Lily était réapparue avant James. Elle s'était faufilée l'air de rien derrière leur groupe d'amis et ils lui avaient tous adressée un sourire amusé qu'elle avait délibérément ignoré avant de récupérer son verre de vin blanc qui était resté sur le bar. Agatha était en train de leur parler d'un nouveau restaurant qui allait ouvrir en centre ville et elle était la seule à ne pas avoir l'air d'avoir envie de rire devant la pointe d'embarras que Lily essayait de dissimuler, tout simplement parce qu'elle était la seule à ne pas pouvoir deviner qu'elle venait d'avoir une « discussion d'après match » avec James qui avait été particulièrement intéressante.

Elle ne pouvait qu'imaginer ce que Sirius avait écrit sur leur groupe de discussion, et bien qu'elle fut tentée de le demander à Marlène, elle décida qu'il valait mieux qu'elle s'abstienne et qu'elle noie son embarras dans son vin. Encore plus lorsque James pénétra à son tour dans la pièce et qu'il jeta un rapide regard vers elle avant de rejoindre ses coéquipiers avec qui il trinqua.

Elle avait déjà envie de retourner s'enfermer dans ce vestiaire avec lui. Elle essayait tant qu'elle le pouvait de ne pas le fixer, mais ses yeux ne lui obéissaient pas et ils finissaient toujours inexorablement sur ses épaules, sur ses fesses, dans les siens, et elle s'interrogea sérieusement sur sa santé mentale. Elle n'avait jamais été tant obsédée par quelqu'un.

« Tu me fascines, lui glissa Marlène à l'oreille. Je ne pensais pas que tu le coincerais dans les vestiaires. Ce n'est pas ton mode opératoire.

- Je sais ! s'exclama Lily à voix basse, aussi surprise qu'elle de son comportement. Mais je le coincerais n'importe où, ajouta t-elle et Marlène pouffa. Ne rigole pas. J'avais besoin de ça.

- Les sentiments, Lily, les sentiments.

- Ça n'a rien à voir avec les sentiments ! répliqua t-elle aussitôt, beaucoup trop rapidement pour que Marlène ne puisse la croire.

- Bien sûr, ironisa la jeune femme blonde avant de rouler des yeux et de boire une gorgée de bière.

- Je...

- Je vais y aller, la coupa Mary qui venait de traverser le groupe de garçons pour venir se planter devant ses deux amies. Je vais probablement dormir chez Agatha, si tu veux squatter ma chambre et garder un œil sur celle-ci, proposa t-elle à Marlène en désignant Lily d'un signe de tête.

- Avec plaisir.

- Qu'est-ce que c'est censé vouloir dire ? bougonna Lily.

- Qu'on sait toutes les deux que tu vas partir dans un délire sombre parce que tu as encore couché avec James et que c'est définitivement plus que ce que tu ne prétends, mais que tu ne veux pas y penser, mais que tu n'y arrives pas, et que tu as peur de trop t'attacher à cause de celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, chuchota t-elle à toute vitesse.

- Je ne vais pas...

- Je m'en occupe, la coupa Marlène en jetant un regard entendu à Mary avant de l'étreindre brièvement. Passe une bonne soirée. »

La jeune femme brune donna une petite tape affectueuse sur la joue de Lily avant de s'enfuir avec Agatha, ignorant ses ronchonnements indignés. C'est à ce moment là qu'elle remarqua que la quarantenaire qui lui avait servi son verre de vin avant qu'elle ne rejoigne James dans les vestiaires était maintenant à côté de lui, avec ses coéquipiers. Elle n'en aurait rien pensé si elle n'avait pas vu sa main se poser discrètement sur ses fesses.

Elle recracha sa gorgée de vin dans son verre et demeura interloquée lorsqu'elle le vit se décaler habilement pour reposer sur la table une bouteille avec laquelle il venait de servir ses coéquipiers, s'arrangeant pour que Lockhart se retrouve entre eux alors qu'il se tournait vers Fenwick et Cooper. La femme lui lança un regard perplexe et, après avoir brièvement papoté avec le coéquipier de James, elle retourna se poster derrière le bar sans le quitter des yeux, comme si elle espérait autant attraper son regard que Lily.

Elle ne s'attendait certainement pas à ce genre de spectacle, et elle tourna immédiatement la tête pour reporter son attention sur les trois autres maraudeurs qui discutaient activement du match. Elle remarqua la façon dont Sirius observait Fenwick et elle esquissa un bref sourire.

« Oh donc c'est pour ça que tu aimes bien aller aux entraînements de James, commenta t-elle.

- Ça, et les volleyeuses, admit-il sans aucune gêne avec un sourire en coin, et elle le jalousa pendant un instant de ne jamais être embarrassé par quoi que ce soit.

- Je ne suis pas sûr que Benjy soit intéressé, intervint Peter.

- Il l'est, certifia Sirius. Est-ce que tu m'as bien regardé, Pete ? Je n'ai pas un seul défaut !

- Tu es égocentrique, pointa Rémus avant de terminer son verre de jus de fruits.

- Je ne suis pas égocentrique, s'indigna Sirius, je suis juste parfaitement conscient d'être un virtuose de la beauté.

- Oh mon dieu, gloussa Marlène en levant les yeux au ciel.

- C'est pour ça que tu m'as appelé Apollon sur ton téléphone, d'ailleurs, reprit-il en s'adressant à Peter.

- Je n'ai pas... commença Peter avant de déverrouiller son écran et de soupirer lourdement. Est-ce que tu m'as encore volé mon portable ? Comment est-ce que tu fais pour toujours trouver le code ?!

- Comme si j'étais capable d'un tel crime, répondit Sirius, faussement outré.

- Quel crime ? »

Lily n'avait même pas vu James arriver dans son dos, et elle sursauta légèrement quand elle l'entendit s'adresser à son meilleur ami. Elle pivota juste assez pour lui laisser une place dans le petit cercle qu'ils formaient, et il ajusta son sac sur son épaule avant d'enfoncer ses mains dans ses poches.

« Sirius a encore fouillé dans le portable de Peter, souffla Rémus avec dépit.

- De fausses accusations, comme d'habitude... chantonna le concerné.

- Tu as changé ton nom dans mon répertoire !

- Ou peut-être que tu pourrais avouer que tu l'as fait toi même après m'avoir vu sortir de la douche sans serviette jeudi dernier !

- Tu sors toujours de la douche sans serviette.

- On t'en a pourtant offert tout un tas pour ton anniversaire, lui fit remarquer Rémus.

- Spécialement pour ne plus avoir à assister à ce genre de spectacle, marmonna Peter.

- Ne sois pas méchant, Pete, sinon je pourrais dévoiler accidentellement ta catégorie préférée sur ce site de films de...

- TU VOIS ! s'écria le jeune homme blond à l'adresse de James. IL A FOUILLÉ DANS MON TÉLÉPHONE.

- Il a un faible pour les tentacules, glissa discrètement Sirius aux deux jeunes femmes qui dissimulèrent vainement un rire alors que Peter était écarlate. Je sais que c'est surprenant, mais c'est pourtant ce qu'il reg...

- Dis lui d'arrêter ! Il n'écoute que toi !

- Oh ce n'est pas comme si j'avais trouvé quoi que ce soit d'intéressant, Pete, mais j'ai une question. Tu es en médecine, et pourtant tu as cherché plusieurs fois des informations sur des boutons sur le...

- Sirius, tu te rappelles de cette discussion qu'on a eue sur le fait que tu puisses être légèrement intrusif ? le coupa James qui semblait lutter de toutes ses forces pour ne pas rire face à l'embarras croissant de Peter.

- Mais c'est eux qui ont commencé !

- Sirius...

- Mon frère, mon seul et unique frère va me trahir et choisir le camp de l'ennemi ?!

- Sirius..

- Tu as un autre frère, pointa Peter.

- Et en plus il évoque ma famille d'origine ! s'écria Sirius d'un air théatral. Quelle indignité !

- Sirius...

- Quoi ?

- Si tu fouilles encore une fois dans le portable de Pete, il en parlera avec papa et maman, le prévint James.

- D'accord, d'accord, je ne le referai plus... bredouilla t-il avec un air de chien battu qui amusa encore plus Lily. »

Elle doutait de la véracité de ses propos parce qu'il y avait une étincelle espiègle au fond de son regard qui lui laissait à penser qu'il avait déjà trouvé une excuse pour la prochaine fois qu'il se ferait attraper, et elle sut que James s'en aperçut aussi parce qu'il lui jeta un coup d'oeil blasé alors que Peter posait presque brutalement son verre sur le bar.

« Rémus, on s'en va.

- Ne fais pas la tête, Pete ! s'exclama Sirius.

- Je ne fais pas la tête, je veux juste rentrer.

- Je vous ramène ? proposa Rémus aux filles.

- Avec plaisir, répondit Marlène en reposant son verre à son tour.

- Lily rentre avec nous, déclara Sirius en balançant son bras autour de ses épaules. N'est-ce pas Lily ?

- Heu... Je...

- On se retrouve à l'appart' de toutes façons, lui lança Marlène avant de s'élancer derrière les deux garçons. »

Sirius, James et elle décolèrent quelques secondes plus tard, juste après que James ait ramené leurs verres au bar, salué ses coéquipiers, et échangé quelques mots avec la femme brune avec qui elle l'avait vu un peu plus tôt et qui semblait légèrement irritée. Elle ne lui posa aucune question là dessus pendant tout le trajet en voiture, principalement parce que Sirius était là et que les garçons refaisaient le match. Elle les écoutait distraitement, les yeux rivés vers le paysage à l'extérieur, essayant vainement de repousser les dernières images de James qui lui venaient en tête.

A un moment du trajet, elle les vit se chamailler du coin de l'oeil, et elle sourit quand James dégagea sèchement la main de Sirius qui s'approchait dangereusement de son portable, connecté à la voiture en Bluetooth, et que ce dernier se rassit étonnement droit dans son siège, vexé.

« Tu mets ta musique dans ta voiture, mais pas dans la mienne.

- J'écoute la même musique que toi, lui fit remarquer Sirius, un peu bougon.

- Tu es dans ta période rap péruvien, et j'en ai ma claque d'entendre ça à longueur de journée, répondit James en lui jetant un rapide regard ennuyé avant de reporter ses yeux sur la route.

- Du rap péruvien ? intervint Lily, amusée.

- Entre autres. Ne laisse pas son ton dédaigneux et hautain te décourager d'aller écouter ça.

- Et ne le laisse pas t'influencer avec ses horribles goûts.

- Compte tenu de ce qu'il s'est passé dans les vestiaires tout à l'heure, je dirais qu'il est trop tard pour ça. Je veux dire, tu es mon meilleur ami. Elle a visiblement déjà les mêmes horribles goûts que moi, pointa Sirius avec un sourire narquois. »

Lily et James poussèrent simultanément une protestation sonore et cette fois, Sirius ricana à l'avant alors que son meilleur ami augmentait le son de la musique. Elle croisa rapidement son regard dans le rétroviseur, et ils le détournèrent en même temps. Le reste du trajet aurait été silencieux si le jeune homme assis sur le siège passager n'avait pas fredonné d'une voix étonnement juste les dernières chansons qui défilèrent, comme s'il n'avait aucune idée de la gêne des deux autres. Pire, comme s'il était fier de lui.

Lily fut à la fois soulagée et déçue quand ils se garèrent finalement dans le parking souterrain. Elle récupéra son sac de basket dans le coffre en même temps que James se saisissait du sien, chacun fuyant le regard de l'autre sans trop savoir pourquoi. Enfin, elle avait bien plusieurs raisons de le faire, mais elle ne savait pas quelles étaient exactement les siennes, parce qu'il ne pouvait décemment pas se torturer avec les mêmes réflexions qu'elle.

Quand ils se trouvèrent enfin dans l'ascenseur, elle profita du fait d'être derrière lui pour le fixer sans qu'il ne puisse la surprendre. Il était sur son portable, en train d'écrire des messages à dieu seul savait qui, et il eut l'air profondément contrarié au bout d'un moment, un soupir agacé s'échappant de ses lèvres. Elle ne put s'empêcher de penser qu'elle préférait ceux qu'elle avait senti contre son oreille une heure auparavant.

« Tu rentres avec nous, Lily ? Rémus vous invite, Marlène et toi, lui apprit Sirius en tournant l'écran de son téléphone vers elle pour lui montrer la proposition sur leur groupe de discussion. »

Elle fronça les sourcils, reporta son regard sur James, et déglutit. Il avait les yeux rivés sur les portes de l'ascenseur comme s'il ne pouvait pas être plus pressé d'en sortir, et ses doigts tapaient nerveusement sur sa cuisse alors que son portable vibrait maintenant sans interruption dans sa main. Il ne le regardait même plus. Il était évident qu'il n'avait aucune envie qu'elle se joigne à eux.

Elle se maudit à ce moment là. Elle n'avait pas pensé une seule seconde que ce qu'il s'était passé entre eux pourrait se reproduire une troisième fois, mais maintenant qu'il semblait ennuyé par la simple perspective de passer la soirée avec elle, elle réalisa qu'elle avait encore moins imaginé que tout s'arrêterait aussi subitement. Ils pénétraient tout juste dans le couloir du troisième étage lorsqu'elle répondit à Sirius.

« C'est gentil, mais je suis crevée, j'ai vraiment besoin de sommeil. »

Elle sentit immédiatement les yeux bruns de James sur elle alors qu'elle fouillait frénétiquement dans ses poches pour retrouver ses clés.

« Oh allez, Evans. Au moins pour dîner, insista Sirius.

- Une prochaine fois, promis, mais pas ce soir.

- Est-ce que c'est parce que j'écoute du rap péruvien ?

- Non, Sirius, ce n'est pas parce que tu écoutes du rap péruvien, répondit-elle en souriant légèrement.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Sirius... intervint James. Rentre. On te rejoint tout à l'heure. »

On ? Comment ça, on ? Elle entendit le rire léger de Sirius, puis la porte de leur appartement s'ouvrir alors qu'elle déverrouillait enfin la sienne, et elle fut surprise lorsque James la poussa doucement à l'intérieur de chez Mary et referma la porte derrière lui avant de s'y adosser et de croiser les bras contre son torse. Il lui jeta un regard interrogateur.

« Est-ce que tout va bien entre nous ?

- Je ne vois pas ce qui pourrait aller mal, répondit-elle laconiquement sans détacher ses yeux des siens.

- D'accord, lâcha t-il. Qu'est ce que j'ai fait ? »

Son portable vibra une nouvelle fois dans sa main, mais il continua de la fixer comme s'il ne s'en rendait pas compte. Elle laissa échapper un soupir qu'elle n'avait même pas réalisé qu'elle retenait, et elle fit un signe de tête vers le téléphone entre ses doigts.

« Tu devrais peut-être répondre.

- J'ai mieux à faire.

- Tu es sûr ?

- Lily, qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle était stupidement triste, contrariée, énervée, et aucune de ses émotions n'étaient autant dirigée contre lui que contre elle. Elle ne se souvenait que trop bien de ce jour, seulement quelques semaines auparavant, où elle avait rencontré Rémus. Elle avait l'impression qu'elle connaissait les garçons depuis des mois, mais elle regardait le jeune homme debout devant elle et elle réalisait qu'elle ne savait rien.

Elle se rappelait exactement de ce qu'elle avait pensé quand elle avait entendu Rémus l'appeler « Capitaine », et elle était contrariée de l'avoir oublié. Il était capitaine de l'équipe de basket. Il était populaire. Il pouvait avoir qui il voulait. Qui il voulait.

Elle n'était personne. Ou du moins, elle n'était pas grand chose à son humble avis. Elle ne savait même pas ce qu'elle attendait de lui. A vrai dire, elle venait tout juste de comprendre qu'elle devait définitivement attendre quelque chose, parce qu'elle ne pouvait décemment pas être aussi affligée sans en avoir une bonne raison.

« Rien, affirma t-elle, et quand il lui jeta un coup d'oeil perplexe, elle reprit. Tu n'avais pas l'air ravi que Rémus m'invite et je n'ai pas envie de m'imposer, je pensais juste que... elle s'interrompit, déglutit, et continua sans oser le regarder dans les yeux. Marlène m'en a raconté, des histoires sur des mecs qui ne la calculaient plus dès qu'ils avaient couché ensemble, mais toi, je... Je n'en sais rien, je pensais que tu attendrais au moins vingt-quatre heures avant d'agir comme un horrible con.

- Excuse-moi ? s'étonna t-il en clignant rapidement des yeux.

- Le message de Rémus sur votre groupe, expliqua t-elle. Ton attitude dans l'ascenseur. Tu...

- Je n'avais même pas vu ce message avant que Sirius ne le mentionne, la coupa t-il.

- Tu étais littéralement sur ton portable.

- En train d'écrire à quelqu'un d'autre, pointa t-il. »

Elle se sentit soudainement plus stupide que jamais. Son visage était en feu et elle aurait tout donné pour se désintégrer immédiatement jusqu'à ne plus être qu'un minuscule tas de cendre en face de lui, et même à ce moment là, elle doutait qu'elle se sentirait mieux.

« Je suis désolée, soupira t-elle. »

Il haussa les épaules pour lui signifier que ce n'était rien alors que son cerveau marchait à toute allure. Elle voulait savoir à qui il écrivait. Elle voulait savoir qui l'agaçait autant. Elle voulait qu'il lui confie quelque chose, juste en savoir plus sur lui, et puis elle repensa à cette femme au bar du gymnase, à sa main sur lui, et à la façon dont il s'était écarté d'elle. Elle lutta pendant quelques secondes pour ne pas poser la question qui lui brûlait les lèvres avant de finalement déposer les armes.

« Tu écrivais à cette femme qui était au bar tout à l'heure ? »

Elle regretta dès que les mots eurent dévalé sa bouche. Elle savait qu'elle s'invitait définitivement un peu trop dans son intimité, et elle ne voulait pas qu'il puisse penser un seul instant que ce qu'il s'était passé entre eux dans les vestiaires lui avait donné l'impression d'avoir un quelconque droit sur lui. Elle ne voulait pas être ce genre de personne. Elle ne voulait pas avoir l'air de lui demander des comptes. Ils ne sortaient pas ensemble, et elle ne l'aurait pas fait non plus si cela avait été le cas. Elle n'était qu'un coup d'un soir, comme il l'avait si bien écrit à Sirius. Ou à présent, de deux.

« Oublie que j'ai posé cette question, s'empressa t-elle d'ajouter alors qu'il ouvrait la bouche pour répondre.

- Est-ce qu'on peut s'asseoir ? »

Il était horriblement sérieux tout à coup, et elle lui jeta un coup d'oeil curieux après avoir acquiescé. Ils se posèrent sur le canapé, et elle remarqua son hésitation quand il ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois de suite. Après quelques secondes de flottement, il balança son bras par dessus le dossier et replia son genou pour se tourner un peu plus vers elle.

« Il se peut que j'aie couché avec la mère de Doris, avoua t-il rapidement. »

Elle n'enregistra pas la phrase aussitôt. Il lui fallut bien vingt secondes avant de percuter réellement, et quand elle le fit enfin, ses yeux menacèrent de sortir de ses orbites, et sa bouche resta grande ouverte.

« C'était en septembre, il y avait cette histoire avec les nouveaux maillots payés par l'entreprise de ses parents. Doris insistait sur le fait que puisqu'ils avaient payé, elle méritait au moins d'en tirer un avantage. Elle voulait passer meneuse à la place de Matilda, commença t-il.

- Les filles m'ont vaguement mentionné cette histoire quand je suis arrivée.

- J'ai refusé, comme tu peux l'imaginer, et je l'ai suspendue, reprit-il. Sa mère était furieuse. Son père ne le savait même pas. Ils sont divorcés depuis l'été dernier, j'imagine qu'elle avait juste besoin d'un rebond, et... il grimaça, puis poursuivit. Elle a voulu qu'on discute de la place de Doris dans l'équipe, et c'était sans équivoque pour moi, enfin bref. On a convenu d'un rendez-vous, et une chose en entraînant une autre... »

Il lui jeta un coup d'oeil suggestif et elle eut soudainement tout, sauf envie d'aller dîner chez eux. Ce n'était pas les garçons, le problème. C'était l'image qu'elle avait actuellement en tête, et le renvoi certain qui suivrait une ingestion de nourriture après ce genre de confession. Enfin, elle pouvait difficilement le juger, elle était sortie avec Severus.

« Ce n'était rien de plus qu'un...

- Coup d'un soir ? compléta fébrilement Lily, et il hocha doucement la tête.

- Elle ne m'intéresse pas, lui dit-il en lâchant son portable devant lui sur le coussin du canapé, et la jeune femme eut un léger pincement au cœur en se demandant s'il parlait d'elle de la même façon.

- C'était elle ? demanda soudainement Lily. Le jour où Sirius et moi avons pris une cuite, c'était sa lettre qu'il voulait ouvrir ?

- J'imagine, confirma t-il avant d'inspirer profondément. »

Il ne l'avait pas regardée dans les yeux depuis trop longtemps à son goût, et toute cette conversation la laissait perplexe.

« Est-ce que je dois me mettre à en envoyer aussi ? plaisanta t-elle pour détendre l'atmosphère.

- Les tiennes ne termineraient pas à la poubelle, répondit-il en souriant légèrement, à la fois amusé et blasé.

- Tu n'étais pas obligé de me raconter tout ça, reprit-elle. Toute une nouvelle catégorie de blagues s'ouvre à moi maintenant. Je n'aurais même pas dû poser de question.

- Je comptais te le dire de toutes façons, mais par pitié, évite de me charrier là dessus devant Sirius, il me ferait chanter sur tout et n'importe quoi en menaçant de tout déballer à nos parents, déclara t-il et elle laissa échapper un rire avant de s'excuser aussitôt quand il lui jeta un regard blasé, ses doigts tapotant le dossier du canapé. Tout à l'heure, à la salle et dans la voiture, je pensais à quelque chose... »

Il avait l'air de réfléchir à la meilleure façon de dire ce qu'il avait à dire, et c'était beaucoup trop long à son goût. Elle n'avait absolument aucune idée des prochains mots qu'il allait prononcer, et compte tenu qu'il venait de lui avouer s'être envoyé en l'air avec la mère de l'une des filles de son équipe, elle n'était pas certaine de vouloir savoir.

« Ce qu'il s'est passé dans les vestiaires... C'était bien. Je veux dire, vraiment bien, reprit-il en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Je n'ai pas envie que tu penses que j'ai pris tout ce que j'avais à prendre et que c'est terminé pour moi. Je me soucie de toi plus que ça.

- Je... Je me soucie de toi aussi, bafouilla t-elle.

- C'est l'impression que j'avais, déclara t-il avant de retirer machinalement des poils de Brenda de son jean.

- James, je...

- Je sais, la coupa t-il. Rien de sérieux. C'est juste occasionnel, n'est-ce pas ? Ça peut le rester. »

Elle demeura muette pendant quelques secondes, et puis elle acquiesça lentement, se rappelant d'une discussion qu'elle avait eue avec Mary sur l'exclusivité ou non de leur relation. Il l'avait dit lui même, ce n'était rien de sérieux. C'était de l'amusement pur, de la distraction. Rien de plus. Définitivement rien de plus.