Ron

Quatre mots. Voilà ce qu'elle me laisse.

Quatre mots griffonnés sur un bout de parchemin. Son écriture, habituellement soignée, est tremblante, quelques tâches d'encre bleuissent le papier et des ombres plus foncées me laissent penser que des larmes ont coulé alors qu'elle esquissait la fin de notre histoire.

Juste quatre mots après toutes ces années ensemble. Si ma tête rage que j'en aurais mérité plus, mon cœur, lui, me crie que ces quatre mots sont déjà de trop. Avec ces mots, c'est notre passé qui s'envole, ce sont mes rêves qui se brisent : la famille que je voulais construire avec elle, les nouvelles aventures de vie que j'imaginais vivre à ses côtés.

Quand il est entré dans sa vie, dans nos vies, je savais que notre relation ne serait plus jamais la même. Mais, pour ne pas la perdre, je l'ai laissé la conquérir, sans parvenir à savoir ce que cet homme avait que je n'avais pas.

Il était l'autre homme. Mais un autre que j'acceptais, pour le bonheur de celle que j'aime. Quel cliché, me direz-vous. Je la voyais s'éteindre à petit feu à cette période. Déjà 4 ans de vie de couple. Puis, il est arrivé, son sourire est réapparu, la flamme dans ses yeux d'ambre s'est allumée de nouveau. Je savais quand elle allait le rejoindre car elle flottait sur un nuage en rentrant. Dans le même temps, notre relation s'améliorait, retrouvait sa fraîcheur. Alors je ne me suis pas battu, j'ai accepté la présence de l'autre, comme la troisième personne de notre couple.

J'ai compris que mes caresses et mes baisers ne lui suffisaient pas, ne la comblaient pas. Pourtant, je savais que ce n'était pas l'unique chose que l'autre lui apportait. Elle avait besoin de nos deux présences, de nos deux corps, de nos deux caractères pour être heureuse : la flamme et le froid, la tendresse et la force, le roux et le blond.

Ai-je eu raison de la partager ? Aurais-je dû continuer à la partager ? Les démons me soufflaient de le faire : quatre années, mon propre enfer sur terre.

Et finalement, elle s'en va, il s'en va, et je reste, seul.

J'aurais tout fait pour elle. Que donnait-il que je n'aurais pu lui offrir ? Cette question tourne et tourne dans ma tête, comme elle a tourné et tournera sans fin. Elle était tout pour moi : mon vent, mes ailes, ma vie encore plus belle que je ne l'avais imaginée.

Ce matin, je ne pouvais plus supporter tout cela. Je lui ai demandé l'impossible, je lui ai demandé de choisir.

Ces quatre mots sont sa décision. Est-il possible de trop aimer ? Ou n'aime-t-on jamais assez ?

Drago

Quatre mots. Voilà ce qu'elle me laisse.

Quatre mots griffonnés sur un bout de parchemin. Son écriture est si tremblante que j'ai presque du mal à croire que sa main délicate mais forte ait pu tracer ces lettres. Quelques auréoles m'apprennent qu'elle pleurait en les écrivant.

Quatre années, voilà ce qu'elle pleure. Un bien maigre résumé de ce que nous avons vécu. Des larmes de rage et de douleur remplissent mes propres yeux.

Oui, j'étais l'autre homme. Mais j'étais un de ses hommes. J'étais une des raisons de son sourire, de sa joie, de la lumière dans ses yeux. Pour être franc, au départ, notre relation était surtout physique. Quand je l'ai revue quatre ans après la guerre, j'étais célibataire, enfin lavé de toutes mes erreurs passées. De disputes en réparties cinglantes, nous nous sommes rapprochés et malgré sa culpabilité, elle m'a laissé entrer dans sa vie et dans son cœur.

Quatre années à la partager. Mais nos débats philosophiques, historiques, étaient les nôtres. Nos cœurs et nos corps à nus étaient les nôtres. Chaque instant ensemble étaient les nôtres. Les sentiments naissants, je me suis surpris à espérer qu'elle le quitte lui, pour l'avoir tout à moi. J'ai accepté d'être celui qu'on cache au regard des autres, priant pour que cela change. Parfois, je ne me reconnaissais plus. Quand elle rentrait chez lui, je passais de la rage à la tristesse, des coups dans le mur aux larmes. Je l'aimais plus que tout.

Cette nuit, j'ai perdu pied, je lui ai demandé de choisir entre nous. Je n'ai obtenu qu'un soupir, un silence. Maintenant ce sont mes regrets qui dansent, m'entrainant dans un tourbillon infini de souffrance. Je crois que je préférais ses absences. Quand j'avais la certitude qu'elle reviendrait.

J'aurais tout fait pour elle. J'ai renié les traditions familiales, j'ai vécu dans l'ombre d'un autre quand je ne savais que me mettre en avant et dans la lumière. Que lui donnait-il que je n'aurais pu lui offrir ? N'étais-je donc pas assez ? Elle était tout pour moi : mon vent, mes ailes, ma vie finalement plus belle que jamais je n'aurais pu l'imaginer.

Moi qui me croyais incapable d'aimer, je suis tombé amoureux d'elle et n'ai plus pu m'en passer. Ce matin, ces quatre mots brisent mon cœur et mon âme, et je me retrouve seul, à nouveau.

Hermione

Pourquoi ? Pourquoi a-t-il fallu qu'ils me condamnent à choisir ? Je ne peux pas.

Ils étaient ma vie comme la nuit et le jour. Chacun d'entre eux, l'équilibre de l'autre. Mon Ying et mon yang.

Le feu rassurant, la tendresse enveloppante, la simplicité de Ron. Mes lectures, ma tête sur ses genoux devant la cheminée, sa relation presque addictive avec la nourriture…

Le froid brûlant, le désir incontrôlé et la fierté si attirante de Drago. Nos discussions interminables sur les sujets qui me tiennent à cœur, nos ébats fiévreux, sa touchante incertitude bien cachée…

Ensemble, ils étaient mon parfait amour. Je le comprends maintenant. Je ne les aime qu'à deux. En choisir un serait trahir l'autre. En choisir un serait me trahir. En choisir un serait nous trahir tous les trois car je ne pourrais plus être moi et ils en seraient malheureux.

Quatre mots. Voilà ce que je leur laisse. Ils comprendront que je ne pouvais pas choisir. Nos cœurs souffriront mais je sais qu'un jour, chacun de notre côté, nous trouverons l'amour qu'il nous faut.

« Je vous laisse, adieu »