James était parti depuis un mois, trente jours qui avaient semblé longs à Lily, mais qui, paradoxalement, s'étaient rapidement écoulés. Elle ne savait pas comment l'expliquer, elle s'était juste languie de passer de nouveau du temps avec James, mais elle avait eu tellement à faire de son côté avec les cours et le basket que tout était allé très vite.
Elle commença à se réveiller avec la bouche pâteuse et aucune véritable idée d'où elle se trouvait ce matin là... Probablement parce qu'elle n'arrivait pas à se résoudre à ouvrir les yeux à cause d'une migraine lancinante. Il y avait des odeurs familières qu'elle reconnaissait sans toutefois pouvoir les identifier clairement, mais elle savait qu'elle n'était pas dans sa chambre. Premièrement parce que sa tête et son dos étaient les seuls à reposer sur quelque chose d'assez moelleux mais toutefois trop dur pour qu'il s'agisse de son lit et deuxièmement parce que le reste de son corps était en contact avec ce qui lui semblait être un sol particulièrement froid qui avait tout à envier au tapis extrêmement doux qui se trouvait dans l'appartement de Mary.
« J'ai l'impression qu'on va enfin avoir une explication, entendit-elle une voix masculine déclarer sur un ton rieur. »
Elle grogna une phrase qui n'avait ni queue ni tête, encore à demi ensommeillée, et trois gloussements l'attirèrent encore un peu plus sur terre. Elle réalisa à ce moment là un certain nombre de choses. Elle tenait quelque chose dans ses bras, une chose qui reposait aussi partiellement sur son épaule et contre laquelle elle avait dormi pendant la majeur partie de la nuit, une chose longue et chaude, mais aussi un peu rugueuse qu'elle ne put identifier que lorsqu'elle se résolut à ouvrit les yeux.
Une jambe. Une jambe dans un jean troué. Elle l'observa avec perplexité pendant un long moment avant de la lâcher, n'écoutant même plus les rires discrets qui l'entouraient, et puis quand elle voulut se hisser sur ses genoux pour jeter un coup d'oeil au propriétaire du membre en question dont la respiration profonde et régulière au dessus d'elle lui indiquait qu'il dormait toujours, elle remarqua qu'elle était partiellement enroulée dans une quantité non négligeable de papier toilette.
Il y en avait approximativement partout sur elle, autour d'elle, quelque part au dessus d'elle, et deux rouleaux vides étaient calés contre une table basse comme s'ils y avaient roulé tout seuls après une suite d'événements qu'elle n'arrivait pas encore à reconstituer, mais dont elle pouvait maintenant identifier les responsables.
Une bouteille de gin vide était couchée sur la table en question à côté de deux verres et d'une autre bouteille, de pastis cette fois, et la vision de celle-ci fut plus dangereuse que tout le reste. Lily se leva d'un bond avec un haut le cœur, et traversa maladroitement la pièce seulement guidée par son instinct jusqu'à arriver dans une vaste salle de bain aux murs noirs dans laquelle se trouvaient aussi, par miracle, des toilettes.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle avait bien pu manger la veille, mais elle fut positivement certaine que tout était en train de ressortir, et elle ne sursauta même pas quand elle sentit une main tenir ses cheveux au dessus d'elle. Son état général ne lui permettait pas d'être embarrassée par la présence de qui que ce soit à ce moment précis, ce ne fut que quand elle poussa un long soupir exténué, qu'elle se laissa glisser sur le carrelage sombre et que le saint sauveur de ses cheveux s'accroupit devant elle qu'elle se figea.
« James. »
Elle tenta de faire un rapide calcul dans sa tête, mais ce fut un échec. Elle se concentra de toutes ses forces et parvint à se rappeler qu'il lui avait confié revenir dimanche la dernière fois qu'ils s'étaient parlés, après l'un de leurs cours. Ce qui correspondait à un mois depuis le début de sa formation, mais elle était positivement certaine qu'ils étaient samedi, parce que quelque part dans les méandres de son esprit, elle entendait encore Sirius s'exclamer la veille quelque chose comme « On s'en fout, Evans, on est vendredi ! ».
« On a passé une bonne soirée, Lily ? l'interrogea t-il avec un sourire narquois.
- Ne parle pas si fort, grimaça t-elle en joignant un signe de main maladroit à sa requête.
- Peter vous a préparé chacun un set de remontants, je vais t'apporter ça. Tu n'as qu'à te faire couler un bain en attendant, à moins que tu ne veuilles que j'appelle Mary ou que je te raccompagne à côté, lui dit-il en l'aidant à se redresser, et elle eut un léger vertige quand ses doigts s'agrippèrent à son bras, sans toutefois savoir si c'était à cause de l'alcool qu'elle avait encore dans le sang ou de sa présence.
- Tu avais dit dimanche. Tu es là et tu avais dit dimanche, pointa t-elle en ignorant le reste de sa phrase, confuse.
- Je sais. Je voulais surprendre Sirius. Je pensais que je lui manquais trop, mais visiblement, tu as réussi. Après mes parents, mon lit, et Bernard, tu m'as aussi volé mon meilleur ami, plaisanta t-il.
- J'ai réussi ? demanda t-elle, et elle se trouva stupide dès qu'elle entendit le son suraigu de sa voix.
- Tu as réussi, confirma t-il en souriant. Est-ce que je peux te laisser deux secondes sans que tu ne te fêles le crâne sur le rebord d'un meuble ?
- Je vais très bien, répondit-elle comme si elle n'avait pas vomi ses tripes devant lui une minute plus tôt.
- Je vois ça, ricana t-il. Ne bouge surtout pas. »
Il s'éclipsa et elle avança timidement jusqu'à la baignoire. Elle se laissa tomber devant, ouvrit paresseusement le robinet et grimaça quand elle réalisa que l'acidité de son renvoi tapissait encore sa langue.
« Beurk, bougonna t-elle avant de reprendre la parole quand James réapparut avec un plateau sur lequel se trouvaient une tasse fumante, une banane, un grand verre d'eau, et du paracétamol. Est-ce que tu as une brosse à dents ? »
Il acquiesça, posa le plateau sur un meuble en bois contre le mur opposé et ouvrit le placard le plus haut au dessus du lavabo duquel il sortit un paquet d'une dizaine de brosses à dents.
« La rouge ! Je veux la rouge ! s'exclama t-elle comme une enfant, et le sourire de James l'étourdit un peu.
- Autre chose ? s'enquit-il après lui avoir tendu un tube de dentifrice. Est-ce que tu as besoin d'aide pour tes vêtements ? »
La question était sérieuse et sans aucune arrière pensée. Il l'avait posée comme s'il avait l'habitude de ce genre de situation, et Lily devina immédiatement que Sirius devait être coutumier des soirées arrosées. Elle ravala un gloussement en enfonçant la brosse à dents dans sa bouche, et lui fit signe d'attendre qu'elle ait terminé pour lui répondre.
« Pas pour mes vêtements, dit-elle avec une étincelle espiègle dans le regard, mais tu peux rester pour autre chose.
- Je ne crois pas, Lily, répliqua t-il avec toutefois le même sourire amusé qu'un peu plus tôt. »
Il s'assit sur le bord de la baignoire et passa sa main sous le robinet pour vérifier la température de l'eau alors qu'elle esquissait une moue triste.
« Est-ce que c'est parce que j'ai vomi devant toi ? demanda t-elle, penaude. »
Il laissa échapper un rire, puis secoua la tête et se redressa avant de marcher jusqu'à elle et de lui planter un baiser sur le front, ses mains encadrant son visage avec la même tendresse dont il avait fait preuve la dernière fois qu'ils s'étaient vus.
« Prends ton temps, et appelle moi si tu as besoin de quelque chose, dit-il en s'écartant légèrement. »
Elle le regarda refermer la porte de la salle de bain derrière lui, positivement certaine que tout Londres pouvait entendre les battements de son cœur contre sa poitrine, et resta figée pendant quelques secondes avant de reprendre ses esprits, de se déshabiller puis de se glisser dans l'eau délicieusement chaude.
Elle poussa un soupir de béatitude et s'empressa d'avaler le paracétamol avant de manger la banane et de siroter lentement la tisane au miel que Peter lui avait préparée. Elle se rendormit quelques secondes plus tard, et ne se réveilla que lorsque quelques coups furent frappés à la porte. L'eau était froide maintenant et elle s'empressa d'en sortir. Il lui sembla qu'elle avait presque retrouvé toute sa tête.
« Tout va bien là dedans ? »
Elle reconnut la voix de Rémus cette fois-ci, et elle lui répondit par l'affirmative avant de se saisir d'une grande serviette dans laquelle elle s'enroula en frissonnant. Elle enfila les vêtements qu'elle avait abandonnés plus tôt, et grimaça quand elle sentit l'odeur d'alcool et de cigarette qui persistait dessus. Elle se brossa une nouvelle fois les dents puis s'éclaboussa le visage, attacha ses cheveux en un chignon maladroitement exécuté, et émergea timidement de la salle de bain.
Rémus, Peter et James levèrent tous les trois les yeux vers elle dès qu'ils entendirent le parquet craquer sous ses pieds. Ils étaient autour du bar, chacun une tasse ou un verre à la main, et Peter était en train de leur montrer quelque chose sur son portable qu'il posa devant lui dès que la jeune femme leur adressa une grimace et un léger signe de main.
« Ca va mieux ? l'interrogea Peter. Tu es restée au moins deux heures là dedans.
- Je me suis endormie, dit-elle en se frottant les yeux. Merci pour...
- Pas de problème.
- C'est normal, ajouta Rémus.
- Ne t'inquiètes pas pour ça, surenchérit James. »
Les trois réponses arrivèrent en même temps et elle esquissa un sourire dans leur direction, ignorant autant qu'elle le put le regard de James. Elle avait oublié comment elle se sentait quand il était physiquement présent, à quelques mètres d'elle, et elle ne savait pas si c'était parce qu'elle pensait spécifiquement à la dernière fois qu'ils s'étaient trouvés ensemble, mais sa peau lui semblait en feu.
Est-ce que c'était vraiment comme ça qu'elle s'était toujours sentie devant lui ? Ou était-ce une nouvelle et terrible invention de son corps tout entier, comme un signal d'alarme pour lui indiquer qu'il y avait une alchimie là à côté de laquelle elle ne devait pas passer ? Troublée, elle pivota vers le salon avec l'objectif de retrouver son téléphone portable. C'était plus facile que de soutenir son regard.
Allongé de tout son long sur le canapé bleu nuit de l'appartement des garçons, rien ne semblait pouvoir troubler le sommeil de Sirius Black, pas même la cuillère qui tapa bruyamment, trop bruyamment sur une tasse quelque part derrière Lily. Visiblement, elle n'était pas totalement remise.
« Tu sais Lily, ça fait à peu près trois heures qu'on attend l'histoire, reprit Peter. »
Elle se retourna brièvement vers les trois garçons qui ne la quittaient pas des yeux, puis, sans leur répondre, elle contourna Sirius et évita le tas de papier toilette pour s'emparer du téléphone qui se trouvait sur la table basse et qu'elle ne se rappelait pas avoir abandonné là.
« Il était par terre dans ma chambre, lui dit James comme s'il avait lu dans son esprit. J'ai reçu quelques messages intéressants cette nuit sur le mien, termina t-il avec un sourire. »
Elle écarquilla les yeux, terrifiée, avant de vérifier leur conversation et de voir une incroyable série de photos de Sirius et elle pointant un couteau devant un chien en peluche noir, tenant le même chien en peluche noir au dessus du vide par la fenêtre de la cuisine, puis près d'un briquet dont la flamme lui frôlait dangereusement la queue, et enfin assis avec eux sur le canapé, un verre de pastis et un paquet de cigarettes devant lui. Il y avait une légende sous cette dernière « Au cas où le reste ne le tuerait pas. ».
« Qu'est-ce que...
- Oh il faut que tu remontes un peu la conversation si tu veux comprendre, la coupa t-il et il lui sembla qu'il se retenait de rire. »
Rémus et Peter, en revanche, furent incapable de ne pas laisser échapper un gloussement avant de se mettre à tousser bruyamment.
« Est-ce que je vous ai aussi envoyé quelque chose ? s'enquit-elle en faisant frénétiquement glisser son doigt sur son écran.
- Non, mais on a eu notre lot par Sirius, expliqua Peter. »
Ses yeux s'agrandirent un peu plus alors qu'elle ne cessait de se répéter que cela ne devait pas être si terrible, et puis elle tomba sur le premier message envoyé à James, la veille, à minuit vingt-deux.
Lily : Où est Patmol ?
James Littérature : Quoi ?
Lily : Où est Patmol ?
Lily : Sirius dit que c'est la seule chose que tu préfères à part lui, alors où est-il ?
James Littérature : Pourquoi est-ce que tu veux savoir ça ?
Lily : Parce que nous allons nous en débarrasser.
James Littérature : Nous ?
James Littérature : Ne touche à Patmol.
Lily : Sirius l'a trouvé sous ton lit.
James Littérature : Qu'est-ce que tu fais avec Sirius ?
Lily : Je tue Patmol.
James Littérature : Ne tue pas Patmol !
Lily : Dis-lui adieu.
Lily : Maintenant.
Lily : Ça ne sert à rien de nous appeler, personne ne va décrocher.
Lily : Dis-lui adieu.
James Littérature : Est-ce que vous avez bu ?
Lily : A peine.
James Littérature : Décroche, Lily.
Lily : Sinon quoi ?
La série de photos suivait, ainsi que plusieurs appels manqués de James, et au fur et à mesure qu'elle fixait les messages, l'intégralité de la soirée lui revenait en tête à l'exception d'un détail.
« Qu'est-ce qu'on a fait de Patmol ? les interrogea t-elle. »
Les trois garçons se jetèrent un coup d'oeil amusé en se contentant de dire qu'il était simplement posé sur le lit de James, mais à la façon qu'ils avaient de se regarder, elle sut qu'il y avait plus.
« Quoi ?
- Rien, répondit James en secouant la tête.
- Il y a quelque chose, affirma t-elle. Qu'est-ce que j'ai fait ?
- C'est rien, vraiment, juste...
- Sirius nous a envoyé une vidéo, compléta Rémus.
- Une vidéo ? répéta t-elle, perplexe.
- Tu ne veux pas voir ça, répondit James.
- Quelqu'un l'a définitivement regardée plus d'une fois ce matin, ajouta Peter avec un sourire en coin, s'attirant un coup de coude plus ou moins discret de son colocataire.
- Je veux la voir.
- Ce n'est pas...
- Peter. Donne-moi ton portable, lui ordonna t-elle en s'avançant vers lui alors que les deux autres s'étaient empressés de ranger leurs téléphones derrière eux. »
Elle dut avoir l'air particulièrement menaçante parce qu'il s'empressa de lâcher l'objet dans sa main comme s'il était en feu. Leur conversation de groupe était ouverte et ses yeux verts tombèrent immédiatement sur une vidéo envoyée par un certain « Dieu vivant », et elle devina que Sirius s'était renommé lui-même dans le répertoire de son meilleur ami.
Elle lança la vidéo, et resta pétrifiée en se voyant serrer Patmol dans ses bras, assise contre le lit de James, en train de menacer Sirius de ne pas toucher à la fameuse peluche qu'elle protégeait comme s'il s'agissait d'une pépite d'or.
« Lily, on doit le faire, lui martelait-il.
- Non. J'ai changé d'avis, on ne peut pas faire ça à James, gémissait-elle.
- Tu sais que Patmol est le seul rempart à votre amour, n'est-ce pas ?
- Notre amour ? répéta t-elle en laissant échapper un rire absurde. Tu dis n'importe quoi juste pour lui ôter la vie.
- Je vais le tuer, que tu le veuilles ou non.
- Tu devras me passer sur le corps.
- Lily...
- Si on le tue, James ne voudra plus me parler, et si James ne veut plus me parler, je ne veux plus vivre.
- Je viendrai poser des fleurs sur ta tombe, se moqua Sirius. »
La vidéo s'arrêtait là parce qu'elle semblait se ruer sur le jeune homme, et Lily rendit le portable à Peter, les joues écarlates. Elle n'osa croiser le regard d'aucun des garçons pendant un instant, et elle maudit intérieurement James lorsqu'il reprit la parole.
« C'était divertissant à regarder.
- Ce n'était pas... elle s'interrompit, déglutit, et reprit la parole malgré l'envie violente qu'elle avait de réveiller Sirius à coup de death metal. C'était évidemment l'alcool qui parlait.
- Évidemment.
- Comment est-ce que vous en êtes arrivés là ? l'interrogea Rémus.
- Lily, ajouta Peter en la regardant droit dans les yeux. Ça fait des heures qu'on espère avoir toute l'histoire.
- On peut attendre que Sirius se réveille, mais tu sais, il aura sa propre version... »
Elle resta silencieuse et baissa les yeux sur son téléphone pour répondre aux nombreux messages matinaux de Mary qui lui demandait si elle était restée dormir chez ses parents parce qu'elle ne l'avait pas vue rentrer à l'appartement, et quand elle releva la tête, ils la fixaient tous avec attention. Elle soupira.
« Bon. D'accord, mais je ne veux aucun commentaire. »
Lily pesta contre elle-même alors qu'elle traversait Londres à pied sous la pluie. Elle n'arrivait plus à se souvenir pourquoi il lui avait semblé être une bonne idée d'aller faire ses achats de Noël après une journée de cours particulièrement remplie, et le seul jour de la semaine où ils annonçaient un temps de chien sans interruption. Elle devait être maso. Définitivement. Elle l'était.
Elle s'abrita quelques secondes sous un abribus pour poser ses sacs et jeter un coup d'oeil à son portable qui avait longuement vibré dans sa poche arrière, et quand elle remarqua qu'elle avait plusieurs appels manqués de Pétunia, elle pesta et s'empressa de la rappeler. Sa sœur ne la contactait que rarement, et souvent, elle raccrochait après une sonnerie et disait à ses parents que Lily ne répondait jamais, ce qui l'avait rendue positivement furieuse pendant un moment, jusqu'à ce qu'elle ne réalise que c'était probablement ce que sa sœur cherchait.
« Ca fait une heure que je t'appelle ! aboya Pétunia à l'autre bout du fil.
- Bonjour à toi aussi, c'est un plaisir d'entendre ta douce voix, ironisa t-elle en calant son portable contre son épaule juste le temps de remonter la fermeture éclair de son manteau vert foncé.
- Oh c'est très bien que ça te fasse rire, mais il y a des gens qui essaient d'organiser leur mariage.
- Est-ce que c'est pour ça que tu m'appelles ?
- Ne t'emballe pas, ce n'est pas pour te proposer la place de témoin ou quoi que ce soit, répliqua automatiquement Pétunia alors que Lily haussait les sourcils, à mille lieus de s'être imaginée une seule seconde qu'elle lui accorderait cet horrible honneur.
- C'est seulement pour me hurler dessus, alors ? Aussi charmante soit l'intention, Pétu, je suis sous la pluie et...
- Oh tu pourrais bien être sous un torrent de lave que je t'interdirais tout autant de raccrocher ! la coupa sa sœur sur un ton autoritaire. Je voulais juste m'assurer que tu ne te rendras pas chez papa et maman le vingt-deux mai, parce que ce sera le jour du mariage et les cousines de Vernon laisseront leurs affaires à la maison pour y dormir. Si quelqu'un doit passer chercher des choses là bas, je n'ai aucune envie que l'on t'y croise, alors fais en sorte d'avoir tout ce qu'il te faut d'ici là.
- Décidément, cette conversation devient de plus en plus agréable, commenta Lily. Est-ce que tu me l'as annoncé si tôt pour que je le marque dans mon calendrier ?
- Je voulais aussi m'assurer que tu savais que tu n'étais pas réellement invitée. Papa et maman étaient dévastés, alors je t'ai envoyé le faire-part chez ta copine, mais tu peux le renvoyer avec une réponse négative et je leur dirai que je t'ai appelée, que j'ai eu beau insisté, mais que tu as refusé de venir.
- Vraiment ? Parce que de là où je me tiens, j'ai plutôt l'impression que tu m'as appelée pour m'obliger à ne pas me montrer. »
Il y eut un silence au bout du fil, puis Lily l'entendit soupirer d'agacement. Elle n'était pas en face d'elle, mais elle pouvait quand même la voir trépigner d'un pied sur l'autre, profondément irritée, et cette pensée la fit rire autant qu'elle l'attrista.
« Tu veux venir ? l'interrogea soudainement Pétunia sur un ton absolument méprisant.
- Si ta question est : veux-tu assister à mon mariage lors duquel je ne t'adresserai pas la parole et tout le monde te regardera de travers pendant que tu mangeras seule dans ton coin alors que je prétendrai aux malheureux qui oseront demander que tu n'es qu'une cousine éloignée que je connais à peine ? La réponse est non, Pétunia.
- Voilà. Donc je dirai à papa et maman que c'est toi qui ne veux pas.
- Ils le savent déjà, mais par pitié, ne leur fais pas croire que tu t'es mise à genoux devant moi et que j'ai dit non. Ça ne blessera personne d'autre qu'eux.
- Peu importe.
- Pétunia, ne... »
Lily s'arrêta net quand elle n'entendit plus rien à l'autre bout du fil. Elle baissa son portable à hauteur de ses yeux, et elle poussa un juron quand elle constata que sa sœur avait raccroché. La pluie tombait toujours à torrent devant elle, et il lui restait encore une vingtaine de minutes de marche avant d'arriver à l'appartement. Cette journée était un enfer.
