Le week-end était arrivé rapidement à son grand soulagement. Elle avait besoin d'un moment de calme, de pouvoir rester dans son lit à réfléchir à des choses auxquelles elle ne voulait pas penser, mais qu'elle n'allait décidément pas laisser au hasard. Elle n'avait aucune envie de se faire surprendre par James comme elle s'était faite surprendre par Severus.
Ils n'en étaient pas là, clairement pas. Ils s'envoyaient des messages régulièrement, continuaient à flirter bizarrement pendant les séances de tutorat, la plupart du temps au cours d'appels vidéo qui s'éternisaient, mais ni l'un ni l'autre ne semblait décidé à arrêter de se voiler la face. Par définition, une relation sans lendemain ne se poursuivait pas, mais Lily préférait se cacher derrière l'excuse des cours, qui n'étaient toutefois censés jouer aucun rôle dans leurs relations personnelles.
Sans compter que cette excuse n'était certainement plus valable à partir du moment où elle voulait juste l'entendre lui raconter sa journée, toute sa journée, dans les moindres détails, et ce jusqu'à ce qu'elle en tombe de sommeil comme cela avait été le cas la veille. Pas parce qu'il était ennuyant à mourir, mais parce que sa voix était chaude et rassurante, qu'il était passionné et par conséquent passionnant, et qu'elle aimait sentir qu'il était là même quand il ne l'était pas vraiment.
Elle était réveillée depuis un moment, mais malgré l'heure tardive, elle continuait à paresser sous sa couette, repoussant le moment où elle devrait sortir de son cocon chaud et agréable. Elle était en train de jouer sur son portable lorsqu'un nouveau message le fit vibrer. Elle fronça les sourcils en voyant qu'il venait du fameux numéro qu'elle ne connaissait pas et qu'il contenait une pièce jointe.
Elle l'ouvrit, et se redressa aussitôt sur son lit. Elle était en train de recevoir une multitude de photos d'elle à la bibliothèque, dans le hall de la fac, ou devant le gymnase. Il n'y avait aucun texte, juste une dizaine de photos prises à son insu, et son sang ne fit qu'un tour, elle tenta d'appeler le numéro. Aucune réponse. Aucun nom mentionné sur le répondeur. Furieuse, elle réessaya plusieurs fois, en vain.
Elle bondit de son lit et trouva Mary dans le salon, en train de regarder une stupide émission de télé-réalité avec Sirius qui avait débarqué une heure plus tôt en se plaignant qu'il n'avait plus de céréales. Ils avaient l'air de deux enfants, assis en tailleur sur le canapé, chacun un bol dans la main, et elle aurait pu en rire si elle n'était pas aussi remontée. Elle tendit son portable à Mary qui fit défiler les messages, les yeux écarquillés avant de lui jeter un regard effaré.
« Lily, il faut que tu ailles porter plainte maintenant.
- Je ne vais pas aller au commissariat pour quelques stupides messages, réfuta t-elle en secouant la tête alors que sa meilleure amie tournait l'écran vers Sirius, je veux juste savoir comment je peux trouver à qui appartient ce numéro. J'ai déjà essayé via internet l'autre jour, mais je n'ai rien trouvé, et je...
- Wow, Evans, c'est sérieux, la coupa Sirius qui avait pris le téléphone des mains de Mary et qui lisait les menaces et observait les photos d'un air tout aussi inquiet qu'elle. Est-ce que ce n'est pas encore ton ex ? Celui que tu as démoli la dernière fois ?
- Severus n'a pas l'habitude de se cacher derrière quoi que ce soit, nia Mary.
- Je ne pense pas non plus que ce soit lui. Il répondrait à mes appels.
- Pardon ? Tu veux dire que tu as rappelé ce numéro ?
- Bien sûr que j'ai rappelé, Mary. Il m'envoie des photos de moi, je ne vais pas le laisser croire qu'il m'intimide ! »
Il y eut un blanc pendant un instant, et Lily en profita pour récupérer son portable. Mary et Sirius échangèrent un regard qui en disait long sur leur avis sur la question, et cela lui fit lever les yeux au ciel.
« Je n'irai pas voir la police pour une histoire aussi ridicule, affirma t-elle. Est-ce que l'un d'entre vous sait comment je peux trouver à qui appartient ce numéro, oui ou non ?
- Rémus pourrait peut-être t'aider. Il a piraté le logiciel du lycée quand on était en seconde pour modifier les notes de Peter, il est calé, lui répondit Sirius. Je vais lui écrire.
- Merci. Tu viens de gagner un verre aux Trois Balais. »
Mary lança un regard au jeune homme qui signifiait clairement qu'elle avait l'impression qu'elle venait d'être trahie, mais il était trop occupé à taper le message sur son portable pour lui accorder de l'attention. Finalement, Lily se laissa tomber à côté d'eux et fixa l'écran de la télé sans vraiment regarder l'émission.
« Il y a des toasts dans la cuisine si tu veux, lui dit Mary.
- Merci, j'irai manger tout à l'heure. Qu'est-ce que vous faites aujourd'hui ?
- Je vais probablement réviser mes cours et aller aider mes parents à la pharmacie tout à l'heure, rien de très passionnant, soupira Mary, mais je ne serai pas là pour dîner parce que j'ai prévu un truc avec Agatha.
- Agatha ?
- Tu sais, la fille que je vois en ce moment.
- Elle s'appelle Agatha ? C'est quoi son nom de famille ?
- Timms, pourquoi ?
- Sérieusement ? Je joue au basket avec elle ! s'exclama Lily, soudainement très excitée par la nouvelle alors que Sirius leur intimait de parler moins fort pour qu'il puisse suivre l'émission contre laquelle il avait toutefois pesté en arrivant.
- Ne me dis pas que c'est l'une des deux horreurs qui...
- Oh non, la coupa t-elle aussitôt. Rien à voir avec Gladys et Doris. Agatha est sympa. Je n'arrive pas à croire que tu ne me l'aies pas dit avant !
- Ne te réjouis pas trop, tu sais que je n'aime pas quand ça dure longtemps, commenta Mary en balançant son bras par dessus le dossier du canapé pour se tourner vers Lily.
- Rabat-joie. Qu'est-ce que tu dirais de... »
Elle s'interrompit quand elle entendit les premières notes de My heart will go on retentir dans l'appartement avant de se rendre compte que c'était la sonnerie que Sirius avait choisie pour James qui était en train de l'appeler. Mary et elle gloussèrent au moment où il décrocha.
« Ça fait deux jours que tu ne m'as pas appelé ! lui reprocha t-il aussitôt. »
Elles n'entendirent pas ce que James lui répondit, mais il sembla se radoucir un peu. Il se leva et fit signe aux filles qu'il allait finir cette discussion dans le couloir. Il passa sa tête par l'encadrement de la porte deux minutes après et appela Lily.
« Hmm ?
- Brenda n'a plus rien à manger, on a un sac de croquettes qui a été livré chez les parents de James mais les garçons et moi devons aller préparer l'anniversaire d'un ami cet après-midi et je ne sais pas si j'aurais le temps de passer les chercher, est-ce que... il s'interrompit, roula les yeux, alors que son meilleur ami lui parlait, et reprit la parole. Bien sûr que si, je lui demande ! Aucun de nous ne peut y aller aujourd'hui, et non, je ne peux pas faire l'aller-retour maintenant, je dois être chez Frank à midi.
- Dis-lui que je m'en occupe, intervint Lily alors que Sirius soupirait lourdement face à la réponse de James.
- Elle a dit qu'elle s'en occupait, dit-il et elle put lire un « merci » silencieux sur ses lèvres avant qu'il ne referme la porte. »
Elle se dirigea vers la cuisine pour se servir en toasts et elle entendit la raillerie dans la voix de Mary lorsqu'elle s'adressa à elle.
« Une nouvelle visite chez tes beaux-parents ?
- Arrête de les appeler comme ça, gémit Lily avant d'enfoncer un toast dans sa bouche.
- Je sais, je sais, il ne sort avec personne et...
- Je ne veux pas me mettre en couple.
- Bien sûr.
- Je suis sérieuse, Mary. J'ai mérité de m'amuser, je suis sortie avec Severus Rogue pendant plusieurs mois.
- Là dessus je suis entièrement d'accord, pouffa sa colocataire, je me demande juste s'il y a d'autres personnes avec qui tu veux « t'amuser » ou s'il n'y a que James, parce que c'est ce qu'on appelle une relation exclusive dans ce cas là.
- Ce n'est pas une relation exclusive, affirma Lily en roulant les yeux, c'est juste...
- Un sexfriend ? proposa Mary en haussant les sourcils.
- Quelque chose comme ça, j'imagine, marmonna Lily. »
Elle n'était pas convaincue par cette réponse, mais elle n'en avait aucune autre à donner. Elle n'avait pas envie de mettre une étiquette sur une relation amicale qui pouvait occasionnellement déraper. Elle doutait qu'il y en ait une qui décrive cela mieux que celle que Mary avait proposée, mais elle n'en était tout de même pas satisfaite. Elle était en train de répondre à un message de Marlène lorsque Sirius réapparut.
« Bon, je finis ce bol et j'y vais, les filles. Lily, Rémus m'a envoyé un message pour me dire qu'il voulait bien t'aider avant que tu ne termines dans les faits divers, et merci de me rendre service pour Brenda. Tes beaux-parents vont être ravis de te revoir, je les ai déjà prévenus, et Mary...
- Oh c'est bon, vous avez gagné, je vais prendre ma douche, le coupa Lily avec mauvaise humeur. »
Elle disparut dans la salle de bain pendant un long moment et quand elle en émergea enfin pour rejoindre sa chambre, elle constata qu'elle avait un nouveau message de James.
James Littérature : Je suis désolé, je ne pensais pas que Sirius aurait le culot de te dire d'aller chercher de quoi nourrir Brenda chez nos parents, mais maintenant que je l'écris je me rends compte que ça paraît normal venant de lui. Je vais trouver une autre solution.
Lily leva les yeux au ciel, s'assit sur son lit et répondit aussitôt. Elle pouvait bien faire cela pour lui. Il lui prêtait sa voiture tous les jours alors qu'ils se connaissaient à peine. Ils avaient développé un lien étroit en très peu de temps, et elle réalisa à ce moment là qu'elle avait trouvé totalement normal d'accepter la requête de Sirius, comme si elle avait l'habitude de rendre visite à Euphemia et Fleamont Potter.
Lily : Ca ne me dérange réellement pas.
James Littérature : Tu es sûre ?
Lily : Je ne veux pas avoir la mort de Brenda sur la conscience.
James Littérature : Sirius l'aura.
Lily : Personne ne l'aura. Je m'habille et j'y vais.
Elle balança négligemment son portable sur son matelas et ouvrit en grand son armoire à vêtements. Elle avait presque récupéré tous ceux qui étaient autrefois dans sa chambre chez ses parents, à l'exception de ses tenues d'été. Elle avait l'embarras du choix, mais elle se contenta d'enfiler le premier jean qu'elle trouva, un débardeur noir, et un pull beige assez chaud.
Elle n'avait pas besoin de sortir pour savoir que c'était un temps à se changer en glaçon. Elle n'avait qu'à regarder par sa fenêtre. Elle pouvait voir le froid à défaut de le sentir tellement il était tenace. Tout était gris dehors. Elle trouva une vieille écharpe à Mary au fond de l'armoire et elle l'enroula autour de son cou. Il n'était pas rare qu'elles échangent leurs vêtements, ou plutôt que Mary lui en pique et que Lily ne les revoit jamais, alors c'était de bonne guerre. Elle vérifia une nouvelle fois son portable avant de partir, et se mit à sourire devant le dernier message de James.
James Littérature : Merci. L'adresse est rentrée dans le gps de la voiture.
James Littérature : Ps : tu t'habilles ? Tu m'écris dans quelle tenue, exactement, Evans ?
Lily : Ce n'était honnêtement pas aussi glamour que ce que tu as en tête.
James Littérature : Qu'est-ce que j'ai en tête ?
Lily : Certainement pas un vieux short de basket et un tee-shirt troué.
James Littérature : C'est EXACTEMENT ma définition du glamour. Comment est-ce que tu fais ça, Evans ?
Elle pouffa, secoua la tête, enfonça son portable dans la poche arrière de son jean et quitta l'appartement. Arrivée dans la voiture, elle fouilla la boîte à gants et sélectionna une playlist dont la thématique était road trip, et elle se mit en route, les premières notes d'une chanson de Bob Dylan envahissant l'habitacle.
La moitié des chansons du CD avaient défilé lorsqu'elle remonta la longue allée menant à la somptueuse bâtisse en briques rouges sur laquelle du lierre serpentait timidement. Pourtant pas si éloignée de la ville, elle ressemblait à l'une de ces maisons de campagne que son père avait toujours voulu acheter. Elle comprenait l'attrait. Le charme était indéniable.
Les gravillons crissèrent sous ses tennis blanches alors qu'elle se dirigeait vers la porte en bois ancien sur laquelle elle frappa trois coups. Quelques secondes plus tard, Fleamont Potter l'accueillit, un large sourire fendant son visage espiègle, et elle se retrouva bien vite assise sur le canapé moelleux du salon, un verre de jus de fruits frais entre les mains.
« Euphemia est en train de faire la sieste, elle devrait se réveiller d'ici une heure, lui expliqua t-il avant de s'asseoir en face d'elle avec une tasse de thé fumante. Comment allez-vous, Lily ? James me disait que vous aviez intégré l'équipe de basket de la fac ?
- Vous pouvez me tutoyer, monsieur Potter, lui dit-elle avec un sourire et il lui demanda aussitôt de faire de même avant qu'elle ne reprenne. Tout va bien, j'ai commencé il y a quelques jours et toute l'équipe est très sympa. J'avoue que je suis moins impatiente à l'idée de commencer les matchs, il y a toujours...
- Un petit stress ? compléta t-il, et elle devina à l'expression de son visage qu'il savait exactement de quoi elle voulait parler, alors elle hocha la tête.
- La compétition ne me réussit pas vraiment.
- Elle ne me réussissait pas non plus. J'ai toujours eu du mal à gérer la pression, lui confia t-il, mais cela ne m'a pas empêché d'accomplir tout ce que je voulais dans la vie. Parfois, il suffit juste d'avoir un peu de chance et de rencontrer les bonnes personnes. »
Il s'interrompit et jeta un coup d'oeil vers la baie vitrée derrière laquelle s'étendait un impressionnant jardin auquel Lily n'avait pas prêté attention la première fois qu'elle était venue. Elle suivit son regard et, comme s'il avait lu dans son esprit, il lui proposa d'aller faire un tour dehors.
« Le jardin est beaucoup plus beau au printemps, mais j'aime la dimension calme qu'il prend en hiver, lui dit-il dès qu'ils commencèrent à déambuler sur un chemin en falun. »
Il était étonnement simple de discuter avec le père de James. Il lui posait des questions, rebondissait sur ses réponses, et avait perpétuellement mille choses plus intéressantes les unes que les autres à raconter. Elle était venue pour récupérer un sac de croquettes, mais il lui sembla qu'elle allait passer plus de temps que prévu au manoir et elle n'en était pas fâchée.
Il s'avéra qu'il était aussi passionné de littérature sinon plus qu'elle, et ils se perdirent dans des conversations sur leurs romans préférés, des éclats de rire ponctuels résonnant dans l'immensité du jardin glacial qui aurait presque semblé endormi sans les parterres de camélias pour l'égayer. C'était agréable, plaisant, et cela ne ressemblait en rien à ce qu'elle ressentait à l'idée d'adresser la parole aux élèves de sa promotion.
Il n'y avait aucun stress avec Fleamont Potter. Elle ne pouvait même pas trouver une raison à cela. Il était simplement aussi bienveillant que sa femme, très ouvert d'esprit, particulièrement vif, et sans en être absolument persuadée, elle avait l'impression qu'ils partageaient les mêmes convictions.
« Oh je crois que personne ne t'a encore présenté à Bernard, déclara t-il alors qu'ils venaient de rentrer et qu'un énorme chat tigré grattait à la baie vitrée en miaulant d'un air mécontent. Tu peux lui ouvrir, l'encouragea t-il alors qu'elle l'interrogeait du regard. Je te déconseille d'essayer de le caresser, il ne tolère que James. Sirius pourrait t'en parler, ils ne peuvent pas se voir en peinture tous les deux.
- Allez Bernard, rentre au chaud, s'empressa de dire Lily en s'écartant quand l'animal feula dans sa direction. »
Elle n'était définitivement pas tentée d'y toucher malgré son amour évident envers les boules de poils de toutes sortes. Celui là ne semblait pas du tout enclin à laisser un humain salir sa robe luisante, et elle sourit lorsqu'elle le vit trottiner majestueusement jusqu'à la cuisine où se trouvait probablement sa gamelle.
« C'est un vieux matou, lui apprit Fleamont qui était retourné s'asseoir sur son fauteuil. Nous l'avons eu quand James avait cinq ans, mais il est toujours en forme. Seulement vois-tu, il est assez dédaigneux et il nous fait clairement comprendre que nous vivons chez lui, et pas l'inverse, expliqua t-il avec un amusement sincère.
- Je vois très bien, le premier chat que nous avons eu quand nous avons emménagé dans la maison actuelle de mes parents avait un caractère similaire, lui répondit Lily en repensant avec tendresse à l'animal qui lui sautait pourtant toutes griffes sorties sur les jambes.
- Plus je te parle, et plus je comprends pourquoi James hésitait autant à partir à Newcastle. »
Lily manqua de s'étouffer dans son verre de jus d'orange et Fleamont laissa échapper un petit rire qui n'était pas aussi innocent qu'il voulait bien lui laisser penser.
« Oh tu n'as quand même pas cru qu'il voulait rester s'occuper de nous ? poursuivit-il d'un air malin.
- Il voulait rester s'occuper de vous, affirma t-elle sur un ton convaincant, du moins pour elle.
- Certainement, admit-il avec un sourire espiègle, entre autres choses. »
Elle s'apprêta à répondre, mais Bernard, fraîchement repu, la surprit en lui sautant sur les genoux, et elle sursauta légèrement avant de se raidir et de le regarder tourner sur ses jambes. Quand elle leva les yeux vers Fleamont, il avait l'air tout aussi surpris qu'elle. Le chat se coucha en boule et elle demeura immobile autant par crainte de se faire attaquer que pour ne pas le déranger. Elle avait soudainement très envie de le caresser, mais elle ne savait pas encore si la peur de perdre une main surpassait la tentation de passer ses doigts dans son pelage étonnement brillant pour son âge.
« J'imagine que ça fait de toi l'élue, plaisanta Fleamont. Est-ce que je peux prendre une photo pour James ? Il va être tellement jaloux de voir que Bernard aime quelqu'un d'autre que lui !
- Bernard fait des infidélités à James ? entendit-elle Euphemia demander d'une pièce adjacente alors qu'elle répondait à Fleamont par l'affirmative.
- Il a l'air de trouver Lily assez confortable pour lui ! répondit-il d'une voix forte à sa femme avant de prendra une photo avec son téléphone portable et de rajouter. Et ce n'est pas peu dire. Il a une trentaine de couchettes, et seulement deux ou trois sont au goût de monsieur.
- Lily ? La petite Lily est là ?!
- Elle est arrivée il y a au moins une heure !
- Tu aurais dû me réveiller, dit-elle en débarquant dans la pièce. »
Son sourire illumina le salon, et elle se pencha juste assez au dessus du canapé pour prendre familièrement Lily dans ses bras comme s'il s'agissait d'une vieille amie, évitant précautionneusement de déranger le chat au passage.
« Tu vas bien rester prendre le goûter avec nous ?
- Avec plaisir, acquiesça Lily.
- James m'a envoyé un message pour me dire de ne pas trop la retenir, pointa Fleamont.
- Il a peur que nous te racontions des choses embarrassantes, expliqua Euphemia avec un sourire tendre et espiègle.
- Je n'ai aucune intention de lui révélé qu'il a emmené son doudou à l'école jusqu'en sixième, ajouta t-il avec un sourire malicieux.
- Il était tellement mignon, soupira Euphemia. Tu l'aurais vu, Lily, avec ce chien en peluche noir qu'il emmenait partout...
- Il doit encore être quelque part dans sa chambre.
- Comment est-ce qu'il l'appelait déjà ?
- Patmol.
- C'est ça ! Mon dieu, j'ai l'impression que c'était hier. Oh attends ma petite, je vais aller chercher de quoi prendre le goûter, mais il faut absolument que je te montre les photos ! s'exclama la mère de James. »
Il n'y avait, à ce moment là, rien que Lily ne voulait d'avantage que les pièces à conviction concernant cette histoire de doudou, et elle ne se rendit même pas compte qu'elle caressait machinalement le gros chat sur ses genoux quand Euphemia se pencha vers une commode pour un extraire un album, puis un deuxième, avant de trouver enfin celui qu'elle cherchait.
Elle s'assit à côté de Lily, le lourd volume bleu nuit sur les genoux, et elle l'ouvrit lentement, dévoilant une histoire que la jeune femme mourrait d'envie qu'on lui raconte. Elle savait à la façon dont les photos étaient organisées qu'il y avait une infinité d'autres albums dans cette commode, rangés probablement par années, et que James en était le sujet principal.
Elle se rappela à ce moment là de cette discussion qu'ils avaient eue dans la voiture la première fois qu'elle était venue ici, quand il lui avait confié qu'il était issu d'une grossesse tardive et inespérée. Elle n'avait pas compris ce que cela impliquait sur le coup, mais maintenant qu'elle voyait les photos, et la tendresse avec laquelle Euphemia et Fleamont les regardaient, il était absolument évident que James avait été plus choyé que tous les bambins de Grande-Bretagne réunis.
« Ah ! Voilà ! Il est là ! déclara Euphemia en pointant du doigt une photo absolument adorable. »
James, qui devait probablement avoir trois ou quatre ans à l'époque, était dans les bras de son père et serrait dans les siens un chien noir presque plus grand que lui dont les yeux ressemblaient à deux grosses billes noires avec des reflets gris. Il ne souriait pas, mais semblait ébahi par quelque chose, possiblement le flash de l'appareil photo, mais Lily songea en voyant la photo suivante que c'était indéniablement par la beauté de sa mère. Elle riait aux éclats dans une robe longue à fleurs, ses cheveux aussi noirs que ceux de James mangeant une partie de son visage sans toutefois retirer quoi que ce soit à son charme indiscutable, et Lily songea qu'elle n'avait jamais vu qui que ce soit respirer autant le bonheur.
« Cette photo est magnifique, souffla t-elle.
- Je suis entièrement d'accord, affirma Fleamont de là où il se tenait.
- Ne parlons pas de moi, les coupa Euphemia avant de reprendre. Il faut aussi que je te montre celles de Sirius. Il n'est arrivé ici qu'à ses seize ans, mais nous en avons pris un paquet pour nous rattraper, et certaines d'entre elles sont absolument hilarantes. »
Lily ne pensait certainement pas rester plus d'une heure avec eux, mais les albums défilèrent pendant qu'ils grignotaient des financiers qu'Euphemia avait faits la veille, et les minutes passèrent, et elle riait, et eux aussi, et elle songea avec une pointe de mélancolie qu'elle n'avait pas autant ri avec ses parents depuis longtemps.
Bien sûr qu'il leur arrivait de passer des bons moments ensemble, mais elle ne se souvenait pas de la dernière fois où ils avaient été si hilares qu'ils en avaient eu mal au ventre. Elle voulait blâmer Pétunia pour les conflits qui les avaient animés ces derniers temps, mais même sans cela, ils n'étaient simplement pas ce genre de famille. Ils n'avaient pas ce genre de proximité, et elle ne l'avait jamais vraiment réalisé jusqu'à cet instant. Était-ce étrange, que quelque chose qui n'avait jamais existé lui manque ?
Ils étaient en train de feuilleter l'album de la première année d'école de James lorsque Lily fronça les sourcils. Plusieurs photos avaient été prises devant l'école ou même à l'intérieur, et la sensation de familiarité qu'elle ressentit en les regardant la plongea dans la plus grande confusion pendant quelques secondes.
« Est-ce que James est allé à l'école à Northampton ?
- Ses deux premières années uniquement. Ensuite nous avons déménagé ici. Tu connais l'endroit ? l'interrogea Fleamont.
- Est-ce que vous auriez une photo de classe de cette époque, par hasard ?
- Sûrement à la fin, répondit Euphemia en tournant rapidement les pages de l'album avant de s'arrêter devant une grande photo sur laquelle figuraient une vingtaine d'enfants dont une petite fille aux cheveux roux.
- C'est moi, là, dit-elle sans y croire elle-même, en faisant bizarrement léviter son index au dessus de son propre visage. »
Les yeux d'Euphemia jonglèrent entre la petite fille sur la photo, et la jeune femme qui était assise à côté d'elle en train de caresser un chat qui paraissait maintenant aussi doux qu'un agneau, et elle poussa une exclamation de surprise.
« Vraiment ?!
- Je suis restée là bas jusqu'à la primaire, affirma t-elle en hochant la tête. Ensuite ma mère a trouvé un travail à Londres et nous sommes partis.
- Quel hasard ! s'exclama Fleamont, aussi surpris qu'elle.
- James est là, sur la rangée du bas, avec Patmol. »
Aussi étrange que cela puisse paraître, Lily n'eut aucun souvenir de lui quand elle posa les yeux sur un petit garçon au sourire espiègle au premier rang. Elle ne se rappelait plus non plus des autres enfants, sauf de l'un de ses camarades à côté d'elle avec qui elle se souvenait vaguement avoir joué sur un circuit de voitures.
« Est-ce que je peux la prendre en photo ?
- Tu peux l'emmener avec toi, ma petite, nous en avons trois exemplaires à chaque fois, et c'est autant ton histoire que la notre, visiblement, lui répondit Euphemia en sortant délicatement la photo de sa pochette tout en en dévoilant une deuxième identique.
- Je n'en reviens pas, souffla Fleamont. Nous allons te laisser le soin d'en parler à James, il va être surpris.
- Je l'appellerai tout à l'heure. Maintenant... Vous m'aviez promis des photos compromettantes de Sirius, conclut-elle avec un sourire sournois. »
