Lily était assise à la table de la salle à manger de ses parents, la tête entre les mains, alors qu'un bruit de vaisselle brisé venait de retentir dans la cuisine suivi d'une remarque acerbe dont elle n'entendit pas exactement le contenu. Le ton était suffisant, elle avait saisi l'essentiel, et visiblement, James aussi puisqu'il tendit le bras pour lui caresser affectueusement la joue.
« Je t'avais prévenu, chuchota t-elle. »
Elle sortait avec lui depuis plusieurs mois, et c'était la première fois qu'elle osait l'amener dîner chez ses parents. Elle avait songé que le fait qu'elle ait choisi la semaine précédant le mariage de Pétunia lui assurait de ne pas la voir, parce qu'elle croulait certainement sous le travail, et donc, d'éviter une dispute qui aurait automatiquement éclatée pour n'importe quelle raison stupide, mais visiblement, c'était sans compter sur ses parents.
Le déjeuner avait plutôt bien commencé, Ned et Rose s'étaient tout de suite bien entendus avec James. Ce n'était que la deuxième fois qu'ils se voyaient, et ils n'avaient pas vraiment pu discuter la première parce que Lily n'avait pas voulu leur en laisser l'occasion, mais elle avait presque songé pendant un moment qu'elle s'était trompée, parce que les rires s'étaient succédés à table et elle avait vu la différence entre leur comportement avec James, et leur comportement avec Vernon.
Il était évident qu'ils l'appréciaient d'avantage que le futur mari de Pétunia. Cela n'avait pas été spécialement une inquiétude pour Lily, elle avait surtout angoissé à l'idée que ses parents puissent trouver un moyen de se sauter à la gorge la première fois qu'elle ramenait quelqu'un d'autre que Severus, quelqu'un à qui elle tenait vraiment, quelqu'un à qui elle ne voulait pas montrer immédiatement les dysfonctionnements de sa famille, surtout quand la sienne était parfaite... Et elle avait cru pendant un moment que tout se passerait bien.
Il y avait eu des soupirs et des regards ennuyés, mais rien de plus jusqu'à la fin du repas, jusqu'à ce que Ned n'évoque le mariage de Pétunia, auquel Lily ne participerait pas, et que Rose ne le lui reproche. Le ton était graduellement monté avant qu'ils ne se radoucissent tous les deux quand la jeune femme rousse leur demanda directement de ne pas se lancer dans un débat maintenant, et puis ils avaient entrepris de débarrasser la table, et s'étaient mis à se disputer dans la cuisine, là où ils pensaient que personne ne les entendrait.
« Bienvenue dans mon monde, soupira t-elle avant de capturer sa main et de se lever de sa chaise. Allons en haut, je n'ai pas envie de les entendre.
- Je suis désolé, lui dit-il alors qu'ils montaient les escaliers.
- C'est moi qui suis désolée, répliqua t-elle en poussant la porte de sa chambre devant elle. Ta famille est juste parfaite, et je t'amène chez moi, et mes parents ne sont même pas capables de se tenir trois heures de suite.
- Lily, sérieusement, on a ri tout le repas, ce n'était pas aussi terrible que ce que tu penses.
- Ça ne l'était pas jusqu'à ce qu'ils ne recommencent à se sauter à la gorge, confirma t-elle avec ironie. Je comprendrais si tu me fais cirer le banc ce soir pour t'avoir forcé à vivre ça. Et le pire là dedans, c'est que tu n'as même pas encore rencontré ma sœur.
- Je ne vais pas te faire cirer le banc, pouffa t-il alors qu'elle le poussait doucement sur son lit. et non, non, on ne va pas faire ça maintenant. »
Elle esquissa une grimace lorsqu'il immobilisa son poignet au dessus de la boucle de sa ceinture, et elle demeura debout devant lui, une main plongée dans ses cheveux noirs, et l'autre dans la sienne.
« Pourquoi ?
- Parce que je n'ai pas envie de t'épuiser avant ton dernier match de la saison, répondit-il avec un sourire en coin avant de l'enlacer et de nicher sa tête contre son ventre.
- Oh sérieusement, Potter ?! gloussa t-elle en tirant juste assez sur ses cheveux pour qu'il desserre légèrement son étreinte.
- C'est coach, pour toi.
- Ne joue pas à ça si tu ne veux pas que je te...
- Est-ce que c'est un poster des Backstreet boys ? la coupa t-il alors que ses yeux bruns étaient figés sur la porte qu'elle avait claquée derrière eux lorsqu'ils étaient entrés.
- … Non, mentit-elle après une seconde de panique interne.
- Si, dit-il en la repoussant juste assez pour pouvoir se lever et observer un peu mieux sa chambre. »
Elle se laissa tomber sur son lit, tête enfoncée dans l'oreiller parce que c'était mieux que de le voir reluquer les murs de sa chambre d'adolescente, et elle l'insulta bruyamment lorsqu'elle l'entendit rire.
« Est-ce qu'ils portent des vêtements sur au moins une photo ? demanda t-il sur un ton moqueur. Quand je vais raconter ça à Sirius...
- Je t'interdis de faire ça, grommela t-elle en se retournant pour s'appuyer sur un coude alors qu'il s'approchait du mur qui était recouvert de photos d'elle avec Mary, Marlène, et d'autres anciens camarades de classe qu'elle ne voyait plus qu'au travers de publications Instagram dorénavant.
- Oh il va adorer. Il a la même décoration dans sa chambre au manoir, lui confia t-il avec un sourire amusé.
- On a beaucoup trop de points communs, dit-elle pensivement avant de poursuivre. Peut-être que j'aurais dû sortir avec lui plutôt qu'avec toi. »
Il se retourna vers elle en haussant les sourcils, et elle ne put que rire devant l'expression ennuyée qu'elle lut sur son visage.
« Tu imagines sérieusement sortir avec quelqu'un que j'ai dû emmener deux fois aux urgences parce qu'il s'était coincé des cornflakes dans les narines ?
- Comment est-ce que ça a pu arriver deux fois ? pouffa t-elle.
- Qu'est-ce que j'en sais ? C'est Sirius. »
Elle lui concéda bien volontiers que cet argument ne nécessitait pas spécialement plus de précisions, et elle se redressa un peu lorsqu'il tendit la main pour décrocher une photo du mur et la regarder de plus près.
« Hé, Evans, j'embarque celle-ci, déclara t-il après s'être légèrement raclé la gorge. »
Il la brandit par dessus son épaule pour qu'elle puisse voir de laquelle il parlait tout en reprenant son inspection du mur, et elle s'esclaffa quand elle constata qu'il s'agissait d'une photo que Mary avait prise d'elle deux ans plus tôt, à l'anniversaire surprise de Marlène lors duquel tout le monde s'était déguisé. Visiblement, James trouvait que son costume de Petite sirène lui allait à ravir.
« Marlène était cool avec ses mèches roses, continua t-il en pointant du doigt une photo qu'elle avait prise devant le lycée. Pourquoi est-ce que Mary embrasse un hamster sur celle-là ?
- Elle ne l'embrasse pas, elle lui fait du bouche à bouche. Crois-le ou non, mais ça a fonctionné, et Bob a vécu une année de plus.
- Bob ?
- Marlène l'avait trouvé près de chez elle quand on était en troisième. Quelqu'un l'avait abandonné au niveau des poubelles. Elle l'a récupéré et on lui a trouvé une cage. Il a vécu dans sa chambre pendant des mois avant que ses parents ne s'en rendent compte et qu'ils pètent littéralement un câble. Elle a dû l'emmener chez Mary après ça. »
Elle se redressa pour attraper son portable quand elle le sentit vibrer dans la poche arrière de son jean, et répondit rapidement à Emmeline qui demandait sur le groupe de l'équipe qui irait au gymnase pour regarder le match des garçons le soir même, et qui voulait fêter la fin de l'année chez elle.
« Tu ne regardes pas encore si on a les résultats des partiels, n'est-ce pas ? s'enquit James avec un sourire moqueur.
- Non, je me suis faite une raison, ils ne tomberont pas aujourd'hui, répondit-elle en grimaçant avant de reporter son attention sur le message d'Emmeline. »
Elle espérait clairement qu'elles ne seraient pas nombreuses, parce qu'aucune des filles ne savait encore que James et elle sortaient ensemble, même si la capitaine avait des soupçons que Lily lui était silencieusement reconnaissante de ne pas formuler devant les autres. Elle détestait ces moments où elle devait se retenir d'être elle-même avec lui.
C'était le dernier match de la saison et ils avaient beau être un peu plus tranquilles maintenant parce qu'ils savaient que Doris et Gladys terminaient leurs études et donc, par la même occasion, quittaient l'équipe universitaire, ils continuaient tout de même de faire attention à la façon dont ils se comportaient ensemble lorsqu'ils étaient au gymnase ou sur le campus.
« Doris et Gladys ne vont pas vous voir jouer ce soir, lui apprit-elle en lisant les messages des filles. Glenda non plus, mais c'est beaucoup moins un problème. Daisy est en Allemagne, et Agatha va au cinéma avec Mary. J'ai l'impression qu'il n'y aura que Matilda, Alice, et Emmie. Est-ce que les garçons viennent chez elle après le match ? l'interrogea t-elle en laissant négligemment tomber son portable à côté d'elle sur le matelas.
- Mon équipe ? Ou mes colocataires ? demanda t-il tout en s'asseyant sur son fauteuil de bureau à roulettes. »
Il fit un rapide tour sur lui même avant de se stopper net pour la regarder.
« Les deux.
- Tout le monde vient, sauf Ludo et Howland.
- Ça veut dire qu'il y aura Lockhart ? gémit-elle en grimaçant.
- Emmie a une cave, on l'enfermera dedans si nécessaire, plaisanta t-il en haussant les épaules. Il est quelle heure ?
- 14h45, répondit-elle après avoir brièvement déverrouillé son téléphone, il ne faut peut-être pas qu'on tarde, Bedford est presque à deux heures d'ici. Tu crois que tu peux nous coacher et revenir à temps pour ton match ? s'enquit-elle, perplexe, en se levant de son lit pour entamer un mouvement vers le couloir.
- Aucune chance, mais je devrais pouvoir arriver avant la mi temps, répondit-il en haussant les épaules alors qu'ils descendaient les escaliers. »
L'atmosphère semblait s'être apaisée en bas, son père était en train de tailler les rosiers dans le jardin, et sa mère s'était assise devant la télé avec une tisane à la main. Lily s'appuya contre l'encadrement de la porte et regarda James disparaître dans la cour pour aller saluer son père alors qu'elle lui adressait un bref signe de main, mais elle n'échappa pas à l'étreinte de sa mère une seconde plus tard qui lui planta un baiser sonore sur la joue avant d'offrir une accolade à James tout en déplorant le fait qu'ils doivent partir si tôt.
« La prochaine fois, vous viendrez à la maison, lui assura James en souriant.
- J'espère que tu les invites au manoir et pas dans ton appartement, parce que je ne suis pas certaine qu'ils soient prêts à rencontrer Sirius, lui fit-elle remarquer avec un demi-sourire.
- Sirius ? répéta Rose en leur jetant un regard interrogateur.
- Notre chien, répondit-elle automatiquement, et James laissa échapper un rire étranglé avant de faire tomber son bras sur ses épaules.
- Mon frère, en quelque sorte, corrigea t-il en levant les yeux au ciel. Je sais que ça n'en a pas l'air comme ça, mais ils s'aiment bien. »
Rose pouffa à son tour alors qu'ils se dirigeaient tous les trois vers la porte d'entrée, et elle leur adressa un dernier signe de main avant qu'ils ne disparaissent dans la voiture de James, direction le parking du gymnase.
Ils avaient pris l'habitude d'arriver ensemble, et Daisy avait fait un sous entendu là dessus la première fois, mais ils avaient rapidement désamorcé la bombe en lui rappelant que Lily n'avait plus de voiture et qu'ils habitaient dans le même bâtiment. Cela n'avait pas suscité d'avantage d'interrogations par la suite, et ils s'en étaient tous les deux réjouis.
Elle fredonnait une chanson de George Harrison lorsqu'ils arrivèrent devant le gymnase, et elle retira immédiatement la main qui avait trouvé sa place sur la nuque de James, à la naissance de ses cheveux bruns qu'elle avait passé les quelques minutes du trajet à caresser machinalement.
« Et c'est reparti pour trois heures de privation insoutenable, s'exclama t-il sur un ton exagérément dramatique.
- Comme si tu n'allais pas profiter de chaque moments d'inattention des filles pour me tripoter, se moqua t-elle en esquissant un sourire en coin.
- Comme si tu n'espérais pas que je fasse exactement ça, répliqua t-il de la même manière. »
Elle savait qu'il faisait exprès d'attirer son attention sur lui pour ne pas qu'elle réfléchisse trop au match et à ce qu'elle avait peur de ne pas réussir à accomplir, et cela fonctionnait divinement bien. Peut-être un peu trop d'ailleurs, parce qu'elle était à deux doigts de lui dire de reculer son siège pour lui laisser une place entre ses jambes lorsqu'elle entendit une portière claquer et que son attention se reporta immédiatement sur Matilda qui venait d'arriver et qui agitait sa main dans leur direction.
En une poignée de minutes, les autres étaient là, et Lily décida de monter dans la voiture d'Alice pour le trajet. Elle ne se faisait pas confiance pour rester sage pendant une heure et demie à côté de James en sachant que Doris et Gladys avaient balancé leurs sacs dans sa voiture. Ce n'était pas plus mal. Elle préférait largement la compagnie d'Alice, Agatha, et Glenda. Matilda et Emmeline, elles, partaient de leur côté.
« Je déteste jouer contre Bedford. Il y a cette fille qui campe dans la raquette et qui me met toujours des coups de cul, bougonna Glenda.
- Avec un peu de chance, elle sera malade.
- Tu n'as qu'à sortir le tien aussi, lui conseilla Agatha alors que les autres s'esclaffaient.
- Un pronostic sur le score ?
- Je n'en sais rien, répondit Glenda. C'est toujours compliqué avec Bedford. Elles ont un niveau similaire au nôtre, il faut juste qu'on arrive à faire le travail. »
Lily garda les yeux rivés sur la fenêtre tout le trajet, écoutant passivement la discussion d'Alice et d'Agatha pendant que Glenda dormait, appuyée contre la vitre. Elle essaya vainement de contrôler la pression qui commençait à monter. C'était dans ces moments là qu'elle avait le plus besoin de James. Elle ne voulait pas spécialement l'entendre la rassurer, le simple fait de le voir à côté d'elle suffisait parfois à faire légèrement retomber la tension qui nouait ses muscles.
Ils arrivèrent à deux ou trois minutes d'intervalle et elle s'empressa de récupérer son sac de sport dans son coffre tout en lui lançant un regard hésitant avant de suivre les filles à l'intérieur de la salle. Il n'était pas très loin derrière, et lorsqu'ils pénétrèrent dans le gymnase, elle sentit la brève pression de sa main dans le creux de son dos. Un maigre réconfort compte tenu de l'angoisse qui commençait à monter.
Elle le quitta rapidement, suivant les filles jusque dans les vestiaires. Doris et Gladys s'arrêtèrent juste pour rire d'un garçon qui manqua de très loin un panier à trois points alors que le match qui précédait le leur se terminait, puis elles s'engouffrèrent derrière elle.
« Arrête de paniquer, Evans, ce n'est qu'un match, lui dit Gladys en levant les yeux au ciel alors que le mutisme persistant de Lily la trahissait.
- Évidemment, c'est le dernier de la saison, donc si tu joues avec deux mains gauches tout le monde s'en souviendra pendant au moins deux mois, mais avec un peu de chance, personne ne t'en parlera, surenchérit Doris.
- Merci Doris, ironisa Lily.
- Est-ce que c'est censé la rassurer ? pesta Matilda en lui jetant un regard noir.
- Elle ne passera pas les sélections à Newcastle avec une attitude comme celle-ci, ils n'aiment pas les gens qui font du cinéma.
- Qui a dit que je voulais aller à Newcastle ? répliqua Lily en arquant un sourcil.
- Tu posais beaucoup de questions sur le stage du coach quand tu es arrivée dans l'équipe, alors j'ai pensé que... »
Gladys ne termina pas sa phrase. Elle se tut pendant un instant, et Lily se pencha rapidement vers son sac de sport. Si elle avait pu, elle se serait glissée entièrement à l'intérieur, parce qu'elle sentait le regard perçant de sa coéquipière sur elle, et quelque part, elle savait exactement quels allaient être les prochains mots qui allaient sortir de sa bouche.
« A moins que ce ne soit pas le club qui t'intéresse, reprit-elle. »
Lily la vit du coin de l'oeil, debout devant le banc des vestiaires, son short de match à la main alors qu'elle venait de défaire le bouton de son jean, et elle entendit vaguement quelques rires perplexes.
« Je te l'ai déjà dit, Gladys. Pas d'alcool avant le basket, intervint Emmeline, n'apaisant que légèrement la tension. »
Lily aurait pu nier, mais elle n'avait juste aucune envie de mentir maintenant. Elle ne voulait pas non plus dire la vérité. Elle ne devait rien à Gladys, alors elle garda simplement le silence et se saisit de son maillot de match.
« Elle ne serait pas la première à craquer pour le coach, gloussa Doris en adressant un clin d'oeil à Glenda.
- Oh, c'est bon, c'était au début, je m'en suis remise, bougonna la concernée en esquissant une moue boudeuse.
- Tu vois Lily, il vaut mieux que tu fasses pareil. James ne s'intéresserait pas à toi même si tu faisais le meilleur match de ta vie, trancha Gladys.
- C'est triste, mais c'est vrai. Tu sais, il est comme ça. Ce n'est pas personnel, c'est juste qu'il a mieux à faire, affirma Doris, et le sourire entendu qu'elles échangèrent lui donna des envies de meurtre. »
La jeune femme rousse se demanda immédiatement s'il serait si grave qu'elle finisse de se changer avec les filles, puis qu'elle traverse le terrain et embrasse à pleine bouche leur coach assez langoureusement pour que chaque personne présente dans la salle ait envie de rendre son déjeuner.
Ce fut véritablement satisfaisant, de savoir qu'elle pouvait le faire, et que c'était une option à ne pas négliger, mais elle n'avait toutefois aucunement l'intention de se laisser emporter par sa colère envers Gladys et Doris maintenant. Ils tenaient à se protéger l'un et l'autre, et elle aurait détesté causer des problèmes à James alors qu'ils étaient si proches d'en avoir fini avec les deux filles qui étaient leur principale source d'inquiétude.
La bonne nouvelle fut qu'elle était maintenant si agacée que le stress du match était passé au second plan. Elle termina de se changer rapidement, n'écoutant que brièvement les autres filles de l'équipe reprocher à Doris et Gladys de toujours se comporter comme les pires pestes que l'univers ait porté, et quitta les vestiaires.
James était assis sur le banc de touche, à observer les joueuses de l'équipe adverse qui avaient commencé à s'entraîner dès que le match précédent s'était terminé, et il ne leva même pas les yeux vers elle quand elle posa lourdement son sac près de lui.
« Prépare toi à me plaquer à terre à tout moment, parce qu'il est possible que je commette un meurtre, chuchota t-elle en arrangeant sa queue de cheval.
- Je n'ai pas besoin de raison particulière pour avoir envie de te plaquer au sol, mais dis-moi, répliqua t-il discrètement sans quitter l'autre équipe des yeux.
- Gladys et Doris viennent de se foutre de moi devant tout le monde en prétendant que je suis attirée par toi.
- Mais tu es attirée par moi. »
Elle jeta un bref coup d'oeil par dessus son épaule pour voir si les filles sortaient des vestiaires, et quand elle constata qu'il n'y avait qu'Emmeline, et qu'elle était accroupie en train de lacer ses chaussures à l'autre bout du terrain, elle en profita pour flanquer un rapide coup sur l'épaule de son petit-ami qui lâcha un rire.
« Je vais te faire jouer tout le match si tu me manques de respect comme ça, pointa t-il.
- Tu as enfin compris comment je fonctionne, je suppose que c'est déjà bien, marmonna t-elle en se rapprochant du sac d'équipe pour en extraire un ballon.
- Qu'est-ce qu'elles t'ont dit ?
- En gros, que tu ne me calculerais pas, même si je jouais comme une pro.
- Elles vont cirer le banc, déclara t-il après être resté silencieux quelques secondes.
- Tu sais que c'était exactement ce que je redoutais, quand je te disais que je ne voulais aucun traitement de faveur lorsque nous avons commencé à nous voir ?
- Ce n'est pas un traitement de faveur. Quand tu fais partie d'une équipe, tu dois respecter tes coéquipières, et...
- Et quoi ? Tu vas leur dire que j'ai couru vers toi pour me plaindre ? s'énerva t-elle légèrement en calant le ballon contre sa hanche.
- Elles ont tout l'échauffement pour me donner une raison de ne pas les faire jouer autant que les autres, et tu sais aussi bien que moi qu'elles vont trouver quelque chose de déplacé à balancer à l'une des filles, si c'est ce qui t'inquiètes.
- Je te l'ai juste dit parce que nous sommes en couple et que j'ai besoin de partager les choses qui m'énervent avec toi, pas pour que tu prennes des foutues sanctions !
- L'un n'empêche pas l'autre.
- Tu n'as pas intérêt, le prévint-elle en chuchotant alors qu'Emmeline marchait vers eux. »
Il ne répondit rien, mais se leva du banc de touche et se dirigea vers les arbitres à qui il serra rapidement la main avant de discuter avec eux et le coach adverse. Lily déglutit et détourna le regard dès que la capitaine arriva à sa hauteur. Elle lui glissa son ballon dans les bras puis se saisit du deuxième.
« Je suis désolée pour Gladys et Doris, soupira Emmie.
- Ce n'est pas comme si je ne les connaissais pas, répondit Lily en haussant les épaules avant de se diriger vers le panier.
- Dieu merci elles ne viennent pas chez moi ce soir. Je crois que j'aurais pu finir par en pousser une accidentellement dans les escaliers de l'entrée. Ou les deux.
- Je t'aurais probablement aidé à cacher les corps. Il y a un point d'eau pas loin de chez toi ? »
Elles s'esclaffèrent et commencèrent à faire quelques tirs en attendant les autres, et lorsqu'elles arrivèrent enfin, l'échauffement débuta. Fidèles à elles-même, Doris et Gladys gloussèrent quand Alice tira et que la balle ne toucha même pas le panneau derrière l'arceau, et Lily pesta intérieurement lorsqu'elle jeta un bref regard par dessus son épaule et qu'elle constata que James n'avait pas manqué la scène.
Comme attendu, aucune des deux jeunes femmes ne commença le match, et le coup d'oeil irrité que Lily lança à son petit-ami n'eut absolument aucun effet sur lui. Il avait ce super pouvoir qu'elle jalousait, celui de rester stoïque à travers n'importe quelle situation, et qui, à ce moment là, l'agaça profondément. Le fait qu'elle ne puisse rien lui reprocher frontalement quand il annonça qu'elle était dans le cinq majeur contrairement aux deux filles n'arrangea rien, et elle commença le match en étant tellement exaspérée que le stress habituel n'eut même pas l'opportunité de la prendre d'assaut.
Elle resta près d'Emmeline qui montait le ballon, et lui fit un écran de retard qui déboucha sur une passe décisive vers Agatha. Le ballon rentra droit dans le panier moins de dix secondes après le début du match. Ce ne fut pas aussi simple le reste du temps. L'équipe de Bedford était solide, et si les filles n'étaient pas tellement grandes, elles n'en étaient pas moins rapides et adroites, mais il s'agissait du match retour, et James connaissait leur point faible le plus important.
La défense, indubitablement. Elles faisaient presque systématiquement des fautes, et après un bref temps mort adverse, il encouragea son équipe à jouer là dessus. Les touches s'enchaînèrent, puis les lancers francs, et après une adroite feinte qui déboucha sur un shoot à mi distance, Lily marqua son premier panier du match. Il fut suivit par un trois points, une contre-attaque magistrale effectuée avec Matilda, et deux lancers francs marqués à la suite. Elle doutait avoir un jour aussi bien joué, et quand le premier quart temps se termina, elle eut du mal à ne pas relever le demi-sourire sur le visage de James.
Elle n'arrivait pas à se réjouir de l'expression maussade de Gladys, mais elle fut considérablement rassurée de la voir changer quand elle se leva du banc parce que James venait de lui faire signe que c'était son tour de rentrer en piste. Doris suivit également pendant que Matilda et Lily reprenaient leur souffle, chacune une bouteille d'eau à la main.
« Il va falloir que je sorte Emmie, à un moment, déclara t-il alors que le deuxième quart temps commençait. Vous allez mener toutes les deux.
- Pardon ? bredouilla Lily en manquant de s'étouffer avec une gorgée d'eau alors que sa coéquipière hochait la tête avec détermination.
- Tu vas mener. Avec Mat'.
- Je ne suis pas meneuse.
- Tu n'es certainement pas coach, répliqua t-il sans quitter le terrain des yeux. »
Elle voulait lui rappeler toutes ces fois où il lui avait assurée qu'il l'écouterait, et qu'il ne ferait jamais rien qu'elle ne voudrait pas, mais elle ne le pouvait pas. Pas avec Matilda et Alice à côté d'elle. Soudainement, elle se demanda si l'idée d'Emmeline, de pousser Gladys et Doris dans les escaliers, ne pouvait pas être adaptée à une autre cible.
« Ne t'inquiètes pas Lily. On est ensemble, la rassura Matilda en lui claquant la cuisse.
- Si tu ne veux pas, Mat' peut se débrouiller seule. J'imagine que ça va être compliqué, avec la pression que Bedford met en défense, mais personne ne va t'obliger à quoi que ce soit, dit-il, les yeux toujours rivés sur le match. »
Le sale petit con. Elle savait très bien ce qu'il faisait, et elle espérait qu'il savait aussi qu'il le payerait plus tard. Il la connaissait, et il était très au courant que la manière la plus rapide et efficace d'obtenir ce qu'il voulait était de la faire culpabiliser. Elle aurait été bien incapable de laisser qui que ce soit dans la panade, y compris Doris et Gladys, alors évidemment, évidemment qu'elle n'allait pas abandonner Matilda sur ce coup là.
« Je vais le faire, laisse-moi juste récupérer un peu, souffla t-elle avant de s'adosser contre le mur derrière elle, sa bouteille toujours à la main. »
Il acquiesça alors que Lily essayait de reprendre un rythme cardiaque normal en suivant ses coéquipières du regard sur le terrain. Elles menaient de quelques points seulement, pas assez pour être sereines, et elle bénit presque le fait d'être trop focalisée sur la fourberie de son petit-ami pour se payer le luxe d'être tétanisée à l'idée d'aider Matilda à mener.
Finalement, quand ce fut son tour d'entrer, il n'y eut plus que le terrain, le ballon, et les filles qui lui importèrent. Elle perdit la balle une fois, mais Doris parvint à la récupérer in extremis, et par miracle, elles réussirent à jouer ensemble, si bien qu'à la mi temps, elles avaient une quinzaine de points d'avance sur l'autre équipe.
Lily était toujours énervée contre James, et elle ne cessa de jeter des coups d'oeil dans sa direction pendant la pause pour essayer de le coincer tout seul, mais pour une fois, il ne sembla pas décidé à aller prendre l'air. C'était pourtant son truc. Il regroupait brièvement l'équipe dans les vestiaires pour discuter de ce qu'il avait vu pendant les deux premiers quart temps, puis il sortait s'aérer l'esprit, mais la seule fois où elle avait désespérément besoin de le trouver seul pour lui énumérer toutes les méthodes de castration qu'elle avait en tête avec un éclair de haine dans le regard, il ne daignait pas se lever du banc de touche. Pire, il ne daignait pas quitter son portable des yeux, comme s'il savait qu'il risquait de croiser les siens. Tant pis pour lui, elle garderait sa colère pour plus tard.
Quand le match reprit, elle était toujours sur le terrain. Son temps de jeu n'avait jamais été aussi conséquent, et si elle avait été lucide, et pas profondément ennuyée par James, elle aurait compris que ce n'était pas tant parce que Gladys et Doris l'avaient personnellement attaquée, que parce qu'elle jouait le match de sa vie.
Elle n'avait jamais été aussi bonne. Si quelqu'un le lui avait fait remarquer, elle aurait répondu que c'était parce qu'elle était portée par les autres filles, parce qu'elles avaient appris à jouer ensemble et à atteindre une belle cohésion, mais la vérité était que la Lily des entraînements était enfin assez en confiance pour se montrer en match.
Elle était comme ça. C'était elle, tous les mardis soir, parfois les jeudis, ou les vendredis, elle avait la technique, et elle était précise. Elle n'avait pas peur de rater, elle savait qu'elle ne serait jamais la meilleure, mais elle s'était entraînée toute son enfance, elle avait perfectionné son geste pendant des années, elle avait passé des heures entières à tirer du même point jusqu'à ce que le ballon ne file parfaitement dans l'arceau au moins cinq fois de suite, tout ça pour arriver enfin à se montrer sous son meilleur jour des années plus tard.
Pendant un moment, il n'y avait que sur un terrain de basket qu'elle se sentait bien, quand ses doigts agrippaient le ballon en cuir et qu'il n'y avait plus les cris de ses parents quelque part entre les murs de leur modeste maison. Ce n'était plus ce qu'elle ressentait maintenant, mais elle remerciait intérieurement la Lily du passé d'avoir autant joué, parce qu'il n'y avait rien de tel que de marquer paniers après paniers et d'entendre la fierté dans les acclamations de ses coéquipières, ou de voir l'absence totale de surprise sur le visage de son coach parce qu'il savait depuis le début qu'elle en était capable. Elle voulait l'émasculer, mais le sourire confiant qui flottait sur son visage et sur lesquels ses yeux verts s'arrêtèrent brièvement lorsqu'elle trottina vers la ligne de trois points alors que Matilda menait lui donna l'impression d'être capable de tout accomplir.
Elles remportèrent le match contre Bedford ce jour là, et James fila au sien avant qu'ils n'aient pu échanger le moindre mot. Matilda termina meilleure marqueuse, mais Lily était juste derrière et elle ne sut si c'était l'effet dernier match, ou meilleure performance, mais Doris et Gladys lui semblèrent subitement plus chaleureuses que jamais.
Elles quittèrent le gymnase après une douche bien méritée, et Lily répondit aux quelques messages de Mary et Marlène sur leur groupe de discussion avant de leur envoyer une photo du score accompagné d'un emoji champagne, et de leur raconter brièvement le match. Elle suspectait clairement Agatha de faire de même parce que les réponses de Mary étaient beaucoup plus succintes que d'habitude, et cela la fit sourire.
Il leur restait encore une bonne demie heure de route lorsque son portable vibra de nouveau sur ses cuisses. Elle grimaça légèrement quand elle vit qu'il s'agissait d'un message de James. Elle n'avait pas envie de lui parler, et si elle en avait eu la force, elle aurait certainement passé le reste de la journée à l'ignorer pour lui faire payer leur désaccord.
Gladys et Doris n'avaient émis aucun commentaire sur le fait d'avoir été laissées de côté sur le banc pendant beaucoup plus longtemps que d'habitude, mais là n'était même pas la question. Le pire était probablement le fait de savoir qu'elle ne tomberait jamais d'accord avec lui sur la façon dont il avait géré les choses.
James Littérature : Je suis fier de toi.
Le cœur à la fin de son message ne l'adoucit pas suffisamment pour qu'elle passe outre son agacement, et elle leva les yeux au ciel. Il n'avait jamais prononcé les mots qui étaient cachés derrière l'émoji, sûrement parce qu'ils étaient tous les deux encore en train d'essayer de comprendre comment fonctionnait un couple, et elle ne l'avait d'ailleurs plus fait non plus depuis ce jour, chez ses parents, des mois et des mois auparavant.
Elle les ressentait toujours, peu importe à quel point James pouvait être insupportable, elle les ressentait, mais il y avait juste un pas de géant entre les penser et les prononcer. Elle l'avait fait une fois, mais ce n'était pas la même chose. Elle avait eu l'impression qu'elle les lui devait. Elle savait qu'il aurait nié avec véhémence si elle lui avait confié cela, plus, il se serait inquiété de savoir si elle les pensait vraiment, et elle n'aurait probablement pas su lui expliquer à quel point.
Ils se connaissaient physiquement sur le bout des doigts, pouvaient difficilement s'empêcher de se toucher quand ils se trouvaient dans la même pièce, mais bizarrement, ils avaient toujours cette espèce de pudeur émotionnelle l'un avec l'autre dont elle s'amusait parfois mais qui l'inquiétait les jours où elle était plus maussade.
Elle avait compris qu'il n'était pas Severus et que les choses ne se termineraient jamais avec James comme elles s'étaient terminées avec son ex petit-ami, mais parfois, seulement parfois, elle aurait aimé l'entendre penser.
Elle savait ce qu'il ressentait simplement par sa façon d'agir avec elle, et aussi par les commentaires moqueurs de Sirius qui s'étonnait systématiquement de le voir se caler dans ses bras sur le canapé de leur appartement, ou l'étreindre pendant plusieurs minutes, la tête nichée dans son cou après une journée plus difficile que les autres.
« Il n'a jamais été comme ça avec qui que ce soit. Fais attention Evans, bientôt il va te demander d'emménager ici et il faudra que tu changes ton adresse sur tous les papiers administratifs, c'est très long et pénible, lui avait-il dit avec un sourire malin alors que James venait de disparaître dans la salle de bain après l'avoir longuement enlacée. »
L'idée lui avait traversé l'esprit pendant une seconde. Elle n'avait jamais été spécialement attirée par le fait de vivre avec quelqu'un, à part avec ses meilleures amies. Elle était trop attachée à son indépendance pour ne serait-ce qu'envisager la possibilité, mais ce moment là, la plaisanterie de Sirius l'avait faite réfléchir.
Elle retomba sur terre lorsque son téléphone portable vibra de nouveau sur ses cuisses, et qu'Alice prit un dos d'âne sacrément costaud à une vitesse beaucoup trop importante, faisant pousser une exclamation de surprise à Agatha alors que Glenda se cognait douloureusement contre la vitre, s'attirant un gloussement des autres.
James Littérature : Tu fais la tête ?
Bien sûr que je fais la tête, espèce d'imbécile, pensa t-elle avant de verrouiller de nouveau son portable et de reporter son regard vers le rétroviseur intérieur pour voir Agatha inspecter la future bosse de Glenda en la rassurant sur le fait que les licornes étaient à la mode ces derniers temps et qu'elle se fondrait dans la masse.
Elle aurait voulu qu'il lui écrive encore, juste pour avoir la satisfaction de savoir qu'il s'en voulait, et le voir essayer de se faire pardonner en vain, mais il ne le fit plus, probablement parce qu'il était en plein match, ou alors parce que cela ne lui ressemblait pas étant donné qu'il était la personne la plus arrogante ayant foulé la terre. Elle s'efforça de rentrer dans la discussion des filles pour ne pas y penser.
Elles arrivèrent au gymnase quelques minutes plus tard, et Lily se réjouit de voir Mary sur le parking. Elle attendait vraisemblablement Agatha pour leur dîner en tête à tête, mais elle resta discuter un peu avec elle pendant que Matilda, Emmeline, et Alice pénétraient dans le gymnase et que les autres partaient chacune de leur côté.
« Marly est avec les garçons à l'intérieur, ils t'ont gardé une place, déclara Mary après l'avoir brièvement étreinte et félicitée pour son match.
- Parfait. On se voit ce soir ?
- Je ne sais pas, lui répondit Mary en jetant un coup d'oeil interrogateur à Agatha qui haussa les épaules pour toute réponse. On verra. Si je ne rentre pas, est-ce que tu pourras mettre la tournée de linge à sécher, s'il te plaît ? J'ai totalement oublié.
- Aucun problème. Amusez-vous bien ! s'exclama t-elle avant de lui adresser un sourire complice et de filer vers la salle. »
Elle leva les yeux vers le chrono dès qu'elle pénétra dans le gymnase. La deuxième mi temps était déjà bien entamée et l'équipe de James ne menait que de deux petits points. Gilderoy Lockhart était en train de tirer un lancer franc lorsqu'elle marcha le long des tribunes jusqu'à ses amis qui lui adressèrent un signe de main.
Sirius se décala légèrement pour qu'elle s'assoit à côté de lui, et il balança son bras autour de ses épaules dès qu'elle fut installée. Elle ne s'habituait toujours pas à ça, même après des mois et des mois à se voir.
Il était très amical. Elle comprenait pourquoi les trois autres le comparaient perpétuellement à un golden retriever, d'autant plus maintenant qu'elle traînait régulièrement avec lui. Il ne se passait pas une semaine sans qu'elle ne se retrouve à jouer à la console dans leur salon, leurs parties ponctuées de commentaires acerbes visant à se déconcentrer l'un et l'autre. Elle adorait le taquiner il prenait beaucoup trop facilement la mouche pour qu'elle ne puisse s'en passer. De la même façon, il lui arrivait de bouder comme une enfant de six ans quand elle perdait trop de parties à la suite. Ils avaient atteint ce stade de leur relation où elle avait d'avantage l'impression d'avoir un frère, qu'elle avait l'impression d'avoir une sœur.
« La mère de Doris a parlé avec James à la mi temps, c'était animé, lui glissa t-il.
- Comment ça, animé ? s'enquit-elle en cherchant rapidement l'intéressée des yeux, sans succès.
- Je n'en sais rien, je n'ai pas encore eu le rapport détaillé, mais j'imagine qu'il était en train de t'écrire quand elle est arrivée avec une bouteille d'eau pour lui, et je les ai juste vus échanger un peu avant qu'il ne la plante là bas et qu'il ne parte faire quelques tirs. Il avait l'air énervé, et si tu la cherches, elle est partie. »
Sirius était au courant de l'affaire depuis plusieurs semaines, juste parce qu'il avait soutiré l'information à Lily un jour où elle était particulièrement saoule, et depuis ce moment là, James lui jetait des regards ennuyés à chaque fois que son meilleur ami faisait une blague à ce sujet. Et il faisait beaucoup de blagues à ce sujet.
« Regarde le, il est tout stressé.
- … Il t'a raconté que j'étais énervée contre lui ? l'interrogea t-elle en arquant un sourcil.
- Il va avoir besoin d'un câlin, répondit-il simplement.
- Ne me dis pas qu'il t'a demandé d'arranger les choses pour lui ?
- Arranger les choses, c'est un bien grand mot, il n'a même pas...
- Pete, est-ce que je peux venir m'asseoir à côté de toi ? Sirius et James ont comploté contre moi et ils m'énervent tous les deux, le coupa t-elle en se penchant pour regarder le garçon aux cheveux blonds. »
Sirius esquissa une moue scandalisée lorsque son ami acquiesça avec un sourire amusé et que Lily se faufila hors de sa portée pour aller s'asseoir un peu plus loin, entre Marlène et Peter.
« Bravo, il paraît que tu as fait un match de malade, la complimenta sa meilleure amie en lui tapotant la cuisse. James était particulièrement fier de toi, je crois même qu'il a utilisé l'expression « génie du ballon rond ».
- C'est un terme de football, Marly, et sérieusement ? Vous êtes tous de mèche ? souffla t-elle en levant les yeux au ciel.
- Si ça peut te rassurer, il n'a rien eu besoin de dire, ajouta Rémus. Il n'arrêtait pas de regarder son portable et il a soupiré au moins trois fois en l'espace d'une minute. »
Lily jeta un coup d'oeil vers le banc de touche sur lequel James était assis, les yeux obstinément fixés sur le terrain. Il avait l'air concentré et elle n'arriva pas une seule fois à croiser son regard jusqu'à la fin du match. Ils perdirent d'un seul minuscule point, et Dirk écopa même d'une faute technique après s'être énervé contre l'arbitre. Inutile de préciser que James n'était pas spécialement de bonne humeur lorsqu'il émergea des vestiaires.
Lily le suivit des yeux alors qu'il s'arrêtait devant Emmeline qui lui donna une petite tape affectueuse sur l'épaule tout en discutant avec lui pendant plusieurs minutes. Sirius, Marlène, Peter, et Rémus avaient déjà filé vers le bar lorsqu'il la remarqua, toujours assise dans les gradins. Elle le vit balayer la salle des yeux, et quand il trouva Matilda, juste en face, il reporta son regard sur Lily tout en se dirigeant vers ses amis.
Elle avait toujours trouvé difficile de ne pas pouvoir ne serait-ce qu'avoir une discussion de couple normale avec lui lorsqu'ils étaient au gymnase. Ils n'avaient pas tellement parlé de ce qu'ils feraient après cette année, et même si Gladys et Doris partaient et qu'elles étaient les plus susceptibles de ne pas apprécier la nouvelle si elles venaient à apprendre qu'ils étaient ensemble, ils n'avaient aucune idée de la façon dont ils aborderaient les prochains mois au sein de l'équipe.
Elle se saisit de son téléphone portable qu'elle avait posé sur ses cuisses pendant le match et retourna l'écran vers elle. Ils étaient habitués à communiquer de cette façon dès qu'ils sortaient, et parfois, elle trouvait cela excitant. D'autres fois, c'était tout ce qu'elle détestait.
Lily : Ça va ?
James Littérature : Parfait.
Elle pouvait entendre l'ironie dans son message sans même avoir à lever les yeux vers son visage impassible, de l'autre côté de la baie vitrée du bar qui donnait sur le terrain.
Lily : Est-ce qu'on peut parler ?
James Littérature : Emmie et Matilda ne vont pas tarder à partir et on est censé les rejoindre dans vingt minutes.
Lily : Ok.
Lily : Je t'attends à la voiture.
La froideur de l'échange lui serra le cœur. Ils ne se disputaient pas souvent, du moins pas sérieusement. Ils n'étaient pas d'accords sur tout, et ils se moquaient régulièrement l'un de l'autre, mais il n'y avait jamais vraiment eu de tension comme ce soir là. C'était bizarre. C'était effrayant. Elle n'aimait pas la façon dont sa gorge se nouait alors qu'elle patientait en essayant de se distraire à l'aide d'un stupide jeu qu'elle venait d'installer sur son téléphone.
« On y va ? »
Elle sursauta quand elle entendit sa voix juste à côté d'elle, et alors qu'il déverrouillait les portières de la voiture, elle se glissa à l'intérieur sans oser jeter un regard dans sa direction.
« Je suis désolée pour le match.
- Tu voulais parler ? l'interrogea t-il abruptement.
- Je n'ai pas envie de ça, la tension, murmura t-elle alors qu'il mettait le contact, j'ai juste... Je suis juste...
- En colère. Pour une décision pertinente que j'ai prise, compléta t-il d'une voix neutre.
- Ce n'était pas une décision pertinente, c'était une décision impulsive et motivée par un ressentiment personnel.
- N'essaie pas de me faire passer pour quelqu'un d'injuste. Si n'importe laquelle des filles était venue me voir en me racontant la même chose, j'aurais pris une décision identique. »
Ils quittaient à présent le parking, et elle tourna rapidement la tête vers lui juste pour voir s'il croyait réellement ce qu'il était en train de dire.
« Oh n'importe quoi ! s'exclama t-elle en roulant les yeux. Tu sais à quel point Gladys et Doris me tapent sur le système, et tu n'as pas pu t'empêcher d'intervenir, c'est si dur à avouer ?
- Pourquoi est-ce que tu m'en as parlé, si tu voulais que je reste les bras croisés ? répliqua t-il sur le même ton agacé.
- Merde, James, je te l'ai dit ! J'étais énervée et j'avais besoin de le dire à quelqu'un à qui je pouvais parler de tout ça, et tu es censé être quelqu'un à qui je peux parler de tout ça.
- Arrête, dit-il en secouant la tête et en laissant échapper un rire ironique qui la fit fulminer intérieurement.
- C'était censé fonctionner de cette façon. Tu m'avais dit qu'il n'y aurait pas de traitement de faveur.
- Il n'y en a pas eu, affirma t-il, têtu. »
Un silence de mort régna dans la voiture pendant une longue minute. Lily avait l'impression que quelqu'un jouait du tambour contre ses tempes, et le nœud dans sa gorge se serrait de plus en plus, si fort qu'elle sentait les larmes commencer à lui monter aux yeux, et elle était déterminée à ne pas les laisser couler.
« Je n'arrive pas à croire que tu penses que je suis assez stupide pour risquer quoique ce soit en les punissant pour les conneries qu'elles ont pu dire sur nous, reprit-il.
- Je n'arrive pas à croire que tu sois assez stupide pour le faire, rétorqua t-elle sur un ton glacial.
- Ce n'est pas ce que j'ai fait.
- C'est exactement ce que tu as fait. Je t'ai dit ce qu'il s'était passé, et tu as immédiatement décidé de les sanctionner pour ça.
- Bien sûr que j'ai décidé de les sanctionner pour ça ! tempêta t-il. Je te l'ai dit, j'aurais fait la même chose s'il s'était agi d'Emmie, ou de Matilda, ou d'Alice, peu importe, elles n'avaient pas à dire ça, et ça n'a strictement rien à voir avec le fait que toi et moi sommes je-ne-sais-quoi, lâcha t-il. »
Ce fut comme si un bloc de glace venait de lui tomber dans l'estomac. Ses yeux se posèrent sur lui, et elle le vit inspirer profondément comme s'il regrettait déjà les mots qu'il venait de prononcer et qu'il essayait de les récupérer.
« Je-ne-sais-quoi ? releva t-elle d'une petite voix.
- Lily, ce n'était pas ce que je... »
Elle appuya sur le bouton de l'autoradio et monta le volume de la musique au maximum. Forcément, il fallait que ce soit du Coldplay. Forcément, il fallait que ce soit Violet Hill. Elle songea brièvement à sauter de la voiture en marche parce qu'elle refusait de pleurer maintenant et que ses fichus goûts musicaux ne l'arrangeaient pas, mais il baissa le son pour parler. Elle l'augmenta de nouveau parce qu'elle ne voulait plus l'écouter, et le manège se répéta une demi-douzaine de fois, jusqu'à ce que finalement, l'instinct de survie de James ne pointe le bout de son nez et qu'il n'abandonne la lutte.
Elle ne pensait pas qu'ils en arriveraient là. Elle se disait qu'elle l'ignorerait brièvement, puis qu'ils discuteraient, et qu'ils finiraient par en rire. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il prononce des mots dont elle ne comprenait même pas la signification mais qui l'atteignaient comme s'il lui avait simplement enfoncé un couteau en pleine poitrine.
Elle ne voulait plus aller chez Emmeline. Elle voulait rentrer chez Mary, s'enfermer dans sa chambre, et dormir jusqu'à oublier les mots qui étaient sortis de sa propre bouche et de celle de James. Le fait d'être coincée avec lui dans sa voiture lui était insupportable. Elle avait l'impression que ses sanglots pouvaient l'engloutir d'une seconde à l'autre, et elle attendit juste qu'ils arrivent à destination pour bondir hors de l'automobile, feignant ne pas l'entendre l'appeler.
La maison était de taille moyenne, et l'entrée était jolie. De hautes haies encerclaient la bâtisse, laissant apparaître un chemin de chaque côté, probablement pour rejoindre une cour arrière plus vaste que celle qui faisait face à la rue. Dans ce coin là, les maisons étaient toutes construites pareilles.
Elle fut soulagée de voir que d'autres amis d'Emmeline et Matilda étaient présents et qu'elle pourrait aisément se fondre dans la masse, se cacher dans un coin jusqu'à ce qu'elle ne trouve Marlène ou Sirius et que l'un des deux n'accepte de la ramener, mais finalement, une meilleure option se présenta à elle au moment où ses yeux se posèrent sur une bouteille de gin au milieu de la table sur laquelle se trouvaient aussi plusieurs cubis de vin et des petits fours.
« Tu as une sale tête, Evans, je te sers ? lui proposa Lockhart. arrivé quelques secondes après eux.
- S'il te plaît, remplit le bien, dit-elle en se saisissant d'un gobelet qu'elle lui tendit.
- Il paraît que tu as brillé aujourd'hui.
- Une véritable éclipse solaire, il faut en profiter quand ça arrive, ironisa t-elle, et le jeune homme éclata d'un rire franc. »
Quelques gouttes de gin se répandirent sur le sol et il s'empressa de redresser la bouteille alors qu'elle avalait le contenu de son verre à une allure qui le laissa coi.
« Oh, wow, tu commences sans moi ? s'indigna Sirius qui venait d'apparaître à ses côtés. »
Elle se saisit de la bouteille et tendit un verre à Sirius avant de remplir de nouveau le sien. C'était décidé, elle restait, mais certainement pas en tête à tête avec la douleur qui lui perçait le cœur. Elle préférait largement la folle compagnie de Sirius et de leur amie fidèle, la bouteille de gin. Elle, au moins, n'aurait jamais défini leur relation comme un « je-ne-sais-quoi ».
« Où est James ? s'enquit-il en se retournant dans tous les sens.
- Sirius, l'interrompit-elle après avoir englouti son deuxième verre beaucoup trop rapidement après le premier. Je crois que j'ai besoin de faire le porté de Dirty Dancing.
- Ça va si mal ? l'interrogea t-il en haussant les sourcils. »
Elle ne répondit pas, mais elle fut persuadée que ses yeux parlèrent pour elle parce qu'un regard dans sa direction et le jeune homme posa son verre sur la table pour lui faire signe de le suivre. Ils traversèrent le salon, passèrent devant Emmeline prise dans une intense discussion avec Fabian Prewett, et devant Marlène et Rémus, trop attirés par le buffet pour lever les yeux vers eux, et à la façon dont Sirius la guida à travers la grande maison, Lily devina que ce n'était pas la première fois qu'il y venait.
Ils s'arrêtèrent dans la cour arrière qui n'était pas si grande mais qui leur laissait largement de quoi manœuvrer contrairement au salon qui était rempli d'invités. Elle esquissa un sourire lorsque Sirius trottina un peu plus loin avant de l'encourager à courir vers lui, et l'instant d'après, quand elle se retrouva propulsée au dessus de lui et qu'elle eut l'impression de voler, les choses ne lui semblèrent plus si terribles. La sensation ne dura qu'une seconde, deux, au plus, avant que leur équilibre ne laisse à désirer et qu'elle ne retombe sur ses pieds devant lui.
« C'était notre meilleur ! s'exclama t-il aussitôt avec une fierté dans le regard qui la fit rire.
- C'est indéniablement la première fois que tu ne manques pas de la balancer dans un mur, plaisanta James. »
Il n'y avait rien de léger et de joyeux dans le ton de sa voix, et Sirius s'en rendit compte aussitôt. Elle vit son regard jongler entre eux, et il croisa les bras contre son torse.
« Est-ce que je dois jouer le conseiller conjugal ?
- Est-ce que tu sais seulement ce que ça veut dire ? le taquina Lily, son ton aussi neutre que celui de James.
- Très bien Evans, si tu as besoin de moi, je serai avec la bouteille de gin. Tu sais, celle que tu aimes tant et que je vais siffler sans toi, trancha t-il avant de s'engouffrer de nouveau dans la maison. »
Elle le regarda partir, les yeux vissés sur son dos. Ils restèrent figés sur la porte en bois qu'il venait d'emprunter, puis sur un écli de la forme d'un éclair qui s'en détachait, sur un pot de fleurs fendillé abandonné à l'entrée, partout, partout sauf sur James.
« La bonne nouvelle, c'est qu'il ne va pas pouvoir la siffler, parce que je l'ai prise avec moi, déclara t-il d'une voix étrangement grave. La mauvaise, c'est que je ne suis pas sûr que tu veuilles t'approcher assez pour la récupérer. »
Elle déglutit. Bien sûr qu'il avait amené une offrande. Elle risqua un coup d'oeil vers lui et remarqua qu'il la cachait derrière son dos. Il finit par s'asseoir sur un petit muret derrière lequel se trouvait un parterre de fleurs violettes, posa la bouteille à côté de lui, et elle se maudit instantanément d'avoir envie d'aller se caler dans ses bras. Elle était supposée le détester après ce qu'il lui avait lancé au visage, pas l'aimer encore plus jusqu'à en avoir mal au cœur.
« Tu sais qu'il y en aura d'autres, n'est-ce pas ?
- Des bouteilles de gin ? demanda t-elle sur un ton beaucoup plus froid que d'ordinaire.
- Des disputes, répondit-il avant de passer une main dans ses cheveux. »
Le silence retomba brièvement entre eux. Elle n'avait pas envie de lui parler, mais elle n'avait pas non plus envie de garder cette lame dans sa poitrine pendant plus longtemps que nécessaire. Il reprit la parole, et elle songea que la meilleure option était sûrement de le laisser s'expliquer.
« Je ne pensais pas ce que j'ai dit dans la voiture, reprit-il avant de poursuivre, un peu hésitant. Enfin, je pensais une partie. J'ai sanctionné les filles pour la façon dont elles t'ont parlé, pas parce que c'était toi. J'avoue, j'en ai tiré une petite satisfaction personnelle, mais ce n'était pas le but. Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je leur faisais payer leur comportement. Elles étaient odieuses avec Alice quand elle a débarqué dans l'équipe, tu n'imagines pas le nombre de fois où je l'ai récupérée en pleurs, et je ne pouvais simplement pas laisser passer quoi que ce soit.
- Mais c'était moi, cette fois.
- Et c'était encore Alice pendant l'échauffement.
- Mais c'est à moi, que tu as dit que tu allais leur faire cirer le banc.
- Et ça aurait tout aussi bien pu être à n'importe qui d'autre, répondit-il sur un ton à la fois égal et las. Je ne t'ai pas accordé de traitement de faveur, Lily. Pas une seule fois cette année. Est-ce que tu penses que j'avais envie de prendre le risque ? Tu es l'une de mes meilleures joueuses et...
- Personne ne veut d'un autre coach, termina t-elle.
- Là n'est pas la question. Je n'aurais pas pris le risque, lui assura t-il de nouveau. Et je ne parle pas pour moi. Le courant est tout de suite passé entre toi et les autres filles de l'équipe, vous avez appris à jouer ensemble, Emmie t'adore, et regarde toi aujourd'hui, poursuivit-il en esquissant un geste vers elle. Tu as enfin été toi-même. Ça faisait des mois que j'attendais ça. »
Elle osa croiser son regard cette fois-ci, et son cœur manqua un battement. Il était blême, triste comme elle l'avait rarement vu, mais sincèrement fier, et elle prit une profonde inspiration avant de s'avancer un peu plus vers lui.
« J'étais avec Peter tout à l'heure, reprit-il. Je lui ai tout raconté et il m'a dit que j'étais un con.
- Il n'a pas totalement tort, souffla t-elle en se penchant pour se saisir de la bouteille de gin.
- Je sais. »
L'alcool lui brûla la gorge, et la main de James qui se posa sur la sienne autour du goulot termina d'enflammer le reste. Il but une gorgée à son tour et ses yeux bruns se posèrent entre eux, sur un pissenlit qui se balançait au gré du vent. Le soleil n'était presque plus visible mais les températures printanières étaient douces et même si la nuit tombait sur eux, Lily n'était pas décidée à rejoindre les autres dans la maison.
« Si seulement tu savais aussi ce que nous sommes, dit-elle sans chercher à dissimuler la rancœur dans sa voix.
- Tu sais que je ne pensais pas ça, répliqua t-il aussitôt en levant rapidement les yeux sur elle. »
Elle haussa les épaules et il se redressa aussitôt. Elle n'avait pas réalisé à quel point elle s'était rapprochée, et elle songea à faire un pas en arrière mais elle sentit immédiatement sa main sur son bras et elle resta figée devant lui.
« Tu sais que je ne pensais pas ça, n'est-ce pas ?
- Non, je ne sais pas. »
Elle le vit déglutir, et ses doigts l'effleurèrent brièvement avant de terminer leur course dans ses cheveux bruns. Le geste était nerveux, elle le connaissait par cœur.
« Il faut que je te dise quelque chose. »
Elle n'aimait pas le ton. Elle n'aimait pas la tension sur son visage. Elle n'aimait pas l'appréhension qu'elle voyait dans ses yeux. Elle n'aimait pas la distance qu'il mit entre eux en se rasseyant sur le muret, même si une minute plus tôt, elle n'avait pas aimé pas l'audace dont il avait fait preuve en se rapprochant.
« C'était le dernier match que je coachais.
- Comment ça ? balbutia t-elle.
- J'arrête, dit-il avant de pousser un bref soupir. J'ai pris ma décision il y a un moment, et la fac est déjà au courant, mais je ne savais pas comment te le dire, ni comment l'annoncer aux filles, et j'ai juste... Je me suis dit que je le ferai aujourd'hui, mais Daisy est en Allemagne et je voulais pouvoir le dire à tout le monde en face.
- Tu ne peux pas, nia t-elle, soufflée.
- Je continue à jouer et je viendrai à tous vos matchs, je serai juste de l'autre côté du terrain, du côté où je peux t'attendre à la fin et être normalement avec toi sans craindre de créer une tension dans l'équipe.
- Mais tu adores coacher, protesta t-elle.
- Je t'aime plus que ça, trancha t-il en haussant les épaules sur un ton aussi banal que s'il venait de lui proposer de faire une partie de Mario Kart avec Sirius et lui.
- Quoi ?
- Quoi quoi ?
- Je vais avoir besoin de t'entendre répéter ça, bafouilla t-elle. »
Elle vit son visage s'adoucir presque immédiatement alors que ses lèvres s'étiraient en un sourire qui lui donna la sensation que ses jambes pouvaient l'abandonner à tout moment et la laisser tomber à genoux devant lui.
« Je t'aime plus que ça, dit-il une seconde fois, et je sais que si je t'en avais parlé avant, tu aurais pris les devants.
- Bien sûr que je l'aurais fait, j'aurais quitté l'équipe sur le champ, s'emporta t-elle aussitôt. Ce n'était pas à toi de partir.
- Ce n'est pas comme si je vous laissais totalement, poursuivit-il avec une étincelle dans le regard.
- Comment ça ?
- Madame Bibine arrête les entraînements des équipes féminines, elle veut les garçons, et il manquait quelqu'un sur le créneau. Pas d'histoire de temps de jeu, pas de souci de supposé favoritisme parce que nous sommes ensemble, mais vous allez devoir courir.
- Sérieusement ?
- Sérieusement, confirma t-il. Mme Bibine est d'accord avec ça et le doyen aussi. Il ne restera plus qu'à vous trouver un nouveau coach. »
Un long silence tomba de nouveau entre eux. Lily ne savait pas quoi penser. Elle se sentait soudainement à la fois libérée d'un poids et complètement désemparée parce qu'il avait été à côté d'elle tout ce temps à chaque match et que sa simple présence était la raison pour laquelle elle arrivait à gérer son angoisse.
« Je serai toujours aux matchs, tu sais, lui rappela t-il comme s'il pouvait lire la moindre de ses pensées. Et le bon côté, c'est que j'aurais plus de temps à la mi temps si tu as besoin d'aide pour gérer ton stress, disons dans les vestiaires, ajouta t-il avec un sourire espiègle. »
Elle ne savait pas quoi dire. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir de tout cela ou se sentir coupable. Il avait pris les devants pour eux, et elle comprenait ce qu'il avait voulu dire dans la voiture quelques minutes plus tôt. Ils n'étaient eux même nulle part, sauf quand ils étaient retranchés chez eux, et ils jonglaient sans cesse entre une vie de couple et une vie de prétendus célibataires qui ne leur allait ni à l'un, ni à l'autre. Il avait raison, c'était beaucoup plus simple de cette manière. Elle aurait juste voulu ne pas le pénaliser en chemin.
« Je n'aime pas le fait que tu abandonnes le coaching pour moi.
- Je n'abandonne rien, Lily. Je vais entraîner. Ça va être plus utile pour moi si je veux me faire recruter dans de plus gros clubs par la suite. Et puis pour être honnête, je le fais principalement pour moi. J'adore Sirius, mais j'aimerais bien sortir dîner en tête à tête avec toi plutôt qu'avec lui un jour. Ou t'emmener n'importe où sans penser que quelqu'un du basket pourrait nous voir et avoir des suspicions. C'est juste... C'est devenu trop sérieux pour que je continue à te cacher.
- Sirius ne va pas apprécier cette nouvelle, tu sais à quel point il aime vos rendez-vous chez l'Indien du quartier. »
Il laissa échapper un bref rire qui arracha un sourire à Lily. Elle s'approcha un peu plus et se logea entre ses jambes pour pouvoir l'étreindre, et même si elle était complètement déstabilisée par la nouvelle, elle parvint finalement à commencer à s'en réjouir. Elle n'avait même plus besoin de lever la tête vers les fenêtres pour vérifier que qui que ce soit ne les voyait pas. Tous ces stupides réflexes disparaîtraient en même temps que le stress qu'elle éprouvait toujours quand ils étaient au gymnase en même temps et que quelqu'un la fixait trop longtemps. Elle se demandait à chaque fois si c'était parce qu'elle avait trop regardé James, ou parce qu'elle était arrivée avec lui, ou parce qu'elle lui avait passé un ballon, ou qu'il lui avait payé un verre au bar, et d'autres raisons plus stupides les unes que les autres.
« Ah. Au fait. J'ai parlé avec la mère de Doris. Je préfère que tu l'apprennes par moi, reprit-il et elle le sentit se tendre sous ses doigts.
- Sirius est une balance, lui rappela t-elle. »
Il ne répondit rien, mais il laissa échapper un soupir ennuyé et elle desserra son étreinte pour pouvoir le regarder. L'une de ses mains se cala derrière sa cuisse, l'autre joua nerveusement avec la sienne pendant quelques secondes, et puis il poursuivit.
« Doris a envoyé un résumé du match par message à sa mère, et elle n'était pas contente du temps de jeu de sa fille pour son tout dernier match. Je ne lui ai pas expliqué les détails de ce qu'il s'est passé, je lui ai juste dit que sa fille avait eu un comportement que je ne cautionnais pas, et elle est partie furieuse. Je n'étais pas enchanté non plus.
- Doris n'avait même pas l'air de t'en vouloir particulièrement, elle était contente que nous ayons gagné, je crois que c'était la première fois qu'elle me parlait normalement dans les vestiaires.
- Peu importe. Je ne sais pas si elle va se plaindre à qui que ce soit, mais je préférais t'en parler.
- Ça veut dire que tu n'as plus aucune ouverture avec sa mère ? l'interrogea t-elle en prenant un air faussement désolé. »
Il lui jeta un regard mauvais et le rire de Lily fut interrompu par un bref sursaut quand il lui pinça la cuisse pour toute réponse.
« C'était un mauvais plan de toutes façons, tu ne voulais pas devenir le beau-père de Doris.
- Est-ce qu'on peut arrêter de parler de ça, s'il te plaît ?
- Tu t'imagines l'emmener faire des activités père-fille ? Gênant, poursuivit-elle.
- Lily...
- Tu crois qu'elle t'aurait écris un poème pour la fête des pères ?
- Evans... »
Son nom dans sa bouche sonnait comme une menace, et plus ses yeux s'assombrissaient, moins elle avait envie d'arrêter de le provoquer. Elle esquissa un sourire en coin quand elle sentit sa main remonter sur ses fesses.
« Avec un peu de chance, tu aurais eu un collier de pâtes à Noël. »
Elle poussa une légère exclamation de surprise quand il l'attira contre lui. Elle cala son front contre le sien, et ses mains sur ses joues juste pour l'empêcher d'atteindre la bouche qu'elle le suspectait de vouloir embrasser seulement pour la faire taire.
« Et un joli dessin de maman, Doris, et toi, pour ton anniversaire. »
Elle laissa échapper un rire quand elle le vit fermer les yeux comme pour essayer de chasser de son esprit toutes les pensées déplaisantes qu'elle lui mettait en tête, et alors qu'elle s'apprêtait à poursuivre, Sirius réapparut dans le jardin.
« Je ne veux pas interrompre quoi que ce soit, mais Emmie veut trinquer en ton honneur, James. Elle est en train de te chercher, et je pense qu'ils vont tous bientôt se rendre compte que vous êtes les deux seuls à avoir disparu. A votre avis, combien de temps avant qu'ils réalisent que vous êtes en train de copuler quelque part ?
- Personne ne copule.
- A cause de toi, ajouta Lily en direction de Sirius qui afficha un sourire narquois. »
Le soupir de James s'échoua contre sa bouche et elle regretta immédiatement sa proximité quand elle fit un pas en arrière pour lui permettre de s'extraire de leur étreinte.
« Aucune diversion possible ? demanda James à son meilleur ami d'un air ennuyé.
- Ça fait déjà un quart d'heure que je vous couvre en mettant Lockhart en travers de son chemin, je ne peux pas lui infliger ça une fois de plus.
- Vas-y, l'encouragea Lily en esquissant un sourire. On parlera plus tard. »
Il lui adressa un dernier coup d'oeil avant de s'élancer avec regret derrière Sirius dans la maison, et elle se laissa retomber sur le muret, à l'exacte place où il se trouvait une seconde auparavant. Elle se saisit de la bouteille et but une nouvelle gorgée de gin avant de sortir son portable de sa poche et d'ouvrir sa boîte mail.
C'était probablement la quinzième fois qu'elle le faisait ce jour là. Les résultats des partiels étaient supposés tomber dans la journée mais elle n'avait toujours aucun mail de la faculté et elle devait se faire une raison : son impatience allait encore être mise à rude épreuve.
Elle n'avait pas fait aussi bien qu'elle avait cru aux examens de janvier, mais elle s'en était tout de même sortie avec une mention, et James aussi, et ils avaient passé des heures à célébrer dans sa chambre, si bien que les garçons les avaient haïs pendant plusieurs jours et qu'elle n'avait pas pu les regarder dans les yeux pendant le mois qui avait suivi.
Elle s'apprêtait à boire une nouvelle gorgée d'alcool quand son portable vibra sur ses jambes. Elle esquissa un sourire amusé en voyant que le message venait de James.
James littérature : Est-ce que je suis censé revenir pour terminer notre discussion après avoir trinqué avec les autres, ou est-ce que je te laisse te torturer avec les résultats des partiels ?
Il la connaissait beaucoup trop à son goût, et c'était arrivé plus rapidement qu'elle ne l'avait pensé. C'était vraiment étrange. Elle avait pensé pendant longtemps que personne ne la connaîtrait jamais mieux que Severus, que personne ne la comprendrait jamais comme il le faisait autrefois, et James avait débarqué, et c'était comme s'il avait toujours été là.
Lily : Quand je t'ai dit qu'on parlerait plus tard, je ne pensais pas vraiment qu'on parlerait plus tard.
James Littérature : Tu pensais à quoi ?
Lily : La banquette arrière de ta voiture.
Elle garda les yeux vissés sur l'écran de son téléphone, ses doigts se resserrant autour de la bouteille de gin alors qu'elle n'attendait qu'un simple « ok » de sa part pour bondir du muret et traverser la maison plus vite qu'elle n'avait traversé le terrain de basket l'après-midi même.
« Salut beauté, tu es seule ? Je t'offre un verre ? »
Elle tourna la tête vers Marlène qui venait de passer la porte du jardin et elle laissa échapper un rire avant de brandir la bouteille devant ses yeux. Sa meilleure amie gloussa et s'installa à côté d'elle.
« Je ne sais pas comment tu fais pour finir en tête à tête avec une bouteille de gin à chaque soirée, ça me fascine.
- Tu sais ce qu'on dit, c'est la bouteille de gin qui choisit son partenaire, répondit Lily avec un sourire espiègle.
- Tu es la seule à dire ça, chérie.
- Peut-être que tu devrais en prendre de la graine, ça t'éviterait d'avoir à boire... »
Elle tendit le bras pour se saisir du verre de Marlène, et but une gorgée du liquide qui se trouvait à l'intérieur avant d'esquisser une grimace peu convaincue.
« Du whisky coca ? Je croyais qu'on avait arrêté ça l'année dernière.
- Je suis retombée dans mes vieux travers, lui confia Marlène en haussant les épaules.
- Et moi qui pensais que Rémus avait une bonne influence sur toi.
- Est-ce que tu le connais seulement ? répliqua Marlène avec un sourire espiègle. »
Lily s'apprêta à répondre lorsque son portable vibra. Elle posa la bouteille de gin entre elle et Marlène et déverrouilla son téléphone.
James Littérature : Dès que je sors de là.
James Littérature : Ou pas.
James Littérature : Sirius est au bord des larmes parce que je ne veux pas faire de beer pong avec lui.
Lily : Tu es un monstre.
Lily : Joue avec lui, je suis avec Marly. On se retrouve plus tard.
« J'ai quelque chose à te dire, reprit Marlène, et la jeune femme rousse leva immédiatement ses yeux verts sur elle.
- Pitié, j'espère que c'est une bonne nouvelle.
- Rémus va emménager chez moi, lui confia Marlène dont le sourire ne pouvait être plus éclatant. J'en ai parlé à Mary tout à l'heure mais tu n'étais pas encore au gymnase, alors...
- Oh, waouh. C'est une bonne nouvelle ! Est-ce que les garçons sont au courant ?
- Non, Rémus voulait attendre. Je crois qu'il a peur qu'ils le prennent mal.
- Sirius est un bébé, bien sûr qu'il va mal le prendre. Offre lui une bouteille de pastis et un rouleau de papier toilette et ça devrait passer, plaisanta t-elle et Marlène s'esclaffa avant de boire une gorgée de son whisky. »
Les deux jeunes femmes restèrent silencieuses pendant un instant, assises l'une à côté de l'autre à fixer le ciel qui s'assombrissait de minutes en minutes, puis Lily reprit la parole.
« James va arrêter de coacher. Il me l'a annoncé tout à l'heure.
- Hmm... Je n'arrive pas à savoir si tu es contente ou si tu veux que je sois complice d'un futur meurtre.
- Je suis contente, je suis définitivement contente, souffla t-elle d'une voix neutre avant de poursuivre. On va enfin pouvoir arrêter de se cacher, il attend juste que Daisy revienne de voyage pour pouvoir l'annoncer à l'équipe.
- Pourquoi est-ce que tu fais la même tête que quand je te vole ton dessert, alors ? s'enquit Marlène, ses yeux bleus posés sur elle avec toute la tendresse du monde.
- C'est juste que... elle s'interrompit pour réfléchir un peu, et haussa les épaules avant de poursuivre. J'ai du mal à me faire à l'idée qu'il ne sera plus de mon côté du terrain pendant les matchs.
- Pour la bonne cause, chérie, lui rappela Marlène avec un sourire amical en lui caressant brièvement la joue.
- Je sais. Pour la bonne cause, répéta t-elle comme si elle essayait d'imprimer l'idée. Et puis il nous entraînera, ce n'est pas comme s'il arrêtait totalement.
- Ouuuh... Est-ce que ça veut dire que tu vas t'envoyer l'entraîneur dans le local à ballons ? C'est encore plus chaud que quand tu te tapais le coach dans les vestiaires.
- Est-ce que tu penses sincèrement que ça n'est pas déjà arrivé ? lui demanda Lily en retenant un rire quand sa meilleure amie eut l'air positivement choquée par l'aveu.
- Lily Evans ! Quand je vais raconter ça à Mary...
- Je n'arrive pas à croire que tu sois une pire commère que Sirius, trancha Lily en secouant la tête, amusée.
- Le match est serré. »
Elles pivotèrent d'un seul mouvement vers la porte pour voir Rémus se diriger vers elle, un sourire malin pendu aux lèvres, et Marlène le gratifia d'un coup d'oeil faussement offensé.
« Sirius est cent fois pire que moi.
- L'important, c'est de le penser, chantonna Lily en échangeant un coup d'oeil complice avec Rémus. Félicitations pour ton futur emménagement. Tu vas me manquer à l'appart'. Qui boira du thé avec moi devant Netflix pendant que Peter sera en train de réviser, et que Sirius et James seront en ville en train de tester les cocktails les plus immondes ensemble ?
- Mary est littéralement de l'autre côté, lui rappela Marlène.
- Mary parle pendant les films, bougonna Lily.
- On programmera des sessions Netflix, lui assura le jeune homme.
- Tu n'as pas intérêt de me lâcher là dessus, Lupin, déclara Lily en agitant un index menaçant dans sa direction.
- Promis, je viendrai.
- Est-ce que vous avez oublié de m'inviter ou est-ce que c'est volontaire ? s'enquit Marlène en arquant un sourcil.
- C'est volontaire, répondirent-ils d'une même voix.
- Toi aussi tu parles pendant les films.
- Tu n'auras qu'à aller de l'autre côté, avec Mary.
- Je déteste le fait que vous soyez amis, conclut-elle. Je vais éponger ma peine avec de la nourriture, est-ce que vous venez ou est-ce que vous restez entre vous ? »
Les deux gloussèrent tout en la suivant à l'intérieur de la maison, et Lily se retrouva rapidement assise à une table avec Matilda, Emmeline, et Buckley Cooper qui jouait ailier dans l'équipe de James. Elles étaient en train de lui raconter leur match, et accessoirement d'encenser Lily, et il lui apparut rapidement qu'elles étaient déjà bien éméchées.
« Evans, ça fait longtemps. »
Elle tourna légèrement la tête vers James qui tira la chaise qui se trouvait en face d'elle pour s'y asseoir, et elle se racla la gorge dès que ses yeux atterrirent dans les siens, plus espiègles que jamais, et qu'elle réalisa que ses intentions semblaient particulièrement mauvaises.
« La révélation de cette année ! s'écria Matilda.
- J'aurais aimé être là, déclara Buckley en brandissant son verre en direction de Lily pour trinquer.
- Attends de les voir jouer l'année prochaine, Buck, elles vont être exceptionnelles, lui assura James tout en pianotant sur son téléphone.
- Comme si on ne l'était pas déjà, commenta Emmeline. »
Elle tapa dans la main de Matilda alors que Sirius et Peter étaient en train de passer leurs propres playlists et que tout le monde semblait apprécier le rap péruvien qui résonnait entre les murs de la maison. Ils avaient lancé une nouvelle partie de beer pong avec des amis d'Emmeline que Lily ne connaissait pas, mais elle était de toutes façons trop occupée à essayer de savoir ce que son petit-ami avait en tête pour s'y intéresser. Elle retint un sourire quand son portable vibra sur la table, et elle l'attrapa avec autant de détachement qu'elle le put.
James Littérature : J'ai des plans pour toi ce soir, Evans.
Elle déglutit et elle osa à peine croiser son regard lorsqu'Emmeline lui tendit une bière fraîche et qu'elle se saisit du décapsuleur qui traînait au milieu de la table. Son portable vibra encore une fois, et elle s'empressa de s'enfoncer dans sa chaise avant d'ouvrir le message.
James Littérature : Et je ne suis pas sûr que ma banquette arrière suffise.
Elles sentit ses joues chauffer, et elle plaqua immédiatement sa bouteille de bière froide contre son visage tout en jetant un rapide coup d'oeil vers Matilda, Emmeline, et Buckley toujours pris dans leur discussion avant de reporter son regard sur James dont le sourire quasi imperceptible la fit douter de ses capacités à se retenir de ne pas glisser sous la table.
Lily : Pourquoi ? Est-ce que tu comptes inviter d'autres personnes ?
Elle envoya son message en se mordant la lèvre pour ne pas rire, mais elle commit l'erreur ultime de porter sa bière à sa bouche au moment où il reçut le message, et elle manqua de s'étouffer quand elle vit l'expression sur son visage. Indescriptible.
James Littérature : J'ai vu que tu t'entendais bien avec Lockhart tout à l'heure...
Cette fois, elle recracha brutalement sa gorgée de bière, toussotant bruyamment en attrapant un torchon qui traînait là pour éponger son jean sur lequel le liquide s'était répandu alors que les filles lui demandaient si tout allait bien. Elle maudit James et son sourire satisfait en face d'elle, et elle acquiesça simplement avant de frotter son écran de téléphone avec un pan de son tee-shirt.
Lily : Je suis totalement pour l'attacher. Un peu moins pour le reste.
Elle le vit hausser les sourcils en lisant le message, puis ses yeux se posèrent de nouveau sur elle, et il se leva de sa chaise pour se diriger vers la partie de beer pong, l'air de rien. Elle détestait quand il faisait cela. Elle avait envie de lui maintenant, et il faisait juste comme si rien ne l'atteignait. Alors elle se leva à son tour et se planta juste à côté de lui.
« Est-ce qu'on peut partir maintenant ?
- Déjà ?
- Comme tu veux, répondit-elle en haussant les épaules. Sinon, je peux partir devant et commencer toute seule, tu rentreras avec les garçons. »
Elle croisa ses bras contre sa poitrine et observa d'un air absent la partie, tout en se réjouissant quand James tourna la tête vers elle. Elle l'entendit se racler la gorge, sortir ses clés de voiture de sa poche, et se diriger vers Sirius à qui il glissa quelques mots à l'oreille. Son meilleur ami lui lança un coup d'oeil amusé et adressa un signe de main à Lily qui lui répondit de la même façon avant de se retourner pour aller s'excuser auprès des filles qui protestèrent avec véhémence.
Elle mit plusieurs minutes à s'en détacher. Ce fut James qui l'extirpa de la situation après lui avoir déconseillé d'aller saluer Rémus et Marlène parce qu'ils étaient en train de s'embrasser à pleine bouche sur un fauteuil à quelques mètres de là. Il étreignit rapidement Matilda et Emmeline, et ils filèrent en direction de la porte d'entrée.
« Est-ce que je dois prévenir Gilderoy ? l'interrogea t-il avec un sourire malin alors qu'il ouvrait la portière de sa voiture.
- Tais-toi et conduis, James, répondit-elle en roulant des yeux. »
Dès qu'ils furent installés, il posa sa main sur sa cuisse comme s'il ne pouvait tolérer une seconde de plus sans la toucher, et la sienne atterrit immédiatement par dessus. C'était toujours grisant, de voir à quel point il avait besoin d'elle. C'était dans ces moments là qu'elle avait le moins peur de ce qu'elle ressentait pour lui, quand elle se souvenait qu'ils étaient tous les deux supposés être des idiots incapables de s'attacher à quelqu'un et qu'ils étaient là, assis dans cette voiture à se demander comment les sentiments pouvaient les avaler un peu plus chaque jour.
« Je pensais à un truc... commença t-elle.
- Hmm ?
- Depuis combien de temps est-ce qu'on se voit ?
- Sept mois et une semaine, répondit-il automatiquement avant de se mordre la lèvre et de poursuivre un peu plus posément. Enfin, quelque chose comme ça.
- Tu es un mec bizarre Potter, tu as de la chance que je t'aime bien. »
Son rire lui octroya un sourire, et il retira sa main de sa cuisse pour passer une nouvelle vitesse avant de la reposer exactement au même endroit. .
« Tu voulais juste te foutre de moi ou il y avait autre chose ?
- Non, j'étais seulement en train de me dire que tu étais censé n'être qu'un coup d'un soir, lui avoua t-elle en caressant machinalement son avant bras.
- C'est toujours agréable à entendre... ironisa t-il en laissant échapper un rire.
- Oh arrête, je ne parle que de la première fois. Et je suis sûre que tu pensais la même chose à ce moment là.
- Pardon ?! s'offusqua t-il en lui jetant un rapide regard incrédule avant de se concentrer de nouveau sur la route. Je savais dès le début que je ne me contenterai pas d'un soir. Je tablais au moins sur trois ou quatre.
- Tu es tellement mieux que moi.
- Je n'aime pas ce ton sarcastique, Evans.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? »
Elle se redressa dans son siège quand elle sentit sa main remonter sur sa cuisse, et son cœur manqua un battement. Emmeline habitait définitivement trop loin de chez eux à son goût, si bien que le trajet en voiture fut un supplice.
Il l'avait déjà à moitié déshabillée dans le couloir lorsqu'ils pénétrèrent dans l'appartement des garçons, et elle se fichait éperdument de savoir que son tee-shirt était tombé quelque part entre les portes de l'ascenseur et le paillasson de Mary. Elle ne pensait plus quand il la touchait. Ce n'était pas seulement le fait que sa peau soit contre la sienne, c'était surtout le fait qu'il la veuille à un point où elle sentait que cela devenait un besoin pour lui autant que pour elle.
C'était ce qu'elle aimait chez eux. Rien ne partait juste d'une envie, c'était infiniment plus, et les choses n'avaient fait que s'améliorer de jour en jour, à tel point qu'elle avait fini par se rendre à l'évidence : s'ils se séparaient un jour, il ruinerait toutes ses chansons préférées.
Elle ne pourrait plus les écouter sans penser à lui, sans se rappeler de la sensation de sa langue sur sa peau, de sa main dans la sienne, ou de ses yeux simplement posés sur elle comme s'il ne voulait jamais avoir à les détourner. Elle ne voulait même pas imaginer ce qu'elle ressentirait à ce moment là parce qu'il serait partout et pourtant, il ne serait plus là. Elle le lui murmura à l'oreille ce soir là, alors qu'ils s'étaient retranchés dans sa chambre après avoir décrété que le canapé en avait assez vu.
« Tu n'as pas intérêt de rompre avec moi, Potter, j'ai des souvenirs avec toi dans toute ma playlist et je ne pourrai plus écouter la moitié des chansons si tu pars un jour, lui dit-elle, allongée sur le ventre dans son lit alors que son album préférait des Cranberries tournait sur la platine vinyle.
- C'est vraiment la seule chose qui te gênerait dans cette histoire ? s'amusa t-il en fermant les yeux lorsqu'elle commença à lui caresser les cheveux.
- Comment ça la seule chose ? Ce serait la pire chose !
- Tu dois absolument revoir tes priorités, Evans.
- C'est toi qui dois revoir les tiennes si tu n'as même pas peur de ne plus pouvoir écouter tous les albums d'Oasis en pensant à moi.
- Parce que tu crois que je me priverai ?
- Je ne crois pas, j'en suis sûre, affirma t-elle alors qu'il poussait sa tête contre sa main pour qu'elle continue à lui caresser les cheveux. Je t'aurais brisé le cœur, les premières notes de Wonderwall te donneraient envie de te défenestrer. »
Son rire était définitivement sa chanson préférée, mais elle se garda bien de le lui dire. Elle se contenta de rouler sur le côté pour pouvoir le regarder. Ses yeux s'égarèrent quelque part sur son profil et elle sourit.
« C'est audacieux de ta part, de penser que tu me briserais le cœur et pas l'inverse.
- Réaliste, corrigea t-elle. Tes parents m'adorent, ils ne te laisseraient jamais rompre avec moi.
- Tes parents m'adorent aussi.
- Mes parents adoreraient n'importe qui après Vernon.
- Ça fait mal, Evans, lui dit-il en plaquant une main sur son cœur d'un air offensé.
- Tu vois. Ça commence. Dis adieu à Oasis, trancha t-elle avant de s'esclaffer et de se laisser retomber sur le dos. »
Elle se rapprocha assez pour caler sa tête contre son épaule, et attrapa sa main pour entremêler ses doigts aux siens.
« Je n'ai pas besoin de dire Adieu à Oasis si tu restes toujours ici.
- Est-ce que c'est une demande en mariage ? se moqua t-elle.
- Tu aimerais bien, dit-il en laissant échapper un rire étranglé
- Tu aimerais bien, répliqua t-elle.
- Laisse-moi dormir Lily.
- D'accord, mais ne me ruine pas ma playlist, s'il te plaît.
- Il faudrait que je ne rompe jamais avec toi pour ça.
- Ne rompt jamais avec moi.
- Est-ce que c'est une demande en mariage ?
- Laisse-moi dormir, James. »
Elle n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir qu'il souriait. Elle détacha lentement sa main de la sienne et roula de nouveau sur le ventre, là où le matelas était froid et où elle savait qu'elle dormirait mieux que contre le radiateur ambiant qu'il était, même si chaque matin où ils dormaient dans le même lit, elle se réveillait collée à lui comme une bernique à son rocher.
Cette fois ne fit pas exception à la règle. Il était beaucoup trop tôt à son goût quand elle ouvrit les yeux, et elle maudit les James et Lily de la veille qui n'avaient pas pensé à fermer les rideaux dans leur précipitation. Par miracle, les rayons de soleil ne s'écrasaient pas directement sur son visage, mais le simple fait que la pièce soit baignée de lumière la fit grimacer. Elle n'avait jamais été du matin.
Elle mit plusieurs minutes à réaliser que James était déjà réveillé et qu'il était sur son portable. Elle bougea un peu contre lui et ses yeux bruns tombèrent directement sur elle. Il avait un sourire accroché au visage, l'un de ceux qui lui laissait à penser que rien ne pouvait mal se passer. Il tourna lentement l'écran de son téléphone vers elle, et, alors qu'elle clignait paresseusement des yeux, elle distingua brièvement Mary et Marlène sur une photo.
« Il est quelle heure ? bredouilla t-elle.
- Lily, regarde la photo.
- J'ai vu la photo. C'est Marlène et Mary, et elles sont vraiment belles, comme d'habitude, mais est-ce que je peux me rendormir, ou est-ce qu'il est déjà quatorze heures ?
- Regarde derrière elles.
- James...
- Regarde derrière elles, insista t-il. »
Elle soupira lourdement et se saisit du téléphone qu'il lui tendait au prix d'un effort qui lui sembla colossal, puis elle plissa les yeux avant de s'immobiliser. Son cœur arrêta de battre pendant une seconde, et elle ferma la photo pour voir le message qui venait de Mary.
MacDonald : Une mention bien ? Dis merci à ma meilleure amie, Potter.
Elle lâcha immédiatement le téléphone de James et lui roula dessus pour mettre la main sur le sien qu'elle se souvenait vaguement avoir entendu tomber sur le parquet la veille. Elle se pencha assez pour le trouver sous le lit, et elle ouvrit sa conversation de groupe avec les filles sur laquelle Marlène avait partagé plusieurs photos de la liste des résultats aux partiels. Elle avait entouré son nom, et devant, Lily put lire le même « Bien » qu'en face du nom de James.
Elle bondit littéralement du matelas et poussa un cri victorieux qui, elle en était sûre, allait lui valoir un coup d'oeil mauvais de Sirius lorsqu'elle le croiserait à la table du petit déjeuner. Ou du déjeuner. Tout son travail avait enfin payé. Elle avait les notes, elle avait le basket, elle avait James, et à ce moment là, il lui sembla que pour la première fois de sa vie, il ne lui manquait rien.
« Tu as eu la mention bien aussi ! s'exclama t-elle en se tournant de nouveau vers lui.
_ Grâce à toi, répondit-il d'un air enjoué.
_ Grâce à toi, espèce d'idiot. Tu es mon meilleur élève.
_ Tu as des méthodes convaincantes, répliqua t-il avec un sourire en coin. »
Elle demeura debout au milieu de sa chambre, à le fixer avec un sentiment de fierté indescriptible qu'elle était sûre qu'il pouvait ressentir, et elle se rappela de ce jour de novembre, du garçon au sweat rouge un peu malpoli qui lui avait adressée la parole au milieu des couloirs de la fac et à côté duquel elle avait failli passer.
Elle se rappelait des écouteurs dans sa propre main, et de toutes les chansons qu'elle ne savait pas encore qu'il allait embellir. Peut-être qu'elle s'était trompée, en pensant qu'il ruinerait sa playlist. Là, devant lui, elle réalisa qu'il pouvait bien partir, la laisser, s'en aller à l'autre bout du monde, il n'y aurait pas une chanson qu'elle arrêterait d'écouter en pensant à lui. Tant pis s'il y avait de l'amertume, tant pis si cette relation terminait en cris et en larmes, il y aurait toujours ces moments, ces passages foncièrement bons de leur relation qui resteraient gravés dans sa playlist.
THE END.
Merci beaucoup à ceux qui ont lu cette fic dans son entièreté, et un petit peu plus à ceux qui m'ont laissé des reviews pour m'encourager parce que c'est hyper dur de continuer à écrire quand on a aucun retour, même si on le fait pas pour ça. Personnellement, c'est pas ma motivation première, mais c'est un moteur, d'autant plus que je me décourage vite. Il y a sûrement des lecteurs fantômes qui sont arrivés jusque là aussi, et j'en suis ravie, et peut-être qu'un jour vous serez prêts à sortir de votre cachette pour me donner un peu de carburant vous aussi :)
Je vous dis à bientôt, je ne sais pas quand, mais à bientôt quand même :)
