James Potter n'était pas le genre de garçon qui trouvait quelqu'un et vieillissait avec. Il en était persuadé depuis son adolescence. Il avait connu des filles, mais il n'était simplement pas intéressé par autre chose que par des relations sans lendemain. C'était purement physique, perpétuellement. Ça n'avait jamais été autrement. Il était trop focalisé sur le basket pour ne serait-ce qu'envisager de se mettre en couple avec qui que ce soit. D'autant plus que la situation avec ses parents était compliquée, et il ne s'attendait pas à ce que quelqu'un accepte qu'il leur consacre autant de temps. Et puis, il ne s'était jamais assez attaché à une fille pour se poser la question.
« Sérieusement, James ? souffla t-il pour lui même en sortant d'une pâtisserie avec un carton rempli de cupcakes. »
Il leva les yeux au ciel, irrité par sa propre initiative, et traversa rapidement la rue pour rejoindre sa voiture. Dès qu'il fut assis à l'intérieur, il enfouit sa tête dans ses bras contre son volant, et resta un moment dans la même position, les yeux clos, avec l'idée ferme de chasser de son esprit toutes les pensées les plus irrationnelles qui s'y agglutinaient.
Après avoir laissé entendre qu'elle allait venir fêter Noël avec le reste du petit groupe chez ses parents deux jours plus tôt, Lily avait fini par lui envoyer un message pour s'excuser et lui dire qu'elle ne pourrait pas être là. Il n'avait pas eu de nouvelle depuis. Il lui avait demandé comment elle allait. Deux fois. Elle n'avait pas répondu. Et puis Mary lui avait écrit, lui avait raconté que sa sœur avait été odieuse, et que son chat était mort. Vraisemblablement, elle était trop triste pour lui répondre.
Il le comprenait. Il savait qu'elle était abattue. Il en était sûr. Il n'avait aucun doute là dessus. Et pourtant... Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de se demander s'il avait fait quelque chose de mal, ou s'il n'avait pas fait quelque chose qu'il aurait dû faire. Il s'en voulait sans aucune raison, et il savait que son comportement était insensé et aberrant. Elle était juste peinée et énervée contre sa sœur, et pourquoi est-ce qu'il fallait toujours qu'il rapporte tout à lui même ?
Il s'inquiétait perpétuellement pour ses parents, pour Sirius, Rémus, ou Peter quand ils avaient des problèmes, pour les filles de son équipe d'une façon plus modérée, mais Lily... Lily avait attiré son attention dès qu'il l'avait rencontrée.
C'était seulement quelques semaines plus tôt, un soir de novembre, il s'en souvenait aussi clairement que si cela s'était passé la veille. Il avait vu cette fille à quelques mètres de la porte de l'amphithéâtre qu'il cherchait, en train de se débattre avec une paire d'écouteurs. Elle portait un pull à carreaux rose, un jean vert émeraude, de grosses chaussures marrons, et un sac à dos beige pendait sur son épaule. Le style était curieux, mais efficace, et c'était probablement la première chose qui l'avait interpellé.
La deuxième étant ses cheveux. De longs et fins cheveux roux dont les pointes touchaient presque la boîte de chocolat qu'une de ses camarades venait de lui offrir et qu'elle observait comme s'il s'était agi d'un trésor. Il aurait probablement pu aborder quelqu'un d'autre ce jour là, mais ce fut-elle. Elle était seule et elle avait l'air sympathique et il ne pouvait décemment pas nier qu'elle était jolie. Jolie d'une drôle de façon. Il ne pouvait même pas se l'expliquer exactement, il savait juste qu'il aimait ça.
Il aimait trop ça. Il l'avait dit à Sirius dès qu'il était rentré ce jour là. Et à chaque fois qu'ils s'étaient vus par la suite, il s'était fait cette même réflexion. Alors naturellement, il en était venu à se soucier d'elle autant qu'il se souciait de ses amis les plus proches. Ce n'était pas lui. Définitivement pas. Elle était juste trop surprenante, et trop intelligente, il l'avait rapidement remarqué. Et la cerise sur le gâteau, elle était drôle. Elle avait cet humour mordant qui le choppait à chaque fois et qui lui manquait systématiquement quand il n'était plus avec elle.
Et puis elle avait du répondant, elle n'aimait pas lui laisser avoir le dernier mot, et enfin, elle ne s'arrêtait pas à ce qu'elle voyait. Ils n'étaient pas destinés à se croiser, c'était évident. Il avait du mal à l'admettre parce qu'il n'aimait pas l'étiquette, mais il était un garçon populaire, l'un de ceux dont tout le monde connaît le nom sur le campus, et elle était une fille discrète. Brillante, mais discrète.
Elle lui avait laissé une chance de lui montrer qu'il était autre chose que le capitaine de l'équipe de basket populaire, le cliché ambulant qui termine perpétuellement les matchs avec une fille sous chaque bras, il n'était pas comme ça. Ou du moins, il aimait à le penser. Curieusement, ils s'étaient entendus tous les deux. Plus qu'entendus. Infiniment plus qu'entendus.
Il ouvrit brutalement les yeux quand il entendit son portable vibrer sur le siège passager, et il s'en saisit pour répondre à un message de Kingsley avant de mettre le contact et de rouler vers son appartement... Qui se trouvait être en face de celui dans lequel elle vivait actuellement. Les planètes n'avaient jamais autant été alignées.
Il ne prit même pas la peine de déposer son sac chez lui, il frappa directement chez Mary, la boîte de cupcakes à la main, et la jeune femme brune lui adressa un sourire quand elle lui ouvrit. Il aimait bien Mary. Ils avaient passé un bon moment à parler lorsqu'elle était venue avec Rémus et Marlène chez ses parents le soir de Noël, et il n'avait pas été surpris de l'apprécier encore d'avantage.
Elle ne ressemblait pas à Lily. Elles n'avaient définitivement pas un caractère similaire, mais elles étaient toutes les deux très ouvertes d'esprit, tolérantes et drôles, et c'était probablement ce qui les avait rapprochées. Mary lui faisait penser à Sirius à certains moment, et à Peter à d'autres. Elle n'avait pas un caractère aussi explosif que Marlène, mais elle n'était pas en reste.
« J'imagine que ce n'est pas pour moi... le taquina t-elle en le laissant entrer.
- Pour qui est-ce que tu me prends, MacDonald ? Je ne suis pas un mufle, répondit-il en ouvrant la boîte devant elle. Ne prends juste pas le rose, c'est le mien.
- Altruiste, poli, aucun problème de masculinité fragile... Potter, est-ce que tu as au moins un seul défaut ?
- Non, bien sûr que non, affirma t-il avec un sourire arrogant.
- Ah, voilà. Prétentieux, pointa t-elle avec un sourire amusé en se saisissant d'un gros cupcake au glaçage bleu. Merci. Elle est dans sa chambre, tu peux y aller, mais je te préviens, elle a déjà de la compagnie.
- De la compagnie ? répéta t-il en lui lançant un regard interrogateur.
- Je ne vais pas te le dire, ça te gâcherait l'expérience, répondit Mary avant de retourner s'étaler sur le canapé tout en mordant dans le gâteau. »
Il l'observa curieusement pendant une seconde, ignorant la pointe de jalousie qui faisait systématiquement son apparition au moment où il s'y attendait le moins, et il se dirigea vers la chambre de Lily. Une drôle de musique qu'il ne connaissait que trop bien parvint à ses oreilles avant même qu'il ne frappe à la porte, et quand il entendit un « Oui ? » sonore et qu'il ouvrit enfin, il écarquilla les yeux en constatant que son meilleur ami était là.
« Qu'est-ce que...
- Ne bouge pas ! le coupa Lily. »
Elle était à une extrémité de la chambre, et Sirius était à l'autre. Elle s'élança vers lui en courant, bien que la pièce ne fut pas assez vaste pour lui permettre de faire plus de deux foulées, et le jeune homme la rattrapa au vol et la souleva au dessus de sa tête quand elle se jeta sur lui, manquant de la propulser à la fois dans le mur, et dans le luminaire. James comprit immédiatement ce qu'ils étaient en train d'essayer de faire, et il laissa échapper un rire abasourdi quand ils y arrivèrent plus ou moins.
« Presque ! Presque ! s'écria Lily, surexcitée en retombant sur ses pieds
- Appuies toi bien sur moi au début, l'encouragea Sirius.
- James, qu'est-ce que tu en penses ? Oh est-ce que tu nous as amené à manger ?
- C'était... Impressionnant, répondit-il en clignant rapidement des yeux et en ouvrant le carton entre eux.
- Ce n'était pas si bien, je sais, mais on ne s'entraîne que depuis deux heures.
- Non, c'est juste que je ne m'attendais pas à tomber sur vous deux en train de tenter de reproduire le porté de Dirty Dancing. Et encore moins sur cette musique, s'empressa t-il de préciser alors qu'elle se saisissait d'un cupcake au chocolat.
- Je te l'avais dit, soupira Sirius en se tournant vers Lily. Il critique toujours le rap péruvien sans lui laisser une chance.
- Je ne critique pas, je dis juste que c'est surprenant, se défendit-il en se retenant de rire.
- C'est vraiment mieux que ce que je pensais, lui assura la jeune femme avec un entrain désarmant. Ne bougez pas, je vais chercher à boire. »
Elle le contourna, et après avoir posé la boîte de gâteaux sur une commode à l'entrée de la chambre, il se tourna vers son meilleur ami en haussant les sourcils. Sirius adorait Lily. James aurait pu être jaloux s'il n'était pas aussi sûr que personne ne pourrait jamais leur enlever le lien infrangible qu'ils partageaient.
« Je ne sais pas quelle question je dois poser en première. Est-ce qu'elle va bien ? Pourquoi est-ce que tu es ici en train de faire le porté de Dirty Dancing avec elle sur cette musique ? Est-ce que tu pensais me prévenir, à un moment ?
- Tu ne te décidais pas à aller la voir, et je me suis dit « quoi de mieux qu'un petit porté pour la remettre d'aplomb ? », ça avait fonctionné avec Pete quand lui et Emmie ont rompu, répliqua automatiquement le jeune homme en lui donnant un petit coup de poing sur l'épaule. Et pour le rap péruvien, je n'ai aucune excuse, et je l'assume pleinement.
- Est-ce que ça marche, au moins ?
- Ça a l'air. Je veux dire, elle a ri. Plusieurs fois. Si j'étais toi, je m'inquiéterai. Enfin, il faudrait déjà que tu aies la présence d'esprit d'admettre que tu as envie de la tripoter jusqu'à la fin de ta vie, mais je crois que tu en es encore au stade du déni, le taquina Sirius en haussant les sourcils, et James l'attrapa immédiatement par le pull et lui coinça la tête sous son bras. Oh lâche moi ! aboya t-il en essayant vainement de se dégager de son étreinte. »
Lily réapparut une minute plus tard avec trois verres d'eau et le sourire doux qu'elle lui adressa alors qu'il desserrait son étreinte autour de Sirius l'air de rien lui donna l'impression de sortir d'une douche chaude après un long match de basket.
Ce ne fut qu'à ce moment là qu'il réalisa pleinement que la dernière fois qu'il s'était trouvé ici avec elle, ils s'étaient entraînés à une toute autre sorte de porté. Il ne put s'empêcher de la fixer parce qu'il voulait savoir si elle y pensait aussi, et à la façon dont elle détourna les yeux il en conclut que oui.
Sirius s'était avachi sur le lit comme s'il était chez lui, et James sourit quand Lily lui reprocha de mettre des miettes partout et qu'ils se chamaillèrent. C'était terrible, mais il voulait que son meilleur ami parte maintenant. Maintenant. Et il se détestait de le penser si fort qu'il avait peur que Sirius ne l'entende. Il avait juste besoin d'avoir Lily pour lui tout seul, il avait juste besoin de la débarrasser de la couche de vêtements superflue qu'elle portait, il avait juste besoin, désespérément besoin de l'allonger là et de la sentir sous lui, au dessus, peu lui importait, du moment qu'il pouvait la toucher.
Il se serait satisfait de sa main dans la sienne. S'il avait été seul, il aurait levé les yeux au ciel à cette simple pensée. Il avait l'impression d'avoir huit ans autour d'elle. Il aurait définitivement dû passer par ce genre de réflexions lorsqu'il était plus jeune, mais c'était la première fois qu'une fille l'intéressait vraiment. Il avait cru pendant longtemps qu'il n'était simplement pas comme les autres, qu'il ne ressentait pas les choses de la même manière, qu'il n'était pas capable de comprendre le manque, l'angoisse de l'absence de l'autre, les sentiments, simplement.
Oh il l'était. Il l'était définitivement. Il le savait maintenant. Il avait compris certaines choses au contact de ses meilleurs amis, et Lily avait fait le reste du travail sans même le savoir. Il aurait voulu le lui dire. Il y avait juste ce petit, minuscule, insignifiant problème, ce caillou dans la chaussure dont il ne semblait pas pouvoir se débarrasser : Elle n'était pas prête, et il n'était pas sûr d'être celui dont elle avait besoin.
Il lui avait dit qu'il ne sortait avec personne, et c'était la vérité, mais il doutait qu'elle comprenne le véritable problème. Il ne savait pas comment fonctionnait une relation sérieuse, il ne s'était jamais investi émotionnellement, et il n'avait aucune envie de tout mettre à feu et à sang dans sa vie. Elle semblait déjà assez compliquée sans qu'il ne vienne la ruiner encore plus. Il ne pouvait pas lui faire cela. Toutefois, il y avait cette petite voix dans sa tête qui lui disait d'essayer. Ou plutôt, trois voix bruyantes dans tout son appartement qui lui hurlaient constamment de faire enfin quelque chose avant qu'elle ne se trouve quelqu'un d'autre.
Et puis il y avait le problème du basket. Il coachait son équipe, et ils savaient tous les deux à quel point les choses pouvaient s'envenimer si quelqu'un apprenait qu'ils étaient plus que ce qu'ils ne prétendaient. Il ne voulait pas abandonner les filles, pas après s'être autant investi auprès d'elles, et il ne voulait pas que Lily parte non plus. La seule issue qu'il leur restait était de se cacher, et c'était la solution la moins raisonnable de toutes.
Il n'était pas, à proprement parlé, interdit pour un ou une coach de sortir avec sa joueuse ou son joueur, c'était simplement une règle non verbalisée que tout le monde connaissait. Se lancer dans une telle relation était périlleux pour toute l'équipe, et il était persuadé que Gladys et Doris ne laisseraient pas passer cette occasion d'être horribles avec Lily, voir même de demander à ce que la faculté remplace James. Il avait toutefois moins peur pour lui que pour elle. Les deux filles l'appréciaient malgré les mots qu'ils avaient pu échanger par le passé, et il doutait qu'elles tapent sur lui en priorité.
« Ce cupcake est le meilleur que j'ai jamais mangé, souffla Lily en observant d'un air morose la caissette en papier vide dans sa main.
- Il t'en reste trois là dedans, pointa t-il en désignant la boîte avec un sourire.
- Ils sont tous pour moi ?
- Il y a une époque où ils étaient tous pour moi, déclara Sirius sur un ton faussement dramatique en bondissant du lit de la jeune femme.
- Reprends-en un, l'encouragea Lily en ricanant
- Pas le rose.
- Je sais, le rose, c'est le tien, récita le jeune homme comme s'il avait déjà entendu cette phrase des dizaines de fois.
- C'est le tien ? s'enquit Lily en arquant un sourcil.
- C'est mon préféré, répondit James en haussant les épaules. »
Il y eut un moment de flottement pendant lequel Lily, assise au bout de son lit, garda les yeux solidement vissés sur lui. Adossé au mur le plus proche de la porte, il ne sut exactement ce qu'il avait dit ou fait pour qu'elle lui lance ce genre de regard, mais il voulait recommencer. Encore et encore.
« Vous savez quoi ? Je crois que je vais aller partager celui-ci avec Mary, intervint Sirius en adressant un sourire en coin en direction de James lorsqu'il passa devant lui pour récupérer l'un des gâteaux. »
La porte se referma derrière lui, et Lily continua de fixer James, imperturbable. Elle se mordit la lèvre, et il se demanda pendant une seconde avec quelle volonté il parvenait encore à ne pas se jeter sur elle. D'autant plus depuis qu'il savait ce à quoi elle ressemblait quand il était en elle, et qu'il se souvenait du son particulier de sa voix quand elle lui chuchotait à l'oreille de ne jamais s'arrêter. Il était incapable de ne pas penser à la manière dont son corps tout entier tremblait entre ses mains quand elle perdait le contrôle.
Elle lui lança un ultime coup d'oeil avant de retirer son pull, et ce fut le dernier signe dont il eut besoin avant de la rejoindre en deux enjambées et de la faire basculer sur son lit, sa bouche contre la sienne.
« Est-ce que ça va ? »
La voix de Lily le tira de sa torpeur. Il quitta le plafond des yeux pour les poser sur elle alors qu'elle était en train d'enfiler le tee-shirt qu'il avait balancé sur le sol quelques minutes auparavant, et il se redressa pour se caler contre sa tête de lit.
« C'est moi qui devrais te poser la question. J'ai l'impression que ton Noël n'était pas une partie de plaisir. Je suis désolé pour ton chat.
- Ça va, répondit-elle après avoir lâché un soupir. Ces deux derniers jours n'étaient pas les plus agréables, mais j'ai la chance d'avoir un voisin qui a des méthodes efficaces pour me remonter le moral, termina t-elle en lui jetant un coup d'oeil espiègle.
- J'imagine que tu parles des cupcakes, pointa t-il en esquissant un sourire narquois.
- Je parlais des portés de Sirius, lui dit-elle avec une étincelle de défi dans les yeux. »
Il éclata de rire et lui envoya en pleine figure le premier oreiller qui lui tomba sous la main. Elle poussa une exclamation scandalisée qui se transforma rapidement en gloussement, et ils échangèrent un nouveau regard amusé avant qu'elle ne se laisse retomber à côté de lui. Il s'était déjà rhabillé parce qu'il avait prévu de sortir avec Peter après, mais il était trop focalisé sur ce qu'il venait encore de se passer pour quitter son lit maintenant. Il n'avait jamais eu du mal à partir sans se retourner, mais avec Lily, les choses ne se passaient jamais aussi simplement.
Il avait beau savoir qu'elle n'était pas prête à lui accorder plus d'importance, il y avait des moments où il ne pouvait s'empêcher de douter. Il aurait peut-être dû lui poser la question. Lâcher un sous entendu, au moins, mais il n'avait pas envie d'être de cette catégorie de pauvres types trop pressants qui ne voulaient pas comprendre quelque chose de clair. Il avait compris. Elle avait vécu quelque chose de spécial avec un autre garçon avant lui, et il avait eu un impact sur elle. Ce genre d'impact qui lui revenait régulièrement en pleine tête, comme le lui avait expliqué Mary. Il ne pouvait que la laisser faire les choses à son rythme.
Un quart d'heure plus tôt, ils étaient encore l'un contre l'autre, peau contre peau, et il y avait eu cet instant bien précis où ils s'étaient regardés et quelque chose s'était passé. Il ne savait pas tout à fait quoi, il savait juste qu'il s'était perdu et qu'il avait réalisé que leur relation était devenue intime à un tout autre niveau.
Ils avaient beau le dire, le répéter, persister et signer, ce n'était pas que physique. Ça ne pouvait pas être que physique. Pas quand son corps réagissait à la simple pression de ses mains sur ses épaules, à un unique regard de sa part, ou à un murmure à peine articulé. C'était plus que de l'attirance mutuelle. Elle devait s'en rendre compte. Elle le mettait dans un état second.
Il aurait voulu passer son bras autour de ses épaules sans que cela ne soit bizarre maintenant qu'elle s'était assise à côté de lui. Il aurait voulu l'étreindre juste un peu, juste pour flirter avec la limite d'un accord qui n'avait jamais vraiment tenu parce qu'il était évident qu'il n'en aurait jamais assez. Est-ce qu'elle savait seulement à quel point sa théorie était erronée ? Il n'avait jamais été très doué pour respecter les règles, mais il ne savait même pas s'ils en avaient toujours.
Son portable vibra quelque part sur le matelas, et ils soulevèrent les couvertures à sa recherche jusqu'à ce que Lily ne referme sa main dessus et le lui tende. Il avait un message de Sirius.
Mon pain d'épice : Mary et moi sommes en face.
Mon pain d'épice : Elle ne pensait pas que Lily était du genre expressive.
Mon pain d'épice : Oralement.
Mon pain d'épice : Et quand je dis oralement, je parle du son qui sortait de sa bouche, pas d'une quelconque pratique que je ne veux pas savoir si vous avez faite ou non.
Mon pain d'épice : Il va nous falloir une thérapie. A tous les deux.
Il retint un rire et tourna son portable vers la jeune femme à côté de lui qui s'empourpra immédiatement avant d'attraper son propre téléphone. Il devina qu'elle était en train de taper un message à sa meilleure amie pendant qu'il relisait machinalement ses derniers échanges avec Sirius.
« Est-ce qu'on les a traumatisés ? l'interrogea t-il après quelques minutes.
- Visiblement, répondit-elle sur un ton neutre, mais ils vont s'en remettre. Mary, du moins. Et puis ce n'est pas comme si je n'avais pas déjà trébuché sur la petite culotte d'Agatha dans la cuisine. Dans la cuisine, répéta t-elle en lui jetant un regard ahuri.
- J'imagine que ça fait un partout, nota James en souriant, essayant vainement de ne pas penser à quoi Lily ressemblerait s'il la penchait sur le plan de travail. »
Elle hocha la tête tout en lui rendant son sourire, toujours occupée à écrire aux filles pendant qu'il faisait défiler ses messages, et il s'arrêta soudainement sur la discussion qu'ils avaient eue le soir où Lily et Sirius avaient descendu une bouteille de gin et une bouteille de pastis à deux. La plupart des messages ne contenait que trois lettres « STP » jusqu'à sa première réponse.
James : Ce n'était qu'un coup d'un soir, vieux.
Il la fixa longuement, blasé. Il était presque sûr qu'elle l'avait lue, ce jour là, alors qu'il lui montrait la liste des messages de Sirius, et il s'était maudit jusqu'à finir par se persuader qu'elle n'avait rien eu le temps de voir. Il l'espérait, du moins, parce qu'il ne voyait décemment pas une seule raison pour laquelle elle acceptait encore de le fréquenter si elle pensait se résumer à cela. D'autant plus quand elle n'avait pas pu lire le message qui suivait.
James : Pour elle, en tout cas.
« James ?
- Hmm ?
- Pourquoi est-ce que tu ne sors avec personne ? »
Il verrouilla son portable et tourna la tête vers elle, les sourcils légèrement froncés. Elle avait posé son propre téléphone sur ses cuisses et le regardait comme s'il était une énigme. Il savait qu'il allait encore devoir marcher sur des œufs. Il faisait cela depuis un moment maintenant. Il voulait lui répondre sincèrement sans pour autant fermer complètement la porte, ni lui mettre une quelconque pression qui n'avait pas lieu d'être, mais il savait qu'il y avait une forte probabilité pour qu'elle ne comprenne pas que rien de ce qu'il n'allait dire ne s'appliquait à elle. Pas parce qu'elle n'était pas extraordinairement intelligente, mais parce qu'elle manquait tant de confiance en elle qu'elle ne pensait pas qu'une autre personne puisse s'intéresser à elle après son stupide ex petit-ami, d'après ce que Marlène lui avait expliqué un jour où elle dînait chez eux.
« Marly travaillait chez un glacier avant, et quand un client lui demandait conseil, elle proposait systématiquement de lui servir la boule de la glace la plus rose qu'elle avait, sur laquelle elle ajoutait toujours des vermicelles de toutes les couleurs, reprit-elle sans qu'il ne comprenne où elle voulait en venir. C'était une blague entre elle et ses collègues. Quatre vingt dix pour cent du temps, le client refusait à cause de la couleur de la glace, ou des vermicelles. On appelait ça « le détecteur à masculinité fragile ».
- Les glaces roses sont les meilleures ! C'est tout le temps à la fraise. Ou à la cerise. Ces types ratent un truc, réfuta t-il.
- Je sais, dit-elle en lui adressant un sourire. Tu manges des cupcakes roses.
- Mary m'a fait une réflexion là dessus.
- Évidemment.
- Alors...
- Tout le monde veut le garçon qui mange des cupcakes roses. Alors pourquoi est-ce que tu ne veux personne ? »
Il déglutit. Il avait soudainement juste envie de manger le cupcake en question. Il ne pouvait pas lui dire qu'il voulait quelqu'un, et que cette personne se trouvait justement à dix centimètres de lui. Il aurait été plus simple de s'étouffer dans le gâteau. Enfin, il pouvait le lui dire, mais il commençait à la connaître, et il savait que rien de bon ne sortirait de ça. Pas maintenant, en tout cas. Elle n'y était pas encore.
« 'Pas le temps, articula t-il simplement. Entre mes parents, le jeu, le coaching, et les cours, c'est compliqué. Et puis il faudrait quelqu'un qui supporte Sirius, c'est foutu d'avance, termina t-il, et il se félicita intérieurement lorsqu'elle émit un léger rire.
- Sérieusement, James, le poussa t-elle.
- Je suis sérieux !
- Tu as bien dû avoir des sentiments pour quelqu'un un jour. »
Il ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Il avait des sentiments pour quelqu'un actuellement, et s'il avait su sans la moindre hésitation qu'elle accueillerait la nouvelle avec enthousiasme, il la lui aurait certainement confiée, mais il se contenta d'inspirer longuement avant de secouer la tête de gauche à droite.
« Personne ? répéta t-elle, surprise.
- Personne, confirma t-il.
- Hmm... »
Le silence retomba dans le chambre, et Lily en profita pour récupérer la boîte de cupcakes qu'elle installa entre eux. Ils mangèrent les derniers dans le plus grand des silences, et James réalisa qu'il avait sous-estimé la sérénité qui l'entourait lorsqu'il était avec elle. Plus aucune des craintes qu'il avait ressenties en quittant le magasin de cupcakes n'avait lieu d'être. Tout allait bien entre eux, du moins autant que les choses pouvaient aller quand deux personnes se mentaient sur ce qu'elles voulaient réellement, et il culpabilisa à peine d'avoir définitivement abandonné Peter. Avec un peu de chance, il comprendrait.
