chapitre 7


La limousine se gara sans bruit dans l'enceinte du manoir de la famille Liu.

Les gardes de l'entrée, voyant Fei long, déglutirent avec peine sans savoir quelle attitude adopter. De son côté, le jeune chinois ne leur prêtait aucune attention. Les yeux fermés, il fumait, jouait discrètement avec une mèche de ses cheveux. Il savait que personne n'aurait l'audace de lui barrer le chemin.

Tout le personnel du manoir savait que Liu Fei Long n'était pas le bienvenue désormais, mais tous s'écartèrent sur son passage. Certain ne l'avais pas revu depuis son départ trois ans auparavant, et étaient surpris de le voir devenu si grand, d'une beauté si parfaite...Fei long avait cette aura magnétique, apanage des hommes habitués au sang et au pouvoir absolu. Quiconque le croisait était pris d'une envie irrépressible de fuir à toute jambe, sans jamais y parvenir.

Fei long était la flamme auprès de laquelle les papillons se brûlent les ailes, et la rencontre de ses yeux était souvent fatale.

...

Les pans de sa longue veste noire volant derrière lui, Fei long marcha tranquillement jusqu'au troisième étage. Il gardait les yeux baissés, presque clos, comme si le simple fait revoir cette maison lui était désagréable. Dans son dos, une ombre noire au visage impassible, son bouclier, Jin, le suivait.

Lorsqu'ils arrivèrent devant la lourde porte en chêne, Fei long pressa la poignée sans une hésitation.

L'ancien bureau de son père n'avait pas changé, à la différence de celui qui l'occupait désormais. Plus qu'un silence de plomb, une atmosphère malsaine semblait imprégner la pièce, et Fei long prit un instant pour parcourir des yeux ce nouveau fief qui lui était maintenant si étranger.

"Quel honneur pour moi, que le fils prodigue revienne enfin à la maison." ironisa la voix froide et rauque de son frère, qui l'observait depuis le bureau. "Tu manques d'argent, Fei Long?"

"Gardes ton humour pitoyable pour de meilleures occasions, Yan Zui."

Le contraste entre Fei et son frère n'avait jamais été aussi frappant.

Depuis l'enfance, l'élégance et la féminité de Fei long jurait plus que jamais avec la le caractère et la carrure toute en muscle de son frère. Aujourd'hui que tout deux étaient devenus des hommes, leurs différences envenimait leur relation jusqu'au point de non-retour.

"Dans ce cas, puis-je savoir ce qui me vaux le plaisir de ton air supérieur? Je ne pensait pas être assez haut placé pour que tu t'abaisses à venir me rendre d'amicale visites."

"Je ne fais que te rendre la politesse."

Les yeux de son frère se rétrécirent.

"Je ne sais pas ce que tu sous-entends. Mais laisse moi tout d'abord te présenter."

Fei long releva la tête, surpris

"Pardon?"

Il inspecta rapidement la pièce du regard, ne comprenant pas où son frère voulait en venir. Ses yeux s'attardèrent alors sur une lueur rougeâtre qui lui semblait familière... Adossé dans l'ombre de la bibliothèque, un homme fumait tranquillement, et ne semblait pas gêné le moins du monde de se retrouver si importun au milieu d'une querelle de famille.

"Mes hommages, Liu Fei long." prononça une voix grave et légèrement amusée.

Succédant à la surprise, c'est la colère qui submergea Fei long; violemment, sans réserve, comme une marée déferlante. Ses yeux se fendirent en deux lignes de haine pure, et, prenant sur lui, ses lèvres contrastèrent brutalement en un léger sourire.

"Asami Ryuichi, si je ne m'abuse? Il me semble vous avoir déjà rencontré."

"Veuillez m'excusez, je n'ai aucun souvenirs."

Fei long ne releva pas, mais ses longs ongles s'enfoncèrent un peu plus dans ses paumes. Il n'y avait aucun doute pour lui; la trahison était totale.

Dans l'esprit du jeune chinois, les pièces du problème s'assemblaient à toutes vitesse. A quel point la situation était elle grave? Asami et son frère discutaient-ils simplement affaire...Ou Asami avait il négligemment abordé la question de la succession de Baishe?

Son frère, tranquillement assis derrière le bureau, le tira de ses pensées.

"Effectivement, je te présente Asami Ryuichi...Nous sommes donc particulièrement honoré de sa présence!" déclara-t-il, un sourire malsain accroché aux lèvres.

Est ce possible d'être aussi stupide... pensa Fei long, presque malgré lui. Il remarqua que Jin s'était imperceptiblement rapproché de lui, jusqu'à presque toucher le dossier de son fauteuil.

"Sans doute. Cependant je ne vois pas en quoi la présence de ce yakuza est nécessaire à notre entretient." déclara-t-il.

Asami s'approcha.

Sortant de l'ombre, la lumière éclaira ce visage cynique que Fei long n'avait pas vu depuis 4 jours.

"Yakuza...vous avez le mot cruel, répondit Asami, doucement, Je préfèrerais "homme d'affaire", si ça ne vous dérange pas. Mettons cela sur le compte des bonnes manières."

Fei long se retourna pour lui faire face.

"Ma politique est qu'un secret éventé n'en est pas un, Asami Ryuichi. Vous devriez avoir plus foi en votre réputation, elle vous précède."

Asami eu un ricanement, ne cachant nullement son plaisir, et porta une cigarette à ses lèvres.

"Et Dieu sait que vous aimez les secrets, Liu Fei long..."

Derrière son bureau, Yan Zui observait cet étrange manège d'un oeil perplexe, ne trouvant aucun sens à cet échange dont le sens lui échappait. Apparemment lassés, les deux opposants se regardèrent un instant. Asami eu un sourire charmeur. Fei long comprit.

"Je ne saurais m'imposer plus longtemps," dit il en tournant les talons. "Messieurs."

Resté seul avec son frère, le jeune chinois se permit un soupir. Le yakuza ne l'avait pas trahi.


"Avant toute choses...Peux-tu me dire ce qu'une crapule de cette envergure faisant dans ton bureau?" demanda Fei long, un petit air d'intérêt nonchalant sur le visage.

"Une sorte de visite de courtoisie." éluda son frère "...ce qui ne s'applique pas à ton cas, je présume."

"Parfait. Venons en aux fait, Yan Zui, écoute-moi bien."

Il se pencha en avant, et croisa ses longs doigts fins.

"Soyons concis et rapide: Genesys, samedi, 23h30. Ça ne te rappellerais pas quelque chose, par hasard?"

Fei long avait prononcé sa tirade d'un ton neutre, presque ennuyé, comme une formalité à laquelle on ne peut se soustraire. Voyant son frère rester muet, il se leva, s'assit sur le bureau et croisa les jambes à la manière d'une secrétaire.

"A moi tu pourrais me le dire..." fit il en souriant sournoisement. "Tu as de plus en plus envie de te débarrasser du petit frère...ça ne peux plus attendre?"

Grimaçant de rage, son frère brandit soudain le tranchant de sa main vers la nuque aux cheveux noirs. Mais Fei long esquiva sans efforts.

"Allons allons. J'ai toujours été le meilleur à ce jeu là."

Jin s'était précipité, mais Fei long le retint d'une main.

"Attend."

Il se leva du bureau et s'éloigna de quelque pas.

"Ne crois pas que ta tentative du Genesys ai été anonyme...Tu manques beaucoup trop de subtilité pour ça. J'avoue avoir été surpris, cependant."

Fei long eu une imperceptible grimace, souvenir d'opium.

"...Mais je ne compte pas te faciliter le travail. Si tu veux ma peau, il te faudra beaucoup plus d'ingéniosité, Yan-laoban. Par ailleurs...Comme ta tentative a échoué, j'exige une compensation pour les pertes et les dégâts subis."

Tout deux savaient qu'il était désormais inutile de jouer la comédie; le coup fatal que Fei long venait d'esquiver était un aveu en soi.

"Tu le sais, Fei long..., fit soudain la voix rauque de son frère, Je serais celui qui t'aura."

"Tu n'as déjà pas réussi il y a trois ans...Tu n'est pas lassé?"

Ils se regardaient a présent avec une expression de haine non dissimulée.

"Mais tu n'aura jamais ce que tu veux, mon cher frère...Remarque, tes méthodes ne sont un secret pour personne. J'avais juste espéré que tu trouverais mieux pour moi."

"Ferme-la!"

Jin était si près de Fei long désormais qu'il le touchait presque. Le jeune chinois se leva, lassé.

"Bien. C'est amusant, tu sais..." il eu un sourire enjôleur, "...en venant ici, je n'était absolument pas certain que l'attaque venait de toi. Disons que ta subtilité légendaire a fait le reste."

Fei long se dirigea vers la porte d'un pas tranquille; tournant le dos à son frère comme une ultime provocation.

Il entendit le bruit de l'étoffe, signe que son frère avait dégainé son arme.

"Oh...tu vas me tirer dans le dos?"

"Peut être bien, Fei long. Mais moi aussi j'ai quelque chose...d'amusant à te dire..."

Il les tenait en joue depuis son bureau, ne prêtant aucune attention à Jin qui avait bondit devant son maître.

"Tu vois...Nous avons débusqués deux individus étranges postés dans le parc, juste avant ton arrivée. C'est curieux, n'est ce pas...Nous avons pensé que le plus simple était de s'en débarrasser." Il eu un petit rire devant la mine sombre de Fei long.

"Tu es peut être très intelligent, mon cher frère...Mais ce n'est pas le cas de tous tes hommes. Car se sont les tiens, si j'en juge par ta mine sinistre."

Fei long se retourna et écarta Jin d'une main, dévoilant le 9mm qu'il braquait également vers le bureau. Une de ses mesure de sécurité envolée, il espérait s'en sortir sans trop de dégâts...Ou du moins, autant que la partie adverse.

"C'est la règle du jeu." déclara-t-il tranquillement. "Et maintenant, que vas tu faire?"

Les deux frères se faisaient face, un courant de haine et de ressentiment passant à travers chaque muscle de leurs bras tendus.

Jin, pour la première fois, intervint.

"Maître."

Fei long ne répondit pas, mais poussa un soupir, et abaissa lentement son arme.

"Maître!"

"Allons nous-en, Jin."

"Certainement pas." répliqua la voix rauque.

Le coup parti sans autre forme de raffinement, précis et brutal.


Fei long se retourna violemment. Jin s'effondra à ses pieds.

"JIN!"

Un second coup parti, et Fei long se jeta sur le côté. Il dégaina et tira sans hésiter, plusieurs balles. Son frère poussa un cri en se tenant l'épaule.

"Laisse moi partir." gronda le jeune chinois, hors de lui. "Je pourrais viser celle qu'il te reste."

"Disparais!"

Fei long, sur ses gardes, tenant toujours son frère en joue, se dirigea vers Jin. Il lui prit le pouls sans quitter le bureau des yeux.

"Il part avec moi." déclara-t-il tranquillement.

Il attrapa Jin sous le bras, le relevant sans fournir le moindre effort. Forcé de quitter un instant son frère des yeux pour franchir la porte, Fei long l'entendit éclater de rire.

Une nouvelle détonation retenti, et cette fois il ne put retenir un cri.

...

Il s'effondra sans parvenir à maîtriser la vague de douleur qui le submergeait.

"maître..."murmura Jin.

Le jeune mafieux grimaça en voyant son frère s'approcher. Une douleur violente et totale lui faisait peu à peu perdre contact avec la réalité. Il serra les dents en se retenant de gémir.

"Fei long, tu apprécies? J'aurais voulu t'abîmer plus, mais je n'aurais pas pu voir cette expression si j'avais visé ton si beau visage..."

"Quelle noblesse..." répondit le jeune chinois, livide.

"Oui, n'est ce pas? Il parait qu'une balle dans le genoux est une des pires douleurs que l'on puisse infliger."

Il jeta un coup d'oeil à Jin, dont la longue tunique poissait de sang.

"Jin Lung..." fit il d'un air dégoûté "Vous couchez ensemble? On dirais un chien...Tu dois avoir certains talents, Fei long."

La porte s'ouvrit à la volée. Un homme en noir, qui semblait appartenir aux hommes de Baishe entra en trombe.

"Tu tombes bien." fit la voix rauque de son frère. "Tu vas me débarrasser de ça, je v..."

Le sourire satisfait du leader de Baishe disparu pour laisser place à la stupeur. Trois chuintements se firent entendre, et il s'écroula.

L'homme en noir ne prononça pas un mot, et rengaina. Il courut vers Fei long, qu'il aida à se relever.

"Vous pouvez marcher?"

"Je ne pense pas."

"Je vois. Permettez."

Il souleva Fei long comme un fétu de paille, le maintenant contre son épaule. Gémissant de douleur, le jeune chinois prit appuis contre le mur et désigna Jin d'un signe de tête. L'homme en noir se baissa rapidement et pris le pouls du chinois inanimé.

"Je suis désolé, Liu sama... L'homme se tourna vers Fei long, ...Il est mort."

Le visage de Fei long ne laissa presque rien transparaître. Il prononça faiblement quelques mots en mandarin que l'homme ne compris pas, et qu'il ne chercha pas à comprendre.

"Allons y."

Ils sortirent en silence, entendants quelques bruits de lutte au premier étage. Le chinois ferma les yeux, avant de s'évanouir contre l'épaule de son sauveur.

"Vous remercierez Asami de son aide." murmura-t-il.

L'homme en noir eu un léger mouvement de surprise, et finalement baissa la tête.

"A vos ordres."