« Ta sœur est...
- Pire que les méchantes de tous les Disney réunis, compléta Peter avant de se reprendre rapidement quand il vit la mine défaite de Lily. Excuse-moi.
- Elle n'a pas toujours été comme ça, soupira Lily. Et vous ne connaissez pas l'entièreté de l'histoire. Si elle vous racontait sa version, peut-être que...
- Qu'elle nous paraîtrait toujours aussi abjecte, termina Rémus. Et la suite ? Est-ce que tu l'as rappelée ?
- Non. Il fallait que je rentre, dit-elle en poursuivant son récit. »
Elle venait de quitter l'abribus et les sacs de cadeaux commençaient à lui peser sur les bras. Elle s'arrêta à de nombreuses reprises, en profitant pour contempler le reflet des lumières de la ville dans les flaques. Elle adorait la façon dont les couleurs se diluaient dans l'eau, et elle savait que c'était absolument bizarre, mais elle aurait pu rester une heure entière à fixer une stupide flaque comme s'il s'agissait d'une célèbre œuvre d'art dont elle devait percer le secret.
Ce fut quand elle recommença à marcher dans une rue un peu plus étroite qu'elle remarqua qu'un groupe de garçons la suivaient. Ils étaient quelques mètres derrière elle depuis plusieurs minutes et ils ne prononçaient pas le moindre mot, ce qui était assez inhabituel quand une bande d'amis se promenait ensemble.
Elle accéléra légèrement le pas et songea qu'elle devait être paranoïaque quand elle eut la sensation qu'ils firent de même. Elle repensa un instant aux messages insultants et menaçants qu'elle avait reçus et qui s'étaient étrangement arrêtés depuis quelques temps, puis à Rémus qui lui avait dit qu'il ne parvenait pas à en identifier la source parce qu'ils étaient envoyés d'un téléphone prépayé.
Son cœur battait à tout rompre lorsqu'elle déboucha sur une rue plus passante qu'elle traversa en trottinant, et s'arrêta devant une vitrine avec l'idée précise de faire semblant de regarder à l'intérieur du magasin alors qu'elle observait le reflet. Quatre garçons se stoppèrent devant le passage piéton alors que le feu rouge était passé au vert et que le ballet de voitures ne s'arrêtait plus, et elle reconnut immédiatement deux d'entre eux. Malefoy et Avery.
Elle n'aurait pas pu manquer les longs cheveux blonds, presque blancs du premier. C'était le genre de coiffure qui ne passait pas inaperçue. Quant à l'autre, elle n'avait jamais oublié son visage après l'avoir entendu insulter Mary devant elle. Elle pouvait imaginer que Mulciber était avec eux, mais les deux autres étaient de profil derrière le poteau du feu tricolore et elle ne pouvait pas l'identifier avec certitude.
« Pourquoi est-ce que je ne suis au courant de rien ? l'interrompit James.
- Parce que ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air, s'empressa t-elle de répondre.
- Tu reçois des messages avec des photos de toi, des menaces, et quatre types bizarres te suivent dans la rue, ça ne paraît pas anodin.
- Évidemment, si tu mets tout bout à bout ça paraît bizarre, mais ce n'est pas comme s'ils avaient vraiment fait quelque chose, peut-être qu'ils se promenaient simplement et que j'ai paniqué pour rien.
- Ils se promenaient derrière toi, sans discuter entre eux, et accéléraient quand tu accélérais, pointa Rémus qui ne cherchait même pas à cacher qu'il était entièrement d'accord avec James. C'est clairement un comportement d'hommes qui veulent faire peur à une fille.
- C'était juste une impression, mais elle est probablement fausse, il pleuvait et...
- Ils se sont arrêtés de marcher quand tu étais devant la vitrine, la coupa Peter.
- Parce que j'ai traversé juste avant que le feu ne passe au vert et ils n'allaient décemment pas se jeter devant les voitures, expliqua t-elle.
- Est-ce que tu es sérieuse ? l'interrogea James en haussant les sourcils.
- Je ne veux juste pas tirer de conclusions hâtives, répondit-elle en penchant légèrement la tête. Vous voulez savoir la suite, ou pas ? »
Ils hochèrent la tête d'un seul et même homme pendant que Sirius roupillait toujours dans le canapé bleu derrière eux.
Elle se hâta de rentrer à l'appartement, non sans jeter d'innombrables regards par dessus son épaule, mais elle les avait perdus. Les quatre garçons s'étaient laissés submerger par le flot de voitures et elle avait finalement atteint le bâtiment dans lequel elle habitait avec Mary sans faire de mauvaise rencontre.
« Retenez la porte s'il vous plaît ! s'écria t-elle quand elle entendit l'ascenseur se fermer. »
Elle vit juste une grosse Doc Martens noire se caler au milieu des portes et elle s'empressa de s'engouffrer dans l'ascenseur avant de constater avec ravissement que la boot en question appartenait à Sirius.
« Je n'en peux plus de ce temps ! pesta t-elle alors que son manteau était trempé.
- Ne dis pas ça devant Peter, il comprendrait que tu n'es pas la vraie Petite Sirène et ça lui briserait le cœur, répondit-il avec un sourire malin en appuyant sur le bouton du troisième étage.
- Ça reste entre nous, lui assura t-elle en lui rendant son sourire. Est-ce que ce sont tes œuvres ? »
Elle fit un signe de tête vers le grand carton à dessin qu'il tenait d'une main, et il acquiesça.
« Mes œuvres, et le courrier que je viens de récupérer et qui contient deux lettres olé olé pour James , déclara t-il en haussant les sourcils de manière suggestive.
- Sérieusement ? Comment tu peux savoir ça ? pouffa Lily.
- J'ai pu lire quelques mots en transparence sur l'une des deux, et pour l'autre, il y a clairement un soutien-gorge dedans. Tu veux tâter ?
- Non merci, répondit-elle immédiatement alors qu'il entamait un mouvement pour se pencher sur ses affaires.
- Je suspecte une voisine du premier, et l'écriture de l'autre n'est pas la même, donc nous avons deux admiratrices, mais je n'ai toujours aucune idée de qui peut bien venir celle-ci, dit-il en ouvrant sa pochette juste pour lui montrer une enveloppe en kraft dont le relief indiquait clairement qu'elle contenait la pièce à conviction. Ce n'est pas toi, n'est-ce pas ?
- Ferme là, Sirius, répondit-elle en levant les yeux au ciel. Elles viennent peut-être simplement de quelqu'un de sa famille.
- Est-ce que c'est une coutume, chez les Evans, de s'envoyer ses sous-vêtements ? Si oui, est-ce que tes parents seraient d'accord pour que je fasse partie de la fam...
- Oh c'est bon, tu n'as pas besoin de terminer ta phrase, j'ai compris l'essentiel, le coupa t-elle en esquissant une grimace de dégoût.
- De toutes façons, James ne connaît pas ses oncles et tantes, ils habitent à l'autre bout du pays et ne s'entendent pas très bien avec ses parents.
- Qui pourrait ne pas s'entendre avec eux ? l'interrogea Lily, réellement perplexe.
- Les Potter ne sont pas tous des merveilles de la nature, c'est une histoire pour un autre jour, répondit Sirius avant de reprendre sur un ton léger. Je pense que je vais les ouvrir.
- Tu ne peux pas faire ça, protesta t-elle immédiatement.
- Théoriquement, je peux.
- Légalement, non, insista t-elle.
- Ne fais pas comme si tu ne voulais pas savoir. »
Elle sentit son visage s'empourprer, mais elle secoua la tête de droite à gauche. Bien sûr qu'elle mourrait d'envie de savoir d'où venait la concurrence, et le simple fait qu'elle se l'avoue de cette manière précise la dérangea profondément. L'ascenseur s'arrêta au troisième étage et elle manœuvra difficilement avec ses sacs pour en sortir sans en mettre un coup à Sirius.
« Est-ce que je peux au moins t'inviter à boire un verre ? Tu as l'air d'en avoir besoin, lui proposa t-il lorsqu'ils tournèrent chacun leur clé dans leur serrure.
- Je pose mes sacs et j'arrive ?
- La porte sera ouverte, répondit-il en souriant. »
Et la porte était littéralement ouverte cinq minutes plus tard quand Lily pénétra à l'intérieur de l'appartement des garçons. Sirius était assis sur le canapé, son carton à dessins était calé contre la table basse sur laquelle il avait déposé les deux enveloppes. Elle abandonna son manteau sur une chaise, et s'assit à côté de lui.
« Ne me dis pas que tu penses encore à les ouvrir.
- James ne les lira même pas. A chaque fois qu'il en reçoit, il les met à la poubelle dès qu'il voit le nom du destinataire en bas du papier, ce n'est pas comme si elles allaient lui manquer.
- Pourquoi est-ce que tu ne lui demandes pas de qui elles viennent ?
- Parce qu'il ne veut pas me le dire exprès parce qu'il voit que ça m'énerve de ne pas savoir. Je ne peux même pas les récupérer dans la poubelle, il faut voir comment il les déchiquette...
- Jaloux ? le taquina t-elle.
- Si je devais être jaloux de quelqu'un sur cette terre, ce serait de Patmol.
- Est-ce que tu insinues que Patmol existe toujours ?
- Tu connais Patmol ?
- Longue histoire.
- Oh nous avons toute la soirée, Evans, lui dit-il en lui servant un verre de gin. »
Elle devait bien lui reconnaître cela, il avait bon goût. Ils passèrent les deux heures qui suivirent à discuter de la façon dont Lily avait appris l'existence du chien en peluche, puis la conversation bifurqua sur Euphemia et Fleamont.
« Les deux meilleures personnes que je connaisse, affirma Sirius après son troisième verre. Je vis chez eux depuis mes seize ans, et je n'avais pas compris avant ce que c'était que d'avoir des parents. Ma famille est... Noblement exécrable.
- Noblement exécrable ? répéta t-elle, perplexe.
- C'est dommage. Ils avaient l'argent et le succès dans leur travail, une sacrée réputation, mais ils se sont retrouvés avec un fils qui papillonne à droite, à gauche, aussi bien avec des garçons qu'avec des filles, et je sais ce que tu penses. Il n'y a aucun problème avec ça. Dans ton monde, dans le mien ,dans celui de James, Peter, Rémus, Mary, ou Marlène, mais dans le leur... Oh dans le leur, je vais brûler en enfer, lui apprit-il avec un sourire en coin. »
Elle le suspecta de ne lui confier cette information que parce qu'ils avaient atteint ce point où, après quelques verres, l'on pouvait se raconter absolument tout sans se soucier de quoi que ce soit, et elle se sentit profondément honorée de se voir révéler cette partie de lui qu'il avait gardé privée jusque là.
« Hé bien, je... Je savais que tu aimais bien Mary au début, mais pour ce qui est du reste, je n'en avais aucune idée... bredouilla t-elle.
- Mary est canon, s'exclama t-il, mais le serveur du restaurant italien du dessous n'est pas mal non plus, termina t-il avec un sourire en coin.
- Entièrement d'accord, approuva t-elle en lui rendant son sourire avant de revenir sur le point essentiel de la conversation. J'imagine que si tu me dis ça, c'est parce que tes parents n'ont pas bien pris la nouvelle.
- Ils m'ont surpris en train d'embrasser un garçon quand j'avais quatorze ans, reprit-il, et ils ont décidé de m'envoyer à chaque vacances dans des camps supposés me « remettre dans le droit chemin ».
- Merde, Sirius, c'est horrible, souffla t-elle en posant instinctivement sa main sur son épaule.
- C'était surtout particulièrement stupide. J'ai voué toutes ces vacances à me trouver un petit-ami dans chacun des camps dans lesquels ils m'envoyaient, ajouta t-il avec un large sourire. Ils croyaient vraiment qu'ils allaient me façonner comme ils le voulaient en m'envoyant dans un endroit rempli de garçons qui étaient là bas pour la même raison que moi ? J'ai adoré me faire renvoyer de ces endroits pour des raisons révoltantes que je n'oserais pas verbaliser en présence de tes chastes oreilles, termina t-il d'un air fier. »
Le rire de Lily se mêla au sien, et ils trinquèrent ironiquement à la santé de ses horribles parents alors que le gin commençait à lui brouiller légèrement les neurones.
« Alors tu es parti ?
- Je me suis enfui quand j'avais seize ans parce que la maison n'était plus un endroit sûr pour moi, et que je savais que les Potter m'accueilleraient à bras ouverts. James était déjà mon meilleur ami depuis plusieurs années à cette époque là, et il ne m'a pas posé une seule question quand il m'a vu arriver avec ma valise. Il m'a serré dans ses bras et m'a aidé à m'installer. »
Il y avait une émotion non feinte dans sa voix, et son regard gris se perdit dans le liquide qu'il fit danser dans son verre pendant quelques secondes avant de l'avaler d'une traite. Lily ressentit une profonde empathie pour lui à ce moment là, et en même temps, son cœur se serra dans sa poitrine. Elle essayait de ne pas tomber amoureuse de James. Elle essayait vraiment. Et ce que Sirius lui confiait ne l'aidait pas.
« Quand j'étais au collège, j'ai lancé des boulettes de papier toilette sur la maison de l'ex petit-ami de Marlène.
- Où est-ce que tu veux en venir, Evans ? la questionna Sirius qui, si elle devait en juger par l'étincelle espiègle qu'elle lisait dans son regard, connaissait déjà très bien la réponse à cette question.
- Je n'en sais rien, répondit-elle. Je dis juste que sur le coup, ça nous a fait du bien.
- Et après ?
- Oh après aussi, confirma t-elle avec un large sourire.
- … Rémus a été faire les courses hier. »
Il y eut un long silence, puis un regard entendu, et ils bondirent tous les deux du canapé. Sirius disparut dans le couloir, et Lily enfila de nouveau le manteau trempé qu'elle avait abandonné sur une chaise.
« Est-ce qu'ils habitent loin ?
_ On devrait y arriver en un quart d'heure si on trouve rapidement un taxi, s'écria t-il de l'autre bout de l'appartement.
- Un taxi ?
- Si quelqu'un voit ma voiture ou celle de James, nous sommes morts, expliqua t-il rapidement.
- Je m'en occupe, répondit-elle en sortant son téléphone. »
Quelques minutes plus tard, ils se trouvaient tous les deux assis sur la banquette arrière d'une voiture noire, chacun un rouleau de papier toilette sur les genoux, alors que le conducteur leur jetait des regards curieux.
« J'ai souvent des envies pressantes quand je me trouve dans des endroits inappropriés, croyez-moi, c''est mieux pour votre banquette, lui expliqua Sirius alors que Lily gloussait à côté de lui. mieux vaut prévenir que guérir.
- Est-ce que vous pouvez nous déposer à l'angle de la rue, et nous attendre ? s'enquit-elle.
- Si vous voulez, mais le compteur tourne toujours, lui répondit le vieil homme. »
Sirius fouilla dans sa poche et balança une petite liasse de billets sur le siège passager devant l'air ahuri de Lily.
« Un héritage de mon vieil oncle Alphard, il aurait adoré qu'une partie serve à cette cause, dit-il en brandissant son rouleau de papier toilette.
Quand le taxi se gara dans une charmante rue le long de laquelle des cerisiers avaient perdu toutes leurs feuilles, ils ouvrirent chacun leur portière avant de se mettre à courir sous la pluie jusqu'à une immense et sombre maison que Sirius lui désigna du doigt.
« Ca fait des années qu'ils demandent à la mairie de reboucher ce trou, déclara Sirius en s'accroupissant pour tremper une à une des boulettes de papier toilette chiffonnées dans une grosse flaque d'eau.
- Dépêchons nous avant que quelqu'un ne nous voit, le pressa Lily en l'imitant. »
Ils portaient chacun leur capuche, et il y avait peu de chance pour que qui que ce soit ne passe dans le quartier tranquille à cette heure là, et sous cette pluie battante, mais quelques lumières persistaient à travers certaines fenêtres et l'excitation qu'elle avait ressentie un peu plus tôt avait laissé place à une tension un peu grisante.
Elle avait du mal à s'arrêter de glousser. Sirius aussi. Elle mettait cela sur le dos de la bouteille de gin qu'ils avaient terminée dans le taxi. Elle n'avait pas ressenti cet élan de hardiesse depuis trop longtemps, c'était comme un boost d'adrénaline, et elle savait que Sirius ressentait la même chose parce qu'elle n'avait qu'à le regarder pour le voir dans ses yeux.
Pour quiconque les verrait à cet instant précis, accroupis en train de rouler du papier toilettes dans une flaque d'eau sur le trottoir, ils auraient l'air de deux fous à lier, et cette pensée la fit rire encore plus. Tant qu'elle tomba sur les fesses et que Sirius eut du mal à contenir son hilarité à un niveau sonore raisonnable, et ils décidèrent qu'il était temps de passer à l'action.
Les projectiles fusèrent pendant pas plus de quelques secondes, mais les années de basket de Lily lui permirent de toucher avec une précision redoutable les fenêtres les plus hautes malgré la quantité d'alcool qu'elle avait ingurgité avant de partir. Quand Sirius envoya une boulette particulièrement grosse qui s'écrasa contre la porte en un affreux « splash » sonore, et que la lumière du porche s'alluma, ils prirent leurs jambes à leur cou et se jetèrent sur la banquette du taxi en lui hurlant de démarrer, le reste de leurs rouleaux à la main.
Ils passèrent toute la durée du trajet à rire comme deux idiots, au point d'en être totalement essoufflés lorsqu'ils arrivèrent devant l'appartement. Il était près de minuit, et même si Lily aurait clairement dû rentrer se coucher, elle suivit naturellement Sirius et s'échoua sur le canapé bleu du salon.
« Qu'est-ce tu bois, maintenant ?
- Surprends moi, lui répondit Lily, épuisée et vidée. »
Elle ferma les yeux un instant, et ne les rouvrit que lorsqu'elle l'entendit remplir les deux verres. Elle grimaça en voyant la bouteille de pastis qu'il tenait dans la main, et le sourire machiavélique figé sur son visage.
« Tu m'as demandé de te surprendre, lui rappela t-il.
- Est-ce que tu aimes vraiment ça ? l'interrogea t-elle en le regardant descendre son verre sans voir ne serait-ce qu'une once d'aversion sur son visage.
- Pas avant d'avoir déjà une certaine dose d'alcool dans le sang, lui répondit-il, la faisant pouffer. Tu peux faire cette tête, mais après ce soir, tu me remercieras de ne plus avoir en tête l'image d'un groupe de sexagénaires en train de jouer à la pétanque dès que tu verras l'une de ces bouteilles.
- Clairement, je te verrai toi, en train d'essayer de me convaincre à l'aide d'arguments bancals que ce n'est pas la pire boisson du monde, répliqua t-elle moqueusement.
- Hé, si tu veux continuer à penser à des vieux en marcel, je n'ai aucun problème avec ça, Evans. »
Elle secoua la tête, pouffa, et enfila son verre de pastis cul sec. Ce fut certainement l'une des pires erreurs de jugement de sa vie, elle n'avait pas peur de l'affirmer maintenant. C'était abject, peu importe à quel point Sirius pouvait essayer de lui faire croire que ce n'était pas si terrible, c'était si terrible, et sa tête tournait, et c'était définitivement le dernier verre qu'elle prenait ce soir là.
« Maintenant, je vais ouvrir ces lettres ! clama t-il d'une voix étonnement forte.
- Attends, attends ! l'arrêta Lily en tirant sur son sweat, le faisant tomber en arrière à côté d'elle sur le canapé.
- Evans, tu as eu une idée brillante tout à l'heure avec le papier toilette, mais maintenant, je...
- Tu as dit toi même que la menace venait d'avantage de Patmol que de ces filles.
- Qu'est-ce que tu as en tête ?
- Peut-être qu'on devrait supprimer Patmol.
- Est-ce que tu es en train d'admettre que tu es jalouse de Patmol ? s'enquit-il avec un sourire narquois. Je veux dire, tu aurais toutes les raisons de l'être, c'est probablement la seule chose qu'il préfère à moi.
- Patmol est mignon et James a dormi avec lui pendant des années d'après ce que je sais de ses parents. Bien sûr que je suis jalouse ! répondit-elle avec véhémence et sans le moindre filtre, comme à chaque fois qu'elle avait un coup dans le nez. Est-ce que tu as une idée d'où il le cache ? Je veux exterminer ce petit fumier.
- Je vais le trouver et après ça, on lui fera subir tout ce qu'il mérite, affirma le jeune homme avant de disparaître dans le couloir. »
Lily bascula sur le canapé, allongée sur le dos, et se saisit de son téléphone. Elle envoya un message à James pour savoir où il cachait Patmol, espérant grandement qu'il lui répondrait pour que Sirius et elle puissent mettre leur plan à exécution.
« Donc c'est à ce moment là que tu as commencé à m'écrire, reprit James, accoudé sur le bar.
- Oui, et Sirius a trouvé Patmol juste après. Puis, il y a eu les photos. Et quelques verres de pastis entre temps.
- Je croyais que tu t'étais jurée que tu n'en boirais plus ? Pointa Peter.
- Moi aussi, répondit Lily en grimaçant.
- Donc ensuite, il y a eu la vidéo, déclara Rémus.
- Et j'ai dû laisser Patmol dans la chambre, et après... »
Elle s'interrompit parce qu'un bruit sourd les fit tous se retourner vers le canapé duquel Sirius venait de rouler, s'effondrant sur le parquet et poussant un grognement sonore. Ils gardèrent les yeux rivés sur le dossier du sofa jusqu'à ce que le visage ensommeillé de leur ami n'apparaisse, suivit de tout son corps, puis qu'il se dirige vers eux en traînant les pieds. Lily retint un sursaut lorsqu'il referma ses bras autour d'elle et la serra fort avant de la soulever juste assez pour que ses pieds décollent du sol.
« Meilleure soirée depuis longtemps, Evans. Merci, marmonna t-il.
- Oh. Merci à toi, répondit-elle en lui tapotant le dos. »
Il ne le la lâcha que quand Peter lui pressa l'épaule et le mena jusqu'à la grande table où il lui servit le même remède qu'à Lily quelques heures plus tôt. Elle sourit en le regardant s'y asseoir, se rappelant comment ils avaient fini par s'échouer en tailleur sur le parquet devant la table basse, se posant des questions de plus en plus personnelles tout en sifflant la bouteille de pastis. Elle se souvenait vaguement d'une bataille de papier toilette qui avait suivie, et puis elle avait dû tomber d'épuisement à un moment, et Sirius en avait profité pour la momifier.
Ils n'avaient même pas lu les lettres, et elles n'étaient d'ailleurs plus du tout sur la table basse. Elle les chercha un instant des yeux et les trouva sur le bar, à côté du bras de James, qui sirotait son verre de jus de fruit. Dès qu'il la vit jeter un coup d'oeil dans cette direction, il se saisit des enveloppes, contourna le bar et en déchira une rapidement au dessus la poubelle. Il jeta simplement l'autre pour une raison évidente, mais elle le vit prendre soin de l'enfouir considérablement avant d'aller se laver les mains.
« Je devrais rentrer, je dois travailler mes cours et... Tes cours, dit-elle à James avant de récupérer son manteau posé sur une chaise.
- On reprend normalement lundi ? lui demanda t-il en la guidant vers la porte. »
L'atmosphère était soudainement bizarre, un peu tendue, ils étaient trop polis, et Lily ne répondit que par un hochement de tête et un sourire avant qu'il n'ouvre la porte devant elle et qu'elle n'adresse un signe de main aux trois garçons.
« Merci encore pour le paracétamol et tout le reste !
- Il nous en reste, si tu veux revenir un autre soir, lui répondit Peter de l'autre bout de pièce, et elle entendit son sourire du couloir.
- On va attendre un peu pour ça, souffla t-elle avant de reporter son regard sur James. »
Elle avait du mal à croire qu'il était de nouveau là, vraiment là, et qu'il ne partirait plus. Elle avait envie de fondre dans ses bras, mais en même temps, tout avait été si clair entre eux cet autre soir qu'elle savait que ce n'était pas sa place. Sans compter que maintenant, il était son coach, et elle ne pouvait qu'imaginer le remue ménage dans l'équipe si les filles savaient ce qu'il s'était déjà passé entre eux.
Emmeline avait déjà de forts soupçons que Lily n'avait pas cherché à démentir simplement parce qu'elle était amie avec les garçons et que ce simple fait lui avait donné envie de lui faire confiance. Elle était capitaine, elle n'irait rien répéter à qui que ce soit parce qu'elle tenait au bon fonctionnement de son équipe, et Lily espérait qu'ils auraient assez d'autorité sur eux-même par la suite pour ne plus rien laisser paraître devant les autres.
Elle connaissait les drames internes aux équipes de basket pour en avoir été témoin lorsqu'elle était plus jeune. Le temps de jeu était l'un des motifs de dispute le plus fréquent. Les absences répétées aux entraînements en était une autre. Toutefois, il n'y avait rien de plus sale et sanglant qu'une équipe qui se déchirait à cause d'une histoire d'amour... Ou de sexe.
« Avant de partir... Je dois demander, reprit-elle sur un ton sérieux. Est-ce que j'ai vraiment réussi à te voler Sirius ? »
James laissa échapper un bref rire, et, sans répondre immédiatement, tira son portable de sa poche, sembla chercher quelque chose pendant une petite minute, et puis il tendit l'écran devant ses yeux.
« Juste... Ignore son nom... Il modifie mon répertoire à chaque fois qu'il en a l'occasion, la prévint-il en l'encourageant à jeter un coup d'oeil aux messages envoyés la nuit dernière. »
Mon pain d'épice : J'aime Lily.
Mon pain d'épice : JE L'AIME TROP
Mon pain d'épice : JE LA VEUX DANS NOTRE EQUIPE #THEVOICE
Mon pain d'épice : JE L'AIME
Mon pain d'épice : Platoniquement, bien sûr.
Mon pain d'épice : Tu dors ?
Mon pain d'épice : JAMES
Mon pain d'épice : LILY EST TROP BIEN POUR NOUS.
Mon pain d'épice : JAMES
Mon pain d'épice : TU DOIS L'EPOUSER
Mon pain d'épice : STP
Mon pain d'épice : STP
Mon pain d'épice : STP
Et James fit défiler une cinquantaine de messages contenant les mêmes trois lettres, faisant pouffer Lily, jusqu'à ce que sa première réponse ne s'affiche. Il s'aperçut immédiatement qu'il était trop descendu et il s'empressa de retourner son téléphone. Elle vit sur son visage qu'il espérait clairement qu'elle n'avait rien vu, et elle préféra garder la face.
« Je t'ai définitivement volé ton meilleur ami. C'est ce qu'on appelle un braquage, lui dit-elle en souriant avant de reculer vers sa porte, et de refermer sa main sur la poignée dans son dos. Encore merci pour tout à l'heure. On se voit lundi ? »
Il n'eut même pas le temps de répondre qu'elle s'était déjà engouffrée dans l'appartement de Mary avec l'affreuse impression que sa tête allait éclater. Elle ne repensait qu'à ce minuscule message de James à Sirius qu'elle n'aurait pas dû lire.
James : Ce n'était qu'un coup d'un soir, vieux.
Et maintenant, elle se demandait s'il n'avait pas fait exprès de le lui montrer. Est-ce qu'il voulait lui envoyer un message clair ? Lui rappeler qu'ils ne s'étaient rien promis ? Qu'ils avaient tous les deux statué avant qu'ils étaient inaptes à partager quoi que ce soit de sérieux ? Est-ce qu'il avait senti qu'elle faiblissait ?
Peu importe, pensa t-elle. Son message lui donnait la nausée. Elle savait que c'était profondément hypocrite de sa part quand elle s'était délibérément servie de lui tout en espérant s'en débarrasser après et ne plus avoir aucun désir, mais le fait était là. Elle en avait encore. Elle pensait que lui aussi. Du moins elle l'avait pensé.
Peut-être qu'elle se trompait. Peut-être qu'il était juste le genre de garçons qu'elle fuyait, de ceux qui jouent un peu trop et qui mentent pour obtenir ce qu'ils veulent. Peut-être qu'elle s'était laissé allée à s'imaginer des choses qui n'avaient pas lieu d'être. Elle préférait s'en apercevoir maintenant que plus tard, quand elle serait trop attachée. Elle se sentait déjà trop attachée, mais rien n'était encore irrémédiable. Elle était convaincue qu'elle pourrait encore l'oublier s'il le fallait et si elle n'était vraiment rien d'autre pour lui que ce qu'il avait décrit à Sirius. Elle ne l'espérait pas, clairement, mais elle était obligée d'y penser.
