Bonjour bonjour,

Voilà un petit OS fort peu riche en scénario que j'avais originellement posté sur AO3 et que j'ai complètement oublié de publier ici. Il va sans dire que c'est très très NSFW.

Enjoie !


Les verres s'enchaînaient sans qu'il parvienne à les compter. D'ordinaire, Jun-woo évitait l'alcool, la drogue et tout ce qui pouvait altérer son jugement — même s'il lui arrivait de faire une exception pour le café, car rien ne pouvait s'interposer entre lui et un latte glacé dans les journées difficiles. Pourtant, ce soir-là, il avait bu plus que de raison. Toutes ces procès, ce maudit Vincenzo qui lui collait des bâtons dans les roues à la moindre occasion, ces bouseux du Geumga Plaza qui ne comprenaient pas quand il était de bon ton d'abandonner, et surtout, surtout, cet abruti de Han-seo qui lui causait plus de problèmes qu'autre chose. Il avait besoin d'un exutoire, n'était-ce que pour une soirée, le temps d'évacuer toute la pression accumulée.

Il se leva de table et se dirigea vers la grande baie vitrée. En contrebas, la ville nocturne s'agitait, indifférente à ses problèmes. Il la contempla un moment, savourant de vertige de se trouver si haut. C'était pour cette raison qu'il adorait les tours, qu'il ne pouvait se passer d'en construire, toujours plus nombreuses et toujours plus grandes. De leur sommet, on se sentait l'âme d'un dieu, admirant des cieux ses ouailles dévouées. Du bout du doigt, il effleurait machinalement la commode sur laquelle il s'appuyait ; il traçait le contour des bibelots hors de prix, qu'il n'avait achetés que parce qu'il en avait les moyens. Se glissant dans la poignée du premier tiroir, il se souvint avec un sourire de ce qu'il contenait : un des rares souvenirs qu'il avait ramené de ses années aux États-Unis, et dont il ne s'était pas encore servi. Il préférait que cela reste ainsi. La crosse restait son instrument de prédilection, après tout ; il la trouvait bien plus personnelle. Tout de même, se dit-il, quel dommage qu'il reste là à prendre la poussière.

Jun-woo lança un coup d'œil vers Han-seo, resté assis à la table du salon, son verre à la main. Il demeurait immobile et, l'espace d'un instant, Jun-woo se demanda s'il ne s'était pas endormi. Mais son frère finit par se redresser et secouer la tête, comme un chaton somnolent. Jun-woo sourit et entrouvrit le tiroir sans faire de bruit. En voilà un vilain tour à lui jouer, ce serait follement amusant. Toujours en silence, pour le pas attirer l'attention de son frère, Jun-woo sortit l'arme de sa gangue de mousse, un magnifique Smith&Wesson 986 Pro Series, au canon argenté et à la poignée noire, conçue pour épouser la forme de la main. Il se souvenait encore à la perfection du discours exalté du vendeur, qui lui avait décrit le revolver pendant de longues et barbantes minutes, aussi fier de son engin de mort qu'une mère de l'enfant qu'elle vient juste de mettre au monde. Malgré des années d'inactivité, l'arme semblait encore en bon état. Jun-woo vérifia le barillet : vide. Il fut tenté de le faire tourner, comme dans les films, mais renonça quand il compris que le bruit attirerait l'attention de Han-seo.

Il prit une balle dans la boîte qui accompagnait le revolver et la rangea dans sa poche. Puis, il cacha l'arme sous le jeté en fourrure de chinchilla qui recouvrait son fauteuil favori. Pour terminer, il retourna chercher son paquet d'oursons en gélatine sur la table du salon. Le bruit du plastique fit sursauter Han-seo, qui le dévisagea de ses grands yeux vides. Ivre, il semblait tout aussi stupide que d'habitude. Pourtant, Jun-woo voyait dans son regard briller cet éclat d'intelligence, qui le terrifiait autant qu'il le fascinait. Si Han-seo avait été un tout petit peu plus malin, ils auraient conquis le monde ensemble. Il aurait aussi tenté de le doubler, à un moment ou à un autre. Voilà pourquoi Jun-woo n'aurait pour rien au monde voulu que son pantin se mette à réfléchir par lui-même. Sa dévotion était bien plus utile que ses initiatives.

— Allons nous installer sur le canapé, lui susurra-t-il avant de retourner s'asseoir.

Han-seo hocha la tête et, tandis que Jun-woo s'installait dans son fauteuil, les deux pieds sur la table basse, et plongeait ses doigts dans la toison grise du jeté, le cadet s'assit sur le bord du divan, face à lui. Seule son ivresse manifeste parvenait à casser un peu de cette raideur coincée qui énervait tant Joon-woo. Ce dernier laissa passer de longues secondes de silence, pour que le malaise prenne le temps de s'installer.

— Au fait.

Han-seo se raidit et lui lança un regard fuyant.

— J'ai réglé le problème de la fille.

Deux semaines plus tôt, Han-seo avait encore mis à profit son talent à faire n'importe quoi. Après une correction bien méritée, il était parti et, Jun-woo ne savait comment, s'était retrouvé dans la chambre d'une influenceuse en vogue. Évidemment, leur rencontre n'avait été qu'un coup monté, le projet de la demoiselle étant de filmer leurs ébats à l'insu de Han-seo, puis de publier « accidentellement » la vidéo. Il lui aurait ensuite suffi de jouer la victime et de prétendre que c'était Han-seo qui avait rendu ces images publiques. Voulant éviter d'aller jusqu'au procès, Babel aurait mandaté le cabinet Wusang pour négocier à l'amiable et la vipère s'en serait sortie avec une somme rondelette, tandis que Han-seo se traînerait une réputation d'odieux connard. Pas bon pour les affaires.

Seulement voilà, dans son arrogance, la jeune femme avait décidé qu'elle pourrait se contenter de faire chanter son fortuné pigeon et ramasser l'argent sans compromettre son image. Sans le savoir, elle avait laissé le temps à Jun-woo de réagir. Un peu de cocaïne et quelques cachets d'extasy dissimulés dans son appartement à son insu, une quelconque substance qui laisse des traces dans le sang glissée dans son verre pendant une soirée, et un tuyau anonyme à la police plus tard, la demoiselle se trouvait arrêtée et ses parents, tous deux de la vieille école et qui ignoraient évidemment tout des agissements de leur fille, lui coupaient les vivres. Difficile de continuer ses prestigieuses études avec un casier et sans le sou. Jun-woo était plutôt fier de lui, sur ce coup-là. Pour célébrer sa victoire, il s'était même inscrit à tous ses réseaux sociaux, et adorait constater le silence radio qui s'était installé depuis les événements. Il devait l'admettre, le plan était audacieux, quoiqu'un brin vulgaire à son goût. Elle aurait probablement réussi si elle s'était attaquée à une autre cible ; mais Jun-woo ne permettrait jamais à quiconque de s'en prendre à son petit frère. Lui seul jouissait de ce droit.

Han-seo, les mains serrées sur ses cuisses, gardait le regard bas. Il inclina la tête, sans jamais que ses yeux rencontrent ceux de Jun-woo.

— Merci…

Jun-woo se redressa sur son fauteuil et le dévisagea, incrédule.

— Merci ?

Han-seo hocha la tête. Donc, il était sérieux… Jun-woo se pencha vers lui, lui faisant signe de faire de même. Quand Han-seo s'approcha, Jun-woo l'attrapa par la cravate et l'attira à lui. Il plaça une main sur la nuque de son frère, et serra juste assez pour lui passer l'envie de reculer.

— J'ai pris de mon précieux temps pour rattraper tes bêtises, articula-t-il, les dents serrées, et tout ce à quoi j'ai le droit en retour, c'est un bête « merci » ? Are you serious ?

Han-seo tenta de se dérober, murmurant sous son souffle de piètres excuses qui ne changeaient rien à son ingratitude. Jun-woo continua à tirer sur sa cravate, guidant son frère pour le placer face à lui. Il le lâcha enfin et se replaça confortablement au fond de son fauteuil.

— À genoux. C'est le minimum.

Han-seo obtempéra sans broncher. Agenouillé sur le sol, les mains docilement posées l'une à côté de l'autre, la tête baissée et l'air contrit, il prit une grande inspiration.

— Je te remercie, Monsieur, s'écria-t-il. J'ai été idiot, j'aurais dû me méfier d'elle.

Jun-woo soupira, l'auriculaire planté dans son oreille.

— Je t'ai déjà dit d'arrêter de t'égosiller comme ça. Tu me fais peur.

La bouche de Han-seo se tordit mais il n'ajouta rien. Jun-woo songea que la position lui seyait bien, rabaissé au niveau qui lui convenait, ainsi à genoux au pied de son maître. Han-seo leva des yeux suppliants vers lui. Il savait que s'il se relevait avant qu'on lui en donne l'ordre, il le regretterait amèrement. Mais Jun-woo n'était pas près de le laisser partir. D'un geste, il lui fit signe d'approcher encore un peu, ce que Han-seo fit, jusqu'à poser sa tête sur la cuisse de son grand frère. Sobre, Jun-woo n'aurait jamais permis une telle proximité mais le brandy aidant, il laissa faire.

— Peut-être est-ce moi qui te dois des excuses, murmura-t-il en caressant les cheveux de Han-seo. Cette traînée t'a offert un tant soit peu d'attention et toi, tu as foncé tête baissée. Peut-être que je n'en fais pas assez pour toi, que je ne te suffis pas…

Han-seo releva la tête et, battant des paupières pour chasser le tournis, se mit à ricaner, comme si ce qu'il venait d'entendre était une blague hilarante plutôt qu'une véritable question.

— Non, ce n'est pas… bafouilla-t-il. Enfin, je veux dire... ces choses-là... Tu ne peux pas…

Il se tut quand Jun-woo glissa son pouce entre ses lèvres et caressa sa langue du bout du doigt. Il referma la bouche et le suçota un instant avant de se rendre compte de la bizarrerie de la situation et de se détourner. Jun-woo, qui ne l'entendait pas de cette oreille, lui pinça la joue et força à lui faire de nouveau face.

— Je me suis toujours dit que cette bouche pouvait servir à autre chose qu'à raconter des idioties.

De nouveau, il passa ses doigts sur les lèvres de Han-seo, effleurant parfois ses dents du revers d'une phalange. En même temps, il plongeait allégrement dans son paquet d'oursons en gélatine, et en croquait autant qu'il le fallait pour se maintenir sur terre.

Soft lips

Jun-woo marchait sur une ligne qu'il était dangereux de dépasser, il le savait. Ce n'était pas la première fois que de telles pensées s'invitaient dans son cerveau, mais il avait toujours préféré les repousser. Malgré cela, la curiosité le taraudait parfois : y avait-il une limite à ce que Han-seo pouvait accepter de lui ? Plus il tentait de le vérifier, plus il comprenait que non. Il s'humiliait volontiers, n'avait aucun regard pour la loi et la morale du moment qu'il s'agissait d'un ordre de Jun-woo, ne rechignait jamais à le suivre même dans ses plans les plus odieux. Cette frontière-là, cependant, se révélerait bien plus délicate à franchir.

Pour sa part, Jun-woo faisait bien peu de cas du sexe. Il trouvait l'activité ennuyeuse et la position ridicule. Les quelques femmes qu'il avait mises dans son lit s'étaient montrées exigeantes et, une fois atteint l'objectif de cette étreinte animale, bien difficile à faire partir. Jamais il n'avait ressenti avec elles le frisson qui le secouait à chaque fois que Han-seo s'écrasait sur son chemin pour lui servir de paillasson. Il n'en fallait pas plus pour que les deux pièces s'imbriquent et que l'idée fasse son chemin. Le parfum de l'interdit rendait l'expérience encore plus tentante.

Han-seo finit par poser sa main sur la sienne, sans que Jun-woo sache s'il voulait lui faire cesser ses caresses ou simplement attirer son attention.

— Qu'est-ce que tu attends de moi, exactement ?

Jun-woo hésita un instant. Il devait prendre en considération les risques. Depuis quelque temps, il sentait la fidélité de son frère vaciller, il savait que Han-seo brûlait de gagner plus d'indépendance, et prenait d'autant plus d'initiatives — sale habitude qu'il avait pris soin de tuer dans l'œuf, d'une serviette bien serrée autour du cou. L'utilité première de sa chère marionnette consistait à prendre sa place en public, à faire le fantoche devant les médias, les investisseurs et le grand public, de se retrouver en prison à sa place si les choses tournaient trop mal. Perdre Han-seo, c'était perdre son parachute ; pouvait-il le risquer, alors qu'il avait déjà sauté, pour un stupide désir charnel ? Agacé, il balaya toutes ces vaines considérations d'un revers de main. Il savait ce qu'il faisait. Et puis, il était Jang Han-seok, après tout, le seul et l'unique. Il en avait envie. Et ce dont il avait envie, il le faisait. Aussi simple que cela.

Il se pencha encore un peu plus vers Han-seo, resserra le nœud de sa cravate et lui chuchota quelques mots à l'oreille. Il les choisit avec soin, crus, de la plus parfaite vulgarité, pour ne laisser aucune place à l'interprétation. Han-seo lui jeta un regard terrifié et secoua vigoureusement la tête.

— Quoi ? demanda Jun-woo. Tu ne veux pas ?

Han-seo continua de secouer la tête comme un chien en plastique à l'arrière d'une voiture. Jun-woo soupira.

— Moi, je crois que si.

D'une impulsion de la jambe, il envoya sa pantoufle à l'autre bout de la pièce et, ainsi déchaussé, appuya du bout du pied sur l'entrejambe de son frère. Le renflement qu'il y sentit et le long gémissement plaintif que poussa Han-seo à ce contact imprévu lui offrit la réponse qu'il cherchait. What a freak, songea-t-il. Han-seo, les poings serrés sur le jeté de fourrure, baragouinait de temps à autre des bouts de phrase incompréhensibles, mais ne semblait pas vouloir bouger pour retourner la faveur.

Jun-woo pinça le menton de son frère et le remonta pour le forcer à le regarder dans les yeux. De son autre main, il se saisit du revolver qu'il avait caché à côté de lui. Quand il fut certain que Han-seo l'avait bien vu, il sortit la balle de sa poche et la glissa dans le barillet ; du moins, il le lui fit croire. C'était un tour de passe-passe basique, un escamotage qu'un enfant de cinq ans aurait pu réaliser, mais qui suffit à instiller la terreur dans les yeux de Han-seo. De tout ce qu'il lui avait fait subir depuis leur enfance, jamais encore Jun-woo ne l'avait menacé d'une arme à feu. Tout au plus, il l'avait effrayé avec un fusil d'airsoft, pour s'amuser un peu.

— Voilà, dit-il en pointant le canon vers la tempe de Han-seo. Comme ça, on peut faire comme si je ne te donnais pas le choix.

Cette simple phrase éteignit la peur dans les yeux du cadet ; il n'était peut-être pas si bête, finalement, s'il avait compris où Jun-woo voulait en venir. Ainsi débarrassé de sa responsabilité, il ne fallut pas un instant de plus à Han-seo pour défaire le bouton du pantalon de Jun-woo et descendre sa braguette. Son regard fit un rapide aller-retour entre l'érection qui se dessinait sous le tissu noir du boxer et le visage de son frère, qui l'encouragea à continuer d'un geste du menton. Han-seo déglutit puis, après un dernier instant d'hésitation, posa sa bouche sur le tissu.

Jun-woo, tout en continuant ses caresses du pied, se débarrassa des vêtements qui l'encombraient. Ils tombèrent en tas autour de ses chevilles, le laissant nu jusqu'à la taille. Il songea au spectacle grotesque qu'ils devaient offrir tous les deux, dans cette position, mais ces considérations disparurent bien vite quand il sentit la langue de Han-seo courir le long de son sexe. Il serra la poignée de l'arme. Pour se donner une contenance. Le bout du canon se promenait sur le front de Han-seo, il soulevait des mèches de ses cheveux et lui griffait la peau.

— Ça va, fais pas cette tête, souffla-t-il quand son frère leva de nouveau un regard inquiet vers lui. Regarde, mon doigt n'est même pas sur la détente.

L'expression de Han-seo ne changea pas, au point que Jun-woo se demanda s'il avait vraiment vu de la peur dans ses yeux.

— Fais-moi plutôt un sourire.

Han-seo obtempéra, de son habituel sourire idiot, avant de se remettre à son ouvrage. Jun-woo sentait sous ses orteils les mouvements du bassin de son frère, qui se frottait contre sans la moindre honte. Jun-woo songea, à travers le plaisir étourdissant qui prenait doucement possession de lui comme un boa constrictor entoure sa victime, que Han-seo mettait trop de cœur à la tâche. Sa langue dansait autour de son membre, enivrante, et pour la première fois de sa vie, Jun-woo se sentait à la merci de son cadet. Malgré lui, il poussa un gémissement qui ne fit qu'encourager Han-seo. Le picotement qui dansait sous sa peau arriva à son crâne, emplit chaque recoin de son cerveau et annihila le maigre contrôle qu'il exerçait encore sur lui-même.

Il finit par poser le revolver à côté de lui et glissa ses mains dans les cheveux de Han-seo. Il s'entendait parler, dans un mélange incompréhensible de coréen et d'anglais, sans parvenir à croire que tous ces mots sortaient de sa bouche. La douceur de ses lèvres et la chaleur de sa langue, ses mains curieuses qui palpaient, caressaient, griffaient à tour de rôle, les vibrations du fond de sa gorge quand il soupirait ; tout ça rendait fou Jun-woo. Ce qui ne devait être à la base qu'un jeu, qu'un simple test de loyauté en plus d'une punition pour ses récentes bévues se transformait en une véritable étreinte. Jun-woo aurait voulu se lever et tirer Han-seo jusqu'à la chambre, pour profiter de tout ce que son corps aurait à lui offrir, mais pour ça, il aurait fallu l'arrêter, et Jun-woo se sentait incapable de le détacher de lui.

Il se rejeta en arrière, les hanches agitées de soubresauts. Jamais Jun-woo n'aurait cru ressentir un plaisir d'une telle intensité, surtout pas entre les mains de cet incompétant. Au moins, il est bon à quelque chose, songea Jun-woo en serrant son poing dans les cheveux de son frère. En un sens, il en comprenait la raison. Han-seo incarnait la perfection, dans ce sens où il partageait ses gènes, il était ce qui sur Terre lui était le plus semblable, un miroir déformant qui ne savait que l'admirer. Cet amour sans limite, cette dévotion quasi-religieuse faisaient partie des raisons pour lesquelles Jun-woo ne l'avait pas encore tué. Il aurait pu mettre n'importe quel abruti à la tête de Babel, un crétin qu'il aurait motivé comme tous les autres, avec une belle liasse de billets, mais il avait voulu y garder Han-seo, pour qu'ils se confondent encore un peu plus, qu'ils deviennent indissociables l'un de l'autre et que jamais Han-seo ne puisse se détacher de Han-seok. Ils ne feraient qu'un, diabolique chimère au sommet d'une tour du haut de laquelle ils toiseraient Dieu en personne.

Mais ces derniers temps, la flamme qui brillait dans les yeux de Han-seo, celle qui lui hurlait sans un mot : « Grand frère, tu es l'être le plus exceptionnel que je connaisse et je donnerais ma vie pour toi », cette flamme s'amenuisait. Alors Jun-woo perdait patience, il passait ses nerfs sur Han-seo juste pour s'assurer qu'il se laissait toujours faire, que cette rébellion n'était qu'une passade et qu'il retrouverait bientôt la raison. Qu'il le laisse user de lui de cette façon ne présageait que du bon.

Maintenant de ses deux mains la tête de Han-seo, Jun-woo s'enfonçait en lui autant qu'il le pouvait. L'étroitesse de sa gorge était divine, et chaque spasme, chaque haut-le-cœur l'emmenait à chaque seconde plus près du paradis. Quand il finit par jouir, ce fut la vision trouble, le dos cambré dans son fauteuil, envahi par un frisson que n'égalait que celui du meurtre. La tête en arrière, les yeux fermés, il savoura les quelques secondes bénies qui suivent l'orgasme, déjà agacé par tout le boucan que faisait Han-seo. Recroquevillé à ses pieds, il toussait à s'en arracher les poumons. Jun-woo sentait le dégoût monter en lui. La fièvre le quittait petit à petit, ne le laissant qu'avec la soudaine réalisation de ce qu'il venait de faire. Il se pencha pour attraper ses sous-vêtements et son pantalon autour de ses chevilles — sa nudité commençait à le déranger — et constata qu'une petite flaque de sperme et de salive mêlés s'étendait sur le sol à ses pieds. Il se rhabilla, sans pouvoir détacher son regard de la seule trace qu'il restait de l'acte contre-nature qui venait de se perpétrer.

Toujours agenouillé devant lui, Han-seo observait son frère, un drôle d'air dans le regard. Jun-woo fut tenté de lui demander simplement de partir. Il sentait la colère l'enflammer, née de la répugnance qu'il lui inspirait désormais. Ses mains et ses jambes le démangeaient tant elles avaient envie de frapper ; mais jamais Jun-woo ne cognait son frère à coups de poings ou de pieds. Il avait besoin de la crosse ou d'un objet quelconque à lui lancer au visage. Il fallait bien qu'il le punisse, cependant, et il avait déjà une idée toute trouvée. Il se rassit au fond de son fauteuil et plaça son pied sur l'épaule de Han-seo.

— Eh bien, tu ne vas pas laisser le sol dans cet état ? Que va penser la femme de ménage si elle trouve cette tache demain matin ?

Le cadet baissa les yeux vers le sol, hébété, puis reporta son attention sur Jun-Woo.

— Tu… tu veux que j'aille chercher une lingette ?

Jun-woo laisse échapper un ricanement sardonique.

— Non.

Du bout de ses orteils, entourés d'une chaussette grise, Jun-woo traça le contour du visage de son frère, remontant du menton jusqu'à la racine des cheveux. Arrivé au sommet du crâne, il poussa d'un coup sec, plongeant le visage de Han-seo dans le mélange de fluides corporels qui s'étalait entre eux.

— Nettoie.

Contre toute attente, Han-seo ne tenta pas de se débiner. Habituellement, quand son frère se montrait cruel avec lui, il protestait, jusqu'à pleurer, comme si les larmes pouvaient plaider en sa faveur. Mais pas cette fois. Penché pour observer le spectacle, Jun-woo vit sa langue franchir ses lèvres et glisser sur le sol. Il songea, avec autant de satisfaction que de terreur, qu'il pouvait vraiment lui faire faire tout ce qu'il voulait. Absorbé par cette curieuse vision, Jun-woo avait à peine remarqué que Han-seo avait plongé une main entre ses cuisses et continuait de faire onduler son bassin, à la même cadence erratique qu'une minute plus tôt. Il ne s'en rendit compte que quand son frère, s'arrêtant dans son geste, la bouche toujours collée au sol, le dos arqué et sa main libre si crispée que cela ne pouvait être que douloureux, poussa un long gémissement satisfait. Jun-woo, interloqué, porta la main au paquet de bonbons qu'il gardait sur l'accoudoir du fauteuil. Le goût du sucre et de l'arôme chimique l'aidait à se maintenir sur terre et à confirmer que tout cela était bien la réalité et non un étrange rêve fiévreux.

Han-seo se redressa et plongea son regard dans celui de Jun-woo, qui ne savait toujours pas comment réagir. Il lisait dans les yeux de son frère la même horreur de se rendre compte de ce qui venait de se passer. Mais chez lui pas de rage, non, pas d'envie de cogner ; juste une immense honte qui faisait gonfler les larmes sous ses paupières. La semence et la salive lui collaient à la joue, luisantes à la lumière chaude des lampes du salon. Jun-woo était partagé entre l'envie de le prendre dans ses bras et celle de lui serrer le cou jusqu'à ce que la vie le quitte. Pour la première fois, il prenait la mesure de la folie de son frère, une folie à la hauteur de la sienne, et c'était tout aussi grisant qu'abominable.

— T'es qu'un putain de taré, siffla-t-il en lui glissant un ourson en gélatine entre les lèvres. A fucking freak.

Han-seo sourit et mâchouilla la friandise. Jun-woo lui tendit le paquet.

— Tiens, finis-les. Et je veux que tu sois parti quand je reviendrai.

Il se leva et se dirigea à grands pas vers l'étage. Il avait plus que jamais besoin d'une douche.