« Irving est l'inventeur d'un nouveau genre de littérature, dicta Lily à James alors qu'ils étaient assis à la table de l'appartement de Mary en train de travailler. Il est le pont entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle et ses écrits sont hybrides. Ils passent du réalisme au romantisme.

- Il y a un film, non ? Sleepy Hollow ? l'interrompit James.

- Oui. Le cavalier sans tête, précisa Lily. Irving avait un gros problème avec la décapitation en général.

- Obsédé par la révolution française ?

- C'est ce que l'on peut penser, affirma t-elle avec un faible sourire avant de reprendre. Justement, dans Aventure d'un étudiant allemand, les deux personnages principaux sont mentalement instables, et la femme est une allégorie de la révolution française. Elle a perdu la tête à cause de l'amour. Littéralement.

- Je n'avais pas vu ça comme ça.

- C'est pourtant ce qu'il se passe. Ils couchent ensemble, il se réveille, elle est morte. Sauf qu'elle était déjà morte avant, guillotinée, mais elle portait le collier et si Wolfgang l'avait défait, il s'en serait aperçu.

- On parle de nécrophilie, alors ? s'enquit-il en arquant un sourcil. Qu'est-ce qui a conduit ce pauvre Washington a écrire ce genre de trucs ? »

Lily esquissa une grimace, puis laissa échapper un bref rire et resserra ses doigts sur son stylo. Elle s'efforçait de garder une distance raisonnable entre eux depuis qu'il était arrivé, une heure plus tôt, mais au fur et à mesure qu'ils travaillaient, ils se rapprochaient physiquement, si bien que leurs épaules se touchaient maintenant, et elle ne savait pas qui d'elle ou de lui en était responsable.

« Je ne suis pas certaine que ce soit littéralement de la nécrophilie, c'est plus... Du sexe avec un mort-vivant.

- De la mi-nécrophilie ?

- Si tu veux, pouffa t-elle.

- Ce n'était pas une proposition, plaisanta t-il et elle lui jeta un regard scandalisé.

- C'est la pire blague que tu aies jamais faite, lui reprocha t-elle.

- Ne t'avance pas trop là dessus, on ne se connaît pas depuis si longtemps, pointa t-il avec un sourire en coin, mais pour ma défense, c'est de la faute d'Irving.

- Tu sais quoi ? Je crois qu'on devrait arrêter là pour aujourd'hui. Si on en est venu à rire sur un type qui s'envoie une fille sans tête, c'est qu'il est temps de ranger les cours.

- Bonne initiative. En tout cas, la littérature américaine me plaît plus que l'histoire.

- Je crois que je suis un peu inquiète que tu prennes ton pied là dessus, plaisanta t-elle en fermant son cahier alors qu'il fourrait son ordinateur dans sa pochette.

- Clairement, la tutrice me passionne plus que le cours.

Elle leva ses yeux verts sur lui, penché sur sa pochette d'ordinateur dont il faisait glisser la fermeture, et elle était positivement certaine que s'il n'y avait pas eu ce stupide message dans sa conversation avec Sirius, elle lui aurait littéralement sauté dessus pour avoir osé lui dire une chose pareille. Pourquoi fallait-il qu'il demeure aussi flegmatique que s'il lui avait simplement demandé l'heure ?

Elle hésita à lui offrir à boire, mais elle ne se sentait pas très bien. Est-ce qu'il se fichait d'elle ? Elle avait réfléchi au message toute la semaine sans jamais aborder le sujet quand ils s'étaient vus pour travailler, qu'ils s'étaient croisés aux entraînements, ou qu'ils étaient rentrés ensemble parce qu'elle n'avait toujours pas de voiture.

Elle s'était contentée d'être amicale. Du moins autant qu'elle le pouvait. Ils se retrouvaient à flirter parfois sans qu'elle ne sache comment ils en étaient arrivés là. Elle ne le faisait pas exprès. Il commençait, et elle ne pouvait simplement pas arrêter. Il était dangereux, et il ne savait même pas à quel point.

Elle le voyait de plus en plus. C'était dans ses regards, dans ses sourires, dans ses gestes, dans sa façon d'être, dans son corps, simplement, comme si tout en lui était fait pour l'attirer et la rendre trop téméraire pour son bien. Elle pensait à des choses auxquelles elle n'avait jamais pensé avant.

A cet instant précis, elle pensait à ces choses là. Elle voulait le pousser sur la table et grimper sur lui, elle voulait glisser sa main dans son pantalon et lui montrer à quel point il lui avait manqué, à quel point il lui manquait toujours. Elle voulait l'embrasser. Elle se rappelait à peine de la sensation de sa bouche sur la sienne, elle savait juste qu'il était en haut de la liste de ses meilleurs baisers, et elle...

« On devrait le regarder ensemble un jour, dit-il alors qu'il se dirigeait vers la porte.

- Hmmm ? bredouilla t-elle en rougissant violemment parce qu'elle savait, elle savait qu'elle l'avait fixé de la manière la plus sale possible rien qu'à la façon dont ses yeux bruns défiaient les siens.

- Sleepy Hollow, répondit-il avec une décontraction qu'elle aurait aimé pouvoir imiter. On pourrait le regarder un soir si tu veux.

- Un jour. Un après-midi, ou un matin, corrigea t-elle parce qu'elle ne se faisait pas confiance pour passer une soirée avec lui sur un canapé devant un film. »

Il hocha la tête d'un air entendu, et elle remarqua qu'il essayait autant qu'elle d'éviter de la regarder. Ils ne traînaient plus après leurs cours, simplement parce que c'était dans ces moments où il n'y avait plus de cahier et plus de femmes décapitées entre eux que les limites devenaient floues.

Comme un accord silencieux, ils s'en tenaient à une relation aussi professionnelle que possible entre deux personnes inexorablement attirées l'une par l'autre. Les quelques moments de flirt n'étaient que des dérapages incontrôlés, et regarder Sleepy Hollow ne serait qu'une activité professionnelle comme une autre, et n'inclurait vraisemblablement aucun regard ou geste déplacé. Elle tenta de s'en convaincre alors qu'il posait sa main sur la poignée de la porte et qu'elle aurait aimé la sentir n'importe où sur elle.

« Tu as pensé à ce que tu allais faire pour le match, demain ? lui demanda t-elle soudainement. »

Leurs deux équipes jouaient l'une après l'autre. Les filles d'abord, et les garçons ensuite, et Lily était autant impatiente que nerveuse. Malgré le manque évident de James, elle avait aimé les semaines d'entraînements où elle n'avait pas eu à subir la pression d'un match à venir. Elle retint un soupir de soulagement bien malgré elle lorsqu'il lâcha la poignée de la porte et qu'il lui fit face, l'air sérieux.

« Emmeline, Agatha, Daisy, Gladys et Alice seront dans le cinq majeur, sauf si tu changes d'avis.

- Ça n'arrivera pas, lui affirma t-elle. »

Encore une fois, il posa sa main sur la poignée de la porte. Et encore une fois, il la lâcha. Il laissa échapper un court soupir, et ses yeux bruns épinglèrent les siens si bien qu'elle eut l'impression de plonger à l'intérieur à pieds joints. Elle adorait ses yeux. Elle ne savait pas dire pourquoi exactement, il y avait juste quelque chose d'intelligent, de malicieux, et de bienveillant dans son regard qui atteignait une partie d'elle qu'elle ne connaissait pas bien et qu'elle voulait découvrir avec lui. Uniquement avec lui. Elle aurait probablement pu passer l'heure entière à le laisser la dépouiller de secrets qu'elle ne s'était elle-même jamais racontés.

« C'est quoi, le blocage ? demanda t-il. Est-ce que c'est moi, ou...

- Non, s'empressa t-elle de lui répondre en secouant la tête. Ça n'a aucun rapport avec toi, c'est juste que tu sais, il y a la bonne pression, et la mauvaise pression, et je n'ai jamais vraiment su gérer la deuxième.

- Dis-toi que personne ne fait un match parfait. Il y aura des erreurs, l'important c'est simplement que nous restions assez soudés pour les gérer ensemble.

- Ça a l'air simple quand tu le dis.

- Parce que ça l'est.

- Je ne suis pas comme toi, souffla t-elle.

- Je sais, lui confia t-il. Je sais que tu es introvertie, anxieuse, perfectionniste au point que l'idée même de faire un pas de travers te terrifie, et je sais aussi que tu as peur de me faire confiance hors du terrain, autant que tu as peur que je te fasse trop confiance sur le terrain. »

Il s'interrompit et elle déglutit. Cette ultime phrase résumait parfaitement ce qu'elle avait ressenti cette dernière semaine. C'était fou, à quel point elle n'avait plus aucun doute quand elle parlait avec lui, et à quel point ils revenaient à toute vitesse quand il n'était plus là et qu'elle repensait à ce fameux message.

Puis il y avait ces moments où elle réfléchissait aux futurs matchs qu'elle aurait à jouer et qu'il aurait à coacher. Il avait assisté aux entraînements, il savait de quoi elle était capable, et il serait inexorablement déçu en la voyant jouer sous la pression. La compétition était difficile psychologiquement pour elle, et elle avait peur qu'il ne comprenne pas à quel point il avait devant lui deux joueuses différentes. La Lily des entraînements, et la Lily des matchs.

« Le premier problème pourra certainement être réglé plus tard, reprit-il, mais pour le deuxième... ça restera comme ça, que tu fasses un mauvais match ou non. Je connais tes points forts et tes points faibles, comme ceux de toutes mes autres joueuses, et...

- Ne m'accorde pas de traitement de faveur, s'il te plaît, le coupa t-elle.

- C'est ça qui t'inquiète ? l'interrogea t-il en haussant les sourcils.

- Je ne veux pas... elle s'arrêta, bafouilla un instant, et reprit. Je ne veux pas que ce qu'il s'est passé entre nous n'interfère dans le basket, dans le fait que je puisse ou non rentrer sur le terrain, ou que j'aie un temps de jeu supérieur aux autres.

- Lily, je sais faire la différence entre le professionnel et le personnel.

- Ni toi, ni moi n'étions très professionnels à cet entraînement avant que tu ne repartes à Newcastle, lui fit-elle remarquer, et il ne cilla pas, les yeux vissés aux siens. Les filles parlent tellement de toi en bien, et je sais à quel point ce genre de chose peut causer des problèmes au sein d'une équipe. Je ne veux pas qu'un coup d'un soir ne gâche tout ce que tu as bâti. »

Elle le fixait scrupuleusement, attentive à la moindre de ses réactions parce qu'elle avait choisi ses mots avec soin et qu'elle avait délibérément reprit ceux qu'elle avait lu dans son message adressé à Sirius.

Il soutint son regard pendant quelques secondes, et elle eut l'impression qu'il comprenait exactement ce qu'elle était en train de faire, mais il ne se démonta pas. Elle s'y attendait. Rien ne semblait l'atteindre.

« Je suis d'accord avec toi sur le fait que nous aurions quelques problèmes à gérer si les filles l'apprenaient. Certains parents pourraient vouloir faire sauter ma place de coach, lui confia t-il et elle sut directement qu'il faisait allusion à ceux de Gladys et Doris. Mais il n'y a aucune raison. Comme tu le dis, ce n'était qu'une nuit.

- Ce n'était qu'une nuit, confirma t-elle en sentant sa gorge se nouer. »

Il hocha lentement la tête, et ils se fixèrent si intensément pendant un instant qu'elle songea qu'il était absolument absurde qu'ils se mentent oralement si c'était pour se faire ensuite lâchement trahir par deux pupilles qui se dilataient autant que celles de Brenda la dernière fois que Lily avait vu Sirius agiter sa gamelle devant son nez. Et ce n'était pas peu dire.

« Il faut que j'y aille. Peter m'attend pour aller faire les courses, déclara t-il abruptement avant de se retourner vers la porte. On se voit demain. »

Elle le laissa partir sans prononcer le moindre mot, les yeux rivés sur son dos, et elle referma la porte derrière lui dès qu'il eut mis un pied dans le couloir. Tout allait de travers.

« Stressée pour ton grand come-back sur les parquets ? l'interrogea Marlène alors que Lily vérifiait son sac de sport pour la énième fois cet après-midi là.

- Ça ne va pas être un grand come-back. Ça va être un horrible come-back. Vous êtes vraiment obligées de venir ? s'enquit-elle en jetant un coup d'oeil vers ses deux meilleures amies, avachies sur le canapé.

- Tout. Va. Bien. Se. Passer, articula Mary avec un sourire confiant qui la rassura un peu. Et il est hors de question que nous rations ça.

- Tu as pris tes baskets ?

- Elles sont dedans, répondit Lily en fourrant une grosse bouteille d'eau dans son sac. Sérieusement, je vais être nulle.

- Dis-toi au moins que si c'est le cas, ce sera court parce que James ne te laissera pas sur le terrain.

- Tu pourras lui reluquer les fesses du banc de touche.

- … Solide argument, concéda t-elle avec un faible sourire.

- Oh bravo Marly, maintenant elle va faire exprès de faire la godiche ! s'exclama Mary en donnant un petit coup de pied à Marlène.

- Je le ferai aussi à sa place. Comment est-ce qu'il peut être aussi agréable à regarder de face que de dos ?

- Je vais répéter ça à Rémus.

- Rémus est le premier à dire que James est canon, contra Marlène en haussant les épaules.

- Oh... fit Lily en s'arrêtant dans son élan alors qu'elle s'apprêtait à refermer son sac. Je viens de réaliser... Vous ne venez pas pour moi, n'est-ce pas ?

- Pour qui d'autre, chérie ?

- Ne fais pas semblant, je sais que Rémus sera là, lui répondit-elle aussitôt. Et toi, Mary, tu peux rire, mais tu ne vas probablement même pas me voir jouer parce que tu seras trop occupée à mater Agatha.

- Ouuuh, je vais enfin rencontrer celle qui a battu tous les records de longévité, commenta Marlène en haussant les sourcils à toute vitesse, faisant glousser Lily.

- Parce que tu crois vraiment que je vais te la présenter ? Tu ne sais pas te tenir, je n'ai pas envie de la faire fuir, bougonna Mary.

- Écoute ça, Lil', notre petite Mary n'a pas envie de faire fuir l'amour de sa vie !

- Quand le jour viendra, je veux être témoin du mariage, poursuivit Lily, ignorant les protestations véhémentes de son amie.

- Tu sais que je peux encore tout lui raconter pour James et toi, n'est-ce pas ? C'est fou comme les rumeurs se propagent vite dans une équipe de basket... chantonna Mary sur un ton faussement innocent après s'être levée du canapé pour aller enfiler ses chaussures qui traînaient devant la porte d'entrée.

- Oh très bien. Marlène, je suis désolée, mais tu es toute seule là dedans, déclara Lily en levant les deux mains en l'air en guise de reddition, bien qu'elle sache pertinemment que Mary ne ferait jamais une telle chose.

- Lâche. »

Il y eut un gloussement, un regard entendu, et puis les filles quittèrent l'appartement, sacs en mains, et prirent la voiture de Mary pour se rendre au gymnase. Les deux matchs étaient à domicile et Lily réalisa à quel point cela ne l'arrangeait pas lorsqu'elle remarqua le monde dans les tribunes. Elles n'étaient pas remplies, mais les spectateurs étaient définitivement plus nombreux que lorsqu'elle jouait dans le petit club de son quartier.

Elle avait toujours gardé un souvenir amer des supporters. Par définition, ils étaient supposés encourager leur équipe, mais elle n'avait jamais compris pourquoi un nombre considérable d'entre eux décidaient à chaque match de siffler, huer, ou insulter les adversaires. La victoire n'en était toujours que moins belle, entachée par un mauvais esprit qui était devenu ordinaire mais auquel elle ne s'était jamais faite. Elle eut soudain envie de faire demi-tour, et puis Emmeline apparut devant elle, les salua tout sourire, et cette simple vision la détendit légèrement.

« Tu n'es pas la dernière, mais il faut que je vous parle avant le match. James est en train de discuter avec Kingsley au bar. Si j'étais toi, je me préparerais avant qu'il n'arrive. Il n'aime pas quand nous sommes en retard, lui dit-elle en l'invitant à la suivre. »

Derrière Emmeline, Marlène mima un coup de fouet et Lily sentit son visage s'empourprer alors qu'elle lui lançait un regard réprobateur qui n'eut aucun effet parce que Mary riait, encourageant leur amie à continuer. Heureusement, les deux joueuses se dirigeaient déjà vers les vestiaires et la capitaine de l'équipe ne s'aperçut de rien.

« Je vais te donner ton maillot et ton short. On joue en blanc aujourd'hui parce que Croydon est rouge. Il nous reste le 4, le 6, le 8, et le 13. Qu'est-ce que tu préfères ? s'enquit Emmeline en poussant la porte des vestiaires.

- Je vais prendre le huit, répondit Lily avant de saluer les joueuses déjà présentes.

- J'espère que tu es en forme Evans, ça fait trop longtemps que nous n'avons pas joué et personne ne veut perdre le premier match, lui dit Gladys qui était en short et en brassière, le maillot numéro dix à la main. »

Lily se contenta d'acquiescer mécaniquement. Est-ce que Gladys pensait vraiment qu'elle comptait les ridiculiser ? Elle était certainement capable de le faire, mais c'était la chose qui la terrifiait le plus.

« On se détend, intervint Emmeline. On a toutes le même objectif. Quelqu'un a vu Alice ?

- Elle m'a écrit pour me dire qu'elle arriverait dans cinq minutes, répondit Matilda.

- Et Doris ?

- Sur la route aussi, reprit Gladys.

- Bien. On va terminer de se changer et quand elles arriveront, on...

- Passera au discours habituel d'avant match, compléta Matilda avec un sourire amusé.

- Exactement. »

Lily lâcha son sac au dessus du banc et se hâta de passer son nouveau maillot de basket. La sensation familière du tissu sur sa peau lui fit un petit quelque chose. Elle avait associé la tenue au stress et à l'impatience qui allait avec, et quand elle fléchit sa jambe sur le banc pour nouer ses lacets, quelque chose changea dans sa tête. L'angoisse était toujours présente, mais la détermination avait pointé le bout de son nez et elle espérait que cette dernière prendrait le dessus.

Alice et Doris pénétrèrent dans les vestiaires peu de temps après qu'elle ait terminé de se changer, et Emmeline se posta aussitôt au milieu de la pièce, les mains jointes devant elle, avec toujours le même sourire sur son visage. Lily ne savait pas comment elle faisait pour paraître aussi détendue.

« Bon. C'est notre premier match depuis longtemps, et je ne m'attends pas à ce que nous soyons toutes au top dès le début, il nous faut toujours un peu de temps pour démarrer, mais j'ai confiance en chacune d'entre vous. Restons solidaires au niveau du rebond, et sur la montée de ballon aussi. La meneuse a toujours besoin des ailières, ne l'oubliez pas. Les filles de Croydon sont fortes, mais nous allons leur montrer que nous sommes meilleures !

- Let's go ! s'exclama Agatha en frappant dans ses mains.

- Qui a le sac de ballons ?

- James.

- Parfait. Allez, on y va. »

Emmeline tapa dans la main de chaque fille et elle quitta les vestiaires derrière elles. Quand elles pénétrèrent sur le terrain, l'autre équipe arrivait tout juste. Certaines joueuses étaient particulièrement grandes et Lily savait déjà qu'elle aurait du mal à rentrer dans la raquette.

« Hé, numéro huit ! Fais nous rêver ! entendit-elle derrière elle alors qu'elle traversait le terrain avec les filles.

- Ma meilleure amie, expliqua t-elle discrètement à Alice sans même se retourner.

- Tu as de la chance, moi, il n'y a que ma mère qui vient, mais elle passe le match entier à lire son journal.

- Tu as un sacré fan club, Lily, commenta Matilda qui venait de poser ses affaires près de leur banc et de se retourner vers les tribunes.

- Ils ont même fait une banderole, ajouta Glenda. »

Surprise, Lily se retourna et remarqua immédiatement ses deux meilleures amies au milieu des tribunes avec Rémus, Peter, et Sirius qui lui adressèrent un signe de main avant de se retourner pour discuter avec les deux filles. Il n'y avait aucune trace de banderole. Du moins pas entre leurs mains, mais quand ses yeux dévièrent en direction du coin droit le plus haut des gradins, elle se figea.

Malefoy, Avery, Mulciber, et Rosier étaient là, assis, tenant une grande bannière blanche sur laquelle était écrit « Tous derrière Evans. », et elle sentit ses jambes faiblir. Elle se laissa tomber sur le banc, les yeux vissés sur eux. Ils ne la quittaient pas du regard non plus, et elle eut une telle envie de vomir qu'elle faillit prendre ses jambes à son cou.

Il était évident que Marlène, Mary, et les autres ne s'étaient aperçus de rien. Ils étaient beaucoup trop loin, et trop bas pour les voir. L'équipe adverse était venue avec un nombre considérable de supporters qui leur bloquaient la vue, et Lily aurait voulu leur faire signe mais elle était juste soudainement incapable de bouger le moindre membre.

Elle n'avait même pas remarqué que James était arrivé et qu'il leur avait intimé de commencer à s'échauffer. Elle ne vit pas non plus le responsable du terrain leur apporter un pack de bouteilles d'eau, ni les frères Prewett s'installer à la table de marque. Elle sentait juste ses mains trembler de façon incontrôlée le long de son corps. « Tous derrière Evans. ». Elle comprenait le double sens. Ils l'avaient bien suivie ce jour là, et dieu seul savait s'ils le faisaient toujours. Elle n'avait pas eu peur jusque là, mais maintenant qu'ils osaient une approche frontale, elle se sentait beaucoup moins sereine.

« Tout va bien Lily ? »

Elle cligna des yeux et reporta son regard sur James, debout à une distance raisonnable, la fixant avec un réel intérêt qui la fit bondir du banc en déglutissant. Elle aurait aimé pouvoir l'étreindre, ne serait-ce que brièvement. Cacher son visage dans son cou, et ne plus rien voir. Elle savait qu'elle en oublierait jusqu'à son propre prénom pendant l'espace de quelques secondes. C'était suffisant. Elle voulait ces quelques secondes. Elle fixa son charmant visage, et elle inspira profondément. Elle aurait tué pour ces quelques secondes. Finalement, elle resserra sa queue de cheval pour se donner une contenance, puis hocha mécaniquement la tête avant de s'apercevoir que ses coéquipières étaient en train de courir.

« Je ne te ferai pas rentrer dès le début, je te l'ai dit, reprit-il, les mains dans les poches.

- Je sais, merci, j'ai mal dormi et je... J'étais juste ailleurs, mais dès que je me serais échauffée ça ira mieux. »

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et elle s'élança avec le premier groupe de filles qui passa devant elle. Elles firent plusieurs tours de terrain avant de passer aux tirs, tout en surveillant du coin de l'oeil les joueuses de l'équipe de Croydon qui s'échauffaient également sur leur moitié de terrain. Elles étaient douées, mais Lily était d'avantage perturbée par les quatre garçons dans les tribunes que par le jeu de ses adversaires.

L'arbitre siffla pour annoncer le début du match bien trop tôt à son goût. Elles avaient encore quelques minutes devant elle, mais James leur fit signe de le rejoindre et elles se regroupèrent toutes autour de lui.

« Emmeline, Agatha, Daisy, Gladys et Alice, vous rentrez en premières. Emmie, je veux que tu me colles la 7. Elle est adroite aux trois points et si tu lui laisses une chance elle la prendra directement. Daisy et Agatha, il va falloir que vous soyez solides au rebond. N'oubliez pas de faire des écrans de retard pour empêcher les rouges de rentrer dans la raquette, c'est valable pour vous aussi les ailières, compléta t-il en jetant un coup d'oeil vers Gladys et Alice. On reste sur une défense individuelle pour l'instant, je pense que vous avez plus de physique qu'elles. Si vous êtes trop fatiguées, dîtes le moi et on passera en défense de zone. C'est bon pour vous ?

- Parfait coach, répondit Emmeline alors que toutes les autres joueuses acquiesçaient. »

Quelques secondes plus tard, l'arbitre sifflait de nouveau, et le bar attenant au terrain se vidait autant que les tribunes se remplissaient. Lily, assise sur le banc entre Matilda et Glenda, n'arrivait pas à détourner son regard de la banderole qui lui était destinée. Ses intestins étaient noués, son sang était glacé, et elle entendit à peine le ballon frapper sur le parquet quand le match commença.