Lily était assise à côté de Marlène au Chaudron Baveur, et James la regardait fixement depuis quelques minutes. Ses yeux verts étaient vissés sur sa main et celle de Sirius, posées sur la table dans une étreinte qui déplaisait fortement à Florian Fortarôme à quelques mètres de là, assis près du bar avec ses amis. Il aurait tout donné pour savoir ce à quoi elle pensait, même si elle semblait juste amusée par la situation.
Sirius se refusait à regarder son prétendant, mais il demandait régulièrement à James de jeter des coups d'oeil dans sa direction pour surveiller la situation, ce qui faisait grandement ricaner Rémus et Peter, les deux seuls à connaître l'entièreté de l'histoire.
Elle était longue, compliquée, et ridicule, mais Florian était le plus grand fan de Sirius, et après une suite de quiproquos, il en était venu à croire qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. A chaque fois qu'ils se croisaient, il prétendait que le destin les réunissait, et les maraudeurs avaient découvert grâce à lui à quel point leur meilleur ami était lamentable quand il s'agissait de rejeter quelqu'un. Il n'y arrivait simplement pas, et c'était hilarant.
Mary, Marlène, et Lily avaient beau essayer d'en savoir plus, personne ne vendait la mèche. Ils leur avaient seulement confié qu'ils avaient été dans le même lycée que Florian, et que le jeune homme avait toujours été fou amoureux de Sirius. Cela avait semblé leur suffire.
« Tu n'as jamais pensé à lui dire que tu n'étais pas intéressé ? le questionna la jeune femme rousse.
- Oh Lily, tu ne connais pas Florian, intervint Peter avec un sourire en coin avant de porter sa bière à ses lèvres.
- On ne demande qu'à le connaître, mais vous ne voulez rien dire, bougonna Mary.
- Parce qu'il n'y a rien à dire.
- Il y a certainement quelque chose à dire si tu dois faire semblant d'être en couple pour éviter qu'il ne s'incruste avec nous.
- Il a fait une exposition photo entièrement dédiée à mon auriculaire en première, souffla discrètement Sirius.
- Il le terrifie, leur confia James en se retenant difficilement de rire.
- Il ne me terrifie pas ! réfuta Sirius en sirotant son verre de vin. Il me met mal à l'aise, c'est tout. Et comme il a peur de James, je m'en sers à mon avantage.
- Il est fétichiste des doigts, et alors ? On a vu bien pire, commenta Marlène en haussant les épaules.
- On a entendu bien pire, la corrigea Mary avant de se racler la gorge et de lancer des regards insistants vers James et Lily qui firent tous les deux mine de ne pas se sentir concernés.
- Pourquoi est-ce qu'il a peur de toi ?
- Aucune idée, répondit-il, et Peter et Rémus avalèrent tous les deux leur gorgée de travers. »
Lily lui jeta un coup d'oeil suspicieux, et il enfouit affectueusement la main dans les cheveux de son meilleur ami juste parce qu'il savait que cela la perturberait assez pour qu'elle laisse tomber l'interrogatoire. Elle semblait toujours le regarder avec plus de tendresse quand Sirius et lui étaient proches l'un de l'autre.
« Qu'est-ce que tu as dans ta poche ?
- Oh ça ? C'est juste une balle que j'ai trouvée sur le chemin, lui répondit son meilleur ami en sortant l'objet en question avant de le lancer devant ses yeux et de le rattraper habilement.
- D'accord, donc en fait, vous habitez à trois dans l'appartement, et vous possédez un chien, c'est ça ? intervint Mary, faisant rire la tablée.
- Il va probablement la ramener si tu la lances, sur-enchérit Rémus. »
James vit Lily ouvrir la bouche pour ajouter quelque chose, mais ses yeux se perdirent au dessus de son épaule, et il la fixa d'un air interrogateur avant d'avoir la réponse à la question qu'il se posait. Il fut surpris de voir Glenda s'arrêter devant leur table, il avait presque oublié que Sirius et Marlène les avaient prévenus qu'elle était au Chaudron Baveur.
« Je me disais bien que c'était vous que j'avais vu entrer tout à l'heure ! s'exclama t-elle. Je n'avais aucune idée que vous traîniez ensemble, pointa t-elle en leur jetant un regard curieux avant de s'attarder un peu sur James et Sirius.
- Salut Glen', tu es en vacances aussi ? Lily est ma voisine, et...
- Ses amis sont mes amis. Enfin, je crois, compléta rapidement Lily, et...
- Et... Vous êtes ensemble ? demanda t-elle avec une surprise non dissimulée à Sirius et James qui se jetèrent un coup d'oeil entendu. Oh oubliez, je suis intrusive. Vous êtes juste hyper mignons.
- … Merci Glen', dit James en essayant de ne pas rire.
- Je vous laisse, je fête l'anniversaire de ma meilleure amie ce soir, mais n'hésitez pas à passer à notre table, elle ramène des pichets entiers de bière tous les quarts d'heure.
- Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd, lui répondit Sirius avec un sourire.
- Vous pouvez venir aussi, dit-elle en adressant un clin d'oeil vers Rémus et Peter, et Marlène se tendit sur sa chaise. C'est valable pour vous également, les filles.
- C'est tellement généreux de ta part, Glen', lui répondit la jeune femme blonde avec une sympathie dégoulinante que James n'avait pas l'habitude d'entendre dans sa bouche. »
Marlène était habituellement très amicale, mais il découvrit ce soir là qu'elle avait un petit côté effrayant qui était paradoxalement hilarant. Son sourire ironique disparut dès que Glenda leur tourna le dos, et elle en profita pour lui adresser deux énormes doigts d'honneur qui firent pouffer Mary et Lily. Cette dernière lui plaqua les bras sous la table et reprit la parole.
« Oh ne sois pas comme ça, Marly, je t'assure qu'elle est super.
- Il n'y a que les ringards et les vieux dégueulasses qui font encore des clins d'oeil. D'ailleurs, c'est souvent les mêmes personnes. Ne ris pas, Rémus.
- Je ne ris pas, se défendit immédiatement l'intéressé qui se retenait avec le plus grand mal.
- Ouuuh, je n'aurais jamais cru que tu étais aussi possessive, McKinnon. Peut-être que tu devrais pisser autour de Rémus pour marquer ton territoire plus clairement ? se moqua Sirius avant de refermer sa bouche autour de sa paille.
- Et je n'aurais jamais cru que tu avais cinq ans. Sérieusement, demander une grenadine avec une paille, qui fait ça ? répliqua t-elle, et le jeune homme avala sa gorgée avant de l'imiter d'une façon si puérile que James eut l'impression d'être en train de sortir les enfants au restaurant. »
Ses yeux tombèrent automatiquement sur Lily, et il descendit son verre de rhum d'une traite. Merde. Il venait juste de se demander à quoi cela ressemblerait d'avoir des enfants avec elle. Est-ce qu'ils auraient ses yeux verts ? Il aurait prié pour qu'ils n'héritent pas de ses cheveux incoiffables s'il n'était pas occupé à chasser ces stupides idées de sa tête. Il devenait définitivement cinglé.
« Elle flirtait avec moi, de toutes façons, pointa Peter.
- Voilà. Tu vois, dit Lily à Marlène avec décontraction pour essayer de dédramatiser la situation.
- Tu ne serais pas aussi enjouée si elle ne croyait pas que James était gay.
Il aurait aimé avoir un autre verre sous la main pour se focaliser sur autre chose que sur le bref silence de Lily. Il la vit s'empourprer, replacer une mèche de cheveux roux derrière son oreille gauche, et la façon dont ses lèvres se pressèrent l'une contre l'autre comme si elle était contrariée que Marlène ait révélé un secret d'une importance capitale lui provoqua une réaction qu'il ne voulait certainement pas avoir en public.
« Aucun rapport, s'empressa t-elle de répondre alors qu'il essayait de garder la tête froide en imaginant les parents de Sirius en train de s'adonner aux plaisirs de la chaire dans les positions les plus conventionnelles possibles »
Cela avait toujours fonctionné sur lui, mais alors qu'il songeait au bon vieux missionnaire d'Orion et Walburga Black, il ne put s'empêcher de faire la comparaison avec ses dernières prouesses avec Lily. Il n'aurait jamais pensé qu'elle était aussi souple, et... Oh bordel, il fallait qu'il passe à la technique de Sirius. Les maths. Cinquante-six plus quatre-cent-vingt-cinq ? Quatre-cent-quatre-vingt-un. Quatre-cent-quatre-vingt-un fois deux ? Hum... Neuf-cent-soixante-deux.
Il se détendit doucement alors qu'il lui semblait que cela fonctionnait. Sirius était un génie. La technique paraissait infaillible. Seulement... Neuf-cent-soixante-deux moins huit-cent-quatre-vingt-treize ? Soixante-neuf. Soixante-neuf. Lily. Non. Non, non, non, James, non.
« Excuse-moi, mais beaucoup trop de rapports, très sonores, et dans des endroits inadaptés d'après ce que je sais, intervint Sirius avec un sourire malin. »
James s'empressa de lui flanquer un coup dans les côtes. Il n'avait pas eu autant envie de l'étrangler quand lui et Peter lui avaient dessiné des phallus sur le visage en pleine nuit après une soirée arrosée et qu'aucun des deux ne l'avait prévenu lorsqu'il s'était levé dans la hâte pour aller déjeuner chez ses parents. Ce dernier était en train de s'étouffer avec une cacahuète, perdu dans un monde parallèle entre la crise de rire, et la mort. Rémus s'empressa de lui taper dans le dos et l'arachide fut propulsée sur la table sous les exclamations dégoûtées.
« Il me faut à boire, déclara Lily en se levant après avoir poussé un soupir.
- Je viens avec toi. A plus bébé, lui lança Sirius en lui adressant un clin d'oeil qui lui fit secouer la tête d'un air dépité, et il l'entendit juste demander à la jeune femme si elle pensait que le barman accepterait de lui faire une grenadine à la tequila avant qu'ils ne disparaissent entre les tables.
- Attendez moi ! s'exclama Mary qui leur courut après en brandissant sa choppe vide. »
Le pub s'était rempli d'étudiants depuis qu'ils étaient arrivés, et beaucoup étaient simplement debout, un verre à la main, si bien que la table de Glenda et de ses amis n'était même plus visible de là où il se tenait.
« Est-ce que ce n'est pas le moment de rentrer discrètement et de changer les serrures ? proposa Rémus avec un sourire en coin.
- Brillante idée, commenta James après avoir lâché un rire.
- Ne me tentez pas. Je connais un serrurier, déclara Peter.
- Où est-ce que tu as rencontré un serrurier ? A un club pour adorateur de porte ? le taquina Marlène, et les deux autres garçons s'esclaffèrent.
- C'est le nouveau compagnon de ma mère, marmonna le jeune homme.
- Est-ce que c'est sa grosse clé qui l'a séduite ?
- Merde, Marlène, des fois j'ai l'impression que je sors avec Sirius, jura Rémus en plaquant une main sur son visage alors que Peter semblait en état de choc de l'autre côté de la table.
- Ça n'a pas l'air de te déplaire la plupart du temps.
- Oh McKinnon, tu aurais pu dire qu'il avait réussi à ouvrir la porte de son cœur et tu as choisi ça ?
- Tu es trop sentimental pour moi, Potter, répondit-elle avec un sourire narquois.
- Je... Je vais aller me chercher un nouveau verre, bredouilla Peter. Une bouteille, corrigea t-il dès que ses yeux tombèrent sur la jeune femme qui souriait toujours.
- Tu l'as brisé, lui dit Rémus avant de lui planter un baiser sur l'épaule.
- Dix séances de psy en plus, ajouta James, et Marlène versa la moitié de son mojito dans son verre pour trinquer avec lui. »
Il le but en une gorgée, puis garda les yeux rivés sur la feuille de menthe qui restait au fond. Son père en faisait pousser dans tout le jardin, il adorait ça. Il n'avait quasiment pas pensé à lui ce soir là. Il avait presque oublié qu'il était à l'hôpital. C'était le but, il le savait. Encore une idée brillante de Rémus, comme d'habitude. Il était bien conscient qu'il n'avait pas à être inquiet, Fleamont était entre de bonnes mains et il n'y avait aucune raison que quoi que ce soit ne se passe mal, mais il sentit une vague de culpabilité l'envahir alors qu'il était tranquillement assis avec ses meilleurs amis à fêter les vacances.
Il savait que ses parents seraient heureux de le savoir là, avec les garçons et les filles, à profiter d'une soirée pour éviter d'avoir des idées sombres, mais il avait la sensation désagréable de ne pas avoir le droit d'être insouciant maintenant.
Il tourna la tête vers le bar à l'autre bout de la pièce quand il entendit le rire tonitruant de Sirius. Cela aurait dû le conforter un peu, mais il demeura silencieux. Son meilleur ami gérait les choses d'une manière différente. Il refusait catégoriquement de penser à l'hospitalisation de Fleamont, autant qu'il évitait d'en parler pour la simple raison qu'il le considérait à la fois comme le seul père qu'il ait jamais eu, mais aussi comme une espèce de surhomme immortel.
Il l'avait mis sur un piédestal dès qu'ils s'étaient rencontrés, aux alentours de ses onze ans, et il refusait perpétuellement d'imaginer qu'il allait disparaître un jour. Tout comme Euphemia. Il n'aimait pas parler de leurs traitements, évitait constamment de passer au manoir aux heures où l'infirmière était là, et détournait le regard quand ils prenaient leurs médicaments. La politique de l'autruche avait été inventée par Sirius, et James ne doutait pas que Rémus et Peter avaient été ceux qui s'étaient chargés de discuter avec l'infirmière du traitement de ses parents lorsqu'il était à Newcastle.
« Marly, on vient de croiser Stebbins ! s'écria Mary en pointant son pouce par dessus son épaule.
- Stebbins ? LE Stebbins ?
- Oui, LE Stebbins ! confirma la jeune femme d'un air enjoué. Lily est restée là bas avec lui, il est toujours aussi drôle. »
James eut l'envie immédiate d'aller chercher un nouveau verre d'un cocktail qu'il ne connaissait pas encore. Il avait désespérément besoin de se déplacer jusqu'au bar pour lire la composition de TOUS les mélanges. Il ne se fatigua même pas à s'excuser, les filles étaient prises dans leur conversation, en train d'expliquer à Rémus que le jeune homme en question avait été dans leur classe pendant plusieurs années au collège, et il avait juste envie de voir à quoi cet idiot ressemblait.
Il se fraya un chemin jusqu'au bar et il les vit à quelques mètres de lui. Lily, debout devant le comptoir, hochait vigoureusement la tête en pouffant après que le jeune homme, juste un peu plus grand qu'elle et aux cheveux aussi blonds que ceux de Peter, ait mimé un coup de pied dans le vide. Il avait l'air stupide. Définitivement.
« … Et le pauvre garçon s'est rendu à la police, l'entendit-il dire.
- Non ?! s'étonna Lily.
- Je te jure. Du coup, on est en train de fêter ça avec les cousins. »
Il pointa du doigt un groupe de garçons à quelques mètres de là, et James vit Lily se mettre sur la pointe des pieds pour les apercevoir. Il apparut derrière elle à ce moment là, et posa délicatement ses mains sur sa taille pour la décaler un peu. Elle tressaillit et tourna rapidement la tête vers lui avant de lui accorder un sourire doux qui, il l'espérait, n'avait pas échappé au fameux Stebbins.
« Pardon, je voulais regarder les cocktails, lui dit-il en s'appuyant sur le bar avant de faire remonter son autre main jusqu'à son épaule.
- Aucun problème, répondit-elle automatiquement en lui jetant un regard amusé.
- Hum, tu devrais essayer leur sangria, c'est la meilleure de Londres, intervint Stebbins.
- Elle ne peut pas être meilleure que celle des Trois Balais, répliqua t-il aussitôt.
- Je t'assure que si, mon vieux. »
Mon vieux ? Mon vieux ?! Il le toisa, détestant encore plus son air sympathique de près que lorsqu'il le voyait de l'autre bout du bar, et il commanda immédiatement une sangria juste pour la goûter devant lui et lui marteler qu'elle ne valait pas celle de son pub préféré. Sa main se resserra légèrement sur l'épaule de Lily, et elle agita un index entre eux.
« Stebbins, James. James, Stebbins.
- Tu es le petit-ami de celui-là, c'est ça ? l'interrogea le garçon en faisant un signe de tête vers Sirius qui était en train de faire un concours de rots avec une dame d'une cinquantaine d'années quelques mètres plus loin.
- L'amour rend aveugle, ironisa t-il.
- Je le trouve drôle.
- Il l'est certainement. »
Il savait qu'il était hautain, méprisant, et sarcastique au possible alors que le jeune homme blond semblait juste essayer d'instaurer une conversation agréable entre eux, mais c'était plus fort que lui, il fallait qu'il le déteste. Sans aucune raison valable.
« Stebbins était en train de me raconter comment sa grand-mère a mis en fuite le voleur de son épicerie. Tu sais, c'était dans le journal la semaine dernière, lui apprit Lily.
- Fascinant, déclara t-il d'un air désintéressé, ses doigts tapotant le comptoir alors que le serveur préparait sa sangria.
- Ta grand-mère a porté plainte ? reprit la jeune femme en se dandinant d'un pied sur l'autre.
- Elle ne voulait pas. Elle a estimé que c'était une assez belle correction, qu'il soit humilié dans tous les journaux, répondit-il en riant, et Lily approuva en pouffant. Oh parfait, dit-il alors qu'une serveuse déposait un plateau rempli de bières à sa table. J'y vais, on se voit plus tard ! »
Comment ça, on se voit plus tard ? James fronça les sourcils et lui adressa un bref signe de main alors que Lily le regardait rejoindre ses cousins en souriant. Quand il fut assis, elle se retourna vers James et lui lança le même regard amusé que quand il était apparut à côté d'elle.
« C'est la première fois que je te vois aussi désagréable, pointa t-elle, et il n'arrivait pas à savoir pourquoi elle souriait toujours.
- Faux, démentit-il aussitôt. Tu étais là quand j'ai sorti ces pauvres types de la salle de sport, l'autre jour.
- Oh tu étais furieux, mais ce n'était pas la même chose, si ? »
Il ne répondit rien. Ses yeux restèrent vissés aux siens pendant une minute, et il fronça les sourcils quand elle retira sa main de son épaule.
« Glenda, dit-elle simplement.
- Et alors ?
- Et alors ? répéta t-elle. James, tu sais très bien.
- Sors avec moi. Dehors, je veux dire, s'empressa t-il d'ajouter. »
Elle jeta un coup d'oeil autour d'eux, et il se demanda comment elle pouvait être aussi précautionneuse alors qu'il n'arrivait même plus à avoir une seule pensée cohérente. Dès qu'elle acquiesça, sa main attrapa la sienne, au diable Glenda, et il l'entraîna à l'extérieur du bar, jusqu'à l'angle de la rue principale, il l'embrassa là, au milieu des passants. Il ne pensait même plus à se cacher, il n'était plus en mesure de réfléchir à quoi que ce soit, il voulait juste... Il la voulait elle, et à en juger par la façon dont elle glissa sa langue dans sa bouche, elle le voulait aussi.
Toujours plus. Sa théorie était un champ de ruines. Plus il l'embrassait, plus il avait envie de l'embrasser, et le cercle vicieux ne s'arrêtait pas là. Il pensait sans arrêt à toutes les fois où elle s'était mise à genoux devant lui, à toutes les fois où il s'était glissé entre ses jambes, et... Il déglutit quand elle se cala tant contre lui qu'il était sûr qu'elle pouvait le sentir. Il avait définitivement besoin de refaire quelques multiplications maintenant.
« OH SERIEUSEMENT ?! »
L'exclamation de Sirius à quelques mètres d'eux les fit sursauter, et ils bondirent chacun d'un côté du trottoir avant que James ne tire habilement Lily devant lui pour dissimuler la preuve immanquable de l'effet qu'elle avait sur lui.
« J'allais vous demander de m'expliquer pourquoi Fortarôme est venu me trouver comme une bombe pour me dire que mon petit-ami était en train de me tromper, mais le tableau est gravé dans ma mémoire. Est-ce que vous alliez faire ça contre le mur du Chaudron Baveur ? les sermonna t-il en laissant retomber ses bras contre lui comme un parent déçu.
- Je n'ai pas vu Florian, répondit James en haussant les épaules.
- EVIDEMMENT QUE TU NE L'AS PAS VU ! TU ETAIS OCCUPE A... A... ENFONCER TA LANGUE DANS SA BOUCHE JUSQU'A SES AMYGDALES ! s'écria t-il en désignant Lily de la main.
- Pour sa défense, c'est moi qui... commença Lily avant qu'il ne l'interrompe.
- Oh tu n'es pas mieux ! Maintenant, rentrez avec moi là dedans. Et toi, le mariage est annulé, dit-il en agitant son index vers son meilleur ami. »
James ouvrit la bouche pour lui répondre quelque chose de très intelligent, mais Sirius le coupa aussitôt et Lily laissa échapper un rire étranglé.
« Et non, tu n'as pas le droit de profiter de ta nuit de noces avec quelqu'un d'autre. Et dire que j'ai suspendu mon concours de rots pour ramener ta sangria jusqu'à notre table comme le parfait fiancé que je suis... Quelle trahison, souffla t-il.
- Continue à marcher devant moi, tu veux ? glissa t-il à l'oreille de Lily alors qu'ils s'élançaient derrière Sirius. »
Elle hocha la tête et il l'entendit rire un peu. Il ne voulait pas qu'elle rentre chez elle ce soir là. Il voulait qu'elle reste avec lui, qu'elle dorme avec lui, il la voulait dans sa vie comme il n'avait jamais voulu aucune autre fille avant. Il aurait aimé pouvoir le lui dire. Elle détournait son attention de ses inquiétudes les plus tenaces, et ce n'était pas juste physique. C'était elle, son répondant, le flirt perpétuel, les sentiments. Les sentiments, indéniablement.
« Toi, tu vas me présenter aux garçons de la table de ce Stebbins pour te racheter d'avoir mis le grappin sur mon promis, déclara Sirius à l'adresse de Lily.
- Maintenant ?
- Bien sûr que oui, maintenant. J'en ai repéré un et il est hors de question que je sorte d'ici sans avoir au moins son instagram.
- Heu... Est-ce que je peux juste raccompagner James à notre table avant ? s'enquit-elle, et il eut envie de tomber à genoux devant elle et de lui demander de l'épouser à ce moment là. Ou au moins de l'inviter à un vrai rencard avec lui.
- Raccompagner... Raccompagner James ? marmonna Sirius avec incrédulité avant de reprendre un peu plus fort. Tu me demandes si tu peux raccompagner James ? C'est le seul de nous quatre qui a le sens de l'orientation, et tu me demandes si...
- Ce n'est définitivement pas un problème d'orientation, mec, le coupa James en haussant les sourcils, et Sirius le toisa curieusement avant de prendre une longue inspiration et de laisser échapper un rire sonore.
- Oh. Évidemment, ricana t-il. Eh bien, je ne bouge pas, Evans. »
Il leur fit signe d'y aller, et Lily riait encore lorsqu'ils atteignirent enfin leur table et qu'il put dissimuler le problème qui n'en aurait pas été un s'ils avaient été seuls. Rémus, Marlène, Mary, et Peter étaient en train de parler des partiels et il n'avait aucune envie de se mêler à cette horrible conversation, alors quand Lily entama un mouvement pour rejoindre Sirius, il attrapa sa main au vol et l'arrêta dans son élan.
« Ne me laisse pas avec eux, ils parlent de cours.
- Je reviens dans une minute. Je fais juste les présentations, et je le laisse gérer le reste. Tu sais mieux que moi à quel point il est sans gêne, il va probablement s'asseoir à leur table directement de toutes façons, lui fit-elle remarquer, et il songea qu'elle avait très certainement raison.
- Une minute ? répéta t-il.
- Une minute, confirma t-elle en retirant sa main de la sienne.
- Oh sérieusement, mariez-vous une bonne fois pour toutes, qu'on en finisse ! s'exclama Marlène qui était à leur opposé.
- Sacré sens de l'humour, Marly, commenta Lily avant de secouer la tête d'un air las et de disparaître parmi les fêtards.
- … Oups. Je m'en occupe, s'excusa la jeune femme blonde avant de partir à la suite de sa meilleure amie. »
Au fur et à mesure que l'heure avançait, le pub s'éclaircissait. La plupart des étudiants rejoignait les boîtes du centre ville, si bien que James put apercevoir Lily et Marlène près de l'entrée. Il mit quelques secondes avant de se rendre compte qu'elles se disputaient. Il cligna des yeux, et il réalisa probablement en même temps que Mary que la jeune femme rousse pleurait, parce qu'elle se leva rapidement et elles s'éclipsèrent bientôt toutes les trois par la porte du Chaudron Baveur.
Il hésita longuement à les rejoindre, mais il resta docilement assis avec les garçons sans toutefois réussir à se mêler à la conversation. Ses yeux restaient obstinément rivés sur la porte du bar. Il savait qu'elles finiraient par revenir, toutes leurs affaires étaient là, mais il voulait juste savoir si Lily allait bien. Piètre réflexion, étant donné ce dont il venait d'être témoin, mais il se comprenait.
Quelques minutes plus tard, Mary et Lily réapparurent à la table, et Rémus s'aperçut immédiatement que Marlène manquait. Il la chercha du regard et la jeune femme brune lui fit signe que sa petite-amie était en train de fumer dehors. Il lui lança un coup d'oeil interrogateur auquel elle ne répondit pas, mais elle se pencha sur James.
« Est-ce que tu peux ramener Lily ?
- Bien sûr, répondit-il immédiatement en se levant, et il vit la jeune femme rousse détourner les yeux et essuyer rapidement une larme sur sa joue. »
Il se sentit misérable comme jamais auparavant. Il aurait été stupide de ne pas se rendre compte qu'il avait quelque chose à voir dans l'affaire, et il n'avait aucune idée de la façon dont il devait s'y prendre pour arranger ce qui devait l'être, mais il était déterminé à le faire. Il poussa la sangria qu'il n'avait même pas goûtée vers Mary et lui adressa un bref sourire qui signifiait qu'il s'occupait de tout. A en voir la façon dont elle le lui rendit, elle n'en douta pas.
Ils enfilèrent leur manteau et quittèrent l'endroit non sans croiser Marlène, cigarette entre les doigts. Elle leva timidement la main dans leur direction pour leur adresser un faible au revoir, et James en fit de même. Lily, elle, fixa ses pieds, obstinément silencieuse. Elle ne se mit à parler que lorsqu'ils tournèrent dans la rue adjacente.
« Merci.
- Tu rigoles ?! Tu m'épargnes des heures entières à devoir m'occuper de Sirius.
- Tu dis ça comme si c'était un enfant, répondit-elle »
Il entendit le faible sourire dans le ton de sa voix. C'était mieux que rien. Il enfouit ses mains dans les poches de son manteau et ouvrit la bouche pour répondre.
« C'est un enfant, confirma t-il. Sérieusement, je devrais être payé pour vivre avec lui. C'est plus de la garderie que de la colocation.
- Je ne suis pas certaine que tu fasses un si bon travail. Il y a quand même un trou dans la porte de sa chambre.
- Parce que Peter et lui ont fabriqué un canon miniature et qu'il a un peu trop fonctionné, mais c'était drôle. Je ne peux pas dire le contraire... J'ai participé aux plans.
- Est-ce que Rémus est le seul à être responsable ? demanda t-elle, et il se félicita intérieurement lorsqu'il l'entendit rire.
- Rémus ? répéta James en arquant un sourcil. Il a ramené une vache dans l'appartement l'été dernier parce qu'elle était destinée à l'abattoir. Il l'a volée à des amis de ses parents à deux heures de route d'ici. Il a loué un van et... Lily, je te jure qu'il est cintré.
- Tu te moques de moi.
- Je n'ai jamais été plus sérieux, lui jura t-il en levant solennellement la main droite. Elle a passé la nuit chez nous, et ensuite, on a voulu la relâcher ni vu, ni connu dans le pré de l'agriculteur le plus proche, mais est-ce que tu savais que les vaches ne savent pas descendre les escaliers ?
- Et l'ascenseur ? proposa t-elle, absorbée par l'histoire, exactement comme il le voulait.
- Impossible, elle était énorme.
- Qu'est-ce que vous avez fait ? »
Ils déambulaient lentement dans la nuit, éclairés par les réverbères et les phares de voitures, et James ne pouvait s'empêcher de se réjouir intérieurement d'avoir détourné son attention de sa querelle avec Marlène.
« On a dû faire intervenir une grue et la sortir par la fenêtre du salon. »
Elle resta muette pendant une seconde, et puis elle éclata de rire. Il aurait échangé sa collection entière de vinyles contre une vie à l'entendre rire de cette façon, sans retenue et sans faux semblant. Ses joues étaient légèrement rougies par le froid, et quand elle leva la tête et écarta les cheveux que le vent poussait perpétuellement sur son visage, elle lui coupa le souffle.
« Est-ce que la vache va bien, maintenant ? demanda t-elle alors qu'ils se rapprochaient de la rue où la voiture était garée.
- Je l'espère, la grue m'a coûtée un bras. »
Le rire de Lily, plus réservé cette fois-ci, fut partiellement couvert par une voiture qui fila à toute allure sur le boulevard. Ils tournaient tout juste dans l'angle de la rue où était garée la Ford noire de James, discutant de la façon dont Rémus se faisait perpétuellement passer pour le plus sage des quatre, lorsqu'ils aperçurent trois types autour de la voiture de James qui se trouvait encore à une quinzaine de mètres.
Ils se tournèrent vers eux, et deux d'entre eux se mirent à détaler comme des lapins avant que Lily et James n'aient pu comprendre ce qu'il se passait. Il appuya sur un bouton de sa clé pour déverrouiller les portières afin de signaler au dernier qu'il était dans de sales draps, mais le garçon demeura debout devant eux, un couteau suisse à la main, et James remarqua à ce moment là que tous ses pneus étaient à plat. Oh il n'était pas violent par définition, mais il espérait sincèrement pour ce type qu'il courait vite.
« Severus ? »
La voix de Lily le stoppa dans son élan. Elle marcha à grandes enjambées jusqu'au jeune homme qui semblait paralysé. Seulement sa main bougea quand il rangea son couteau suisse dans sa poche. Ses yeux étaient comme vissés à la jeune femme qui s'arrêta à deux petits mètres de lui, lui rendant son regard avec une froideur que James ne lui connaissait pas.
« Je... Je ne savais pas, bafouilla le jeune homme. »
James vit Lily baisser les yeux sur les pneus de la voiture avant de les reporter sur lui, et elle se tendit. Ses poings étaient serrés le long de son corps, et elle ne prononça pas le moindre mot jusqu'à ce qu'il ne reprenne la parole.
« Je te jure que je ne savais pas. Si j'avais été au courant qu'elle était à lui, je n'aurais pas...
- Dis-moi que c'est une blague, murmura Lily sur un ton glacial.
- Ce n'était pas mon idée, c'était...
- Ce n'est jamais ton idée, Rogue, le coupa t-elle, et James comprit à ce moment là. »
Alors c'était donc lui, le fameux ex, celui dont elle ne semblait pas pouvoir se détacher, celui auquel elle pensait quand ils n'étaient pas ensemble, celui qui l'avait rendue aussi anxieuse à l'idée de laisser quelqu'un de nouveau entrer dans sa vie. C'était lui. Il se rappelait du nom, celui que Sirius lui avait rapporté un soir. Il se souvenait de ce qu'il lui avait raconté sur lui, de ce que Lily lui avait confié, des choses qu'elle savait qu'il lui répéterait et qu'elle n'avait pas hésité à dire à Sirius quand même. Il avait envie de le pulvériser.
« Je... Je vais payer, bafouilla t-il, et Lily se tourna légèrement vers James.
- Je préférerai encore m'amputer les deux bras que de savoir que mes nouveaux pneus viennent de toi, merci, répondit-il aussitôt. »
Le garçon se paya le luxe de le toiser haineusement, et James se demanda comment il avait pu intéresser assez Lily pour qu'elle soit amie avec lui. Pire, pour qu'elle sorte avec lui. Il n'avait rien pour lui. Il s'était attendu à ce qu'il soit au moins agréable à regarder, étant donné que, d'après les histoires qu'il avait entendues, il avait une personnalité affreuse, mais ce n'était même pas le cas. Il était juste fidèle à la description que Sirius lui en avait fait. Grand, des cheveux si gras qu'ils auraient pu servir à faire cuire des frites, et un nez si crochu qu'il lui rappelait les sorcières de ses romans d'enfance. Il avait un physique à concocter des potions, clairement. James avait beau ne pas être du genre à juger les gens sur leur apparence, il le fit très fort cette fois-ci.
« Qu'est-ce qu'il faut que je fasse, pour que tu disparaisses de ma vie ? l'interrogea t-elle. »
Il n'y avait aucune haine dans sa voix, juste une lassitude désarmante qui prit Rogue au dépourvu. Il s'attendait certainement à une querelle verbale, quelque chose de salé, mais Lily était calme. En apparence, au moins.
« Rien, je... Rien, lui dit-il. Je vais parler aux autres, je... Il ne se passera plus rien, Lily. »
Elle resta immobile pendant une seconde avant de hocher mécaniquement la tête. Rogue fit de même, et ils échangèrent un dernier et bref regard avant qu'il ne leur tourne le dos. James se rendit compte à ce moment là que la main de Lily était solidement enfermée dans la sienne. Il ne savait pas à quel moment il l'avait prise, ses yeux étaient resté rivés sur le jeune homme, et il eut un peu mal au cœur quand elle se dégagea de son étreinte avant de s'appuyer contre la voiture et de laisser échapper un soupir si long qu'il lui sembla qu'elle le retenait depuis longtemps.
« La prochaine fois, restons chez toi, d'accord ? Je crois que je préfère les partiels aux sorties, finalement. »
