Origine; chapitre 4


Hong Kong; Péninsule de Kowloon; Hotel Ritz/Carlton

Le réveil indiquait 6 heures lorsqu' Asami ouvrit les yeux, parfaitement réveillé.

Il avait dormi 4 heures. C'était largement suffisant.

Il n'aurait pas su dire à quand remontait cette répugnance instinctive chez lui à fermer les yeux. Il n'aimait pas faire son introspection, mais il se dit qu'il ne supportait tout simplement pas de perdre le contrôle.

Une fois habillé, il se consacra à un de ses rituels favoris...Le choix de ses boutons de manchette. Asami attachait toujours un soin tout particulier à son apparence, jusque dans les moindres détails. Il savait simplement que la prestance et l'allure faisait partie intégrante de son métier.

« Métier... » songea Asami, amusé.

Aujourd'hui cependant, il n'hésita pas une seconde et sourit en accrochant deux billes d'onyx à ses poignets. Comme réglé sur la même horloge, Kirishima entra discrètement dans la chambre. C'était un accord entre eux, il était le seul à être admis de la sorte.

Il lui apportait comme toujours plusieurs journaux, allant du New York Financial Times au plus infime des quotidiens japonais, pour peu qu'il contint une rubrique financière.

Son employé avait exceptionnellement ajouté plusieurs grands titres de la presse Hongkongaise. Asami sourit. Voila le genre de détails qui faisait de Kirishima son bras droit.

Deuxième rituel important de la journée; L'information. Le jeune employé savait que son patron accordait une grande importance à être au fait du moindre des incidents ayant pu lui échapper pendant ses brefs moments de sommeil. Il y passait souvent une heure entière, assimilant à une vitesse ahurissante chaque pages, du gros titre à la moindre rubrique de seconde zone.

Kirishima savait qu'il ne devait pas intervenir, et se contenter de remplir la tasse de porcelaine fine lorsque celle-ci se retrouverait vide.

Il examina son patron du coin de l'oeil, et eu un sourire discret. Il était particulièrement fier d'avoir obtenue la confiance de l'homme d'affaire. Depuis qu'il était entré à son service, il y avait déja 7 ans, il avait pu remarquer à quel point le nom d'Asami Ryuichi était fait pour être prononcé.

Le mafieux était l'aîné d'une puissante famille, mais avait dû reprendre les rennes de l'organisation dans des circonstances demeurées obscures. Les rumeurs affirmaient que son propre père avait été égorgé sous ses yeux.

Kirishima regarda son maître, encore jeune, se demandait si il en saurait un jour plus.

A cet instant un regard d'or courroucé lui rappela que la tasse était vide.

« Kirishima...Je crois que Fei long va rapidement devenir un problème pour nous. » dit soudain Asami, posant sans transition son journal.

« Hier soir à votre retour vous aviez pourtant l'air confiant maître..? »

« Je ne remet pas le plan en question. Mais je crois que nous allons devoir faire attention à la sensibilité du petit dernier. Son frère n'est qu'une brute épaisse que je n'aurais aucun mal à faire tomber, pour peu de passer quelques coups de fils... »

Kirishima fronça les sourcils.

« Mais le gamin posera plus de problèmes. Il est loin d'être stupide, comme le reste de la famille. Je pense qu'il n'a pas encore la carrure pour reprendre la suite de Baishe, mais il essaiera le moment venu. Sache que je ne le sous-estime pas. »

Pour l'esprit pratique de son subordonné, l'ordre était clair: « Liu Fei long est un homme particulièrement dangereux dont il faut se méfier à tout prix. Tu as la permission de le tuer si pour un quelconque motif tu le juge nécessaire. »

Kirishima s'inclina en signe de respect.


Quartier de Lan Kwai Fong; Nord

A quelque kilomètres de là, Fei long se réveillait en sueur, les yeux cernés. Il passa plus de 20 minutes sous une douche glacée, sentant la fatigue fuir au rythme de l'eau qui glissait sur son visage.

Il revêtit une longue tunique chinoise, comme il aimait à les porter. Le carmin et le noir de la soie le rendait plus féminin que jamais, d'autant qu'il laissait souvent ses cheveux tomber librement en cascade sur ses épaules. Il était parfaitement conscient de l'effet produit.

Mais depuis qu'il avait fait son entrée dans l'organisation, il avait préféré utiliser son aspect plutôt que de se cacher derrière un air viril emprunté. Il savait que l'on manipulait les hommes autant en les troublant qu'en leur inspirant de la terreur. Il était passé maître dans ces deux disciplines.

Cependant, il savait aussi qu'il aurait des problèmes pour gagner leur loyauté, si d'aventure il parvenait au fait de ses ambitions.

Ils auraient tous à choisir entre son frère et lui, et même si un certain nombre d'hommes de Baishe lui avait juré fidélité, il y aurait sans doute des traîtres à exécuter. Il lui faudrait mériter son titre.

Il se retourna en entendant discrètement frapper à sa porte.

Une jeune femme entra, inclinée, portant un plateau.

Fei long ne la connaissait pas. Il resta sur ses gardes jusqu'à ce qu'elle reparte d'un pas rapide, embarrassée par le regard de mort que l'occupant si séduisant de la suite 119 lui avait lancé.

La jeune employée osa demander plus tard à ses collègues qui était le beau jeune homme aux yeux noirs qui logeait là-haut. Devant l'air effrayé des autres valets et femmes de chambres, elle se dit que décidément, il ne valait mieux pas qu'elle le sache.


Un journal japonais à la main, Fei long en passait par son propre rituel; le thé. Il n'envisageait pas une journée sans Oolong, Genmaicha ou Lapsang-souchong.

Il aurai pût ouvrir son propre commerce, tellement son goût pour le breuvage délicat était affirmé. Il sourit à cette idée...Il aurait sans doute aimé ça.

...

Le téléphone retenti, tirant le jeune chinois de ses pensées. D'un mouvement élégant, il décrocha.

« Quelle agréable façon de commencer la journée, Asami Ryuichi.» dit il sans préambule.

Personne d'autre au monde n'aurait eu l'audace de le déranger à 7 heures du matin.

« Liu Fei long .» répondit poliment la voix grave du yakuza.

Entendre son nom prononcé sur ce ton de velours fit frissonner le jeune chinois, qui eu soudainement envie de se gifler.

« J'exige des excuses pour votre comportement outrancier d'hier soir. »

« Hmmm...Pourriez vous me rappeler en détail ce à quoi vous faites allusion? »

Fei long cru qu'il allait s'étouffer. Il pouvait voir le sourire ironique d'Asami aussi clairement que s'il s'était tenu devant lui.

« Je ne vous conseille pas ce genre de jeux avec moi, Asami Ryuichi. Nul doute que vous tenez le Japon entier dans votre main droite, mais à Hong Kong vous êtes sur mon territoire. Si vous espérez aboutir à un accord avec moi, je vous conseille de mettre des formes à vos discours. »

Fei long respira imperceptiblement. Il devait faire des efforts surhumains pour conserver son calme et maintenir le niveau. Il avait 21 ans, le yakuza bientôt 30...il sentit une goutte de sueur couler lentement sur sa tempe.

« Je vous prie d'excuser mes manières exécrables, et de pardonner mon élan déplacé d'hier soir. »

...

...

Fei long aurait juré avoir entendu un ricanement à l'autre bout de la ligne.

Il reprit contenance, pensant qu'il logerait volontiers une balle entre ces deux yeux ambrés dès qu'il en aurait l'occasion.

« J'ai des affaires qui requièrent ma présence aujourd'hui. Je ne serait libre qu'en fin de soirée. Je vous propose un rendez vous dans un club qui m'appartient, le Genesys, 23 heures. »

« Ce sera un vrai plaisir. Après tout, je ne suis à Hong Kong que pour vos beaux yeux. » répondit Asami d'un ton moqueur.

« Comment osez-vous... »

Mais Asami avait déjà raccroché.

Kirishima avait écouté toute la conversation. Il ne put s'empêcher de sourire devant l'audace et le talent assez machiavélique de son patron. Asami alluma une de ses éternelles cigarettes, aspira une bouffée, et la tendit à Kirishima.

Ce dernier la saisie, troublé. Il savait que ce geste était le signe d'une excellente humeur.


Le soir venu, Asami se rendit au Genesys en tant que mafieux.

C'est à dire, en grande pompe. Plus que le chinois, qui était bien trop intelligent pour se laisser berner par une débauche de luxe, c'était les hommes de Baishe qu'Asami voulait impressionner.

La limousine 7 portes se gara sans un bruit devant le club, et le chauffeur se précipita pour ouvrir la porte au yakuza. Asami sortit avec une élégance et une lenteur soigneusement calculée.

Il avança tranquillement jusqu'aux portes, la foule s'écartant d'instinct sur son passage.

Il avait fière allure, et était parfaitement conscient de son aura magnétique. Il s'était vêtu avec soin d'un costume trois pièce noir de jais, les revers de sa veste gansés de velours. A cela venait s'ajouter une superbe écharpe de cachemire et des gants de cuirs fin. On voyait briller à ses poignet les deux pierres précieuses couleur nuit.

Il resta impassible devant la vague de murmures qui agita l'assemblée; et tandis qu'il parcourait les derniers mètres qui le séparait de la porte, il se laissa admirer.

...

Depuis la baie vitrée du dernier étage qui donnait sur son bureau, Fei long avait assisté à toute la scène. Il avait très bien compris le manège du yakuza. Il voulait impressionner? Il allait l'être, en tout cas.

Somptueusement vêtu d'une robe noire brodée d'ambre et d'or, il espérait que le japonais apprécierait l'attention.


Si Asami avait dû avouer une unique chose sous la torture, il aurait au moins reconnu que le jeune chinois était magnifique ce soir là. Il n'en laissa rien paraitre, mais il n'aurait eu besoin que d'une bouteille de bourbon pour se jeter sur le jeune homme.

« Quelle entrée... » remarqua Fei long avec ironie.

« Quel accueil...» répondit le japonais, le dévisageant sans scrupule.

Fei long ne releva pas, et fit signe au yakuza de prendre place.

Il rempli un verre, qu'il proposa à Asami.

« Bourbon? »