Chapitre 2
La pièce était spacieuse, décorée simplement mais avec goût, de meubles anciens et de tapis persans. Un petit secrétaire de laque noire, sur lequel reposait une longue pipe à opium, ne trompa pas le yakuza sur l'addiction de Fei long à ce genre de plaisirs.
"Une suite...C'est audacieux, pour une première fois." déclara-t-il, narquois.
"Vous êtes dans ce que j'appellerai ma résidence secondaire."
Refermant la porte, celui ci se dirigea nonchalamment vers le bar, il se savait observé mais cela ne le mettait pas mal à l'aise.
...
Asami ne se lassait pas de scruter ces formes androgynes, qui laissaient néanmoins entrevoir un corps musclé, et une peau qu'on devinait sans défaut. A dire vrai, il était rare, voir exceptionnel que quelqu'un suscite un quelconque intérêt chez lui. Un intérêt professionnel à la rigueur, selon l'épaisseur de votre portefeuille, mais un intérêt personnel... Certes il avait eu des maitresses, plus resplendissantes les unes que les autres; des amants, beaux comme des dieux. Mais aucuns n'avait pu prétendre le posséder. Jamais.
Le hasard qui mettait aujourd'hui sur sa route sur sa route cette créature superbe méritait des louanges.
"Parlons franchement", suggéra le chinois, assit dans le fauteuil en face de lui. "Vous êtes sur le territoire de Baishe. Il est manifeste que vos intérêts et les nôtres ne se rencontrent en aucun points. Je vous prierais donc de repartir pour le japon, où vos propres affaires vous réclament, il me semble."
Le jeune homme avait planté ses iris noirs dans ceux du yakuza, et ne le lâchait plus, avides de le soumettre, de lui faire courber la tête.
Mais Asami se contenta de sourire.
"Mes intérêts se trouvent à Hong kong, je peux vous l'affirmer."
"Puis-je alors savoir en quoi ils consistent?"
"A vrai dire...Je n'ai pas envie de discuter business avec les plus jeunes recrues de Baishe, fussent-t-elles issues de la Famille Liu. Il ne s'agit pas d'une querelle de bac à sable."
Fei long tiqua, un rictus malveillant apparut au coin de ses lèvres. Il se leva alors lentement de son siège, dégaina un 9mm de son holster, et sans aucune autre forme de diplomatie l'appuya contre la tempe du yakuza.
"Je ne suis pas certain d'avoir très clairement entendu" articula-t-il.
"La fougue de la jeunesse vous sied tout comme elle précipitera votre adorable visage dans la tombe, Liu Fei long..." déclara-t-il tranquillement, glissant non sans provocation une cigarette entre ses lèvres entrouvertes.
Le chinois le dévisagea, interloqué; et contre toute attente eu un léger rire moqueur et rangea son arme.
"Et l'assurance de vos quelques années de vol vous a rendu passablement arrogant, Asami Ryuichi."
Ce fut autour du japonais de sourire. Combien aurait-il payé pour le renverser sur la table et le faire gémir, là, à l'instant...Toute sa fortune et même plus encore. Sans hésiter. Il soupira et reprit:
"Soit. Parlons donc franchement" dit-il. "J'ai l'intention de clore cette querelle de cartels qui règne entre nos deux organisations. Loin de moi l'idée d'offenser la jeune génération, mais ce sujet nécessite la présence du leader de Baishe, qui reste pour l'instant votre père, si je ne m'abuse."
"C'est exact." répondit Fei long, l'œil perçant. "Vous apprendrez néanmoins que mon père étant souffrant, moi et mon frère nous occupons de l'organisation; vous pouvez donc considérer que traiter avec moi signifie traiter avec Baishe. Je puis vous l'assurer."
Asami jaugea le chinois du regard, sans plus de manière. Comment dire...Appétissant. Voila le terme exact. Absolument, irrémédiablement appétissant.
"Nous somme donc en affaires, Liu Fei long."
Fei Long murmura quelques mots en mandarin, qu'Asami ne comprit pas.
Le jeune mafieux aimait ce yakuza. Il lui paraissait intransigeant, puissant et si dangereux qu'il pouvait se retourner contre lui à tout moment; comme un fauve en cage. Mais Fei long voulait tenter de l'apprivoiser...Car il devait bien l'admettre, ses yeux d'ambre lui ravageaient le coeur.
Perdu dans ses réflexions, il se leva et se servi un autre verre d'alcool. Il ne vit pas le yakuza se lever et s'approcher de lui avec cette démarche de félin capable d'en imposer à une foule entière, où de passer inaperçue quand la situation l'exigeait.
Le jeune chinois sursauta lorsqu'il senti une poigne de fer agripper son avant bras. La bouteille en cristal se brisa à leurs pieds.
"Lâchez-moi! Qu'est ce qu..Ah!"
Asami l'entraina dans un coin du salon et le jeta sans ménagement sur un canapé. Les pupilles de Fei Long s'agrandirent de surprise lorsqu'il se retrouva plaqué contre le dossier en cuir, dominé par une musculature bien plus imposante que la sienne. Il pouvait sentir les muscles puissants rouler contre sa poitrine, cette senteur de cèdre et de musc, et ce souffle chaud si proche de ses lèvres. Il se senti basculer, troublé comme dans un cauchemar érotique, toute résistance d'ors et déjâ anéantie. Asami emprisonna ses mains, et embrassa férocement ces lèvres qui depuis tout à l'heure le rendaient fou.
Fei long gémit, à la fois de surprise et de trouble.
"NON!"
Un éclair de lucidité le sorti de sa torpeur, et il se dégagea avec une force peu commune. Haletant, il fixa le yakuza sans comprendre, cherchant aux fond de ses yeux dorés une raison sensée à son comportement. Asami le relâcha alors doucement et entreprit d'allumer une nouvelle cigarette.
"Nous n'avions pas encore scellé notre accord, si je ne m'abuse."
Et il sortit de la chambre, plantant là le jeune chinois abasourdi, dont le trouble se transformait peu à peu en fureur.
"Sale fils de..."
Fei long ivre de colère vida son chargeur sur la porte d'entrée.
