Note de l'auteur: Mon OS n'était pas censé avoir de suite mais Emeira m'a demandé s'il était possible d'avoir le point de vue de Bellatrix après son interraction avec Harry à Azkaban alors la voici! J'espère que cela vous plaira!
Bellatrix
Quand elle entendit des bruits venir d'en haut, au début, Bellatrix n'y prêta pas attention. Combien de pauvres âmes infortunées descendait-on régulièrement dans ces cachots maudits ? Ces sons, elle avait fini par les intégrer à ce qui constituait son monde depuis douze ans. Les portes qui grinçaient. Les cris de rage, de désespoir, ceux qui espéraient encore prouver leur innocence en la clamant haut et fort, comme si l'avoir professée devant le Magenmagot n'avait pas suffi. Les pleurs. Les râles. Les soupirs. Les ronflements. Et oui, aussi assourdissant qu'il pouvait être, le silence. Mais ce qui lui parvint à ses oreilles était différent de ce qui faisait son quotidien. Les Détraqueurs ne parlaient pas. Et elle avait mémorisé les timbres de voix des personnes incarcérées à son étage. Elle observa discrètement, du coin de l'oeil, apercevant ainsi Dumbledore, accompagné par un étudiant de Gryffondor à en juger par son écharpe rouge et or. Il devait être en première voire en deuxième année tout au plus si elle se fiait à sa taille relativement petite pour un garçon. Il fixait sa cellule, sans doute impressionné par ce qu'il découvrait. Quelle idée d'amener un enfant en ces lieux ! Même elle, dans sa folie, elle ne l'aurait pas fait ! Et pourtant, c'était bien elle qui était derrière les barreaux. Elle leva les yeux, croisa les siens, des iris d'un vert saisissant.
- Tiens, un nouveau. Lança-t-elle railleuse. Ils les prennent jeunes, maintenant.
- Bon... Bonjour, Madame Lestrange. Répondit-il d'une petite voix timide
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres.
- Madame ! Ah, ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas appelée comme ça ! Madame ! Si tu savais pourquoi je suis là, tu m'appellerais autrement, crois-moi.
- Allons-y, Harry. Dit Dumbledore en pressant gentiment l'épaule de son élève
- Au revoir, Madame...
- Oui, c'est cela, au revoir...
Elle se cala un peu plus contre le mur, mille et unes pensées tournant dans son esprit. Harry. Harry aux prunelles émeraude, Harry à Gryffondor, Harry qui devait avoir onze ou douze printemps, Harry avec l'ennemi juré de son Maître...
C'était Harry Potter l'avait appelée Madame.
C'en était comique, risible, ironique. Madame. L'enfant responsable de la chute de son Seigneur lui avait rendu une partie de sa dignité avec sa politesse. Madame Lestrange. Comme il lui semblait loin, le temps où elle marchait dans les rues, aux côtés d'un mari qu'elle n'aimait certes pas mais qui avait le mérite d'être un sang pur ! Sentir le soleil sur sa peau, la brise dans ses cheveux, les embrassades de Narcissa. Devant ses juges, elle avait été la folle, la criminelle, la perfide, la cruelle, le monstre. Surtout le monstre. Il fallait vite lui ôter toute humanité afin de la tenir éloignée des autres et de rassurer la masse : comment un être humain aurait-il pu faire cela ? Non, ce n'était pas en lui, elle était une bête qui n'avait aucun sentiment, un prédateur qui jouait avec sa proie avant de la manger. Peu importait que les monstres, n'ayant aucune notion de bien et de mal, n'étaient donc pas jugeables selon les lois sorcières. Ce garçon ignorait sans doute qui elle était, ce qu'elle avait fait, juste que pour être prisonnière d'Azkaban, il fallait avoir commis quelque chose d'horrible. Il l'avait cependant regardée avec crainte, oui, car il était pas stupide mais aussi avec toute son innocence. Madame, c'était lui rendre un peu d'honneur.
Madame.
Elle eut un léger sourire, un sourire vrai, sincère, qui éclaira ses traits fatigués et lui rendit une partie de sa jeunesse écrasée par la vie carcérale.
Elle porterait ce mot tel un talisman au fond du cœur, un mot pour se rappeler qu'elle est aussi cela : une dame. Une dame de la noble lignée des Black. Une dame au service d'un monde meilleur, un monde pour les sorciers par les sorciers, sans les moldus pour le ternir.
Madame.
Un jour, elle sortirait, libre, et elle revêtirait à nouveau ce titre dont on l'avait déchue. Le comble, c'était que cet espoir lui avait été offert par celui que Le Seigneur des Ténèbres détruirait un jour, à moins qu'il n'ait assez de bon sens pour réaliser qu'il était du mauvais côté pour finir par les rejoindre.
Le Survivant venait de lui donner une nouvelle arme pour survivre.
- J'ai tué Sirius Black ! Chantonnait-elle
- Crucio !
Elle tomba, il la regarda. Sa lèvre trembla, comme une petite fille sur le point de pleurer alors qu'il la tenait en joue. Bébé Potter avait bien grandi. Il avait poussé comme une mauvaise herbe, les traits poupins de son visage s'étaient effacés pour tailler la mâchoire d'un homme. Et dans ses yeux verts, ses yeux qui l'avaient observée jadis avec crainte mais aussi avec le respect dû à n'importe quelle personne, s'étaient aussi effacées la compassion et la gentillesse. En assassinant Sirius Black, c'était son enfance qu'elle venait de briser. Le regrettait-elle? Non, son renégat de cousin l'avait mérité et même si elle voulait s'en repentir, le mal était fait. Sa bouche tressautait, oui, un petit jeu de son esprit malade.
Mais il y avait un peu de tristesse aussi.
Il était désormais devenu comme les autres, la voyant comme une bête vorace qu'il fallait abattre, qu'il tuerait sans aucune pitié. Si elle admirait cela d'ordinaire, cette fois-ci, elle sentait quelque chose en elle se pincer. L'enfant qui l'avait appelé Madame était mort en même temps que son parrain et c'était uniquement de sa faute. Le pleurerait-elle quand il serait exécuté par Lord Voldemort ? Non. Elle penserait juste au gâchis que cela serait. Et lui, regrettait-il sa bonté lors de leur première rencontre ? Se doutait-il du bien qu'il lui avait fait ? C'était tragique dans le fond, une véritable tragédie grecque. Il n'y avait rien à dire, à faire, à ajouter puisque le sort en avait été jeté.
Madame n'existait plus.
Mais son impact, lui, demeurait en elle. Et cela, il ne pourrait jamais le lui reprendre.
FIN
