Lily était rentrée chez elle avec un tupperware remplit de biscuits, une vieille photo de classe, de quoi faire chanter Sirius dès qu'il se montrerait horriblement intrusif, et les croquettes destinées à Brenda qu'elle avait posées dans sa chambre en attendant que le jeune homme ne vienne les chercher. Elle avait passé le chemin du retour à penser aux différences qu'il y avait entre la vie de James et la sienne et elle en était arrivée à la conclusion que tirer un rideau factice sur ses malheurs ne l'empêchait pas de les voir.
Tout semblait fonctionner, pour lui. Sa famille était parfaite contrairement à la sienne, il n'y avait aucune fêlure dans leur petit paradis, ils étaient à mille lieues des problèmes des Evans. L'avenir de James était tout tracé, il avait à peine besoin d'y réfléchir. Il était doué en basket, et elle aurait parié sa bourse d'étude qu'il réussirait ses partiels haut la main à la fin du semestre parce qu'il était intelligent, et qu'elle n'aurait pas pu l'ignorer si elle l'avait voulu. Par dessus tout cela, il faisait ce qu'il voulait de sa vie amoureuse, n'avait pas l'air de se mettre une quelconque pression là dessus, et Lily le suspectait de savoir pertinemment qu'il n'en avait pas besoin. Il pouvait avoir qui il voulait. Mieux, il pouvait rester seul sans que ses parents ne le pressent à quoi que ce soit, et c'était une veine qu'elle n'avait pas.
Pour elle, tout était plus compliqué. Ned et Rose marchaient sur des œufs quand ils se trouvaient dans la même pièce, et ce depuis beaucoup trop de temps pour qu'ils ne finissent pas par imploser, et sa sœur la tenait responsable de tous ses maux. Elle n'avait pas à rougir de ses prouesses académiques, mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle ferait d'un diplôme de littérature. Aucune voie ne lui plaisait spécialement, elle avait du mal à se projeter, et tout allait beaucoup trop vite pour elle. Quant à sa vie personnelle... C'était la cerise sur le gâteau. Un cataclysme. Elle aurait aimé pouvoir rire de tout cela, mais il y avait des soirs où c'était simplement au dessus de ses forces.
Elle était allongée dans son lit depuis des heures, incapable de trouver le sommeil lorsqu'elle se retourna pour la énième fois et attrapa son portable sur sa table de chevet. Elle sourit en voyant la nouvelle photo de profil de Marlène sur instagram, joue contre joue avec Rémus, ils étaient absolument adorables et elle voulait lancer le hashtag Marlus. Elle ouvrit sa conversation avec James.
Lily : Tu dors ? Tu as vu la nouvelle photo de profil de Marlène sur instagram ? #Marlus.
James Littérature : #Jily #Marlus
Elle ravala un rire alors qu'une volée d'étincelles crépitait dans sa poitrine. La sensation était bizarre mais tellement agréable qu'elle priait pour qu'il ne la laisse pas là dessus. La nuit qu'ils avaient passée ensemble n'avait absolument rien apaisé, elle avait eu l'effet inverse. Elle voulait le voir, il lui manquait, et maintenant, elle savait ce qu'elle perdait sans lui.
James Littérature : Mes parents m'ont dit qu'ils t'avaient retenue jusqu'à dix huit heures. Je suis désolé. Ils sont toujours trop contents quand quelqu'un vient les voir et ils parlent sans arrêt.
Lily : C'était franchement cool. J'ai beaucoup discuté avec ton père, il s'avère qu'on a les mêmes goûts en matière de littérature ! Et je ne savais pas qu'il était aussi passionné par la musique !
James Littérature : Est-ce que tu es en train de tomber amoureuse de mon père ?
Lily leva les yeux au ciel et secoua la tête avant de lui répondre, un sourire en coin figé sur le visage parce qu'elle savait que sa meilleure arme était toujours d'entrer dans son jeu.
Lily : Autant de lui que de ta mère, j'en ai bien peur. Est-ce que tu crois qu'ils sont assez ouverts pour accepter de se mettre en trouple avec moi ?
James Littérature : Je tâcherai de le leur demander.
Lily : Merci. Je suis impatiente de t'entendre m'appeler maman.
Elle allait ajouter quelque chose lorsqu'elle reçut son invitation pour un appel vidéo, et dès qu'elle décrocha, son visage hilare éclaira sa journée. Il tenait son portable au dessus de sa tête et elle remarqua immédiatement qu'il était dans son lit, éclairé probablement par une jolie lampe de chevet en osier. Elle se rappela immédiatement de la dernière fois où elle avait vu son charmant visage sur un oreiller, et elle eut besoin d'une seconde pour se ressaisir.
« Allume la lumière et redis-moi ça en face ! lui ordonna t-il en riant.
- Ce n'est pas une manière de parler à sa belle-mère, répliqua t-elle sur le même ton.
- Evans, ne me cherche pas.
- Toi ne me cherche pas. »
Elle se redressa juste assez pour allumer sa lampe et ils échangèrent un sourire. Bon sang, il lui manquait. Elle aurait bien aimé faire comme si ce n'était pas le cas, mais c'était impossible. Elle était maussade et triste et elle aurait tout donné pour pouvoir le faire apparaître à ses côtés.
« Tout va bien, à Newcastle ?
- Parfait, répondit-il rapidement, j'ai décidé de laisser un peu le jeu de côté pour me former d'avantage sur le coaching. Je suis juste impatient de revenir et de retrouver l'équipe.
- Tu manques beaucoup aux filles.
- Emmeline m'a écrit hier. Il paraît que tu progresses bien. Elle m'a dit qu'il serait judicieux de te mettre dans le cinq majeur. »
Lily écarquilla les yeux, un peu surprise. Elle savait qu'elle avait un niveau correct et qu'elle n'était pas du tout ridicule dans cette équipe, mais elle ne s'attendait pas vraiment à jouer le premier match. Elle avait naïvement pensé qu'elle regarderait les autres. Ou elle n'avait pas anticipé le fait même qu'elle allait jouer. L'un ou l'autre. Les deux, probablement.
« Je ne sais pas, dit-elle. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, pour le premier match en tout cas. Je suis prête à jouer, mais j'ai besoin d'y aller doucement.
- Je ne ferai rien que tu ne veuilles pas, lui assura t-il. Si c'est ce qui te stresse, ne t'inquiète pas pour ça.
- Il n'y a rien qui me stresse, mentit-elle en fronçant les sourcils.
- Arrête, je le vois à ta tête, répondit-il avec un demi-sourire. Est-ce que ce sont mes parents qui ont...
- Tes parents ont été parfaits, le rassura t-elle immédiatement. J'ai juste... Je pensais aux miens, et à ma sœur, et... Je réalisais seulement à quel point c'est agréable d'être en famille quand personne ne se déteste.
- Ta sœur ne peut pas te détester, Lily, affirma t-il si rapidement qu'elle voulut le croire.
- Peu importe. »
Son cœur s'était mis à battre un peu plus vite sans qu'elle ne sache si c'était à cause du curieux silence qui s'était installé entre eux, du fait même qu'ils aient évoqué le sujet Pétunia, ou parce qu'il la regardait comme s'il voulait être là. Elle en eut la confirmation une seconde plus tard.
« J'aimerais pouvoir traverser le couloir et te rejoindre, admit-il avant de déglutir comme si le simple fait de prononcer les mots était compliqué.
- J'aimerais ça aussi, répondit-elle de la même façon. »
Il n'y avait aucune plaisanterie, aucun sourire, aucune once d'ironie ou de sarcasme, et elle se demanda en le regardant sans ciller si son absence lui pesait autant qu'à elle. Elle se souvenait de sa manière de l'embrasser et de cette phrase qu'il avait prononcée alors que sa bouche était partout sur son corps. « Tu n'imagines même pas le nombre de fois où j'ai voulu faire ça. » Elle pouvait bien imaginer. Elle avait horriblement envie de lui, plus que la première fois.
« Est-ce que tu vas réussir à dormir ? l'interrogea t-il en la fixant tant qu'elle savait qu'il attendait la vérité, et pas un mensonge destiné seulement à le rassurer.
- Probablement pas avant plusieurs heures, lui répondit-elle en jouant nerveusement avec sa couverture.
- Je vais rester avec toi.
- James, sérieusement, ce n'est pas la peine de...
- Tu n'es pas encore ma belle-mère, Evans, la coupa t-il avec un sourire espiègle. Maintenant, sors de ton lit et va dans le couloir.
- Pour faire quoi ? le questionna t-elle en arquant un sourcil.
- L'une des clés de notre appartement est sous votre paillasson. Ne me demande pas pourquoi, Sirius trouve que c'est la cachette la plus appropriée, et étant donné que ni toi, ni Mary ne vous en êtes rendues compte, j'imagine qu'il a raison, expliqua t-il avant de reprendre. Tu vas la prendre, et tu vas rentrer chez nous. Les garçons ne sont pas là.
- Qu'est-ce que tu...
- Ne pose pas de question, l'interrompit-il en l'encourageant d'un signe de tête à se lever. »
Elle en profita pour attraper le sac de croquettes de Brenda, et elle quitta l'appartement de Mary sur la pointe des pieds, récupéra la clé en question en prenant mille précautions pour ne pas lâcher son téléphone, puis elle ouvrit la porte de leur appartement. C'était étrange d'entrer chez eux quand il n'y avait personne.
La télé n'était pas allumée, la pièce était plongée dans la pénombre, il n'y avait pas un bruit, rien qui bougeait, et même si les souvenirs de ses nombreuses séances de tutorat avec James autour de la table du salon la rattrapaient, elle trouvait l'appartement bien triste quand aucun des garçons n'était là.
« Et maintenant ? demanda t-elle en appuyant sur l'interrupteur du salon.
- Tu me dis si Sirius a fait le ménage.
- C'est plutôt correct, lui dit-elle en souriant, est-ce que je suis là pour espionner tes colocataires ?
- En partie, répondit-il sur un ton léger. Prends le couloir à ta gauche.
- Attends, je remplis la gamelle de Brenda. »
Elle posa son téléphone sur le bar pendant quelques secondes alors qu'elle déversait une belle quantité de croquettes dans une grosse gamelle en céramique. Aussitôt, le chaton blanc trottina jusqu'à la cuisine et Lily récupéra son portable et s'accroupit pour la montrer à James.
« Elle a l'air en forme !
- Elle est affamée, commenta Lily en la caressant affectueusement.
- Sirius lui a donné cinq sachets de pâtée aujourd'hui pour palier à la pénurie de croquettes, crois-moi, elle va bien, lui certifia James. Ah, d'ailleurs, il paraît que Bernard ne voulait plus te lâcher. Qu'est-ce que tu as fait à ma famille, Evans ? Pourquoi est-ce qu'ils t'aiment tous autant ?
- Bernard s'est juste rendu compte qu'il méritait mieux que toi, le taquina t-elle.
- On verra ça quand je reviendrai. En attendant, va dans le couloir. »
Lily se redressa et traversa le salon jusqu'à arriver dans le couloir en question. La première porte à sa gauche était grande ouverte sur une vaste salle de bain aux murs et au sol noirs. Un meuble en bois et un yucca tranchaient avec les couleurs sombres de la pièce et la jeune femme fut tentée pendant juste une seconde de raccrocher et d'aller se prélasser dans la baignoire à pieds. Ils n'en sauraient rien, ils n'étaient pas là.
La deuxième porte comportait un trou d'une vingtaine de centimètres en son milieu, maladroitement rafistolé avec du gros scotch, et Lily ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux et de laisser échapper un rire incrédule.
« J'imagine que tu viens de voir le trou dans la porte de la chambre de Sirius, pointa James avec un sourire malin. Ne pose pas de question, et ouvre celle d'en face. »
Elle actionna la poignée de la troisième porte qui était déjà entrouverte, puis appuya sur l'interrupteur de la chambre dans laquelle elle pénétra timidement. Une étonnante collection de vinyles et de livres recouvraient trois des quatre murs de la pièce. Un grand lit en bois noir était poussé contre le quatrième, et un ballon de basket traînait sur le parquet, tristement abandonné devant une commode entrouverte de laquelle Lily pouvait voir quelques vêtements dépasser.
Une fenêtre cachée derrière un voilage à côté du lit donnait directement sur la rue et elle pouvait entendre le lointain vrombissement des voitures qui passaient sans toutefois qu'il soit omniprésent. Un parfum agréable régnait dans la pièce, celui de James qui l'enveloppait comme une douce étreinte qu'elle pouvait presque sentir, couplé à un mélange de linge propre et de noix de coco, et elle ne put que faire le parallèle avec l'odeur de renfermé de la chambre de Severus.
Au milieu des étagères de vinyles se trouvait une jolie platine, et sur les autres, elle y vit quelques photos des garçons qui la firent sourire. Elle n'avait même pas les mots pour exprimer à quel point elle se sentait bien ici.
« Maintenant, referme la porte derrière toi, et regarde sur l'étagère où il y a une bougie. Derrière, tu devrais trouver un vinyle des Cranberries.
- No need to argue ? l'interrogea Lily en déplacement légèrement la bougie d'où venait le parfum fruité qu'elle avait senti un peu plus tôt.
- Exactement, répondit-il en souriant. »
Elle se demanda brièvement s'il se rappelait de cette fois où elle lui avait plus ou moins avoué qu'il s'agissait de son album préféré, et un coup d'oeil à son téléphone portable lui suffit pour en conclure que oui, il savait précisément ce qu'il faisait.
« Mets-le, et je vais rester avec toi jusqu'à ce que tu t'endormes.
- Dans ton lit ? s'enquit-elle d'une voix étonnement aiguë avant de se racler la gorge.
- Tu peux te coucher sur le parquet, mais ça risque d'être moins confortable, répondit-il avec un sourire en coin. »
Dans un autre contexte, elle aurait absolument adoré qu'il lui ordonne d'aller se vautrer dans son lit, mais il n'était pas là et elle était frustrée. Elle se laissa tout de même tomber sur le matelas moelleux et cala son portable contre l'un des oreillers alors que la platine jouait la première chanson de l'album.
« J'ai l'impression que ton lit me préfère déjà à toi, comme les membres de ta famille, lui dit-elle en s'allongeant sur le côté pour pouvoir le regarder, un sourire narquois flottant sur ses lèvres.
- Je n'arrive pas à croire que je pars un mois et que tu trouves le moyen de me voler ma vie. Bernard n'aime personne à part moi ! protesta t-il en esquissant une moue faussement ennuyée.
- Oh ça, c'était avant. Maintenant, Bernard a quelqu'un d'autre. Tu n'avais qu'à pas l'abandonner en partant à l'autre bout du pays.
- Tu sais quoi ? Peu importe. Tu n'arriveras jamais à conquérir Sirius.
- Est-ce que tu me mets au défi ?
- Je suis tenté de te regarder échouer mais je ne suis pas un monstre, Lily, répondit-il avec un sourire en coin.
- On verra ça, trancha t-elle. »
Pendant un moment, elle se contenta de le regarder, allongée de tout son long dans son lit, ses poings fermés autour de sa couette. Elle avait envie de lui dire qu'il lui manquait, qu'il était rare qu'une heure ne passe sans qu'elle ne pense de nouveau à la sensation de sa peau tiède contre la sienne, de ses mains sur elle, dans ses cheveux, sur ses fesses et entre ses cuisses, mais elle avait l'impression qu'il le savait déjà. Ses yeux bruns étaient figés sur elle, et il n'eut pas besoin de prononcer le moindre mot pour qu'elle devine qu'il y pensait aussi. Elle prit une inspiration tremblante et ignora les palpitations contre ses tempes.
« Au fait. Tes parents et moi avons appris quelque chose aujourd'hui.
- En dehors du fait que tout le monde te préfère à moi ?
- Nous étions dans la même école maternelle, répondit-elle après avoir souri à sa remarque. La même classe, en fait, ajouta t-elle rapidement.
- Tu te moques de moi.
- Je te jure que non, affirma t-elle. Je t'enverrai la photo demain.
- Tu as habité à Northampton ? s'étonna t-il.
- Brièvement.
- Attends, lui dit-il et elle le vit se redresser contre la tête de lit. Ne me dis pas que tu étais cette horrible petite fille qui me volait toujours mon doudou ?
- Je ne me souviens pas avoir fait une telle chose, répliqua t-elle en fronçant les sourcils.
- Bien sûr que tu ne t'en souviens pas, marmonna t-il. Les oppresseurs ne se rappellent jamais de leurs victimes.
- Ce n'était probablement même pas moi ! protesta t-elle en riant.
- Si. C'était toi, déclara t-il en lui lançant un regard faussement hostile. Je m'en souviens maintenant. Rousse, avec un nœud noir dans les cheveux. Ose me dire que je me trompe. »
Elle déglutit en songeant qu'elle était de nombreuses fois tombée sur ce stupide nœud dans le tiroir de la salle de bain de ses parents, et elle se rappelait aussi l'avoir vu sur une quantité non négligeable de ses photos d'enfance. Elle esquissa une grimace d'excuse, et reprit la parole avec une idée derrière la tête.
« J'estimais peut-être que Patmol méritait plus d'attention.
- Patmol avait toute l'attention dont il... il s'interrompit et elle vit l'exaspération dans ses yeux au moment où il comprit que ses parents n'avaient rien perdu de leur loquacité en son absence. Je n'arrive pas à croire qu'ils t'aient parlé de Patmol ! s'exclama t-il avec indignation.
- Jusqu'en sixième, sérieusement, James ? le taquina t-elle en se mordant l'intérieur des joues pour ne pas rire.
- Je le gardais juste dans mon sac parce que j'avais peur que Bernard ne le déchiquette si je le laissais à la maison ! s'empressa t-il de se justifier et même si elle ne le voyait pas parfaitement bien, elle jurait que ses joues étaient devenues légèrement rouges. Il est hors de question que je te fasse jouer le prochain match avec un comportement comme celui-ci, la menaça t-il.
- Comme si ça m'ennuyait vraiment, ironisa t-elle en roulant des yeux.
- Tu dis ça maintenant, mais quand tu seras sur le banc, que les filles seront exténuées, et que nous serons menés d'un ou deux points, je peux t'assurer que tu mourras d'envie d'y aller, juste pour tout donner et repasser devant. »
Elle ne répondit rien parce qu'elle savait qu'il avait raison. Elle se souvenait trop de la sensation d'être menée au score et de voir certaines de ses coéquipières se décourager sur le terrain alors qu'elle était sur le banc et qu'elle voulait désespérément tout tenter pour gagner. Elle l'avait trop vécue pour ne pas s'en rappeler.
« Je suis impatient, reprit-il d'une voix plus douce, plus grave, plus sérieuse qui résonna jusque dans ses entrailles.
- De quoi ?
- De te voir jouer. De te faire rentrer sur le terrain et de te voir prendre confiance en toi avec les filles.
- Ça a l'air simple quand tu le dis, lui fit-elle remarquer après avoir longuement inspiré.
- Je vais faire en sorte que ça le soit. »
La détermination dans ses yeux lui coupa momentanément le souffle. Elle craquait. Elle sentait sa volonté se fissurer à chaque nouveau coup d'oeil vers sa bouche ou ses cheveux qu'elle avait agrippés à un moment bien particulier de leur dernière entrevue, et elle avait toutes les peines du monde à s'empêcher de lui avouer qu'elle était dans une sale posture. Du moins ce fut de cette façon qu'elle perçut les choses quand elle réalisa que les frissons et les éclaboussements de plaisir dans sa poitrine ne pouvaient exister qu'à cause de sentiments. Des sentiments qu'elle avait essayés de repousser. Des sentiments auxquels elle ne voulait définitivement pas penser.
« C'est quoi ta couleur préférée ? demanda t-elle abruptement.
- Pardon ?
- Ta couleur préférée.
- Le rouge, répondit-il en lâchant un rire perplexe devant la soudaine question. Et toi ?
- Probablement le rouge aussi, lui confia t-elle en repensant au sweat qu'il portait la première fois qu'elle l'avait rencontré. Ou le noir.
- Le noir n'est pas une couleur, c'est l'absence de lumière, lui fit-il remarquer, et elle leva les yeux au ciel.
- Alors considère que j'aime l'absence de lumière.
- C'est triste.
- Pas plus triste que d'être suffisant.
- Je ne suis pas suffisant, protesta t-il en esquissant une moue scandalisée.
- Est-ce que tu préfères arrogant ?
- Je ne suis aucun des deux.
- Hmm. Comme tu veux, souffla t-elle en balayant sa remarque de la main, s'attirant un regard ennuyé de sa part. C'est quoi la chose la plus inutile que tu saches faire ?
- Être suffisant et arrogant ? tenta t-il avec ironie.
- Je me demandais quand les sarcasmes arriveraient, répondit-elle en souriant.
- Tu aimes mes sarcasmes.
- J'adore tes sarcasmes, confirma t-elle. Alors ?
- Je peux à peu près tout faire tourner sur mon doigt comme un ballon de basket. Je le fais avec les assiettes de mes parents, ça les rend fous.
- Vraiment ? Il faut que tu me montres ça en rentrant, lui dit-elle avant de poursuivre immédiatement avec une nouvelle question. Qu'est-ce que tu ne ferais pas pour un million de livres sterling ?
- Lily, qu'est-ce que tu...
- Je ne te connais pas, le coupa t-elle avant de déglutir. Je ne te connais pas, et je... »
Elle se stoppa net. Elle paniquait, et il lui jetait un regard curieux, et elle était presque sûre qu'il allait enfin se rendre compte qu'elle était bizarre, et probablement qu'il arrêterait de lui donner autant d'attention. Elle se maudit intérieurement. Elle voulait qu'il continue à s'intéresser à elle presque autant qu'elle avait peur d'être irrémédiablement attachée à lui.
« Je ne mangerai pas Brenda, finit-il par répondre probablement pour tenter de mettre fin à son inquiétude visible.
- Pour un million ?!
- Ne me dis pas que tu le ferais !
- Bernard a l'air plus dodu, souffla t-elle avec un sourire espiègle.
- Tu me dégoûtes, Evans. Prochaine question.
- Hmm...Quand tu es seul, que tu n'as rien à faire, et que tu te mets à rêvasser, à quoi tu penses ?
- En ce moment, à toi. »
Elle leva les yeux au ciel, bien contente qu'il ne soit pas là pour voir ses poils se dresser instantanément sur ses bras, et elle enfonça sa tête dans son oreiller en laissant échapper un rire.
« Je ne pensais pas que ça sonnerait aussi niais, s'amusa t-il en passant une main dans ses cheveux.
- J'attendais une réponse sérieuse, lui rappela t-elle en souriant.
- C'est exactement ce que tu as eu.
- James.
- Quoi ?! s'exclama t-il en laissant échapper un rire.
- Ne fais pas ça, le prévint-elle en lui jetant un regard réprobateur. »
Il se mordit la lèvre alors qu'elle mourait d'envie de le faire pour lui. Il ne l'aidait pas. Elle était toujours pleinement convaincue que Severus l'avait ruinée pour toute une vie et qu'elle resterait éternellement terrorisée à l'idée que quelqu'un d'autre puisse prendre une place qu'il avait trop longtemps occupée et sous-estimée. James n'avait aucune idée de ce qu'il était en train d'entreprendre, et elle doutait qu'il soit bien conscient qu'elle n'était pas capable de jouer avec cela à ce moment précis, pas quand il lui manquait tant qu'elle n'avait pas d'autre choix que de se poser les questions qui faisaient mal.
« Pourquoi pas ? lui demanda t-il en haussant les sourcils, et elle sentit son cœur s'envoler comme la première fois qu'elle avait écouté son album préféré de Scorpions.
- Parce que sinon je vais finir par être plus investie qu'il ne le faudrait.
- Je ne vois pas le problème.
- Dit le type qui ne sort avec personne. »
Il ferma brièvement les yeux et elle le vit reprendre sa respiration comme s'il avait retenu son souffle beaucoup trop longtemps. C'était rassurant de voir qu'elle n'était pas la seule à patauger.
« Je sais, je sais, souffla t-il finalement, je... C'est juste que je pense à la dernière fois que je t'ai vue. J'y pense beaucoup, précisa t-il aussitôt.
- A un moment spécifique ? l'interrogea t-elle en se maudissant intérieurement de bondir à pieds joints dans une conversation qu'elle aurait dû écourter, voir même éviter.
- A plusieurs moments spécifiques, lui confia t-il d'une voix plus grave que d'ordinaire. »
La conversation allait déraper. C'était sûr. Elle était persuadée que si elle fermait les yeux maintenant, bercée par l'odeur de ses draps, elle pourrait se projeter dans le souvenir de cette nuit là. Elle avait tout fait pour se rappeler du moindre détail. Elle l'avait regardé autant sinon plus qu'elle avait pu dans l'espoir de pouvoir reconstituer dans son esprit l'image la plus fidèle possible de son corps atrocement idéal pour ces jours où elle aurait besoin de retrouver comment prendre son pied toute seule. C'était véritablement plus cruel qu'autre chose. Il avait laissé un vide.
« Je crois que je vais dormir maintenant, lui dit-elle en s'efforçant de paraître détachée. Ça te dérange si je laisse l'appel en cours ?
- Je ne vais pas cracher sur une deuxième nuit avec toi, répondit-il avec un sourire mesquin qui lui fit hausser les sourcils.
- Dors, Potter.
- Bonne nuit Lily. »
