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Chapitre 6
Mission 5 : Ne pas paniquer
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« Une coucherie. Une petite baise. Une partie de jambe en l'air. Du sexe. Choisissiez le terme qui vous conviendra. Tout le monde est gagnant en plus. »

Agrémentant ses propos d'un petit clin d'œil vers Hawks, elle reporta ensuite un regard vers le brun, attendant visiblement une réponse.

Et le seul –et premier- mot qui sortit de la bouche de Dabi fut ferme et grave :

« Non. »

« Non ? » répéta la jeune femme en haussant les sourcils pour mimer une certaine surprise que Dabi savait fausse.

Et malgré la musique et le brouhaha ambiant autour d'eux, le silence ce fit dans le groupe, attendant des précisions de la part de Dabi. Les amis d'Aro semblaient particulièrement intéressés et Hawks à ses côtés ne pipait pas mots.

« Les nanas m'intéressent pas, » précisa donc Dabi de but-en-blanc.

« Oh, » répondit donc Aro en arrondissant les yeux, hochant donc lentement la tête. « Quel dommage. »

Dabi sentit son cœur s'accélérer alors qu'il sentait le regard de Hawks rivé vers lui. Ça devait être une surprise pour lui, mais jusqu'à présent, Dabi n'avait pas senti l'intérêt ou même la volonté de le dire.

« Et toi ? » reprit ensuite Aro en se concentrant ensuite sur Hawks. « Les femmes t'intéressent-elles ? »

Dabi osa donc un regard vers Hawks et leurs yeux se croisèrent une demi-seconde avant que le héros ne réponde à la jeune femme tout en prenant un air plus décontracté.

« Je le suis. Enfin, à moitié. Mais je suis actuellement en couple ma jolie. »

Ce fut au tour de Dabi d'être légèrement désemparé par ce qu'il entendait là. Était-ce une couverture pour ne pas avoir une aventure avec cette femme ? Ou bien avait-il appris quelque chose à propos de son lui de ce monde, comme quoi ils étaient tous les deux très proches, voire surement en couple ? Le sang du brun se glaça et il n'osa plus tourner son regard vers Hawks.

« Qu'est-ce qu'il ou elle en saura, hein ? » répondit Aro en haussant les épaules. « Rien ne sort d'ici, mon beau. Et toi, le dégingandé, » ajouta-t-elle en désignant Dabi d'un geste du menton. « Je peux trouver un bel étalon pour toi. On sera tous quittes, on passera un bon moment. »

Plissant les yeux suite à la désignation, Dabi fit un effort surhumain pour ne pas tendre une paume de main vers elle et l'enflammer sur-le-champ. Dans sa dimension, là où il n'avait aucune identité –ou presque- à cacher et où son corps était apte à supporter plus amplement son Alter, il n'aurait pas hésité une seconde.

« Désolé ma jolie, mais n'y a-t-il pas autre chose que l'on puisse faire ou t'offrir ? » reprit ensuite Hawks, sentant surement l'agacement grandissant chez le vilain à ses côtés.

« Non, rien qui ne me vienne à l'esprit… » répondit Aro en prenant un air désolé. « En plus, je suis sûre que ça vous détendrait un peu, vous m'avez l'air sur les nerfs, surtout le petit maigrelet. »

S'en fut trop pour Dabi qui en avait marre de perdre son temps et être insulté de la sorte. Il fit un pas en avant, leva sa paume et-… Mais Hawks agrippa fermement son épaule, l'arrêtant dans son ascension.

« OK, j'accepte ! » s'exclama donc Hawks à l'égard d'Aro, faisant alors rempart entre elle et Dabi. « Mais tu as intérêt à avoir les informations qu'on cherche. »

« Intérêt ? Je suis plutôt un bon coup tu sais, mon mignon, » ricana-t-elle en prenant ses aises contre le dossier du canapé.

Ses amis rirent eux aussi, mais Dabi était loin de vouloir suivre le pas. Il serra les poings avec ardeur, compressa la mâchoire. Une flamme intérieure prenait de l'ampleur et bientôt, il serait incapable de la contrôler.

« Rejoins-moi à l'arrière de la boîte, devant la grande porte rouge, » ajouta Aro en souriant davantage. « Dès que tu es prêts, j'ai toute la soirée, t'en fais pas. Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée les garçons. »

« Très bien, » répondit Hawks sur le même ton, sourire complètement faux sur le visage qui dégouta Dabi au plus haut point.

Quelques-uns des amis d'Aro leur firent des signes d'au revoir du bout de leurs mains, mais avant que Dabi ne perdre réellement patience, Hawks lâcha un rapide « à tout à l'heure » avant de s'emparer fermement du biceps de Dabi et le tirer avec lui en arrière.

Dabi se laissa faire bien qu'il bouillonnait intérieurement, ce qui prenait en puissance quand son esprit comprenait petit à petit que Hawks avait accepté la stupide requête de cette femme.

« C'est bon, calme-toi. On a réglé le problème, » fit soudain Hawks qui l'avait amené un peu à l'écart de la foule.

Mais le brun garda son regard rivé vers la masse mouvante et lui répondit entre ses dents :

« J'préfère la carboniser, elle nous fait perdre un temps précieux. »

« Et te carboniser aussi tout seul dans le processus, oui, bien sûr. »

« Tu as de quoi la menacer, » ajouta Dabi en reportant un regard froid vers Hawks. « Dit le si tu veux juste prendre un peu ton pied. »

Hawks fronça aussitôt les sourcils puis poussa un long soupir avant de laisser retomber son dos contre le mur derrière lui.

« Je souhaite simplement ne pas attirer l'attention, » lui expliqua calmement Hawks. « C'est une très mauvaise idée de nous mettre tout le monde à dos ici, et nos corps vont en pâtir. Rappelle-toi que l'on n'est pas au top de notre forme tous les deux. »

Dabi grogna une insulte en shootant contre une canette vide à ses pieds, puis Hawks reprit tout en cherchant le regard de l'autre homme :

« Écoute, ça va aller vite. J'y vais de ce pas, je récupère les infos', et sans m'attarder davantage, on se casse de ce club. Sans un regard en arrière. OK ? »

« Pourquoi tu demandes mon consentement ? »

Mais le regard presque suppliant que lui offrait Hawks fit céder Dabi qui soupira longuement.

« OK, heureux ? Maintenant hâte-toi d'aller la baiser, j'ai pas que ça à foutre. »

« Langage. »

Puis, après plusieurs petites tapes amicales contre l'épaule de Dabi, Hawks tourna ensuite les talons et s'engouffra dans la foule hurlante et dansante, cette dernière l'engloutissant et la séparant de Dabi.

Ce pincement au cœur, cette nausée, cette irritation vivace. Dabi se mordit vivement la lèvre inférieure, et tenta de calmer sa flamme intérieure. Mais inutile de le nier, il en était fatigué. Il était putain de jaloux.

Sans trop réfléchir, il se retrouva au bar à commander trois shots qu'il avala d'une traite. Il se délecta de cette sensation brûlante dans le fond de sa gorge, déchirant les pensées de jalousie maladive qu'il avait envers Hawks à l'instant actuel.

D'un geste rageur il retira ses lunettes et les jeta sur le bois ciré du bar devant lui, et ordonna deux autres verres. Trop concentré à noyer sa frustration et la colère qui le gagnait vis-à-vis de ses propres sentiments qu'il ne supportait décidément plus, il ne vit pas que près de lui, un homme s'installa sur le tabouret rouge.

« Moule ou saucisse ? » lui fit soudain l'homme en pressant un coude contre le rebord de la table, offrant à Dabi un sourire charmeur.

Dabi déposa sans douceur le verre de shot qu'il venait de boire cul sec pour porter un regard on ne peut plus blasé avec son interlocuteur. Il était blond, tout comme Hawks, probablement du même âge que lui, et ses yeux étaient d'un vert à faire tomber par terre la moitié des jeunes femmes ici.

« Quoi ? » lâcha Dabi d'une voix rauque, peu intéressé par la question.

« T'es là pour les meufs ou les mecs ? » précisa donc l'autre blond agrémenté d'un petit clin d'œil.

Je suis là pour revenir dans mon putain de monde, hurlait l'esprit de Dabi qui semblait ne pas vouloir lâcher Hawks de sitôt. Dabi ne lui répondit pas et s'empara de son second verre pour avaler l'alcool d'une traite. Cette fois-ci, un frisson brûlant vint exploser dans tout son corps et faire vagabonder son esprit vers des terres qu'il appréciait bien plus.

C'était une chaleur qui n'avait rien à voir avec ses flammes destructrices. Une chaleur qu'il utilisait en tant que réconfort, et cela, depuis des années.

« T'es bien ici pour quelque chose, » insista ensuite l'inconnu en pressant une main contre l'épaule de Dabi, une partie de ses doigts entrant en contact avec sa peau claire.

Un second frisson vint filer dans tout son corps et quand il tourna à nouveau la tête vers l'inconnu, durant l'espace d'une seconde, il crut voir Hawks à la place de cet enjôleur qu'il aurait bien carbonisé dans son monde.

« Tes yeux. Ils sont magnifiques, » reprit le blond en plongeant son regard dans celui de Dabi. « Et ton visage… Mec, t'es de loin l'un des plus beaux mecs que j'ai pu croiser ici. »

Malgré lui, Dabi sentit son cœur s'accélérer. C'était l'effet de l'alcool, surement. En temps normal, il ne se laissait pas séduire par de si belles paroles. En temps normal, on le lui disait pas ça, tout simplement. Il déglutit mais ne retira pas son regard de l'autre homme.

« Quel est ton nom ? » lui demanda plus doucement le blond, sa main glissant le long du bras de Dabi.

Dabi. Touya

« Keigo, » lâcha Dabi sans réfléchir.

« Bien, Keigo. Est-ce que je t'intéresse ? Ça te dit de finir la nuit avec moi ? »

Dabi ne sut pas trop comment, mais quelques minutes après, il se trouva à être pressé contre le mur d'une salle reculée de la discothèque, puant le shit et l'alcool. La lumière tamisée et la chaleur de la pièce étaient lourdes mais Dabi se laissa couler. Les lèvres de l'inconnu dansaient avec les siennes et sa cuisse écarta plus amplement les jambes de Dabi.

« Et puis… J'ai un peu d'héroïne en rab, » ajouta l'inconnu contre les lèvres de Dabi. « C'est le petit plus qui vient avec un bon plan de baise. Qu'est-ce que t'en dis ? »

Et puis merde. Let's enjoy this life.

O

Hawks/Keigo Takami

« Ton copain… quand t'as accepté, il avait l'air de très mal le prendre. »

Cette phrase tournait en boucle dans l'esprit de Hawks alors qu'il fermait la porte rouge derrière lui. La voix d'Aro s'agrippait fermement à son esprit et malgré lui, son cœur s'agitait comme jamais.

Mais il secoua vivement la tête, et chercha des yeux Dabi. À présent, ça allait être une autre paire de manche pour le retrouver. Il chercha du côté du bar, dans les toilettes, dans les coins reculés un peu sombres, mais rien à faire. Peut-être qu'il avait fui l'endroit, Hawks n'en serait pas étonné et lui en aurait pas tenu rigueur.

Il tenta tout de même sa chance près du barman que lui et Dabi avaient rencontré pour commander leurs verres.

« Excusez-moi, vous n'auriez pas aperçu à nouveau le grand brun un peu maussade qui était avec moi tout à l'heure ? » interrogea le héros en pressant un bras contre le bois du bar.

Le barman à la casquette à l'envers inspecta un instant Hawks tout en essuyant distraitement le verre qu'il avait entre les mains et ses yeux parurent soudain s'éclairer.

« Oui, le type tout en noir, » confirma le barman en hochant la tête. « Je l'ai vu y'a environ dix minutes pas plus, partir avec un autre mec. »

Hawks cru avoir mal entendu et cligna plusieurs fois des yeux.

Quoi ?

Bon, Dabi avait tout autant le droit de s'amuser, non ? Mais quelque chose comprima les poumons du héros qui fronça les sourcils.

« Ils sont partis où ? »

« Oh ça… »

Mais le barman mima une fermeture liant ses lèvres, ce qui irrita fortement Hawks. Sans réfléchir il plaqua brutalement son portefeuille plein à craquer de billets contre le bar.

« Combien de billets seront capables de délier ta langue ? »

Quelques secondes après, Hawks se dirigeait donc vers l'endroit indiqué par le barman trop heureux, une pièce ouverte sur la discothèque mais protégée par des rideaux épais de perles. Sans réfléchir, il tira le rideau bruyant, malgré son esprit qui lui hurlait de laisser un peu d'intimité à Dabi.

La lumière rouge tamisée lui permettait à peine de reconnaître les personnes ici. Et alors que son esprit acceptait enfin de laisser le vilain faire sa vie ici, il en avait surement besoin, il le reconnut soudain.

Sa gorge se noua douloureusement et des flammes de jalousie acides vinrent dévorer son estomac. Dieu, il était bien plus atteint que ce à quoi il pensait. Il serra fermement les poings, et avant qu'il ne puisse s'empêcher, il appela son nom :

« Dabi ? »

Dabi qui était pressé contre le mur à être embrassé à pleine bouche par un type random, poussa le dit type en arrière suite à son nom être appelé. Inconsciemment, Hawks avait fait quelques pas en avant et remarqua que c'était en effet bien un homme qui embrassait le brun jusque-là. Quand un peu avant, Dabi avait dit à Aro ne pas être intéressé par les femmes, Hawks aurait plus penché pour un mensonge afin de ne pas avoir à coucher avec elle.

Mais il s'était trouvé que… C'était vrai.

Dabi resta pressé contre le mur, le souffle court à observer Hawks d'un regard partagé entre lassitude et irritation. Hawks ignora parfaitement l'inconnu qui lui demanda sèchement ce qu'il leur voulait puisque ses yeux s'étaient attardés sur l'intérieur du coude nu de Dabi, dont la peau gardait les restes d'une récente piqure.

« T'es pas sérieux ?! » s'exclama le héros avec colère.

Il s'était piqué. OK, dans leur propre dimension, Hawks le savait, Dabi était de ce bord-là. Bien qu'il trouvait ça irresponsable, il n'avait jamais partagé son avis. Dabi était un grand garçon. Mais dans ce monde… Dans ce corps… Juste, non.

« Qu'est-ce que tu veux, Hawks ? » lâcha Dabi d'une voix lente et rauque.

Toujours pressé contre le mur comme si celui-ci le retenait de réellement tomber, Hawks se demanda sérieusement le degré auquel le brun était touché.

Mais fini les conneries. Hawks avait les informations qu'il voulait, leur investigation avait fait un grand pas, il était temps de rentrer. Sans un regard vers le potentiel futur amant de Dabi, Hawks agrippa fermement le biceps de Dabi pour le tirer avec lui hors de cette pièce.

Il aurait pensé que Dabi se débatte où pire, utilise son Alter, mais il ne fit rien de tout cela. Ce fut l'inconnu qui tenta de l'arrêter mais sans se retourner, Hawks utilisa l'une de ses plumes tranchantes qu'il fit filer jusqu'à son visage pour le menacer et l'arrêter dans son élan.

Ils quittèrent le club bruyant, et sans un regard en arrière, Hawks traina Dabi avec lui toujours plus loin. Il entendit Dabi appeler son nom deux fois et lorsqu'ils pénétrèrent dans un parc vidé de monde à cette heure-ci de la nuit, les genoux du brun cédèrent et il se laissa tomber sur l'herbe.

« Dabi, ça va pas ? » lui demanda le blond qui n'avait pas lâché son bras pour l'aider à s'installer sans douleur au sol.

Il lâcha ensuite doucement son bras alors que Dabi était assis, tête plongée en avant, cheveux dissimulant l'entièrement de son visage.

« Pourquoi… tu me laisses pas tranquille… ? » lâcha Dabi d'une voix plus faible.

Hawks l'inspecta un instant des yeux, puis s'assit en face de lui dans l'herbe, penchant la tête sur le côté afin de capter le regard de l'autre homme.

« Tu es en train de détruire la vie du vraie Dabi d'ici, » lui fit le blond d'une voix plus douce qu'il avait escompté.

« Rien à foutre. »

« Quand on retournera dans notre monde, ton toi d'ici se réveillera et verra le bordel que t'as occasionné. Ça te plairait toi d'ouvrir les yeux et voir qu'un autre toi dans ton propre corps a complètement détruit ton train de vie ? »

« Y'a rien à détruire dans ma vie qui n'est pas détruit. »

Puis, Dabi lâcha un petit ricanement, et se laissa retomber en arrière, dos contre l'herbe fraiche de la nuit. Hawks ne le lâcha pas des yeux, puis pressa son menton contre la paume de sa main.

« Quel mélodrama… »

« Et toi, tu as bien sauté de je ne sais quel étage, tu as vu l'état de ton corps ? »

Oui, il l'avait vu. Ses genoux étaient écorchés, ainsi que ses coudes et l'un de ses avant-bras était rougi jusqu'au sang. Mais Hawks ne pensait pas que Dabi l'avait remarqué.

Hawks ne lui répondit pas, ses yeux s'attardant sur le corps de Dabi allongé dans l'herbe fraiche de la nuit, puis il laissa ses doigts venir s'enrouler pensivement autour des brins verts. Cette brise légère était agréable, et il se prit à fermer les yeux et inspirer profondément.

Ce fut la voix du brun lasse et rauque, qui le réveilla de la somnolence qui s'était emparée de son esprit.

« J'espère que toi au moins, t'as pu prendre ton pied avec la nana. »

Hawks plia ses jambes contre son torse et déposa son menton contre ses genoux, tout en secouant lentement la tête.

« Ton copain… quand t'as accepté, il avait l'air de très mal le prendre. »

La voix d'Aro retentit à nouveau et il retint un frisson. C'est ce qu'elle lui avait dit avant qu'il n'ouvre la porte rouge pour quitter le long couloir qui l'avait mené jusqu'à une chambre luxueuse.

« Finalement, il ne s'est rien passé, » avoua le blond en haussant les sourcils. « Mais pas d'inquiétude, j'ai les infos qu'il nous faut. Son adresse et le lieu de son taff', pour être plus précis. »

Il y eut un moment de silence, puis Dabi se redressa –peut-être un peu difficilement- et une fois en tailleur, lança un drôle de regard vers le blond, comme cherchant à voir s'il blaguait ou non.

« Comment ça, il s'est rien passé ? »

« Elle a vu que je n'étais pas réellement intéressé. Elle a poussé le plus profond soupir qu'il m'est été donné d'entendre et s'est rhabillée avant même qu'on ait puisse passer aux préliminaires. »

L'incrédulité de Dabi se lisait clairement sur son visage, la drogue dans son sang semblait avoir désactivé tout filtre et émotionnel, puis il éclata d'un rire grave. Hawks plissa les yeux dans sa direction, le rouge lui montant aux joues. Oui, il n'avait vraiment pas eu la tête à ça, même si la jeune femme avait été très aguicheuse. Tout simplement parce que… Dabi n'était pas sorti de sa tête !

« T'as même pas bandé ? » lâcha ensuite Dabi après s'être calmé, un sourire moqueur se répandant sur ses lèvres. « Même moi qui suis purement gay, je sais reconnaître une bombasse. »

« C'était vraiment pas mon genre. »

« Es-tu réellement bi' ? »

Hawks parvint à frapper l'arrière du crâne de Dabi, et il se rendit soudain compte qu'ils étaient relativement proches l'un de l'autre, là, sur l'herbe d'un parc inconnu, loin du monde, à la belle étoile.

« Oh oui, je le suis. T'as même pas idée, » répondit le héros entre ses dents, refusant d'entrer dans les détails.

« Ta vie sexuelle me semble bien mouvementée. »

« Ça t'intéresse ? »

« Un peu ouais. C'est pas tous les jours que le grand Hawks se confie sur sa vie intime. »

Puis, Dabi retomba légèrement en arrière, prenant appui sur ses coudes, ne se dépêtrant pas de son sourire moqueur. Dans cette position, le col de son pull dévoilant une grande partie de l'épiderme parfait de son cou, Dabi avait lui aussi un air presque… aguicheur. Hawks retint sa respiration et détourna les yeux, grommelant un « la ferme ».

Dabi rit à nouveau. Le cœur de Hawks rata un battement au son de ce rire qui fut étrangement plus doux, plus honnête, plus chaud. Il osa à nouveau un regard vers Dabi se demandant bien dans quel bordel se trouvaient ses pensées actuellement. Le brun rejeta la tête en arrière pour observer les étoiles.

« J'suis plus d'agréable compagnie comme ça, hein, » reprit Dabi sans lâcher les étoiles des yeux, le ton de sa voix plus faible, proche du chuchotement.

« Comme ça quoi ? »

« Le visuel, » ajouta le brun en désignant son propre faciès d'un geste de la main.

« Hein ? »

Dabi se redressa si subitement que Hawks en aurait presque sursauté s'il n'était pas super-entrainé, et le brun lui lança un regard en biais, les mèches de ses cheveux apportant des ombres sinistres aux contours de ses yeux bleus.

« Les putains de cicatrices, » précisa-t-il.

La réalisation frappa le héros de plein fouet. Contrairement à ce à quoi il aurait pu penser, quelque part, Dabi était freiné par sa propre apparence. C'était difficile à le croire quand on connaissait le personnage, mais Hawks était désormais persuadé que le corps actuel qu'il portait était source d'innombrables tortures psychologiques pour lui.

Hawks ne trouva pas tout de suite les mots, bouche entrouverte, perdu dans les pupilles claires de l'autre homme. Ce fut Dabi qui continua, proche. Trop proche.

« Est-ce que tu coucherais avec quelqu'un comme moi ? »

Hawks s'étrangla presque avec sa propre salive et cligna plusieurs fois des yeux, essayant de démêler le Dabi réel et celui qui délirait par l'héroïne qui se baladait dans son sang. Malgré lui, son cœur s'agita, et il espéra vivement que les rougeurs qu'il sentait se répandre sur ses joues ne soient pas visibles.

« Pourquoi cette question ? » fut la seule réponse que put lui apporter Hawks, ses poings se refermant autour des brins d'herbe autour de lui.

Dans un long soupir, Dabi se laissa à nouveau retomber sur le dos, un bras venant se presser contre ses yeux comme pour se protéger du regard inquisiteur des milliers d'étoiles au-dessus de sa tête.

« Là, c'était facile de séduire des types, » avoua Dabi d'une voix plus lente. « C'est plus facile quand on a un visage. »

« Tu en a un, Dabi, » répliqua aussitôt Hawks en fronçant les sourcils. « Comme je te l'ai dit, un visage qui n'est qu'à toi et-… »

« Connerie. J'suis sûr que si j'avais pas cette sale gueule, on aurait été comme eux, mais chez nous. »

Comme eux ? Hawks fronça plus profondément les sourcils, ne sachant quoi prendre au sérieux ou quoi creuser. Il savait que dans l'état qu'était Dabi, il aurait pu lui soutirer nombre d'informations qui lui seraient cruciales dans leur dimension, mais son esprit était totalement ailleurs.

Complètement figé par ce qu'il entendait-là. Par les démons de Dabi.

« Tu n'as pas une sale gueule, » reprit ensuite Hawks, se battant intérieurement avec les mots.

Qui aurait cru qu'il pensait ainsi ? Que le tueur hautement recherché du Japon, aux airs nonchalants et cruels, pouvait ressentir penser ainsi.

« Dabi, t'as pas une sale gueule, » répéta Hawks plus fort.

Mais Dabi ne lui répondit pas, là, allongé en silence dans l'herbe. Son oreille sensible cru soudain entendre un soupir… Non. Un reniflement ? Hawks se redressa et se pencha légèrement vers Dabi.

« Dabi ? » appela-t-il, incertain.

Inconsciemment, ses doigts vinrent s'enrouler autour du poignet de Dabi, et dans une douceur qu'il ne songeait pas même avoir, lui retira le bras qui dissimulait ses yeux. Ses yeux s'arrondirent sous la surprise et ses doigts enserrèrent plus fermement son poignet.

Ses yeux étaient fermement clos, mais le reste de larmes silencieuses marquaient les tempes du brun. Il… pleurait.

« N'est-ce pas un meilleur monde ici ? » lâcha Dabi d'une voix plus rauque avant même que Hawks ne puisse verbaliser quoi que ce soit.

« Ce n'est pas le nôtre, » répondit Hawks du tac au tac.

« Mais si c'était le tien… ? »

Hawks ne pouvait se résoudre à lâcher son poignet fin et il déglutit, détournant les yeux pour scruter sans attention les arbres autour du parc.

« Oui. Il est beau, » avoua-t-il à voix plus basse. « Il est sûr, calme, et ma vie semble moins traumatisante… Mon enfance semble aussi avoir été plus… normale. »

Puis soudain, Hawks entendit un froissement de vêtement à sa droite et juste après, l'odeur singulière de Dabi vint s'imprégner son être alors que des bras chauds vinrent entourer son cou. Le héros coupa net sa respiration, le temps que son esprit comprenne que Dabi était en train de l'enlacer en silence.

« Dabi… » murmura-t-il, complètement dépassé par les événements.

Mais aussi vite qu'il était venu, Dabi le relâcha et sans un mot, se leva, et fit quelques pas dans l'herbe, fourrant ses mains dans les poches du pull noir.

« Rentrons à la maison… » fit-il, dos à Hawks.

« Et c'est toi qui dit ça ? Tu tiens à peine debout. »

À peine eut-il dit ces mots que Dabi chancela et si la rapidité de Hawks n'avait pas agi, il se serrait retrouver la tête la première par terre. Le héros l'agrippa fermement en grognant un « t'es vraiment plus lourd dans cette dimension, c'est fou », et passa l'un de ses bras contre ses épaules pour le maintenir contre lui.

Dabi marmonna une réponse, tête penchée en avant, mais Hawks ne comprit pas ces propos déblatère et soupira, réfléchissant un instant. Il ne pouvait décidément par traverser toute la ville avec un poids mort comme Dabi sous le bras. En levant la tête, il aperçut des enseignes s'élevant plus haut que les arbres briller de plusieurs couleurs.

L'hôtel semblait être la seule option.

Quelques minutes après, Hawks avait payé une belle chambre d'hôtel avec son portefeuille toujours bien garni et une fois dans la chambre, il déposa Dabi sur l'un des lits. Il semblait être prêt à rejoindre les bras de Morphée, et Hawks n'osa finalement pas profiter de la situation pour le questionner.

Il resta un instant debout, à observer son visage reposé. Probablement qu'il n'aurait jamais eu cette vision s'ils n'avaient pas atterri dans cette dimension. Beaucoup de choses s'étant produite ici n'aurait jamais eu lieu dans leur propre monde, mais Hawks se demanda s'il devait s'en réjouir.

Il avait l'impression que l'attachement qu'il avait pour Dabi s'était accru bien plus rapidement ici. Mais ce n'était pas envers le Dabi de cette dimension. C'était en apprenant à connaître l'homme qu'il était derrière les murailles qu'il avait bâties.

Puis, Hawks bailla, s'étira et alla éteindre la lumière de la chambre. Quand il se déchaussa, il jeta un rapide coup d'œil vers la baie vitrée qui dévoilait la ville en contrebas. Des affiches publicitaires brillaient, défilaient, et-…

La clé de la chambre qu'il tenait encore dans la main jusqu'ici vint tomber sur la moquette blanche à ses pieds. Ses muscles se tendirent, son sang ne fit qu'un tour et ses yeux s'écarquillèrent brutalement.

Sans attendre, il accourut jusqu'à la vitre, y pressa ses mains et ne lâcha pas des yeux le plus grand des panneaux numériques qui dévoilait le résumé d'une enquête et un profil recherché.

C'était une enquête concernant le poste de police qu'ils avaient infiltré tous les deux un jour plus tôt. Des lunettes de soleil avaient été retrouvées près du bâtiment, avec des brins de cheveux appartenant à l'un des coupables, voilà ce qui était écrit en rouge. L'ADN avait été retrouvé, et la police recherchait activement cet homme.

La photo qui était présentée montrait… Dabi. Ils avaient récupéré l'ADN de Dabi. Impossible de se tromper, cet air blasé, ces cheveux roux, ce yeux clairs, c'était lui.

Mais le pire…

Les genoux de Hawks lâchèrent et il se laissa glisser lentement au sol, ses poings se serrant contre la vitre. Il ne pouvait pas en croire ses yeux, non.

Ce panneau publicitaire venait d'offrir l'identité tant recherchée de Dabi, sur un plateau d'argent. Un putain de plateau d'argent. Mais ce n'était en rien ce à quoi Hawks aurait pu penser. C'était juste… inimaginable. Il sentit la nausée le gagner et ses pupilles piquer de larmes acides.

Touya.

« J'suis sûr que si j'avais pas cette sale gueule, on aurait été comme eux, mais chez nous. »

Todoroki.

« Ne me compare jamais à ce type ! »

Tout prenait un sens. Tout.

Dabi était le Touya de son téléphone portable.

Dabi était le fils d'Endeavor.


Tant de révélation pour Hawks et tant de drama pour ce pauvre Dabi.

A très vite pour la suite ^^