Lily était assise sur le sol gris de l'appartement des garçons et mordillait un stylo noir en relisant ses cours d'Histoire de la Littérature. Elle était penchée sur la biographie d'Ernest Hemingway depuis une bonne demie-heure lorsque James posa une tasse de chocolat chaud sur la table devant elle. Elle leva à peine les yeux mais murmura un rapide « merci » avant d'en boire une gorgée.
« Quand vous disiez que vous alliez réviser ensemble, je ne pensais pas que ça durerait encore toute la journée, pointa Rémus, debout dans la cuisine, les bras croisés.
- On peut aller chez Mary, proposa distraitement Lily sans quitter ses cours des yeux.
- Non, je voulais juste dire que j'imaginais que vous viendriez en ville avec nous.
- Peut-être plus tard, intervint James qui s'était laissé tomber sur le canapé, son pc sur les genoux.
- Si vous allez aux Trois Balais, ajouta Lily.
- Très bien, comme vous voulez. Je rejoins les autres et on vous tient au courant. »
Les deux concernés adressèrent un bref signe de main à Rémus avant de se replonger dans leurs cours. Les partiels n'étaient que dans une semaine, et ils étaient tous les deux déterminés à les passer haut la main. James voulait garder sa place dans l'équipe, et Lily savait que sa sœur l'attendait au tournant si elle ratait ses études. Elle ne pouvait pas se permettre d'échouer.
Elle caressa distraitement Brenda qui vint se frotter à elle en ronronnant, et un sourire se plaqua sur son visage quand le chaton grimpa sur ses jambes. Elle n'avait pas digéré la mort de M. Podgy, et elle n'avait pas répondu aux derniers messages de ses parents. Mary leur donnait des nouvelles de temps en temps parce qu'elle ne voulait pas qu'ils s'inquiètent trop, et elle lui en était reconnaissante. Elle n'arrivait pas à le faire elle-même. C'était trop, et elle avait besoin d'air. Fort heureusement, James était là pour lui apporter la distraction nécessaire.
Dernièrement, ils avaient passé plus de temps à se voir nus qu'habillés, c'était presque devenu un passe-temps régulier. Ils n'avaient même pas eu la décence de rejoindre l'un des deux appartements après leurs entraînements successifs de la veille. Elle avait fini sur ses genoux dans sa voiture, et après deux coups de klaxon malencontreux ainsi que d'innombrables douloureux coups de coude dans la vitre, ils avaient conclu dans un fou rire que ce n'était pas leur meilleure prouesse. La semaine précédente, elle l'avait entraîné dans les toilettes de la bibliothèque universitaire juste avant qu'elle ne ferme et ils avaient failli y rester coincés. Deux jours plus tôt, il l'avait discrètement ramenée dans sa chambre et elle était rentrée chez Mary en catimini une heure et demie plus tard.
Elle aurait voulu prétendre que ce n'était qu'une distraction avec une date d'expiration, mais quand elle était avec lui, elle ressentait les choses d'une manière différente, et elle commençait à avoir sérieusement peur de ce qui suivrait. Elle s'attachait trop, et elle n'avait aucune idée de ce qu'il pensait de leur non-relation actuelle. Elle savait juste qu'il n'était pas intéressé par tout ce qui incluait des sentiments, et ce simple fait lui donnait systématiquement la nausée.
« Lily ?
- Hmm ?
- Est-ce que tu veux regarder Sleepy Hollow ? lui proposa t-il après deux heures de travail intensif.
- Maintenant ? s'étonna t-elle en se tournant vers lui.
- Je veux faire une pause, mais je sais qu'il nous reste du travail... Ce serait un peu comme si on faisait les deux à la fois, proposa t-il en haussant les épaules. »
Elle reporta son regard vers son cahier. Elle n'avait plus que quelques biographies à relire et elle n'avait pas prévu de commencer la Littérature des Etats-unis avant le lendemain, alors elle finit par acquiescer, et soulever délicatement Brenda pour la poser sur le canapé avant de se lever.
« Je vais le chercher. »
Elle quitta l'appartement des garçons et traversa le couloir pour pénétrer dans celui de Mary tout en jetant un coup d'oeil à ses messages. Les filles s'étaient envoyées quelques tiktoks, et Marlène lui avait demandé si elle venait se promener dans le centre cet après-midi.
Lily : Désolée, je bosse avec James.
Marlène : Oh waouh je suis surprise que tu répondes.
Marlène : J'avais parié une tablette de chocolat à Rémus que vous étiez déjà à poils.
Marlène : A moins que tu ne nous écrives pendant la chose.
Marlène : Auquel cas, c'est mauvais signe pour James.
Lily : Je porte mes vêtements.
Lily : Et lui aussi.
Mary : Mais pour combien de temps... ?
Marlène envoya un émoji qui pleurait de rire, et Lily leva les yeux au ciel puis soupira lourdement avant de fouiller dans l'armoire à Blu-ray. Elle ne baissa de nouveau les yeux sur son téléphone que lorsqu'elle eut trouvé le film en question.
Mary : Quoi qu'il arrive, je préfère que vous fassiez ça maintenant plutôt que ce soir quand je serai là.
Mary : Je ne me suis pas encore totalement remise de la dernière fois.
Plusieurs lignes d'émojis hilares suivaient la déclaration de Mary, et Lily s'empressa de taper une réponse.
Lily : Au moins, tu n'as pas glissé sur ses sous-vêtements, toi !
Mary : Peut-être parce qu'il n'en porte pas.
Lily : Il en porte.
Mary : Comment vous faîtes pour être aussi ordonnés ?
Marlène : Personne n'est spécialement ordonné, Mary, ce sont tes pratiques sexuelles qui sont chaotiques
Lily : Merci Marly.
Mary : MES pratiques sexuelles sont chaotiques ?!
Mary : Oh Marly, tu n'as pas entendu Jily.
Lily : Sérieusement ?
Mary : J'ai cru que le mur du salon allait tomber.
Lily : Arrête d'exagérer !
Lily laissa échapper un gloussement étranglé un peu contre sa volonté alors que Marlène n'envoyait plus que des gifs de personnages qui riaient à s'en décrocher la mâchoire, puis elle verrouilla son portable et retraversa le couloir. James était au téléphone quand elle pénétra dans l'appartement, et il lui jeta un regard d'excuse tout en faisant de lents allers retours entre la cuisine ouverte et le salon.
« Oui je passerai la voir demain, dit-il tout en lui faisant signe qu'elle pouvait s'installer. Tu es sûr que tu n'as besoin de rien ? »
Elle entendait vaguement la voix de son père à l'autre bout du fil sans pour autant pouvoir discerner des mots. Elle était de toutes façons en train de se débattre avec les nombreuses télécommandes posées sur la table. Au bout d'un moment, elle trouva la bonne et tomba directement sur l'écran d'accueil du film.
« Je viendrai te chercher avec Sirius pour aller faire un tour, ça me fera du bien de lâcher les révisions un peu, reprit-il avant de s'interrompre quelques secondes. Non, papa, c'est bon, je t'assure. Lily m'aide, et ce n'est pas une visite de quelques heures qui va influer sur mes études. »
Lily pivota légèrement vers lui, jute à temps pour le voir lever les yeux au ciel alors qu'il entamait ce qui devait être son sixième aller-retour, et elle esquissa un léger sourire.
« Oui, d'accord. Bon. Je te laisse, et ce n'est même pas la peine d'essayer de m'envoyer des messages pour me convaincre que tout va bien et que je peux rester travailler, je viendrai, déclara t-il d'un ton assuré avant de patienter un peu et de poursuivre. Merci, toi aussi. »
Il raccrocha et retourna s'asseoir sur le canapé avant de lâcher son téléphone sur la table basse, les yeux rivés sur l'écran. Il ne prononça pas un mot pendant un moment, et il lui sembla tendu.
« Tout va bien ? l'interrogea t-elle, toujours debout devant la télé, la télécommande à la main.
- Mon père a fait un petit malaise hier, il est à l'hôpital, répondit-il en tendant le bras pour grattouiller la tête de Brenda.
- Merde, je suis désolée, James. »
Il resta muet, les yeux rivés sur le chaton blanc qui s'était étalé et qui prenait à présent la moitié du canapé à lui tout seul, et il esquissa un bref sourire lorsqu'elle tendit encore plus ses pattes alors qu'il lui caressait le ventre. C'était souvent une zone à risque avec les chats, mais Brenda prenait toujours tout ce que ses maîtres lui offraient.
« Ça n'a pas l'air si grave. C'est juste qu'on ne s'habitue jamais au fait qu'ils vieillissent.
- Est-ce que je peux faire quelque chose ?
- Lance ce film et viens t'asseoir, lui ordonna t-il en tapotant la place libre à ses côtés. »
Elle lui obéit et remercia intérieurement Brenda de prendre autant de place, parce que son épaule était collée à celle de James et dernièrement, c'était l'endroit où elle préférait être. Elle s'enfonça un peu plus dans le canapé ses mains machinalement posées sur ses cuisses, et elle fixa l'écran.
Il y avait des moments où tout était bizarre et où elle se demandait à quel point elle était stupide de croire que ce qu'il se passait entre eux pourrait se terminer sans heurt. Elle n'était pas du tout détachée. Elle était attachée, irrémédiablement attachée, et elle aurait probablement dû le lui dire, mais cela revenait à se jeter dans le vide.
« Ichabod Crane est tellement plus canon que ce que je ne m'imaginais en lisant la nouvelle, commenta t-elle, et James laissa échapper un rire ironique.
- Sérieusement, Evans ? Cinq minutes de film et tu es déjà amoureuse du personnage principal ?
- Oh ne sois pas jaloux, Potter, il ne t'arrive pas à la cheville, répliqua t-elle sur un ton espiègle. »
Il secoua la tête en levant les yeux au ciel, puis elle lui donna un petit coup d'épaule qui le fit pouffer avant de se re-concentrer sur la télévision. Elle aimait l'univers gothique et les plans sombres sur la ville. Ce n'était pas le genre d'histoire qu'elle préférait, mais les costumes, les personnages, et les décors la tinrent en haleine.
La moitié du film était passée lorsque la main de James se glissa dans la sienne. Elle déglutit, et ses yeux verts se posèrent sur lui. Les siens étaient toujours rivés sur l'écran, comme si rien ne le perturbait, et elle se demanda comment il faisait ça.
Ce flegme l'impressionnerait toujours, elle en était persuadée. Elle esquissa un sourire quand elle sentit son pouce caresser le dos de sa main, et pendant un instant, ce fut comme si elle avait huit ans, comme s'élever hors de son propre corps et le contempler d'en haut. C'était spontané et sincère et elle avait besoin de penser qu'il aimait ce genre d'élan autant qu'elle, parce qu'ils en partageaient trop peu à son goût.
Ils couchaient ensemble, mais en dehors de ces moments là, ils n'avaient aucun geste affectueux l'un envers l'autre. C'était une espèce de règle qu'ils n'avaient toutefois jamais verbalisée et qu'il venait de mettre à mal sans qu'elle ne puisse lui en vouloir. A ce moment précis, elle se sentit d'attaque.
Elle eut la sensation d'être prête à croire qu'il était véritablement quelqu'un de bien, prête à laisser définitivement Severus dans le passé, et prête à accepter que les sentiments étaient là, déroutants et effrayants. Elle savait qu'ils n'étaient pas dans la meilleure des situations avec le basket, mais elle eut envie de penser qu'ils étaient capables de gérer cela.
Elle pesta à voix basse quand son portable vibra sur le bras du canapé, et elle y jeta vite fait un coup d'oeil. C'était un message de Marlène qui lui disait qu'ils allaient se promener au parc et qu'ils iraient ensuite grignoter quelque chose dans un pub qu'elle ne connaissait pas, si James et elle souhaitaient les rejoindre. Elle ne répondit pas immédiatement et retourna l'écran.
« Marlène me dit qu'ils vont au Chaudron Baveur. Tant pis pour les Trois Balais.
- Aussi loin ? l'interrogea t-il sans quitter la télévision des yeux mais en retirant sa main de la sienne à son grand dam. Qu'est-ce que tu veux faire ?
- Je ne vais pas réussir à me remettre dans les cours après le film, répondit-elle en essayant de ne pas réagir lorsqu'elle sentit ses doigts effleurer sa nuque. Je préfère les rejoindre, et puis ça me donnera l'occasion de découvrir un nouveau bar. »
Est-ce qu'il essayait de la rendre dingue ? Elle aurait voulu lui dire qu'il n'avait pas besoin de se fatiguer autant. Le simple fait d'être assise à côté de lui sur ce canapé lui donnait des idées qu'elle aurait préféré ne pas avoir. Pas avec son coach, en tout cas.
« On termine le film et on y va ? »
Elle hocha la tête et tenta vainement de se concentrer de nouveau sur le film, mais la main de James ne cessait de faire de lents aller-retours sur sa nuque et quand il arrêta pour la passer dans ses cheveux noirs, elle lui jeta instantanément un regard de reproche. Elle ne s'en aperçut que quand il fronça les sourcils pour toute réponse, et elle se retourna instantanément sur l'écran en déglutissant, sentant ses joues s'enflammer. Une seconde après, il reprit ses mouvements, et elle n'eut définitivement plus du tout envie de rejoindre leurs amis.
Pourtant, une demie heure plus tard, les portes de l'ascenseur se refermaient sur eux. Elle sentit son cœur taper contre sa poitrine quand James tourna son écran de portable vers elle et qu'elle y vit un message de Sirius.
Mon pain d'épice : ALEEEERTE ROUGE Glenda est au Chaudron Baveur. Retire immédiatement cette main du postérieur de Lily.
Mon pain d'épice : Ps : Je t'aime.
Au même moment, son téléphone vibra dans la poche arrière de son jean. Elle l'attrapa et décrocha aussitôt.
« Marlène ?
- Oui, Lily, je voulais juste te prévenir que l'une de tes coéquipières est au Chaudron Baveur.
- Merci pour le tuyau. James a aussi reçu un message de Sirius.
- Je voulais être sûre. Histoire que vous ne rentriez pas en vous tripotant, lui dit-elle et elle entendit les autres pouffer derrière.
- On ne se tripote pas, répliqua-elle gênée en essayant de chuchoter, mais elle vit au sourire amusé de James qu'il l'avait entendue.
- Maintenant je suis triste pour toi.
- Je raccroche, Marly.
- Je savais que tu... »
Lily coupa la conversation et rangea son téléphone dans la poche de sa veste. Elle était soulagée qu'ils doivent conduire jusqu'au bar parce qu'elle n'avait pas envie de regarder James dans les yeux maintenant.
« Tu t'occupes de la musique ? lui proposa t-il lorsqu'ils furent installés dans sa voiture. »
Elle se contenta d'ouvrir la boîte à gants et de choisir un CD parmi tous ceux qu'il avait laissés ici avant de partir à Newcastle, et elle fronça les sourcils quand elle tomba sur l'un d'entre eux qu'elle n'avait jamais écouté et sur lequel était écrit « Parce que nos cours te manquent déjà. ». Elle l'inséra dans le lecteur et leva les yeux au ciel quand elle entendit le début de Ain't no sunshine de Bill Withers.
« Sérieusement ?
- J'avais oublié que j'avais fait ça, ricana t-il.
- Tant pis pour toi. Je vais chanter très fort et très faux. »
Elle s'exécuta alors qu'ils sortaient du parking, et le rire de James lui donnait déjà envie de remonter dans l'appartement pour se retrouver seule avec lui. Elle aimait bien le regarder conduire. Il était toujours très concentré mais elle pouvait quand même voir de petits changements dans l'expression de son visage dès qu'elle disait quelque chose. C'était assez divertissant d'essayer de deviner ce à quoi il pensait.
« Ah, ça y est, tu es en train de te demander ce que tu fiches ici avec une fille comme moi, affirma t-elle en souriant dès que la chanson se termina.
- Tu ferais la même chose si je chantais la prochaine chanson en mettant toutes les notes à côté, répondit-il avec un sourire narquois, et elle lui donna une violente tape sur l'épaule qui l'offusqua. Je conduis !
- Je t'écoute, puisque tu sais si bien comment faire, grommela t-elle. »
Elle se rappelait l'avoir vaguement entendu fredonner, et elle le fixa avec un dépit certain quand il commença à chantonner Hey There Delilah des Plain White T's.
« Oh j'aurais dû m'en douter, pesta t-elle en levant les yeux au ciel.
- Quoi ? ricana t-il à la fin du premier couplet.
- Bien sûr que tu sais chanter. Tu es parfait, dit-elle avec un dédain qui échappa à son contrôle.
- Je ne suis pas parfait, répliqua t-il avant de pousser un soupir irrité et de reprendre. Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que c'est une insulte ?
- Ça n'en est pas une, répondit-elle aussitôt. C'est juste que c'est épuisant pour nous autres, humains, de devoir rivaliser avec des gens comme toi.
- Si ça peut te rassurer, je ne sais pas colorier, lui confia t-il après avoir lâché un petit rire sarcastique.
- Colorier ? s'étonna t-elle. tout le monde sait colorier.
- Pas moi, nia t-il.
- Je ne comprends même pas comment c'est possible.
- Moi non plus, admit-il en haussant les épaules, les yeux toujours rivés sur la route. Je déborde toujours, je casse les mines, et les traits de crayon sont visibles à chaque fois, la couleur est plus foncée à des endroits et plus claire à d'autres, et on pourrait se dire que j'ai tenté de faire des ombres, mais non. J'essaie juste de colorier normalement, et c'est toujours un échec. Sirius a fait un stage dans une école primaire avec la fac d'Arts, et d'après lui, ses élèves de sept ans étaient meilleurs que moi.
- … Je ne te crois pas. Je maintiens : tout le monde sait colorier, c'est la chose la plus élémentaire après le collage de gommettes, répéta t-elle après avoir pris une seconde pour réfléchir.
- Je déteste ces trucs là. Ils te restent scotchés sur les doigts tout le temps.
- J'ai l'impression que tu fais un blocage sur les choses que nous avons apprises en maternelle, se moqua t-elle.
- Probablement parce que j'étais occupé à protéger mon doudou d'une horrible gamine avec un nœud noir dans les cheveux, rétorqua t-il avec un sourire narquois. »
Encore une fois, elle lui donna une tape sur l'épaule, puis elle se retourna vers la vitre. Il pleuvait un peu dehors, et elle fixa le paysage urbain sans vraiment le voir. Elle avait déjà essayé de se souvenir de ses années de maternelle, en vain. Le petit garçon au sourire espiègle de la photo ne l'avait pas marquée comme le jeune homme à côté d'elle était en train de le faire.
« Quel genre de mémoire est-ce que tu as, pour te souvenir de tout ça ? souffla t-elle avec une pointe de jalousie parce qu'elle n'était pas capable de s'en rappeler elle-même.
- Je ne sais pas. C'est juste des flashs, rien de très précis, pas de parole spécifique, juste toi en train de tirer une patte de mon doudou pendant que je tire l'autre de mon côté, et un sentiment de haine, termina t-il en riant.
- Le traumatisme, commenta t-elle avec un petit sourire.
- Je ne suis pas sûr de m'en remettre un jour, lui confia t-il en lui rendant son sourire. »
Il trouva une place pour se garer dans une ruelle à quelques minutes de marche du bar, et elle réajusta son écharpe autour de son cou lorsqu'ils en prirent la direction.
« Tu te souviens de la première fois que tu es montée en voiture avec moi ?
- C'était il y a littéralement quelques semaines. Je sais que je ne me rappelle pas de toi quand tu étais un morveux à doudou, mais je n'ai pas une si mauvaise mémoire, répondit-elle en lui jetant un regard amusé.
- Tu m'as dit que j'étais cool, ce jour là.
- Pour ma défense, je ne te connaissais pas encore très bien, ironisa t-elle avec un sourire, et elle éclata de rire lorsqu'il la bouscula volontairement.
- Je ne pensais pas.
- Quoi ?
- Qu'une fille comme toi pourrait me trouver cool.
- Premièrement, ça veut dire quoi, une fille comme moi ? Et deuxièmement, tu sais très bien que tu es cool. »
Ils ne marchaient pas aussi vite qu'ils auraient pu, et Lily savait qu'il la suspectait certainement autant qu'elle le suspectait de le faire exprès, mais elle savait aussi que ni lui, ni elle n'oserait une quelconque remarque là dessus. Les explications qui s'en suivraient seraient trop dérangeantes. Elle le vit glisser ses mains dans ses poches du coin de l'oeil, et son coude frôlait à présent le sien à chaque pas qu'ils faisaient.
« Je n'en sais rien. Dès le début, tu m'as donné l'impression d'être désintéressée.
- J'étais à l'ouest.
- C'était de l'indifférence, ou... ? il laissa sa question en suspend puis tourna la tête vers elle, et son regard pesa un instant sur elle alors qu'elle se demandait ce qu'il cherchait à lui faire dire. »
Elle ouvrit la bouche pour lui répondre, mais au même moment, une gigantesque masse se jeta dans les bras de James qui eut à peine le temps de retirer ses mains de ses poches pour rendre l'étreinte à son meilleur ami.
« Je pensais que vous n'arriveriez jamais ! s'exclama Sirius qui venait de sortir du pub dont l'entrée ne se trouvait plus qu'à une dizaine de mètres. Tu te souviens de Florian ?
- Fortarôme ?
- Celui là même, confirma le jeune homme d'un air renfrogné. Il est là, et j'ai besoin de toi.
- Sérieusement ? Encore après tout ce temps ? s'enquit James en ricanant.
- A chaque fois que je le croiserai. Jusqu'à ce qu'il meurt. Ou que je meurs. Et même là, je te demanderai de continuer à faire semblant.
- Qu'est-ce que...
- Son plus grand prétendant, expliqua simplement James en se tournant vers Lily.
- Je suis navré, mais je vais t'emprunter James.
- Oh fais-toi plaisir, il ne m'appartient pas.
- Il voudrait bien, rétorqua le jeune homme en esquissant un sourire narquois.
- Je peux aussi rentrer à la maison, pointa James, et Lily avait beau n'avoir aucune idée de ce dont ils parlaient, elle devina que c'était la dernière chose que Sirius souhaitait.
- Arrête tes conneries. Tu es mon petit-ami. Depuis plus d'un an. J'espère que tu t'en souviens.
- Est-ce qu'on fête nos fiançailles ce soir ? plaisanta James en enroulant son bras autour de ses épaules alors qu'ils s'étaient remis à marcher vers le pub. »
Sirius se contenta de lever les yeux au ciel, et Lily les observa avec un sourire amusé. Elle voulait absolument connaître toute l'histoire, mais aucun des deux garçons n'avait le temps de la lui conter maintenant, parce qu'un troisième était debout devant le Chaudron Baveur. Il semblait chercher quelque chose, et il s'arrêta immédiatement lorsqu'il les repéra.
« Sirius ! Je me disais bien que je t'avais vu sortir !
- Salut Florian, répondit James, et Lily vit le visage du jeune homme se décomposer. »
