répondit la jeune femme brune en haussant les sourcils de manière suggestive. C'est l'avantage de la fac, je peux sécher quand je veux, et pour les meilleures des pires raisons. »
Lily leva les yeux au ciel, laissa échapper un nouveau rire, et s'enfonça un peu plus dans le canapé parce qu'il y avait quelque chose de rassurant dans le fait de rester là avec Mary à regarder des dessins animés pour enfants qui auraient dû ne plus les intéresser depuis longtemps mais qui les captivaient toujours.
Après une petite demie-heure à végéter ensemble, Lily décréta qu'il était temps qu'elle se prépare pour aller en cours malgré le fait que l'envie tenace de rester à l'appartement toute la journée lui semblait particulièrement attrayante. Elle abandonna Mary à contrecœur pour retrouver sa chambre, et lutta contre la morosité qui l'envahissait alors que les draps défaits lui rappelaient la nuit qu'elle aurait voulue étendre jusqu'au prochain jour.
Son portable était posé sur le matelas, là où James avait dormi la veille, elle s'en saisit et le déverrouilla, stupéfaite lorsqu'elle constata qu'il avait pris une photo avant de partir. Elle s'était endormie contre son épaule, la bouche ouverte, de la façon la moins photogénique possible, et James souriait narquoisement à côté d'elle, définitivement fier de son coup.
Il lui manqua terriblement tout à coup. Cette photo avait beau ne pas la mettre en valeur, elle venait de passer dans le top trois de ses photos préférées, et elle savait pertinemment qu'elle devait avoir l'air bête à la fixer avec le sourire candide d'une adolescente qui découvrait la vie, mais c'était simplement plus fort qu'elle.
Elle s'efforça d'en détourner les yeux pour lire les messages qu'elle avait manqués hier, pouffant en constatant que Mary et Marlène avaient littéralement craqué sur leur conversation de groupe et avaient passé la soirée à envoyer des gifs lourds de sous-entendus. Elle leur transféra la photo que James avait prise, accompagnée d'un émoji qui riait et d'un autre qui pleurait, puis ouvrit un sms du concerné.
James Littérature : Je suis désolé d'être parti comme un voleur, mais je m'en serais franchement voulu d'écourter ta nuit quand tu dormais si bien.
Il avait ajouté un émoji sourire en coin à la fin, et elle pouvait sentir le sarcasme même au travers de son message. Elle savait qu'il faisait référence à la photo, et elle en fut autant consternée qu'amusée.
