Elle n'avait pas vu Noël arriver. Il n'avait pas neigé cette année là, le temps était resté maussade, gris, sans toutefois lui apporter la joie d'un manteau blanc sur les trottoirs et dans les jardins. Elle était ravie d'être enfin en vacances, mais elle doutait pouvoir en tirer un réel repos.

Elle avait décidé de faire l'effort d'assister au traditionnel repas de Noël en famille, et elle avait été surprise d'apprendre par son père que Pétunia et Vernon viendraient aussi. Elle savait déjà qu'elle devrait faire preuve d'une patience hors du commun, mais elle espérait tout de même qu'ils seraient autant déterminés qu'elle à faire en sorte que cette journée se passe bien.

Elle tourna dans l'angle de la rue et la simple vue de la voiture de Vernon garée devant chez ses parents lui donna la nausée. James avait longuement insisté pour lui prêter la sienne, prétextant qu'il n'en avait pas besoin puisque Sirius et lui faisaient la route ensemble jusqu'à chez les Potter, et elle avait fini par accepter. C'était une maigre consolation, mais une consolation quand même.

Ils n'avaient pas reparlé d'Avery et ses copains, et elle avait soigneusement évité le sujet. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle aurait bien pu en dire. Il connaissait l'histoire des messages depuis qu'elle avait raconté sa soirée arrosée avec Sirius, et elle n'avait pas eu tellement envie d'évoquer le reste. Il n'avait pas posé de question, comme s'il savait que le sujet était sensible, et elle suspectait fortement Marlène d'avoir expliqué quelques détails à Rémus. C'était peut-être mieux de cette façon. Elle préférait largement discuter d'autre chose avec James.

Il avait laissé dans la boîte à gants les innombrables compilations qu'il avait faites juste avant de partir à Newcastle, et elle n'avait pas eu besoin de réfléchir beaucoup avant de sélectionner celle sur laquelle était juste marquée « Pour la fin du monde ». Déjeuner pendant une journée avec sa sœur et son odieux fiancé correspondait particulièrement au thème.

Elle s'arrêta sur le trottoir, contre la clôture blanche, se détacha, et jeta un coup d'oeil à son portable avant de se résoudre à descendre. Marlène avait répondu à son « Joyeux Noël » matinal, mais pas James, et elle grimaça légèrement quand elle remarqua que Severus avait eu le culot de lui souhaiter de passer de bonnes fêtes.

Mary : On se voit ce soir, les filles ?

Marlène : Je serai avec Rémus... Est-ce que je peux l'amener ?

Marlène : Il n'y aura que lui. Peter révise et James sera chez ses parents avec Sirius.

Lily : Est-ce que Rémus rencontre ses beaux-parents ?

Lily ajouta un émoji avec un sourire en coin, et attendit une seconde avec que Marlène ne lui réponde par un doigt d'honneur.

Marlène : Pourquoi est-ce que tu n'es pas chez les tiens, toi, d'ailleurs ?

Lily : J'y suis.

Mary : Hein ?!

Marlène : QUOI ?!

Lily : Chez mes parents, je veux dire.

Marlène : Est-ce que tu es sérieuse ? Je viens littéralement de me lisser le doigt à la place des cheveux.

Marlène : Ça fait mal.

Lily : Pétunia va probablement trouver un moyen de te venger dans la journée, ne t'en fais pas.

Mary : Tu aurais dû venir à la maison.

Mary ajouta un émoji qui pleurait et Lily grimaça. Ses parents lui manquaient un peu. Pas la vie familiale, parce qu'elle savait qu'elle aurait du mal à revenir habiter avec eux maintenant qu'elle avait sa liberté avec Mary, mais juste le fait qu'elle puisse compter sur quelqu'un d'autre que sur elle-même.

Mary : Marlène, dis à Rémus qu'il faut absolument amener James.

Mary : Lily va revenir en pièces détachées. On aura besoin de tout le renfort possible pour rassembler les morceaux.

Lily : Est-ce que je dois te rappeler que je suis dans cette discussion ?

Lily : Marly, ne dis rien à Rémus.

Lily : James est chez ses parents, ils ont besoin de lui, et il adore passer du temps là bas.

Marlène : Rémus dit qu'il faudrait que Sirius rentre aussi, parce qu'ils n'ont qu'une voiture.

Lily : Marly ! Sérieusement ?! Ne leur dis pas de venir !

Marlène : James est en train de cuisiner avec son père, mais il a dit à Sirius de dire à Rémus qu'il t'appellerait ce soir.

Lily : …

Mary : C'est un bon compromis.

Marlène était en train d'écrire, mais Lily leva les yeux au ciel, soupira, et ouvrit la portière de sa voiture. Le chemin jusqu'au seuil de la maison de ses parents lui parut bien trop court, et arrivée devant la porte, elle inspira un bon coup avant de toquer et d'entrer. Elle se retrouva presque immédiatement prise dans une étreinte chaleureuse, et sa mère s'écarta pour mieux la regarder.

« Tu es de plus en plus belle.

- C'est juste un jean et un pull, entendit-elle Pétunia chuchoter à Vernon derrière Rose.

- Joyeux Noël maman. Pétu... Vernon... J'imagine que papa est dans la cuisine ? »

Sa mère acquiesça et entreprit de l'entraîner dans la cuisine avant même que Lily ne puisse se trouver trop près de sa sœur et de son fiancé. Ce n'était pas plus mal. De cette façon, elle n'avait pas besoin de se demander si elle devait les étreindre ou leur faire la bise. Elle n'avait certainement aucunement l'intention de s'approcher à moins d'un mètre de Vernon.

« Elle aurait pu faire l'effort de mettre une robe, glissa le jeune homme à sa sœur.

- Elle n'en met jamais, surenchérit Pétunia après avoir lâché un rire ironique. »

Lily déglutit et s'empressa de quitter le hall d'entrée derrière sa mère, manquant de s'étaler dans de gros baluchons beiges. Elle les enjamba puis traversa le salon pour aller souhaiter un joyeux Noël à son père qui était en train de préparer le repas dans la cuisine. Il eut l'air positivement ravi de la voir. Il lui pressa affectueusement l'épaule en passant derrière elle pour aller chercher une manique dans un tiroir, et tourna légèrement la tête dans sa direction tout en entrouvrant le four pour vérifier la cuisson de sa volaille.

« Comment ça va, ma grande ?

- Ça va. Les partiels approchent. Je vais commencer à réviser un peu plus sérieusement.

- Tu devrais lâcher un peu du leste de temps en temps, lui dit-il en secouant la tête.

- Tu te rends compte que littéralement aucun parent ne conseille ça à son enfant ? s'amusa t-elle en piquant une cacahuète dans un bol.

- Ah ça, ton père ne fait jamais rien comme les autres, déclara Rose, et son ton sec tendit légèrement Lily.

- Est-ce que c'est mon gâteau préféré ? s'empressa t-elle de demander en voyant un gros fondant au chocolat dans une assiette sur la table.

- Oui. Tiens, d'ailleurs, est-ce que tu peux le mettre au frigo à côté de la tarte aux pommes s'il te plaît ? »

Son dessert préféré, et celui de Pétunia. Décidément, ils avaient envie que la journée se déroule bien, et Lily se demanda pendant un instant s'ils songeaient sérieusement que cela pourrait ne pas être un fiasco. Elle avait envie d'y croire aussi, mais Vernon et sa sœur avaient déjà fait plusieurs réflexions depuis qu'elle était entrée et elle savait que cela ne s'arrêterait jamais. C'était toujours la même chose.

Son père lui fit signe de la suivre dans la salle à manger avec l'apéritif et elle eut beau avoir envie de s'attarder dans la cuisine pour rester le plus loin possible des deux autres, elle s'exécuta quand même. Ainsi, ils furent tous les cinq rapidement réunis autour de la table en bois vernis qui avait été recouverte d'une nappe rouge à motifs de Noël pour l'occasion.

C'était presque risible, tant l'atmosphère était palpable. Tout le monde était tendu, chacun assis beaucoup plus droit dans sa chaise que d'ordinaire comme s'il leur était impossible de se relaxer en la présence des autres.

La télévision était allumée et assurait un fond sonore un peu rassurant. Lily songea immédiatement que l'idée venait de sa mère. Attirer l'attention des filles sur une émission de télévision qui diffusait des clips pour les empêcher de se focaliser l'une sur l'autre... C'était le plan parfait, sur le papier.

« Tu m'étonnes que plus personne ne nous respecte, avec des filles qui s'habillent et dansent de cette façon dans les clips, déclara Pétunia, les yeux rivés sur l'écran de l'autre côté de la pièce.

- De cette façon ? C'est de la danse Pétu, et si tu y vois autre chose, c'est que tu as un problème. C'est fou qu'on ne laisse toujours pas les gens s'habiller comme ils le veulent sans leur prêter d'intentions.

- Parce que tu crois qu'elles ne font pas ça pour qu'on les regarde ? Elles ne demandent que ça, déclara le fiancé de sa sœur sur un air goguenard qui manqua de lui faire rendre son petit déjeuner.

- Merci de donner ton avis de femme sur la question, Vernon, ironisa t-elle avec un large sourire qui se voulait amical et qui lui fit frémir la moustache.

- Vous préférez qu'on ouvre les cadeaux maintenant, ou après le repas ? s'enquit Rose, soucieuse de détendre l'atmosphère et d'éviter une querelle qui allait pourtant inexorablement se produire. »

Elle vit sa sœur ouvrir la bouche, puis la refermer aussitôt, et elle eut la sensation qu'elle se retenait pour leurs parents. Juste pour leurs parents. Cela conforta légèrement Lily. Peut-être qu'elles pouvaient au moins s'entendre là dessus.

« Comme vous voulez. Peu m'importe. J'ai laissé les miens dans la voiture pour l'instant, mais je peux aller les chercher.

- Attendons la fin du repas. Si nous avions su que nous mangerions aussi tard, nous aurions pris un plus gros petit déjeuner, se lamenta Pétunia en évitant délibérément le regard de Lily. »

Oh elle ne devinait que trop bien le sous-entendu qui se cachait derrière sa remarque. Elle était arrivée en retard, et elle avait su avant même de partir qu'elle aurait le droit à une réflexion. La pique était passée ni vue, ni connue auprès de ses parents qui avaient commencé à servir le vin.

C'était le premier verre, et le dernier qu'elle boirait ce midi là, et elle se jura d'en profiter. Elle aurait certainement moins de mal à supporter sa sœur et son odieux petit-ami si elle enchaînait les verres les uns après les autres, mais elle devrait aussi rester dormir chez ses parents, et à en juger par les gros bagages qu'elle avait vus dans le hall, Vernon avait déjà prévu le coup. Il était bien évidemment impensable qu'elle puisse passer la nuit ici s'ils étaient là tous les deux. Tant pis pour le vin. Elle devrait faire sans.

Bizarrement, l'ambiance entre les deux sœurs se détendit au cours du repas. Probablement parce que Lily n'ouvrait plus la bouche et n'écoutait plus vraiment ce qui se disait. Ou alors parce que leurs parents avaient pris le relais.

Elle avait oublié à quel point ils se disputaient pour rien. Des broutilles, littéralement. Ned n'entendait pas ce que Pétunia lui disait, et Rose le lui répétait en hurlant. Elle remerciait Vernon de ses compliments sur le vin qu'elle avait choisi, Ned lui faisait remarquer que c'était sa seule participation au repas. Il renversait malencontreusement son verre, elle lui reprochait d'avoir ruiné la nappe. Une nappe en papier. Une nappe qui ne valait rien.

Parfois, elle se demandait ce qu'il serait arrivé s'ils étaient vraiment partis chacun de leur côté après cette énorme dispute ce soir de mai, quelques années plus tôt. A l'époque, elle ne l'aurait pas supporté. Maintenant, tout était différent. Il lui semblait qu'ils n'avaient plus grand chose en commun à part leur amour pour leurs filles, et elle doutait que ce soit encore suffisant pour les réunir.

Elle se demandait si c'était de cette façon, que les couples mourraient. Elle se souvenait qu'ils s'étaient aimés. Elle l'avait vu. La preuve était encore sur plusieurs photos dans le grenier, ou même sur la cheminée. Une rencontre à la fête de leur village d'origine, un premier rendez-vous, un voyage dans un pays chaud, un mariage réussi, la naissance de la première fille, puis de la seconde, et un slow démodé à la fête d'anniversaire d'un de leur vieil oncle maintenant décédé... Elle les avait vues. Elle avait vécu certains de ces moments, et plein d'autres.

Alors pourquoi, comment, à quel moment les choses avaient-elles dégénéré ? C'était encore plus effrayant que si Lily ne les avait jamais vus s'aimer. C'était comme si les sentiments étaient partis sans prévenir et qu'ils s'étaient tous les deux retrouvés enfermés dans une vie dont ils ne voulaient plus, attachés à des responsabilités qui les empêchaient de songer une seule seconde qu'il leur restait un futur à vivre.

Elle ne voulait jamais en arriver là. Jamais. Mais elle doutait que qui que ce soit en ait envie. Cela arrivait à bien trop de gens. Ils se faisaient prendre, surprendre par le temps, et quand ils réalisaient que la seule chose qu'ils possédaient encore était une routine si bien huilée qu'ils en avaient oublié de s'aimer, les jours, les semaines, les mois, les années avaient déjà filé.

C'était terrifiant, et, assise à cette table autour de laquelle ses parents s'affairaient pour nettoyer la stupide marre de vin qui menaçait de venir dégouliner sur le tapis du salon, elle se demandait comment elle pouvait éviter cela, et si seulement c'était possible. Cela devait l'être. Les parents de Mary vivaient la belle vie. En apparence au moins. Ceux de James aussi. Alors pourquoi, pourquoi certains finissaient-ils inévitablement par imploser ?

Ceux de Marlène étaient divorcés depuis longtemps, et la jeune femme blonde répétait constamment que c'était la meilleure idée qu'ils aient eue. Ils s'étaient reconstruits chacun de leur côté et avaient réussi à rester amis malgré tout. Ils se retrouvaient régulièrement, pour les fêtes de famille ou pour partir en vacances ensemble, et même si Marlène avait du mal à supporter les cris et hurlements de ses plus jeunes demi-frères et sœurs, elle avait toujours affirmé qu'elle préférait sa vie maintenant que ses parents n'étaient plus en train de se cracher au visage devant elle.

Y avait-il vraiment une solution miracle ? Lily n'en était pas certaine. Elle aurait juste aimé un peu de répit, non seulement pour elle, mais aussi pour sa mère, pour son père, et peut-être, dans un élan de bonté ultime, pour sa sœur. Elle aurait juste voulu qu'ils se sortent de ce fétide et tristement banal schéma qu'elle ne supportait plus.

« Où est M. Podgy ? demanda t-elle en réalisant qu'elle ne l'avait pas entendu descendre les escaliers de son habituel pas lourd.

- Il est parti chasser, répondit immédiatement sa mère alors que Pétunia ouvrait la bouche.

- Je vais chercher la dinde, déclara Ned, une éponge imbibée de vin à la main.

- Alors, Vernon, ton magasin de bricolage se porte bien ? l'interrogea t-elle au prix d'un colossal effort.

- Je suis le meilleur vendeur, se vanta t-il. Je suis sûr d'avoir la prime de fin d'année. C'est soit moi, soit cet incapable de Hern, et ils ne vont certainement pas la lui donner à lui. Il ne sait même pas distinguer une perceuse pneumatique d'un marteau à air comprimé. L'autre jour, il... »

Il continua, continua, continua, et Lily se maudit d'avoir posé la question, d'avoir essayé d'être sympathique et de s'intéresser. Elle lâcha régulièrement quelques « hm hm » polis, et jeta un bref coup d'oeil à Pétunia qui avait l'air absolument passionnée par le discours de son fiancé. Un discours sur des perceuses. Un discours sur des perceuses, et un pauvre homme proche de la retraite qui devait se farcir Vernon tous les jours. Rien que pour cette raison, Lily songea que Hern méritait plus la prime que lui.

Ils l'écoutèrent tous pendant beaucoup trop longtemps à son goût, et elle fut soulagée lorsqu'ils passèrent au dessert et qu'ils décidèrent d'un commun accord de s'échanger les cadeaux. Il était déjà seize heures et Lily ne tenait pas particulièrement à s'éterniser. Elle était juste impatiente de retrouver les filles. A ce stade là, elle en avait besoin.

Elle jeta un coup d'oeil à son portable en marchant jusqu'à la voiture de James à l'intérieur de laquelle elle avait chargé les cadeaux pour ses parents et Vernon et Pétunia, et elle écarquilla les yeux quand elle lut les derniers messages de Marlène et Mary.

Marlène : Sirius nous invite chez les Potter.

Marlène : Et les Potter nous invitent aussi.

Mary : C'est bon pour moi si c'est bon pour vous.

Mary : Dis à Sirius de m'envoyer l'adresse STP.

Lily : Je n'ai pas dit que c'était bon pour moi !

Marlène : Oh Lily s'il te plaît, regarde tes messages.

La jeune femme rousse poussa un soupir ennuyé, et ferma le groupe de discussion pour jeter un coup d'oeil à ses notifications. Sirius lui avait écrit sur instagram, et elle avait deux SMS non lus de James.

Sirius : Elle a fait des cannelés exprès pour toi.

Sirius : Si tu ne viens pas, tu lui briseras le cœur.

Sirius : Je suis sûr que tu n'es pas assez monstrueuse pour avoir ça sur la conscience.

Au dessus des messages se trouvait une photo d'Euphemia tenant un énorme saladier dans lequel se trouvait une quantité astronomique de petits gâteaux. Un grand sourire était plaqué sur son visage, et Lily voyait à quel point elle était heureuse d'avoir les deux garçons avec elle. Elle prit une profonde inspiration et commença à taper.

Lily : Oh Sirius, dis lui merci de ma part, mais je ne veux pas les déranger aujourd'hui.

Elle ferma la conversation pour ouvrir les messages de James, et elle esquissa un sourire.

James Littérature : Evans, réponds à tes amies, elles me harcèlent pour savoir si tu viens chez mes parents ce soir.

James Littérature : D'ailleurs, est-ce que tu viens chez mes parents ce soir ?

Elle s'apprêtait à répondre lorsqu'elle reçut un nouveau message de Sirius sur instagram qui contenait cette fois une vidéo sous laquelle il avait simplement écrit « Je pensais que je n'aurais pas besoin de trahir mon ami, mais tu ne me laisses plus le choix. ». Elle l'ouvrit en fronçant les sourcils. Cette petite fouine avait discrètement filmé la table alors qu'ils discutaient tous les quatre autour du repas.

« Bon, tu comptes l'inviter avant que la nuit ne tombe ou je dois le faire ? s'impatienta Sirius.

- Je ne sais pas, dit James d'une voix neutre. J'ai peur que ce soit bizarre.

- Rémus et Peter ont passé Noël avec nous l'année dernière, et ce n'était pas bizarre, intervint Fleamont et Lily put entendre le sourire espiègle dans le ton de sa voix.

- Si tu t'inquiètes pour elle, invite la, c'est aussi simple que cela, ajouta Euphemia. Dis lui de venir avec ses amies, nous avons fait à manger pour tout le pays. »

Elle aurait définitivement aimé entendre la suite de la conversation, mais la vidéo s'arrêtait là, et c'était déjà assez pour qu'elle se sente délestée d'un poids qu'elle ne savait même pas qu'elle portait. Il s'inquiétait pour elle. Il pensait à elle. Elle n'avait que brièvement mentionné qu'elle passerait Noël en famille et qu'il y aurait sa sœur, et il se souciait de savoir si elle allait bien, et c'était quelque chose de nouveau pour elle. Mary et Marlène s'inquiétaient toujours. Aucun garçon ne s'inquiétait jamais. Severus n'avait jamais semblé s'inquiéter. Il s'était vaguement intéressé, et c'était tout.

Elle tenta du mieux qu'elle le put d'ignorer le sentiment de pesanteur qui menaçait de s'installer au creux de son estomac parce qu'il était hors de question que le sombre souvenir de son ex petit-ami revienne encore la hanter maintenant, et puis elle rouvrit sa discussion avec James.

Lily : Est-ce qu'il y a une heure particulière pour arriver ?

Elle verrouilla de nouveau son téléphone, le glissa dans la poche arrière de son jean, et ouvrit le coffre pour récupérer les quelques paquets qui s'y trouvaient. Elle n'était pas peu fière d'être parvenue à dénicher un cadeau correct à Pétunia et Vernon. Ce n'était qu'un bon d'achat dans une papeterie que sa soeur appréciait, mais au moins, elle savait qu'elle s'en servirait. Tout comme la bouteille d'alcool qu'elle avait achetée pour le jeune homme qui se disait fin connaisseur mais qui, d'après Ned, était à peine capable de faire la différence entre un cognac et un whisky.

Ses parents lui avaient offert une enveloppe avec de l'argent ainsi qu'un roman, et elle ne fut pas surprise lorsque Pétunia et Vernon lui tendirent une boîte de chocolat entamée. Elle ne s'était pas attendue à grand chose, mais elle dut quand même réprimer un fou rire nerveux lorsqu'elle constata qu'il ne restait qu'une dizaine de douceurs à l'intérieur. Le pire fut probablement la façon dont ils la fixèrent, en attendant patiemment qu'elle les remercie. Et elle le fit. Aussi chaleureusement qu'elle le put.

Puis ils commencèrent à discuter du mariage. Il était évident qu'elle était aussi peu conviée à la conversation qu'elle ne l'était à la cérémonie, alors elle fit mine d'écouter sans pour autant participer. Elle sut à la façon dont Pétunia lui jetait régulièrement des regards en coin avec une fierté absolue qu'elle pensait qu'elle avait gagné une course à laquelle Lily ne savait même pas qu'elle participait.

Elle n'avait jamais spécialement voulu fonder une famille, ni se marier. C'était le rêve de sa sœur. Les siens étaient différents. Elle n'aspirait pas vraiment au schéma typique : Rencontre, mariage, enfants. Quand sa sœur la toisait comme si elle était persuadée que Lily brûlait de jalousie, cela ne faisait que la rendre hilare parce que Pétunia serait coincée toute sa vie avec un accro aux perceuses odieux et le pire était qu'elle le désirait ardemment. Comment pouvait-elle penser une seule seconde qu'elle l'enviait ?

Elle voulait avoir le temps de vivre sa propre vie avant de la partager avec quelqu'un d'autre. Elle voulait apprendre à mieux se connaître elle-même, à s'amuser toute seule, à être indépendante, et elle savait que ce n'était pas le genre de vie qui attirait tout le monde. Elle respectait complètement cela. Elle aurait juste aimé que sa sœur puisse envisager qu'il n'y avait pas qu'une façon de vivre.

« ...Marge portera une robe mauve et elle a même prévu de confectionner quelque chose pour son chien ! s'enthousiasma Vernon.

- Je crois que je vais y aller, intervint Lily en faisant racler sa chaise sur le sol.

- Déjà ? s'enquit sa mère en lui jetant un regard presque suppliant.

- Il est presque dix-huit heures, et ce n'est pas comme si vous aviez besoin de moi pour discuter du mariage, au contraire. »

Elle avait dit cela avec un total détachement, pas parce que l'événement en question lui importait peu, mais parce qu'elle savait que les deux concernés ne verraient aucune objection à son départ. Du moins, c'était ce qu'elle pensait.

« Je te rappelle que tu as dit que tu ne voulais pas venir, déclara Pétunia sur un ton suffisant. »

Lily écarquilla les yeux. Elle n'avait évidemment pas eu l'intention de passer une journée horrible lors de laquelle elle serait placée avec les personnes les plus susceptibles de lui faire passer un mauvais moment selon sa sœur, mais elle se rappelait aussi du coup de fil qu'elle lui avait passé quelques semaines plus tôt et lors duquel elle lui avait clairement laissé savoir qu'elle ne voulait pas d'elle là bas. Elle détestait la façon qu'elle avait de toujours la faire passer pour l'unique responsable de tous les maux de cette famille.

« Comme tu veux, Pétu, souffla t-elle simplement, soucieuse de ne pas envenimer les choses juste avant son départ.

- … Ne peut même pas faire d'effort pour le mariage de sa seule sœur. Pétunia était anéantie, entendit-elle Vernon marmonner en direction de ses parents, et ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

- Excuse-moi ?

- Je n'ai rien dit.

- Je crois que si, insista t-elle. Quelque chose sur le fait que je ne fasse pas d'effort pour le mariage de ma seule sœur. Tu sais quoi ? je vais venir, finalement.

- Non, non, Vernon ne voulait pas dire ça ! s'empressa d'affirmer Pétunia en agitant ses bras devant elle.

- Oh si, je crois qu'il voulait le dire, répondit Lily avec un sourire faussement aimable, et il a raison. je ne voudrais pas que tu penses que je ne suis pas capable de faire d'effort pour toi.

- Mais... Mais les plans de table sont déjà presque terminés et...

- Tu trouveras certainement une place pour ta seule sœur.

- J'ai sûrement un peu exagéré les choses, déclara Vernon dont le visage était soudainement plus pâle que d'ordinaire.

- Dans le doute, je préfère venir. Je ne voudrais pas que Pétu soit déprimée à cause de m...

- M. Podgy est mort ! s'écria brutalement sa sœur en bondissant de sa chaise. »

Un surprenant silence enveloppa tout à coup la pièce, et le regard ahuri et confus de Lily jongla entre les trois membres de sa famille. Pétunia était aussi écarlate que Vernon était blanc, et Ned et Rose semblaient tous les deux à la fois abattus et contrariés.

« Est-ce que c'est vrai ? parvint à demander Lily au prix d'un grand effort. »

La discussion sur le mariage était soudainement oubliée, et c'était exactement le but de Pétunia. Elle n'avait de toutes façons jamais vraiment apprécié ce chat. Il était toujours trop collé à Lily à son goût, et elle le trouvait paresseux et inintéressant.

« Pétunia... On avait dit pas aujourd'hui... souffla Ned sur un ton de reproche.

- Ca m'a juste échappé, je...

- Ca ne t'a pas juste échappé, gronda Lily qui sentait la colère monter en elle aussi rapidement que lorsque Severus l'avait suivie à la bibliothèque universitaire.

- Lily, ma puce, M. Podgy était vieux et fatigué et il fallait que ça arrive un jour, ajouta Rose sur un ton doux. »

Elle retint un sanglot, attrapa rapidement ses affaires, et sortit en trombes de la maison. Elle n'avait même plus le cœur à aller chez les Potter, elle était furieuse, désabusée, triste, et dégoûtée au delà des mots. Elle voulait être seule. Il fallait qu'elle soit seule. Elle aurait voulu terminer cette journée en beauté, et elle avait cru qu'elle le pourrait pendant un bref instant, mais Pétunia gagnait toujours.