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Chapitre 2
Mission 1 : Se retrouver
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Hawks/Keigo Takami
Marcher était une plaie. Une vraie plaie surtout dans ce genre de situation un peu désespérée. Il avait été entrainé pour supporter psychologiquement ce genre de piège, mais là, c'était à un niveau un peu hardcore, dirait Hawks. Il avait l'impression d'avoir volé la vie d'un homme et la modifier à son gré afin de régler son problème. Et pourtant, c'était bien lui-même. Il avait observé son reflet dans la glace d'un magasin de bijou, et c'était reconnu sans difficulté aucune. Même coupe de cheveux, même taille, même voix… Pas même look, ça c'est clair, mais bon, c'était l'uniforme.
À première vue, une bonne dizaine de cicatrices qu'il avait récoltées durant son service étaient absentes ce qui convergeait avec l'idée que son métier de journaliste n'avait rien à voir avec celle de héros qu'il avait. La conclusion était donc qu'il avait à se méfier grandement de son propre pouvoir. Son dos en compote et les écorchures au niveau de ses coudes et de ses genoux à vif derrière son jean déchiré portaient à la croire.
Son unique espoir pour le moment était de trouver son allié. Certes, ça ne l'enchantait guère d'avoir pour seul allié Dabi –et encore, faut-il qu'il le trouve ET que lui aussi vienne du même monde que le sien-, mais à cet instant-là, il n'allait pas faire la fine bouche. Retrouver le type à l'Atler ou avoir des réponses au sein de cette si grande ville n'allait pas être de la tarte.
Et puis, il était toujours en quête de gagner sa confiance afin d'intégrer le gang de vilains, cela pouvait être une bonne opportunité.
Tout en marchant sans trop de but au sein d'une grande allée de magasins, plutôt animés, Hawks parvint à déverrouiller son téléphone après plusieurs codes testés, et chercha sans trop de conviction dans sa liste de contacts. Dans son monde, le numéro de Dabi était crypté, mais son contact était dissimulé sous le nom de « Blue ». Évidemment, aucun contact ne s'appelait comme tel. Pas de « Blue », pas de « Dabi », ni même un potentiel « Bâtard grillé ». En plus de cela, la moitié de son annuaire lui était inconnu, et une autre moitié était absente –merci le changement de boulot-.
Il claqua sa langue contre son palais avec agacement, mais alors qu'il était à la fin de l'alphabet, un des contacts attira son attention.
Touya
Non, ce prénom ne lui disait rien du tout, cependant, un cœur et quelques émojis suivaient ce prénom alors que les autres contacts n'avaient pas eu le droit à ce traitement de faveur. Il arqua un sourcil, ne s'étant même pas rendu compte qu'il s'était arrêté au beau milieu du trottoir.
« Touya… » répéta-t-il tout haut.
C'était le nom d'un garçon. Et au vu des cœurs, peut-être son petit copain ? Dans sa vie de héros, il était actuellement célibataire, et depuis un long moment. Il n'avait tout simplement pas le temps, et la tête à ça, surtout dernièrement. Depuis ses onze ans, il se savait attirer par la gent masculine et féminine, ainsi penser à un potentiel petit ami ne le surpris guère. Il en était presque… curieux. Peut-être que de retour chez lui, il rencontrera ce fameux Touya et tout comme son lui de ce monde, tombera pour lui et le marquera d'un petit cœur.
Il ricana à cette idée, et reprit sa route, appuyant sur le contact par pure curiosité, cependant, aucun détail n'était ajouté, hormis le numéro de téléphone. Il quitta donc l'application, et retomba sur l'écran d'accueil au fond galaxie qui scintillait joliment.
« Je prends note, je kiffe ton fond d'écran, mon pote, » murmura-t-il pour lui-même.
Puis, il aperçut la galerie d'images en haut à droite, mais son pouce s'arrêta à quelques centimètres de l'icône. Il fut pris d'un léger haut-le-cœur. Certes, la curiosité le démangeait, mais il avait comme l'impression de violer l'intimité de cette personne. De ce Keigo Takami qui était lui, mais qui était… aussi différent. Pris d'un remords, il poussa un léger soupir et verrouilla le téléphone, jetant sa tête en arrière pour observer le soleil qui lui paraissait si loin quand il ne pouvait pas voler au-dessus des buildings.
Il avait des choses plus importantes à faire qu'à fouiller dans sa propre vie privée. Ou celle de fake Keigo. Qu'importe.
Rangeant le téléphone dans la poche arrière de son jean à présent troué, Hawks se concentra sur le panorama ambiant, cherchant des indices, des détails… Comme il l'avait remarqué un peu plus haut dans son immeuble, quelques bâtiments avaient changé, des enseignes s'étaient installées, d'autres étaient partis, et au vu de la date qu'il était parvenu à chopper sur un journal un peu plus bas, une potentielle histoire de voyage dans le temps était à bannir.
C'était tout simplement un monde différent au sien, où sa propre personne vivait une vie totalement différente. Une fois ou deux, il s'était trouvé à se demander si ce genre de mondes pouvaient exister, et si un monde parallèle existait où par exemple, il s'était fait à manger le soir de Noël au lieu d'être allé chercher à manger à KFC.
Si à chaque choix qu'on produisait, d'autres mondes étaient créés, et ainsi, des milliards de dimensions étaient produites chaque seconde en fonction des chemins que prenait chaque être humain. Et ce monde-ci, comment avait-il été crée ? Quelle était la différence majeure avec le sien qui avait perturbé l'espace-temps et l'avait fait devenir ce qu'il était maintenant ? Peut-être ne le saurait-il jamais.
Durant son inspection de la ville, son téléphone sonna plusieurs fois, tous étant des prénoms inconnus, et il imagina qu'il s'agissait de ses collègues de bureau inquiets. Étant pressé mais aussi, ayant tout de même un certain respect pour ceux qui s'inquiétaient, il répondait par de rapides SMS en assurant que tout allait bien.
Ainsi, après une bonne heure de vadrouille, il s'arrêta devant les portes de la grande école UA. Mains dans les poches, il leva les yeux vers le bâtiment on ne peut plus connu, et sentit un poids s'échapper de ses épaules en remarquant qu'ici, cet établissement était toujours d'actualité.
« Bon, assez marché, il est temps de faire des recherches plus approfondie, » déclara Hawks pour lui-même en se massant la nuque, prenant ensuite la direction de la bibliothèque la plus proche.
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Dabi/Touya Todoroki
Marcher pour Dabi était tout aussi une plaie. Pas qu'il était habitué à voler, non loin de là, mais étant dans ce corps, il se sentait vulnérable. Malgré le fait qu'il s'agissait du sien, ce changement lui donnait l'impression d'être une autre personne. Déjà, parce qu'il ne ressentait aucune douleur aux jointures de ses cicatrices en marchant, ce qui avait été monnaie courante dans l'autre monde. Et aussi, parce que son moyen de défense étant son Alter, lui paraissait lointain.
À chaque seconde de sa vie quand il était éveillé, il sentait ses flammes s'agiter, tenter de s'extirper à travers sa peau. Son pouvoir était instable, mais il savait particulièrement bien le contrôler, et l'utiliser en combat de façon à ne pas dégrader encore plus son corps. Cependant, dans ce corps, son feu lui semblait plus hors de portée. Il n'avait pas eu le temps de tester pleinement son pouvoir, et faire l'état des lieux quant à son Alter dans ce monde et son corps, et espérait ne pas tomber sur des ennemis.
Mais la pensée que dans ce monde, Touya Todoroki avait l'air d'être un simple civil, les chances étaient moindre sauf s'il n'avait vraiment pas de chance et tombe nez à nez avec un vilain à la recherche d'argent ou assoiffé de meurtre.
Soudain, il s'arrêta net au milieu de la rue dans laquelle il passait et qui le tendait extrêmement suite au nombre de passants qu'il croisait. Une voix venait de capter son attention, et aussitôt, une explosion acide de colère vint s'emparer de lui et monter dans sa gorge. Il leva la tête vers l'immense écran télévisuel qui présentait les News de l'après-midi. Un invité sur le plateau était assis dans un siège rouge en face d'une journaliste bien maquillée, bien habillée.
Cette voix…
Les poings de Dabi se serrèrent férocement. C'était Endeavor, dans un costume de héros un peu différent de ce auquel il avait été habitué de le voir. Sa prestance était la même, sa posture aussi, sa voix, son visage… Seul son regard paraissait un peu moins froid qu'à une certaine époque, mais ce genre de détail, tel que la conversation qu'il avait avec la journaliste, ne parvinrent pas à l'esprit de Dabi.
Pourquoi dans ce fichu monde, sa mère était encore à la maison ? Pourquoi ses frères et sa sœur étaient si heureux ? Pourquoi il était encore Touya ?
Parce qu'Endeavor avait agi différemment ? Juste parce qu'il était différent dans ce monde ? Et ces pensées n'apaisèrent en rien Dabi, non. Soudain, des flammes vivaces vinrent briller le long de ses bras et exploser autour de ses poings. Autour de lui, on s'écarta rapidement, et Dabi se réveilla instantanément. Dans son propre monde, perdre les pédales comme ça aurait pu lui être fatal s'il avait été découvert.
Il ravala aussitôt ces flammes et sans un regard autour de lui, s'élança dans la plus proche ruelle, le cœur battant. S'adossant au mur frais derrière lui, à l'ombre de tout visuel, il grimaça en ressentant une douleur brûlante au niveau de ses mains et ses avant-bras. En observant ses membres, sa peau était rougie par l'utilisation de son Alter, mais ça n'avait rien à voir aux viles cicatrices qu'il avait dans son monde. Ce genre de blessure allait passer avec le temps.
Ce corps semblait contrairement à lui, avoir un seuil de douleur bien différent. Il avait l'impression d'être revenu dans son corps d'enfant, mais dans une version adulte. Comme si Endeavor ne l'avait jamais entrainé, ne l'avait jamais poussé à utiliser son Alter. Ainsi, s'il avait à se battre ici, son corps allait le faire souffrir comme jamais, il le sentait.
« Putain, » lâcha-t-il entre ses dents, refermant douloureusement ses poings.
Il avait des choses plus importantes à s'occuper dans son propre monde. Sa vie là-bas partait en vrille suite aux plans de la League qui étaient à suivre avec extrêmes précautions, aux héros trop collants, à son propre corps dont l'usure commençait à se faire ressentir, à sa vengeance personnelle qui lui mangeait le cœur, à la présence de Hawks qu'il testait et cherchait à comprendre le réel but, mais aussi, à l'attraction ennuyante qu'il avait envers cet idiot.
Coincé dans un monde comme celui-là n'était donc en rien dans l'ordre de ses priorités. Avant que d'autres flammes ne viennent de part elle-même s'emparer de ses poings serrés, il parvint à calmer quelque peu son cœur, et s'extirpa de la ruelle à la recherche d'une cabine téléphonique.
Cependant, une fois devant la cabine téléphonique, Dabi se rendit à l'évidence. Ses poches étaient vides, pas de portable, pas de portefeuille, rien. Il était parti à sec, avait faim et devait passer un coup de téléphone important.
« Putain, » répéta-t-il d'une voix lasse.
En tournant la tête, il aperçut une petite épicerie dans l'allée calme dans laquelle il était, loin de tout regard et toute circulation.
« Il est temps de rattraper le temps perdu ici, » énonça Dabi, une flamme bleue venait volontairement briller au sein d'une de ses paumes.
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Hawks/Keigo Takami
En une demi-heure, Hawks avait pu récolter nombre d'informations intéressantes. L'ordinateur de la bibliothèque chauffait suite à la multitude de dossiers ouverts et aux clics incessants de la souris. Mais c'était nécessaire.
Des choses avaient été modifiées ici : All Might était un héros mais pas le Number One. Endeavor était dans la liste des 10 mais paraissait ne pas être aussi assoiffé de pouvoir que son réel lui. UA était bel et bien en activité, mais en checkant rapidement la liste des professeurs, quelques noms étaient absents, d'autres inconnus étaient présents. Encore une fois, ça n'était que des détails à l'échelle de la planète car sinon, tout roulait à peu près de la même manière.
Le concernant, il venait de trouver son adresse et voir qu'il habitait dans un super appart' et qu'il avait bien les clés dans l'une des poches de son jean. Il scrollait sur une page Wikipédia à son nom –oui il était finalement un célèbre journaliste- lorsqu'une image de la télévision muette installée sur un des piliers juste avant les longues rangées de livres, attira son attention.
C'était Endeavor sur un plateau télévisuel à discuter tranquillement. Un petit sourire soulagé et heureux vint s'installer sur les lèvres de Hawks, oubliant sa propre page Wikipédia. Endeavor était bel et bien vivant, un héros, et visiblement satisfait de sa position.
Puis, l'interview se termina sur le visuel d'Endeavor riant –l'absence de son ne l'aida pas à comprendre la blague- et juste après le générique final de trois secondes, les informations de la journée reprirent. Avant que Hawks ne puisse quitter l'écran des yeux, une caméra filmant une épicerie aux portes carbonisées vint prendre la place du journal télévisé.
Les yeux de Hawks s'écarquillèrent soudain face aux gros titres qui se dessinaient sous ses yeux en rouge éclatant.
Un homme à l'Atler « flammes bleues » dérobe de l'argent et des sandwiches
Flammes bleues. Ce serait ironique si cela n'était qu'une simple coïncidence. C'était Dabi, n'est ce pas ? Il quitta son siège le cœur battant, sans lâcher l'écran des yeux bien qu'il n'entendait pas le reporteur expliquer les faits.
Était-ce le Dabi qu'il connaissait ? Ou celui de ce monde qui ne l'appellerait probablement pas Hawks, mais Takami comme tout le monde ? Si bien sûr, l'autre homme le connaissait dans cette dimension.
Soudain, le téléphone dans la poche arrière de son jean se mis à sonner bruyamment, si bien qu'il en sursauta. Des « chut » prononcés se firent entendre tout autour de lui suite à la sonnerie d'un groupe de musique indépendant dont le volume était haut perché, et Hawks s'excusa aussitôt en récupérant l'engin.
Mais alors que précédemment, il avait refusé chaque appel, celui-ci lui mit la puce à l'oreille. Ce n'était pas un numéro connu cette fois-ci, et son instinct lui murmura à l'oreille que ce coup de téléphone n'était pas anodin. Ainsi, ni une ni deux, il se précipita vers les portes de la bibliothèque, espérant que l'autre personne au bout du fil n'allait pas s'impatienter et abandonner. Une fois les portes poussées derrière lui, il arriva en haut de l'escalier blanc menant à la rue et décrocha avec espoir.
« Yep ? » fit-il les doigts de sa main libre littéralement croisés.
« Birdie. »
Il n'aurait jamais cru être à ce point soulagé d'entendre la voix apathique de Dabi. Dire qu'il s'était préparé psychologiquement à fouiller la ville aveuglement durant des jours afin de le retrouver, voilà que le super-vilain l'appelait tranquillement sur son téléphone. La vie était bien faite !
« Dabi ! » s'exclama Hawks, ne pouvant retenir un sourire qui s'étira jusqu'à ses oreilles.
Il y eut un temps d'attente à l'autre bout du fil, comme si Dabi était en pleine réflexion, puis la voix blasée du brun se fit à nouveau entendre.
« Je suppose donc que tu es bien le Hawks que je connais. »
Hawks se demanda bien par quel miracle Dabi était venu à cette conclusion, mais une question plus existentielle vint glisser hors de sa bouche avant cela.
« Comment as-tu eu mon numéro ? »
« J'ai joué sur la chance et utilisé le même numéro que tu as dans notre dimension. »
Pas con. Hawks abaissa inconsciemment son portable afin de l'inspecter rapidement, et vit que le modèle était différent à celui qu'il avait dans son monde, mais visiblement, son compte restait le même, à son grand plaisir.
« Et je viens de découvrir que tu as déjà braqué une épicerie en arrivant ici, » ajouta ensuite Hawks en pressant à nouveau son portable contre son oreille. « On peut vraiment pas t'arrêter. »
« J'avais pas d'argent, » répliqua purement et simplement Dabi.
« Tu pouvais demander à des passants pour quelques petits yens ! »
« J'fais pas la manche. »
Hawks leva les yeux au ciel, et de sa main libre vérifia qu'il avait quant à lui, de l'argent sur lui. Dans sa poche avant, il tata un porteur de cartes et imagina qu'il devait au moins avoir sa carte de crédit.
« Et toi, tu deviens quoi dans ce monde ? Aussi un vilain ? » demanda Hawks qui commença à faire les cent pas le long de la plus haute marche blanche. « Ou bien… un héros ? »
Un ricanement s'extirpa des lèvres de Hawks en imaginant Dabi au contraire opposé, mais ceci ne sembla en rien faire rire Dabi.
« Si t'as rien de plus intéressant à dire je raccroche et tu te démerdes tout seul dans ce monde à chier. »
Oh, il sentait que Dabi était de mauvaise humeur. Ou en tout cas, plus que d'habitude. Mais conscient qu'il n'était pas l'heure de plaisanter, Hawks se ressaisit et se concentra sur la situation :
« Retrouvons-nous quelque part afin d'aviser. J'ai récolté un bon paquet d'infos sur ce monde, mais nous avons besoin d'en savoir plus que ce type qui nous a touché avec son Alter. »
« Évidemment, » lâcha Dabi, ironique comme jamais.
« Je propose de nous retrouver à l'appart' que mon moi d'ici possède, » reprit Hawks en analysant le trousseau de clés qu'il vint sortir de sa poche. « On pourra être tranquille. »
Un « ouais » trainant de Dabi fit finalement presque soupirer le blond. Malgré la joie d'avoir trouvé quelqu'un qui lui aussi était de son monde, partager cette mission avec Dabi n'allait pas être une partie de plaisir, il le sentait.
« On se retrouve devant mon bâtiment, je te donne l'adresse. »
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Dabi/Touya Todoroki
Dabi raccrocha le combiné téléphonique, et une fois dehors, la première chose qu'il fit, c'est de voler une carte de Tokyo quand il passa devant une échoppe ouverte. Sans téléphone, se repérer ici allait être un vrai calvaire, surtout si Hawks vivait dans un des quartiers riches où Dabi n'avait probablement jamais mis les pieds. Et ce fut assez fastidieux de lire une carte papier, il mit bien une quinzaine de minutes avant de trouver la rue que lui avait signalée Hawks au téléphone.
Après deux tramways payés avec l'argent volé à l'épicerie, il aperçut le bâtiment en question. Et comme il l'avait soupçonné, le quartier était immense, éclairé, propre et puait la richesse. Dans son accoutrement tout de noir et louche, Dabi devait avoir l'air d'un futur cambrioleur, mais sincèrement, il n'en avait rien à faire.
Dans un coin de son esprit, alors qu'il rejoignait le bâtiment, il se demandait si dans leur dimension, Hawks habitait aussi par ici. S'il avait sa réelle adresse, il pourrait glaner quelques informations en entrant par effraction chez lui. Peut-être que finalement, ce petit saut dans ce monde fou allait lui permettre d'en apprendre plus sur La Volaille.
Et Hawks sur lui aussi… Merde.
En parlant du loup, Hawks était déjà devant le bâtiment quand il arriva, debout près d'un arbre, mains dans les poches, à scruter le soleil avec ce que Dabi eut l'impression être une once de regret. Le héros quant à lui, était très reconnaissable, rien ne semblait avoir changé hormis ses vêtements qui étaient froissés, son jean déchiré et ses manches de chemise retroussées tachées de… sang ? Qu'est-ce qu'il avait fichu celui-là ?
Lorsque Hawks l'aperçut alors, ses ailes se déplièrent légèrement, comme détendue à sa venue, et un sourire alors taquin vint se dessiner sur les lèvres du blond.
« Au moins, ici il y a des choses qui ne changent pas, » ricana donc Hawks en désignant d'un geste de la main le corps tout entier de Dabi dissimulé derrière une habituelle tenue noire et épaisse.
Dabi s'arrêta à deux mètres de lui, et grommela quelque chose d'inaudible pour Hawks. Loin de lui l'envie que l'autre homme lui pose tout un tas de questions sur son apparence. Putain, c'était bien sa veine, lui qui voulait en apprendre plus sur Hawks, ça allait être l'autre idiot qui allait se faire un plaisir d'accueillir des informations pour lui-même.
« T'as vraiment la grosse tête dans cette dimension, » intervint ensuite Dabi, levant la tête vers le gratte-ciel qui s'élançait jusqu'aux cieux.
« Et encore, tu n'as rien vu. D'après ce que je sais, je suis touuuuuuuuut en haut. »
Dabi plissa les yeux à cette information, scrutant le visage visiblement égayé de Hawks. C'était définitivement bien le perchoir pour un oiseau tel que lui.
« Si tu te trouves à avoir une piscine là-haut, j'te jette par la fenêtre, » le prévint Dabi.
« Oh non, une fois en un jour, ça suffit. »
La grimace que Hawks lui offrit intrigua Dabi qui fronça les sourcils, détaillant un instant l'état des vêtements froissés et déchirés de l'autre homme.
« Quoi… C'est toi qui t'aies fait ça ? »
« En sautant du 40ème étage. »
« Tes ailes ici sont pour la décoration ? »
« Non, je n'ai juste pas imaginé que mon moi ici puisse utiliser si peu son Alter, du coup… mes ailes ne sont plus ce qu'elles étaient. »
Voilà une chose qu'il avait en commun, mais cela n'apaisa en rien le brun –ou le roux dans cette dimension-. S'ils venaient tous les deux à entrer en confrontation contre l'homme à l'Alter dimensionnel, peut-être que leur inexpérience au combat ici allait leur coûter cher.
Puis, Hawks lui fit signe de le suivre. Après un code tapé en bas de l'immeuble, une montée silencieuse dans un ascenseur trop blanc et trop propre et une serrure déverrouillée, les deux hommes pénétrèrent dans l'antre du Keigo Takami de cette dimension.
Le salon était… digne d'une publicité de meuble. Tout était blanc, propre, ça sentait bon et les grandes baies vitrées donnaient sur l'immensité de la ville et au loin, le soleil était reflété sur l'eau de la mer. Dabi vint se planter devant la vitre, et pressa l'une de ses mains contre elle. Alors qu'il ne se sentait absolument pas à l'aise dans ce salon, la vue réchauffait son coeur. Le soleil qui brillait sur la mer se reflétait sur ses lunettes de soleil, et venait tout de même réchauffer ses rétines.
Il n'aurait jamais pensé que sa propre ville puisse délivrer un tel visage.
« Le coucher de soleil est magnifique ! » avait un jour annoncé Hawks après un vol de très haute altitude, lorsqu'il s'était déposé près de Dabi dans la ruelle de leur rendez-vous.
« Rien à foutre, » avait répondit Dabi sans une once de remords, sur son téléphone à relire un SMS de Shigaraki.
« Je ne plaisante pas. Je pourrais t'amener là-haut, tu verras par toi-même. »
À cet instant-là, Dabi avait senti quelque chose tirailler son cœur, mais à l'époque, il n'avait pas encore conscience de ce que cela impliquait vraiment. Il s'était juste contenté de lever les yeux vers la main chaleureuse que Hawks lui tendait. C'était vers cet instant-là que les rôles s'étaient inversés. Alors qu'au début de leurs rencontres, c'était Hawks le méfiant et Dabi qui poussait, les rôles s'étaient inversés petit à petit.
« Je hais voler » avec répondit Dabi avec aigreur.
En plus de cela, la vitesse pouvait être problématique pour lui. En voiture, il tombait rapidement malade, et dans les airs, les rares fois où Hawks l'avait trainé par le bras, il avait été prêt à vomir le contenu de son estomac dès l'atterrissage –fort heureusement pour sa fierté, ça ne s'était pas produit et il avait ravalé sa bile-.
« Je saurais être doux. »
Dabi lui avait fait ravaler son sourire avec un sec « dégage » et l'apparition de flamme autour d'un de son poing.
C'est donc cela que voyait Hawks lorsqu'il utilisait son Alter. Lorsqu'il profitait de l'air de Tokyo. Qu'il sentait le vent caresser son visage et ses ailes.
Hawks derrière lui, inspectait le salon agrémenté de quelques sifflements épatés. L'écran de télévision était immense, un bar de jolies bouteilles d'alcool décorait la pièce, la cuisine ouverte pouvait accueillir une vingtaine de personnes, et le balcon derrière les fenêtres promettait de superbes petits déjeuners.
« Cet endroit me donne envie de gerber, » lâcha finalement Dabi en se retournant vers le salon. « J'espère que ton vrai chez toi ne ressemble pas à ça. »
« Haha, loin de là, » fut la réponse du concerné qui inspectait l'étagère de DVDs, intéressé. « Bien que j'aie l'impression que mon moi d'ici et moi-même aient les mêmes goûts. »
Pour appuyer ses dires, il brandit une boîte collector de DVDs vers Dabi au titre Star Wars, et le brun leva les yeux au ciel. Ignorant donc les recherches de Hawks, Dabi fit quelques pas dans le salon, scrutant les étagères, les murs, les moindres recoins. Il ne savait pas s'il devait se fier à ce qu'il allait trouver ici pour étudier plus en profondeur les secrets de Hawks. Cette personne qui vivait ici semblait différente.
« Qu'est-ce que tu fiches dans ce monde pour être aussi riche ? » lâcha Dabi en envoyant une pichenette contre l'abat-jour en cristal improbable d'une des lampes de la pièce.
Le cling sonore du cristal réveilla Hawks qui comptait avec ahurissement le nombre de DVDs qui se trouvaient dans la commode.
« Évite de tout casser, techniquement, ça ne m'appartient pas, » fit le blond en désignant la lampe en question.
Derrière ses lunettes de soleil, Dabi haussa simplement les sourcils, ne promettant rien, et il continua de se balader dans le salon. Soudain, il s'arrêta devant une porte entrouverte qui devait probablement mener à une chambre, mais ce qui l'avait arrêté, c'était le petit drapeau de couleur accroché avec des punaises sur le battant, et qui faisait tache avec la blancheur de la pièce.
Un drapeau arc-en-ciel. Un drapeau qui ne lui était pas inconnu.
« T'es gay dans cette dimension, » le prévint Dabi en désignant d'un geste las du pouce, le drapeau LGBT de la porte.
Hawks se tourna vers lui et aperçut lui aussi le drapeau coloré en question.
« Bi', » corrigea Hawks le plus sereinement du monde.
Dabi s'arrêta alors qu'il avait repris sa marche, et derrière ses lunettes, adressa un regard interrogateur vers Hawks.
« Je suppose que ce n'est pas le genre de chose qui peut changer entre deux mondes, » précisa alors le blond en haussant simplement les épaules. « Si le moi d'ici est le moi que je suis, il est bi'. »
Bi. Bisexuel. Bon sang, cette réponse n'aurait pas dû lui envoyer des frissons d'espoir, non, non, non. Certes, le fait de supporter Hawks flirter en partie avec lui pour des raisons obscures et le voir interagir avec les hommes de la même manière qu'avec les femmes lui avait mis la puce à l'oreille. Mais il n'avait jamais osé espérer. Il n'en avait pas le droit.
« On n'est plus à l'extérieur, c'est bon, » renchérit ensuite Hawks sans préambule. « Tu peux te désaper un peu. »
Mais Dabi ne lui répondit pas et partit au sens inverse, laissant un maximum d'écart entre lui et Hawks.
« Tu crèves pas de chaud ? » insista Hawks en croisant les bras.
« Non. »
« Qu'est-ce que tu as à cacher ? »
« Rien. »
C'était ridicule, à un moment ou à un autre, Hawks allait prendre connaissance de son apparence. Il ne faisait que retarder l'inévitable.
« C'est parce que tu viens d'apprendre que je suis intéressé tout autant par la gent féminine que masculine ? » l'interrogea soudainement Hawks, yeux plissés dans sa direction.
Malgré lui, Dabi sentit son cœur se serrer.
« Ça n'a rien… à voir, » marmonna Dabi.
Putain que Hawks était bête. Quoi que, c'était légitime, non ? Son comportement portait à confusion.
« Ouais, évidemment, » lâcha Hawks de façon sarcastique. « Je te pensais plus ouvert d'esprit, Dabi. »
L'avait-il froissé ? Il devrait s'en foutre après tout, des états d'âme de Hawks. Mais quelque chose au fond de Dabi regrettait d'avoir envoyé un tel message au blond. Évidemment pas qu'il le fuyait voyons, pas pour ses penchants, puisque Dabi lui-même était attiré exclusivement par les hommes.
Mais trêves de plaisanterie. Il commençait à avoir réellement chaud dans ces vêtements, et loin de lui l'envie d'être en froid avec Hakws dans un tel moment, dans un tel monde. Une fois dans leur dimension, il poserait le plus de distance avec lui, et le tour sera joué. Mais à aujourd'hui, il avait la mission de rentrer au plus vite avant de trop en dévoiler sur sa vie réelle.
« C'est à cause de ma putain d'apparence, » largua durement Dabi sans bouger de son spot le plus éloigné, près de la fenêtre.
L'irritation qui se lisait il y a quelques secondes sur les traits du visage de Hawks vint aussitôt s'évanouir et il porta un regard dérouté vers Dabi.
« Ton… apparence, » répéta le héros plus lentement.
« Tu poses la moindre question, je te grille sur place, c'est clair ? »
Dabi jeta les lunettes de soleil sur la table basse.
Eheh, ils se posent des questions existentielles, ça y est. Et Dabi est près à dévoiler son vrai visage, tadaaam!
Désolée j'ai dû couper ici, après on enchaîne sur le POV de Hawks qui est assez long, et ce chapitre n'en finissait déjà pas XD
J'espère que vous avez aimé ce nouveau chapitre, faites moi part de vos avis, et un grand merci à ceux qui ont lu jusque-là. Kiss!
