Une journée de route, pour un contrat à exécuter. Pour faire ce que je fais, être nomade c'est quand même beaucoup plus facile. A vrai dire, en créchant souvent à Bakersfield j'avais commencé ma vie de nomade. Alors en rendant tout ça officiel je me suis senti mieux, je n'avais de place nulle part. J'allais pas attendre qu'on me donne ce que je voulais, fallait que je le prenne, alors cette place de nomade je l'ai prise et je suis resté maitre de mes décisions. J'ai longtemps cherché le lieu où je pouvais devenir moi-même. Vu ce qui est arrivé avec Charming, je pense que j'ai trouvé la meilleure place possible, toujours un frère mais sans trop d'attache à Charming.
J'enchaîne les boulots du chapitre à un rythme soutenu avec la route, protection de transport, personnes, marchandises, lieux… et les exécutions. Tuer me maintient en vie, c'est dingue… Quand je vais réaliser un de mes contrats plus rien ne compte, ni amis, ni famille, le seul plaisir que j'ai c'est d'aller tuer mon ennemi. Je ne connais pas ceux que je raye de la surface de cette terre, mais à partir du moment où je reçois l'identité je fais de cette personne mon ennemi. Je prends le temps de préparer minutieusement mon plan. J'en fais une affaire personnelle pour réaliser au mieux le boulot, mais y a toujours une part d'inconnu, c'est à la fois excitant et flippant. Je ne peux pas laisser la place au hasard, comme j'avais déjà fait quand la gamine était dans ma vie, un imprévu peut vite surgir. Et en même temps y a pas meilleur frisson que celui de l'inconnu.
Je n'ai aucun scrupule à réaliser ce taf, la mort est déjà à chaque coin de rue, chaque jour est un défi dans le trafic… Je ne tue pas la gentille baby-sitter qui s'est tapé le mari… Enfin j'en ai encore jamais croisé ! Ceux qui demandent mes services baignent dans des trafics assez importants et ne veulent pas se salir les mains, c'est plus prudent de ne pas envoyer ses hommes pour éviter de remonter à eux. Mes morts ne sont pas des enfants de chœur… et à vrai dire je m'en fous, je fais pas dans le sentimental.
Ca fait deux semaines que je prépare mon plan, je suis allé observer ma cible, ses habitudes avec les infos que j'ai eues. On m'a demandé de tuer avec une balle dans la tête. Parfois on me dit comment faire… Parfois c'est juste le résultat qui compte. Vu les observations que j'ai pu faire, je sais que je vais buter quelqu'un qui trempe dans la drogue. Je roule jusqu'à arriver au motel que j'ai pris le soin de réserver sous un faux nom, évidemment. Pas de cuir, jamais. Souvent même je me déplace en voiture. Ne pas lier le club, faire le travail proprement c'est ce qui ramène l'argent !
Je rentre dans la chambre avec mon sac à dos… des « affaires ». Je passe en revue mes armes, les balles. Je relis le dossier, les habitudes, je revois mon plan. Kenny, l'homme qui passera l'arme à gauche, a un rendez-vous important ce soir, il rentrera tard chez lui. Pas de femme, pas d'enfant, un contrat simple. Je l'attendrais à son domicile. Il a un chien, j'ai prévu le coup, j'ai acheté de la viande et j'ai mis des cachets dedans histoire qu'il fasse une petite sieste.
Tout est bon pour moi, il est temps de dormir avant de passer à la surveillance. Avec la route et le travail de nuit je dois être concentré, donc un peu de repos est nécessaire. Comment dormir si facilement alors que je suis à quelques heures d'ôter la vie ? C'est lui ou moi, et ce sera moi ! La mort est à chaque tournant et je n'ai pas décidé de prendre ce tournant-là. Plus rien ne compte à part le tuer lui. Et si ce n'est pas moi qui le fait ce sera un autre, le résultat sera le même. Sauf que si c'est moi qui le fait, c'est moi qui fagne l'argent…
Mon réveil sonne. J'avale un sandwich, je pisse avant de partir et je prends mon sac déjà prêt. Tout est minutieusement préparé. J'arrive sur place de nuit, je vois Kenny partir, parfait. Je me gare plus loin. Je prépare la friandise pour son clébard. Quand j'approche de la baraque, je l'attire avec l'odeur de viande du côté opposé à l'entrée et lui balance le steak avec les pilules. Bonne nuit Fox ! Une heure plus tard, Fox ronfle comme un bienheureux derrière la maison. Je m'introduis dans le jardin pour attendre ma cible. D'après les habitudes que j'ai notées, quand Kenny rentre il gare toujours sa voiture juste devant la maison, je peux donc rester derrière le portail pour le surprendre. Vu ses activités il aurait dû prendre une maison plus découverte. Son jardin est clôturé et arboré, éloignée de voisins, trop facile de faire le travail à domicile…
La nuit est bien entamée bordel c'est long… j'espère qu'il n'a pas choisi de passer la nuit ailleurs en se dégotant un beau petit cul. C'est aussi ma crainte, qu'il ramène une chatte chez lui… elle devra y passer j'ai le visage découvert. La satisfaction de tuer mon ennemi est tout ce qui m'importe, qui se trouve sur le chemin j'en ai rien foutre… Je ne m'amuse pas à jouer avec un portable, je patiente, je suis avec moi-même, Happy le tueur. J'ai besoin de concentration, focus sur la mission. En trouvant une distraction je pourrai manquer un bruit, une alerte… Le moindre détail est important.
J'entends une voiture remonter la rue. Je positionne mon silencieux. Elle s'arrête juste devant, la maison, c'est Kenny. Pas de voix et les bruits de pas d'une seule personne. Il pénètre dans le jardin, je m'assure que c'est lui à la lueur de la lune. Je le hèle, il se retourne et je lui présente mon arme. Il sourit, ce con sourit, il devait savoir que ça allait arriver. Avec des activités comme les nôtres on le sait que ça fait partit des risques. Il en est conscient, il avait compris les règles du jeu.
Je n'exécute jamais par derrière, impossible. Je suis un homme avec une vraie paire de couilles. J'ai toujours aimé défier les gens, et les défier avant de les exécuter c'est jouissif. Tous n'ont pas la même réaction, souvent ils supplient. Les défier c'est maintenir ma confiance en moi, savoir que je peux m'amuser avec ma proie, que je suis capable de le faire pour ensuite prendre plaisir à lui ôter la vie. Car à cet instant il ne peut y avoir qu'un seul survivant. Si je tue c'est que je suis celui qui survit.
Son sourire est une sorte de défense et de défiance. Il reste debout, mains contre son corps. Je m'approche de lui et lui pose le silencieux sur le front. Je sens qu'il commence à bouger sa main droite, je n'attends pas je tire, je le bute. J'y prends un malin plaisir.
L'odeur du sang commence à venir chatouiller mes narines, alors un sentiment de satisfaction et d'euphorie m'envahit. Jamais je ne tremble face à une exécution. La fin est écrite pour chacun, je ne fais qu'appliquer le destin, la faucheuse c'est moi. Je ne ressens rien que du plaisir à tuer, pas de peur, de pleurs ou même des sueurs froides. Je m'en tape de leur vie, de leurs proches, plus rien n'existe ni de leur côté ni du mien. Enfin si, de mon côté je me concentre sur toutes mes sensations, je suis en vie, toujours en vie !
J'entends du bruit venir du fond du jardin. Je ne peux pas savourer ma réussite aussi longtemps que d'habitude, je percute, Fox le clebs… je me mets à cavaler aussi vite que possible pour sortir du jardin et ne pas me faire attraper le cul. Je vais plus calmement à ma voiture, putain je me sens en vie. Je me sens vivant, bien vivant. J'éclate de rire en mettant le contact.
Je prends la route. Après trois heures je m'arrête, je récupère ma bécane et laisse la voiture sur un parking. Je roule serein, l'esprit léger, et savourant ma liberté. Après une exécution pareille je prends toujours une claque de liberté en pleine gueule. Je m'arrête pour faire le plein, j'en profite pour manger un bout. A la station je trouve un magazine de tatouage je le feuillette. Un concours est organisé entre plusieurs états, son nom est dans les retenus… putain de gosse elle va réussir à percer dans ce milieu.
