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Chapitre 7
Mission 6 : Prendre une grande inspiration
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Dabi/Touya Todoroki
Dabi fut réveillé par les rayons du soleil qui vinrent frapper son visage. La lumière lui fut aussitôt infernale et il grogna une insulte, se retournant dans le lit. Un mal de crâne vint aussi acidifier son esprit et il serra les dents, cherchant d'un bras la couette qui devait trainer quelque part. Il était glacé, enfin une sensation familière. Quand il n'utilisait pas son Alter et quand il était en parfait contrôle, son corps était froid, tel un détendeur de pouvoirs de glace. Et dans ce monde, rares étaient les fois où son corps agissait comme dans leur dimension.
Sa main arrêta soudain de chercher la couverture, se rappelant soudain qu'en effet, il n'était plus dans son monde. Il ouvrit faiblement les yeux, faisant fi du martèlement contre son crâne, et aperçut l'éclat aveuglant du soleil traversant la baie vitrée le faisant face.
Et à première vue, il n'était pas dans l'appartement de Hawks. Ni même dans la chambre qu'il avait chez les Todoroki. Il fronça les sourcils et se redressa tout en lâchant un gémissement dans la douleur de son crâne. Une fois assis sur le rebord du lit, main plaquée contre sa tête qui était probablement signe d'une belle gueule de bois, il attendit un instant que le monde cesse de tourner, pour rouvrir les yeux.
Les souvenirs de la veille, bien que flous, s'éclaircirent eux aussi petit à petit dans son esprit et il se massa les tempes, retenant un soupir. Il se remémora être aller au club avec Hawks, d'avoir beaucoup bu… De retrouver Hawks, quitter l'endroit lourd de monde, aller dans un parc, et puis…
« P'tain, j'espère pas avoir dit de conneries, » marmonna Dabi en se levant difficilement, allant regagner la baie vitrée.
Il pressa son front contre la vitre qui paraissait brûlante contre son épiderme calme et amorphe. Il ferma les yeux, essayant de se rappeler des échanges qu'il y avait eus entre lui et Hawks.
D'après les souvenirs qui survenait petit à petit en forme de flash, Hawks lui avait dit avoir récupéré les informations nécessaires –ouf-, et qu'il n'avait pas eu à coucher avec Aro –yeah !-. Il se rappela aussi des propos de Hawks, concernant le monde dans lequel ils étaient.
« Oui. Il est beau. Il est sûr, calme, et ma vie semble moins traumatisante… Mon enfance semble aussi avoir été plus… normale. »
Mais rien d'autre. Il avait vraiment merdé sur ce coup-là. S'être laissé aller de la sorte et donner une opportunité à Hawks d'en apprendre plus sur lui-même.
D'ailleurs, en parlant de l'oiseau. Où était-il passé ? Car à première vue, il se trouvait dans une chambre d'hôtel spacieuse, à deux grands lits, et jamais Dabi n'aurait pu réserver un endroit comme celui-ci en sachant qu'il était fauché et qu'il avait probablement été en état d'ébriété extrême.
Il détacha son front de la vitre et chercha des yeux des indices, quelque chose. Ses yeux s'attardèrent alors sur la table ronde au milieu de la pièce, là où était déposé un petit papier plié. Ni une ni deux, il s'approcha de la table et s'empara du papier blanc qu'il déplia pour tomber sur des mots écrits en noir à la va-vite.
Besoin d'air, on se retrouve à l'appart' – H
Le cœur de Dabi s'accéléra soudain. Ce comportement venant de la part de Hawks était fort inhabituel et il espéra sincèrement qu'il n'avait pas fait une énorme boulette hier soir.
« Merde, merde, merde… » siffla-t-il en roulant le papier en boule.
La clé de la chambre d'appartement était sur la table elle aussi et Dabi la récupéra sans réfléchir. Pas le temps de niaiser, Hawks avait récupéré les informations dont ils avaient besoin pour retrouver leur homme, il fallait agir vite afin et quitter cette dimension maladive.
Malgré l'anxiété qui lui mordait à présent l'estomac suite au black-out partiel qu'il avait de la soirée, Dabi marchait d'un pas rapide dans les rues de Tokyo, se remémorant heureusement où logeait l'autre idiot qui l'avait abandonné comme ça, sans réelle explication.
Qu'est-ce qui s'était passé, bon sang… ? Rien de tout cela n'était normal… Si ?
Sa tête allait exploser, ses yeux piquaient comme la mort, il avait besoin d'une bonne douche et son estomac criait famine. Mais Dabi n'avait qu'une chose en tête, retrouver Hawks et quitter ce monde avant que leur vie ne déraille encore plus.
Il était environ midi lorsque Dabi se trouva devant la porte de l'appartement de Hawks, à l'étage le plus haut du bâtiment. Il prit une plus ample inspiration et toqua plusieurs fois, espérant que le blond soit de retour.
Il attendit alors, et crut entendre du mouvement derrière la porte. Plissant les yeux, tendant l'oreille, il attendit quelques petites secondes. Mais voyant que personne n'ouvrait, il toqua à nouveau trois coups et garda son poing contre le battant.
« Hawks, » appela-t-il.
Ce fut plus subtil, mais il y avait à nouveau du mouvement dans la demeure. Puis, plus rien.
« Hawks ! Ouvre la porte, bordel. »
Mais plus aucun son ne se faisait entendre de l'autre côté de la porte, et Dabi espéra à présent que l'oiseau ne s'était pas jeté de l'étage pour l'éviter. Loin de lui l'envie d'aller ramasser les morceaux sur la route.
« J'te jure, Hawks. Si t'ouvres pas la porte, je la crame. C'est clair ? »
Pour appuyer ses dires, il frappa à nouveau plusieurs fois le battant. Hawks le connaissait, et devait savoir que les menaces de Dabi n'étaient pas à prendre à la légère. Et pourtant, le héros ne vint pas ouvrir, ce qui irrita profondément le brun.
« OK, viens pas pleurer après, connard ! »
Il pressa fermement sa paume de main contre la peinture de la porte blanche et en appela à son Alter, canalisant son pouvoir autour de sa main. Les flammes bleutées vinrent dévorer le bois et le fer de la porte et l'explosion qui suivit vint faire souffler ses cheveux noirs et la capuche de son pull.
N'attendant pas une invitation, il s'avança dans la fumée envahissante tout en secouant sa main qui avait pris un bon contre-coup dans l'attaque.
« Mais t'es malade ! » hurla la voix de Hawks.
Il avait donc eu raison de croire que le héros se trouvait dans l'appartement et qu'il l'évitait. Pour quelle sombre raison, Dabi allait le découvrir.
« Tu l'as cherché, l'emplumé ! » s'exclama Dabi avec aigreur en arrivant dans le salon. « Je t'ai prévenu une bonne centaine de fois avant d'agir ! Tu crois que ça me fait plaisir de cramer ma peau ? »
Cherchant des yeux le concerné, Hawks sortit alors de la cuisine en simple débardeur et short noir, le visage pâle et les yeux cernés de noirs. Son expression était tout bonnement scandalisée, son regard passant de la porte carbonisée jusqu'à Dabi qui se planta au milieu du salon, sourcils froncés.
« Qu'est-ce qui te prends ? » lâcha le vilain d'un ton son appel. « T'as pas intérêt à te casser sans moi d'ici, tu m'entends ? »
« Je n'avais pas… pour attention de te laisser derrière ! » répliqua Hawks visiblement au bord de la crise d'hystérie. « Je t'ai dit que j'avais besoin d'air, réfléchis à deux fois avant de défoncer la porte ! »
« J'y ai réfléchi, figure-toi ! De un, tu me demandes de nous rejoindre ici et de deux, on n'a pas le temps de jouer, tu as les infos qu'on recherchait, plus rien ne nous retient ici ! »
Dabi désigna l'espace autour de lui d'un geste du bras et Hawks referma la bouche, comme pris en faute, et détourna les yeux. De sa position, Dabi sentait que le héros était on ne peut plus tendu. Qu'il y avait définitivement quelque chose.
« Ouvre la bouche et dis-moi c'est quoi ton problème ! » insista Dabi le cœur battant.
Me dites pas que je lui ai lâché tout ce que j'avais sur le cœur, à propos de ce que je ressens pour cet idiot… pensa Dabi.
Mais il devait savoir. Il devait. Une fois dans leur monde, ils oublieraient tout. Chacun reprendra son chemin. Dabi couperait tous les ponts, prétextant ne pas avoir confiance, prétextant être sûr qu'il était un espion.
Cependant, le héros semblait ne pas vouloir parler, et il secoua simplement la tête et partit en direction de la chambre. Nourri par l'irritation, la douleur acide de sa main et l'anxiété, Dabi fut rapide à lui agripper le bras sans douceur et le pousser brutalement contre le mur derrière lui.
Hawks lâcha un cri sous la surprise. Cri étouffé par l'avant-bras que Dabi vint presser contre le cou du héros, sa seconde main épinglant solidement son épaule contre le mur derrière lui.
« J'suis vraiment pas d'humeur à jouer, sache-le, » grinça Dabi, souhaitant que la chaleur vive que laissait échapper son bras soit un message assez clair contre le cou du héros.
Mais l'expression de Hawks fut loin d'être horrifiée, ou choquée par le mouvement de Dabi, non. Le blond soutint son regard, le visage calme, mais les sourcils froncés dans un certain agacement. Dans ce monde, il serait difficile à dire qui des deux aurait un avantage sur l'autre en combat. Dans leur propre dimension, Dabi pourrait avoir l'avantage de force suite à son Alter étant l'une des faiblesses de Hawks, cependant, le héros avait un esprit plus vif et plus clair.
Et dans leurs deux mondes, Hawks ne montrait aucun signe de peur à l'égard de Dabi. Jamais. C'est ce que réalisa alors Dabi et qui le déconcerta, la pression de son avant-bras se faisant moins forte contre le cou du blond.
« J'ai découvert quelque chose. Que j'ai du mal à l'avaler, » lui avoua alors Hawks d'une voix ferme, qui se voulu confiante.
Oh oh… Le cœur de Dabi rata un battement et il déglutit, mais ne lâcha pas son emprise sur l'autre homme.
« J'ai dit quelque chose hier soir, n'est-ce… »
« Non, t'as rien dit du tout, » le coupa Hawks.
Et là, un éclair de tristesse vint filer dans les yeux dorés du héros. Un éclair subtil, éphémère et rapide que Dabi parvint tout de même à capter.
« On s'est mal démerdé au poste de police, » précisa alors Hawks, abaissant les yeux. « Et tu es recherché activement ici. »
« Quoi… ? »
Dabi écarquilla les yeux, son avant-bras délaissant lentement le cou de Hawks.
« Est-ce que ton prénom est… Touya ? » lui demanda soudain Hawks, ses yeux se plantant dans ceux de Dabi.
Brutalement, Dabi fit un pas en arrière, heurtant la table basse, brisant le pot de fleurs lorsqu'il roula contre le sol du salon.
« Qu'est-c'que t'as dit ? » lâcha Dabi avec effroi.
La flamme de son corps s'agita à nouveau, il perdait pied. Encore une fois. Hawks l'inspecta un instant des yeux, comme étudiant sa réaction, puis il se détacha du mur, et alla récupérer le journal qui traînait sur le bar à deux pas d'eux, et le tendit à Dabi.
Le brun lui arracha le journal des mains pour faire face à une page concernant une enquête en cours, et le visage d'une personne recherchée. Son propre visage. Et sous sa photo, était écrit en gras son prénom, ainsi que son nom de famille. Il eut l'impression que son estomac était jeté de l'étage et la nausée le gagna. Ce n'était même pas lui qui lui avait accidentellement offert son identité.
C'était son fichu ADN de cette dimension.
« Touya Todoroki, » répéta alors Hawks qui n'avait pas bougé, à voix plus basse.
Cette identité sortit de la bouche de Hawks paraissait juste… fausse. C'était pas bon du tout. Son cœur battait si fort qu'il intensifiait son mal de tête déjà torride.
Sans réfléchir, il lâcha le journal et se précipita jusqu'à la porte –ou plutôt, l'emplacement de la porte- ayant la ferme attention d'émettre le plus de distance possible entre eux. Il ne voulait pas se justifier. Il ne voulait pas que Hawks le sache. Personne ne devait le savoir.
Endeavor l'apprendrait. Avant sa morte fatale. Avant que Dabi ne le tue de sa main. C'était tout. Touya était enterré pour toujours.
« Dabi ! »
« Dégage ! » lui hurla Dabi en retour.
Afin d'empêcher Hawks de le suivre, de sa main brûlée, il apposa un violent mur de feu dans le couloir, et quitta les lieux sans se retourner.
O
Hawks/Keigo Takami
Par il ne savait quel miracle, aucun voisin de l'étage du dessous ne vinrent voir ce qui se passait, il semblerait que les assauts de Dabi dans le bâtiment soient passé inaperçus. Peut-être parce que Hawks possédait un étage entier, qui sait ?
Hawks se laissa retomber faiblement dans le canapé, les yeux rivés vers le trou à la place de la porte qui sifflait encore de nuages de fumée. Il resta ainsi, la bouche entrouverte, le cœur haletant et les pensées en vrac. Jamais il n'aurait pensé que Dabi le retrouve si vite, mais son sens de l'orientation paraissait aussi bon que dans leur dimension.
Il avait à peine pu procéder à des recherches poussées concernant le Touya Todoroki de ce monde. Son laptop était encore allumé, ouvert sur le bar de la cuisine, mais à vrai dire, le héros n'avait pas la force de se lever. Ce n'était pas sur internet qu'il allait en apprendre davantage, il en savait bien assez.
D'après ce qu'il avait trouvé, Touya Todoroki était belle et bien une personne ici, et possédait une identité totalement publique. Il avait vingt-quatre ans, en dernière année de médecine, ainé de la fameuse famille Todoroki. Ainé.
Dans leur dimension, Hawks avait toujours pensé que son idole Endeavor avait trois enfants : l'ainée, Fuyumi, puis Natsuo et pour finir le petit prodige Shoto. Et jamais un quatrième prénom n'avait attiré son attention. C'était impossible que dans leur monde, Dabi ait une autre identité, impossible.
Hawks laissa retomber sa tête en arrière et ferma les yeux, se concentrant sur le visage des deux Dabi qu'il connaissait. L'Alter de flamme, les cheveux roux de Dabi, ses yeux profondément bleus. L'apparence de Dabi criait pourtant une certaine relation avec le Héros Numéro 1 du Japon. C'était si… évident.
Dans son propre monde, Touya Todoroki avait disparu de la circulation, ça ne faisait aucun doute. Et était réapparu sous le nom de Dabi. Endeavour savait-il qu'il s'agissait de son propre fils ? Est-ce que ses cicatrices avaient été faites intentionnellement pas Dabi afin que personne ne puisse le reconnaître ? Comment en était-il arrivé là ? Pourquoi Endeavor n'a jamais parlé de lui ? Pourquoi une haine foudroyante de Dabi envers son père… ?
Hawks laissa échapper un gémissement frustré, plaquant deux mains contre son visage en sueur. Tant de questions le trituraient les méninges, il ne suivait plus. Il semblait délicat de poser toutes ces questions à Dabi actuellement. Surement voulait-il garder cette identité secrète jusqu'au bout. Sa seule chance résidait dans les dossiers de leur propre monde. Maintenant qu'il avait un nom concret, peut-être trouverait-il de quoi expliquer le changement de bord de Dabi.
La Commission des Héros de la Sécurité Publique serait ravi d'avoir enfin un nom à placarder sur le visage de Dabi. S'il ne le savait pas déjà, bien sûr…
« Qu'est-ce qui t'es arrivé… Dabi… ? » lâcha Hawks pour lui-même, la gorge serrée.
Il avait un mauvais pressentiment. Un très mauvais.
Soudain, le téléphone de la cuisine se mit à sonner, ce qui fit sursauter le héros. Sans réfléchir et par pur automatisme, il se leva en toute hâte et alla décrocher. Ce fut simplement au moment où il pressa le combiné contre sa joue qu'il comprit qu'il venait probablement de faire une erreur. Il n'était pas le Keigo de ce monde !
« Keigo chéri ? »
Mais avant qu'il ne puisse raccrocher en prétextant une panne de courant ou un mauvais numéro, son sang se glaça et il écarquilla les yeux, reconnaissant très bien cette voix.
« Tu ne réponds pas sur ton portable, je commençais à m'inquiéter, » ajouta la jolie voix féminine.
Sa mère. Sa propre mère était à l'autre bout du fil. C'était une voix qu'il n'avait pas entendu depuis… depuis ? Hawks ne le savait même pas et son cœur s'accéléra, ses doigts se refermant douloureusement autour du combiné téléphonique. Que devenait-elle, dans ce monde ?
« Hey, salut m'man, » fit-il en se poussant à offrir le plus d'entrain possible, dissimulant comme il pouvait les tremblements de son ton. « Tu as une bonne voix aujourd'hui. »
Il ne savait décidément pas comment le Keigo d'ici agirait envers sa mère. Il espérait de pas empirer sa situation. Déjà, quand son double verrait l'appartement dans cet état, il avait intérêt à avoir le cœur bien accroché.
« Et toi tu sembles… sur les nerfs, je me trompe ? » lui répondit la femme au bout du fil, au ton plus préoccupé. « Est-ce que tout va bien ? C'est en lien avec le fait que tu ne réponds pas au téléphone ? Tu souhaites te couper du monde un peu, n'est-ce pas ? Je t'ai toujours dit que ton boulot te prenait bien trop d'énergie ! »
Hawks se rappelait à peine que sa mère pouvait être si… envahissante. Mais à ce moment-là, il aurait véritablement aimé pouvoir voir son visage. Sentir son odeur. Et même, la prendre dans ses bras.
« Non, non, tout va bien. Mon portable est… foutu, » inventa alors Hawks en se grattant nerveusement le crâne, calculant tous ses mots. « Il a pris l'eau hier sous la tempête, mais rien de grave, j'en reçois un tout neuf dès demain. »
Il l'entendit pousser un soupir de soulagement et il déglutit, ne sachant comment procéder. Il avait tout intérêt à écourter ce coup de fil, pour ne pas foutre le bazar dans la vie de son alter-ego, et partir à la recherche de Dabi. Mais quelque chose au fond de lui voulait juste… s'accrocher encore un peu à cette voix.
« Tu m'en vois ravie, » ajouta-t-elle alors que Hawks avait quasiment coupé sa respiration. « J'espère que tu ne te surmènes pas trop. Je répète, le son de ta voix m'inquiète, mon grand. »
Hawks s'humecta les lèvres et s'avança dans le salon pour rejoindre le balcon, laissant le soleil le réchauffer. Il respira un grand coup.
« Tout va bien, tu n'as pas à t'inquiéter. J'ai juste peu dormi, » dit-il en pressant ses coudes contre la rambarde qui le séparait du vide.
« Ne te couche pas trop tard, c'est tout ce que je peux te préconiser. Après une bonne tasse du thé que je t'avais ramené le mois dernier. Rappelle-toi de ses effets curatifs ! »
« Oui, oui, » fit Hawks distraitement, ne sachant pas trop quoi lui répondre.
Ce n'était pas son genre d'agir avec autant de mutisme. Il adorait discuter, il adorait échanger. Mais le risque était trop grand. Il était vraiment tant qu'il raccroche.
« Écoute m'man, c'était super de t'avoir au téléphone, mais-… »
« Et tout va bien avec Touya ? »
Hawks en lâcha presque le combiné. Il avait été trop absorbé par le fait que Dabi était un Todoroki pour analyser la seconde partie de l'histoire. Celle où il semblait être très proche de lui dans ce monde-ci. Et sa mère était visiblement au courant.
Hawks resta interdit, ne séchant quoi répondre. Le vent contre son visage apaisa les rougeurs qui lui étaient montées aux joues.
« Oh, il y a un problème, n'est-ce pas ? » reprit sa mère d'une voix plus triste. « Est-ce qu'il a enfin avoué à son père qu'il sortait avec toi ? N'oublie pas de lui dire que s'il a besoin d'un lieu où loger parce que son père l'aurait mis à la porte, il est le bienvenu chez sa future belle-mère. »
Hawks crut s'étouffer. Tant de chose n'allait pas dans ses propos. Inconsciemment il plaqua une main contre son visage comme pour se cacher de sa mère.
« M'man ! Ce n'est rien de tout ça, c'est bon. »
« À chaque fois que je t'ai au téléphone, tu en profites pour me parler de lui. Même à l'autre bout de la planète, je peux voir les étoiles que tu as dans les yeux quand tu parles de lui, » ajouta-t-elle. « Comprends mon inquiétude aujourd'hui. »
Bon sang, qu'était-il dans ce monde ? Certes, ça ressemblait bien à son propre comportement, mais de un, dans son monde, il n'avait plus de mère avec qui discuter de ce genre de chose et de deux, il n'avait pas le temps pour des relations, seulement pour des coups d'un soir.
« Et… Qu'est-ce que je déblatère si souvent, sur lui ? » lâcha finalement Hawks, d'une petite voix.
« Oooh, tu sais, tu me dis oh combien il est merveilleux, calme, gentil, bien que sarcastique ! » s'exclama sa mère, enjouée. « Et tu n'arrêtes pas de fondre devant ses magnifiques yeux bleus. »
Magnifiques yeux bleus… Hawks rouvrit brutalement les yeux, le cœur battant. C'était en effet ses yeux qui dans son monde, avaient fini par tant l'attirer. C'était dans ses yeux qu'il se perdait si facilement, qu'il parvenait à lire en Dabi. Ces magnifiques yeux bleus qui faisaient battre son cœur et brûlaient son estomac.
Lui et Dabi s'aimaient, ici. Dans leur monde, il semblait y avoir quelque chose aussi, et après avoir récemment la confirmation que Dabi était tourné du côté des hommes, une leur d'espoir maladive était née en lui.
Est-ce que dans leur monde, si leur rôle n'était pas ainsi, il se serait déjà produit quelque chose entre eux ? Hawks devint livide, comprenant avec horreur qu'il venait de s'élancer sur un chemin de non-retour. Il s'était enfoncé bien trop profondément dans cette histoire, dans ses propres sentiments, pour en ressortir indemne.
Merde, merde, merde.
Ils n'étaient pas faits pour être ensemble. Pas dans leur dimension.
Malgré lui, à cette pensée, il sentit sa gorge se nouer.
« M'man, il faut vraiment que j'y aille. J'ai beau avoir l'air étrange aujourd'hui, mais je te promets que tout va bien se passer. Et que tu ne dois surtout pas t'inquiéter, OK ? »
Il y eut un temps d'attente à l'autre bout du fil, où Hawks n'entendait que son souffle et les battements rapides de son cœur. Puis, la voix douce de sa mère reprit :
« Très bien, j'ai confiance en toi, Keigo. »
« Es-tu heureuse, m'man ? »
À nouveau un temps d'attente. Hawks respira plus vite, les yeux perdus, fixant un point invisible au sein de la mer étincelante. Sa mère rit alors doucement :
« Oui, je le suis, Keigo. Très. »
Un sourire satisfait se dessina sur les lèvres du héros qui hocha la tête alors que son cœur se réchauffait.
O
Dabi/Touya Todoroki
Dabi ne bougeait pas, n'en croyant tout simplement pas ses yeux. Alors qu'il avait pour idée de fuir le plus loin possible de l'appartement de Hawks et aller fumer quelque chose dans un coin le plus reculé de Musutafu, voilà qu'il s'était figé près de l'entrée d'un lycée, là où des étudiants allaient et venaient déjeuner.
Les avantages de ce corps était qu'il pouvait aisément se fondre dans la masse, et près de l'arrêt de bus, personne ne faisait attention à lui. Ainsi, il se focalisa totalement sur la lycéenne qui riait et sautillait auprès de deux autres jeunes filles de son âge.
C'était Toga Himiko. Au sourire resplendissant. Une parfaite civile aux instincts meurtriers probablement pas éveillés suite à la répression qu'elle avait subi auprès de ses parents dans la dimension leur réelle dimension. Dabi en savait beaucoup sur la fillette, cette dernière adorait discuter, elle était infatigable. Et ici, contrairement à leur monde, elle continuait les études et n'avait aucun casier judiciaire.
Curieusement, Dabi se sentait… soulagé ? Alors que son altercation avec Hawks l'avait bien remonté, il sentait son corps se calmer et éviter la carbonisation subite. Sans réfléchir, il traversa la rue et l'air de rien, passa près du groupe de lycéenne, main dans les poches. Ce ne fut qu'à quelques pas d'elles qu'il s'arrêta et se retourna.
« Hey, gamine. »
Les trois fillettes s'arrêtèrent aussitôt de discuter et se retournèrent avec méfiance vers Dabi. Comme l'avait deviné Dabi, Toga ne le reconnut pas, ou plutôt, ne le connaissait pas ici.
« T'es qui ? » répondit la brunette du groupe, plissant les yeux avec suspicion accrue.
« Je parle à l'autre blonde, » répliqua Dabi en désignant Toga d'un geste du menton.
Dans sa dimension, il s'efforçait de penser que ceux de l'Alliance n'étaient rien pour lui. Concernant la plupart, c'était le cas, mais quand il s'agissait de Toga, par exemple, il y avait autre chose. Elle était trop jeune, pour commencer. Et malgré le fait qu'elle lui tapait activement sur les nerfs, Dabi était loin de la détester.
« Qu'est-ce que tu me veux, toi ? » grogna Toga en croisant les bras, visiblement loin d'être apeurée par lui, tout en avançant d'un pas.
Il y avait au moins des choses qui ne changeaient pas ici. Ses deux amies restèrent silencieuses, mais vraisemblablement sur leur garde. Cependant, Dabi garda son regard rivé vers la blonde, tous deux soutenant le regard de l'autre.
« T'es heureuse ici ? » fut la question soudaine de Dabi.
Question si soudain que la mâchoire des trois fillettes leur en tomba presque. Les deux amis derrière Toga se lancèrent ensuite de drôles de regard.
« C'est quoi cette question ? » marmonna Toga qui même dans ce monde, gardait étrangement une expression bien menaçante quand elle le souhaitait. « Désolée, t'es bien trop vieux pour moi. Et trop maigrichon. Passe ton chemin. »
À la pensée de lui et Toga ensembles, un frisson désagréable s'empara de son corps et il secoua la tête, garda une expression nonchalante.
« J'ai juste besoin de savoir. Et tu ne me reverras plus jamais. »
Derrière, l'une de ses amies appela le nom de Toga, mais cette dernière ne bougea pas, courageuse comme jamais. Elle paraissait étudier les propos de Dabi puis elle décroisa les bras, et planta ses poings contre les hanches.
« T'es vraiment chelou comme garçon, » dit-elle. « Mais oui. Je suis heureuse. Pourquoi je ne le serais pas ? »
Pour toute réponse, Dabi hocha la tête et après un bref geste de la main en guise de au revoir, tourna les talons et délaissa le groupe de lycéenne. Il entendit l'une d'elle chuchoter un « trop chelou ce mec », puis il imagina Toga hausser les épaules pour ensuite reprendre leur discussion.
Quand il se retourna une dernière fois vers le groupe, un sourire se dessina sur ses lèvres à la réalisation. Toga avait récupéré en main un petit gobelet transparent et buvait à la paille tout en discutant activement avec ses deux amies. Et il était évident pour tous ceux qui jetaient un coup d'œil, qu'il s'agissait de sang.
Ici, Toga Himiko était acceptée pour ce qu'elle était. Ses parents avaient peut-être agi différemment, ou la société l'avait traité autrement. Dabi n'en savait rien et ne le saurait probablement jamais. Mais quand il reprit sa route, mains dans les poches, il avait le cœur léger.
Soudain, quelques mètres plus loin, l'embout d'un pistolet vint se presser entre ses omoplates, le gelant sur place. Devant lui, deux autres policiers arrivaient, armes enjouent, l'un deux, une paire de menottes entre les mains.
Il avait oublié une chose cruciale…
« Todoroki Touya, vous êtes en état d'arrestation. »
Depuis hier, il était activement recherché et voilà qu'il se baladait le visage découvert.
« Mais qu'est-ce que j'suis con… » marmonna-t-il en plaçant ses mains à l'arrière de son crâne.
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Hawks/Keigo Takami
Hawks était paré pour sa mission, consistant à retrouver Dabi, l'attraper par la peau du cou et le tirer jusqu'à l'adresse indiquée par Aro. Il plaça son sac en bandoulière en prenant soin de ne pas abimer ses précieuses ailes, laça ses bottes épaisses, retira ses cheveux en arrière et pris une plus ample inspiration. À l'aide de la plume qu'il avait fait filer dans le vent, à travers le mur de feu de Dabi et qui s'était caché dans la poche arrière de son jean, il serait capable de le retrouver en un rien de temps. Pratique ces petites bêtes, il espérait juste que dans ce monde, la tâche soit aussi facile que dans le sien.
Alors qu'il buvait un grand verre d'eau après avoir déposé une notre près de la porte explosée en s'excusant de façon anonyme, précisant à son double que rien n'avait été volé ici et que tout ceci n'avait été qu'un sombre accident, les titres du journal télévisuel attirèrent son attention.
Il recracha tout ce qu'il avait dans la bouche suite à ce qu'il venait de lire en grosse lettre rouge.
Todoroki Touya arrêté pour effraction au poste de Police de Kyoka
Arrêté ? Non, impossible. Et pourtant, la vidéo qui suivait d'un homme menotté qu'on tirait sans douceur hors d'une voiture de police pour l'emmener à l'intérieur d'un bâtiment sécurisé portait à le croire. Hawks en lâcha presque son verre en reconnaissant la touffe de cheveux noirs du vilain ainsi que les vêtements qu'il portait lorsqu'il était venu exploser la porte ici.
« Dites-moi que c'est une blague ! » s'exclama-t-il en plaquant deux mains gantée contre ses joues qui avaient furieusement pali.
Ce type allait décidément lui en faire voir de toutes les couleurs ! Dabi lui en devrait bien deux une fois arrivée dans leur dimension. Après une insulte grognée et un profond soupir, Hawks ferma sa veste et concéda qu'il était plus judicieux de prendre l'ascenseur que de sauter du dernier étage.
« Touya… Dabi, quelque soit ton nom, » siffla Hawks entre ses doigts en poussant la lourde porte de l'immeuble appartenant à son alter-égo. « Tu vas me conduire à ma propre perte. »
À l'aide de la plume dissimulée dans le jean de Dabi, il n'avait qu'à suivre une seconde plume rouge qui filait dans le vent devant lui afin de retrouver l'endroit où était détenu le brun. Il prétendit ensuite passer un coup de téléphone dans la cabine la plus proche tout en détaillant le bâtiment des yeux à la recherche de brèches lorsque la plume qui planait en stand-by s'agita et changea de direction.
Claquant brutalement le téléphone contre le portoir, Hawks suivit des yeux la direction que lui montrait son détecteur pratique et vit qu'il pointait un camion noir aux vitres teintées qui sortait d'un parking sous-terrain.
« Il est là-dedans ! » s'exclama Hawks en poussant les portes de la cabine.
Il ignora les passants qui lui lancèrent de drôles de regard et décolla sans un regard en arrière, laissant derrière lui quelques plumes rouges. Son vol était approximatif, voire totalement inexpérimenté, surtout à cette vitesse, mais Hawks ne perdit pas de temps. C'était le moment idéal. Dabi était probablement déplacé dans le poste de police le plus proche, et sitôt qu'il sera sous les verrous, plus dur il sera de l'extraire de là.
Priant pour viser juste, il parvint à presser ses mains contre le haut du camion qui prenait en vitesse sur un grand pont, et y plaqua son corps pour s'y accrocher du mieux qu'il puisse. Il serra les dents et abaissa les lunettes de protection qu'il avait trouvé chez lui, qui n'avait certainement pas ce rôle, mais qu'importe.
Un civil comme Keigo Takami avait peu de chance de compléter une telle mission avec succès. Mais ce Keigo, ce corps, avait l'esprit de Hawks. Hawks qui était lucide, attentif et rapide. Hawks était entrainé pour survivre, même avec un corps blessé.
Ainsi, avec ça à l'esprit, il prit une grande inspiration puis… Aussi vite qu'un éclair, il s'empara fermement de deux de ses plumes les plus imposantes qu'il endurcit au maximum et les planta avec force contre le toit du camion. Avec plus de difficulté qu'estimé, il parvint tout de même à percer le toit et à y faire une cavité assez grosse pour pouvoir y passer. Il devait faire vite, il était repéré au vu du camion qui freinait.
Ni une ni deux, il sauta à l'intérieur de la remorque du camion et une fois au sol, fut nez à nez avec deux policiers totalement ahuris par ce qu'ils voyaient là –après tout, dans cette dimension, le taux de criminalité était si bas que rares devaient être les fois où ce genre de méfaits se produisait-. Avant même qu'ils ne lèvent leurs matraques, Hawks les assomma à l'aide de ses deux plumes épaisses.
Derrière lui, il entendit un sifflement qui sonna faussement impressionné, et il se retourna pour voir que Dabi était en effet bien ici, assis, menotté, en simple t-shirt blanc. Son visage était pâle et ses cernes encore plus creusés.
« Menottes anti-Alter ? » lui demanda Hawks en désignant le gadget d'un geste de la tête.
Pour toute réponse, Dabi et son air on ne peut plus blasé hocha la tête. Hawks se retourna vivement vers les deux hommes assommés et leur fit les poches, à la recherche des clés. Le camion venait de se stopper, et il entendit les portes avant s'ouvrir.
« On doit faire vite, » lui déclara Hawks en brandissant les clés trouvées.
« Hey ! Fais gaffe, tu m'arraches la peau. » s'exclama Dabi en réprimant une grimace de douleur lorsque Hawks s'affaira.
« Quelle chochotte, je sais que ton seuil de douleur est au plus bas, mais je touche à peine ! »
Puis, Hawks jeta les menottes déverrouillées au sol du camion tandis que Dabi massa ses poignets endoloris, toujours assis. Hawks le détailla un instant des yeux, le souffle court.
Cet homme, avec ou sans cicatrice, bad-guy ou non, fils d'Endeavour ou de quiconque, attirait Hawks comme un aimant. Il le sentait si fort contre sa poitrine. Et maintenant qu'il connaissait son identité, il y avait quelque chose de différent qui poussait Hawks à se rapprocher du brun. Comme un besoin instinctif de… le protéger ?
Alors que la porte arrière du camion se déverrouillait, Hawks tandis sa main vers Dabi, le cœur battant.
« Prends ma main. »
Les yeux bleus de Dabi se posèrent sur cette main, bien que gantée, avenante et pleine de promesses. Ces mêmes pupilles s'élevèrent ensuite jusqu'aux yeux de Hawks et sans briser cet échange de regard, Dabi attrapa fermement cette main tendue.
Un large sourire vint éclairer sur le visage de Hawks qui referma ses doigts autour des siens et il tira sur son bras pour que Dabi quitte la banquette, puis poussa sur ses propres jambes pour décoller.
« Je te hais ! » lui hurla Dabi une fois qu'ils furent haut dans les airs, Hawks ayant ses deux mains autour de celle de Dabi dont les jambes s'agitaient.
« C'est toi qui a pris ma main ! » s'exclama le blond, appréciant la délicieuse brise qui frappait son visage.
« Fais-moi descendre que je te gerbe dessus, l'emplumé ! »
Et Hawks éclata d'un rire éblouissant. Il sentit par la suite, la seconde main de Dabi venir enserrer les deux siennes pour plus de sécurité, ce qui délivra de doux frissons le long de la colonne vertébrale du héros.
Pour la première fois depuis le début de toute cette histoire, il accepta ces sensations. Il garda son sourire et vola toujours plus vite, toujours plus haut, agrippant l'homme pour qui son cœur battait à présent de tout son soûl.
Quelque chose lui disait que rien n'était perdu. La suite risquait d'être hautement dangereuse, des deux côtés. Du côté de la lumière et de la pénombre, mais Hawks sentait qu'il y avait quelque chose à creuser, quelque chose à trouver, concernant ce qui s'était passé dans la vie de Dabi. Il sentait qu'il y avait quelque chose à sauver. Il pouvait l'aider.
J'aime un monde où Toga a pu vivre malgré ce qu'elle est, qu'elle ait été acceptée, donc voilà une petite vision :)
Le prochain chapitre sera le dernier ! Et j'espère que cette histoire vous touche tout autant et que je ne suis pas trop dans le OOC
Gros kissss ^^
